De Bloomsbury en passant par Court green...

15 avril 2017

Faire surface
de Margaret Atwood

L’héroïne (nous ne connaissons pas son prénom) apprend que son père a disparu. Elle décide donc de se rendre sur l’île où il habite à plein temps depuis qu’il est à la retraite. Ils y allaient en vacances lorsqu’elle était petite.

C’est un retour à la nature pour chacun d’eux, pas de téléphone, pas d’eau courante, d’électricité… Mais pour elle se sera beaucoup plus qu’un retour à la nature, ce sera un retour à sa source. Ce sera un passage. Une renaissance. Pour cela, elle remontera le temps, elle devra faire face à ses démons, à ses propres mensonges qui la gardaient en vie. La disparition de son père n’est peut-être qu’une excuse pour éviter de se noyer. Mais jusqu’où devra-t-elle aller pour cela ? La femme devra-t-elle retrouver l’animal qui est en elle ?

Ils partent à 4, un couple d’amis (Anna et David) et son ami (Jo). Ils devaient rester 2 jours, mais resteront en fait une semaine. Plutôt que de les épanouir, ce séjour fait ressortir en eux ce qu’ils ont de négatifs, leurs difficultés à vivre. Deux d’entre eux n’en tireront aucune leçons, et ne se poseront pas de questions, son copain sera prêt à faire des concessions mais jusqu’à quand ? Et pour elle, tout explose, tout ce négatif, va rechercher le négatif de son passé pour la mettre en face d’elle-même. C’est très beau. Pages 194-195. Je suis descendue jusqu’au lac avec le pain de savon pour nettoyer le sang des poissons sur mes mains. Anna m’a suivie.
« Seigneur, a-t-elle dit, qu’est-ce que je vais faire ? J’ai oublié mon maquillage, il va me tuer. »
Je l’ai examiné. Dans le crépuscule son visage était gris. « Peut-être qu’il ne le remarquera pas.
- Il le remarquera, tu peux en être sûre. Peut-être pas tout de suite, il en reste encore, mais demain matin. Il veut que j’aie toujours l’air d’une jeune poulette. Sinon, ça le met en rage.
- Tu pourrais laisser ton visage devenir vraiment sale. »
Elle n’a pas répondu. Elle s’est assise sur le rocher et a posé son front sur ses genoux. « Il ne me ratera pas », a-t-elle déclaré, d’un ton empreint de fatalisme. « Il a son petit code. Si je ne m’en tiens pas aux règles, je suis punie, mais il passe son temps à les changer, alors je ne suis jamais sûre. Il est fou, il lui manque quelque chose, tu vois ce que je veux dire ? Il aime me faire pleurer, parce que lui, il ne peut pas.
- Mais enfin, ai-je dit, ça ne peut être sérieux, cette histoire de maquillage. »
Un bruit lui est sorti de la gorge, rire ou toux. « Il se sert de ça. Il me surveille tout le temps, guette l’occasion qui lui donnera une excuse. Alors, ou bien il ne baise pas, ou il me le met si fort que j’en ai mal. Je suppose que c’est affreux de dire ça. » Ses yeux de blanc d’œuf se sont tournés vers moi da   ns la pénombre. « Pourtant, si tu lui en parles, il fera de grosses blagues. Il dit que c’est de l’invention. Mais je n’invente pas, tu sais. » Elle en appelait à mon jugement, sans toutefois avoir confiance en moi, elle craignait que j’en parle à David derrière son dos.
« Peut-être que tu devrais le quitter, ai-je dit, lui offrant ma solution. Ou demander le divorce. »

J’ai beaucoup aimé ce roman. Je ne crois pas avoir déjà lu Margaret Atwood, même si les titres de ses romans me disent quelque chose… histoire à suivre ! La façon dont elle tisse sa toile est magistrale, la quête de cette femme s’affine jusqu’à la dernière page, c’est formidable d’intelligence.

Les descriptions des tâches simples, de la nature, du calme, de la végétation, du silence m’ont ravi. Il est vrai qu’en ce moment, j’ai une petite envie de campagne… Page 105.Quand c’est terminé, et après nous être reposés, je me lève, je m’habille et je sors préparer le poisson. Il est resté suspendu toute la nuit, la ficelle qui lui passe par les ouïes nouée à une branche hors de  portée des amateurs, ratons-laveurs, loutres, visons, mouffettes. Un petit boudin d’excréments, semblables à ceux d’un oiseau, mais plus foncés, lui pend de l’anus. Je dénoue la ficelle et emporte le poisson au lac pour le nettoyer et en détacher les filets.

Je m’agenouille sur la roche plate au bord du lac, le couteau et l’assiette pour les filets près de moi. Cela n’a jamais été mon travail, quelqu’un d’autre s’en chargeait, mon frère ou mon père. Je coupe la tête et la queue, incise le ventre et ouvre le poisson en deux. Dans son estomac se trouve une sangsue en partie digérée et les restes d’une écrevisse. Je le découpe le long de l’arête dorsale, puis suivant les deux lignes latérales : quatre morceaux, d’un blanc bleuâtre, translucide. Les entrailles seront enterrées dans le jardin, elles servent d’engrais.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Claude

Première page
Me voici de nouveau, mais j’ai du mal à le croire, sur cette route sinueuse qui laisse derrière elle le lac où se meurent les bouleaux blancs, la maladie monte du sud, et ils louent maintenant des hydravions. Cependant, l’on est encore près des limites de la ville ; nous ne l’avons pas traversée, elle a suffisamment grandi pour avoir sa déviation, c’est ça le succès.
Je ne l’ai jamais considérée comme une ville mais comme l’ultime ou le premier avant-poste, cela dépendait de la direction que nous prenions, entassement de remises, de boîtes et une rue principale avec un cinéma, le itz, le oyal, le R rouge court-circuité, et deux restaurants où l’on servait d’identiques  hamburgers grisâtres, plâtrés d’une sauce boueuse et de petits pois en boîte, noyés blafards comme des yeux de poisson, avec des frites imbibées de graisse. Commande un œuf poché, disait ma mère, d’après les bords on peut juger s’il est frais.

Faire surface de Margaret Atwood, traduit de l’anglais (Canada) par Marie-France Girod. Editions Pavillons poche – Robert Laffont.

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10 avril 2017

Le Chien, la neige, un pied
Claudio Morandini

 

Quelles belles heures de lecture j’ai passé avec ce livre.

Claudio Morandini, nous explique que cette histoire est plus ou moins vraie. Son point de départ vient d’une rencontre fortuite avec un ermite lors d’une balade en montagne. Le reste, il l’a brodé.

Adelmo Farandola est un vieil homme, il vit seul, isolé en montagne. Il braconne pour manger et descend quelque fois au village acheter ce dont il a besoin et que la nature ne lui procure pas. Il a décidé de ne plus se laver depuis un certain temps (j’avoue que c’est un passage difficile à lire pour moi, il décrit bien Mr Morandini !!!). Il vit dans une petite vallée dans les alpages pratiquement inaccessible.

Les années passent sur Adelmo, sa mémoire continue à s’amoindrir. Il est obligé de chercher longtemps pour savoir s’il a vu ou non telle chose. Un jour, il accueille un chien perdu. Ils deviennent amis. Le chien lui parle, il lui rappelle ce qu’il oublie. Page 41. On dirait parfois que le chien est un appendice de l’homme. Il est collé à lui, il se frotte contre son mollet, il ne perd pas un seul de ses gestes, si bien queAdelmo Farandola ne réussit pas à l’éloigner avec un coup de pied, car l’animal fait quelques virages en gémissant pour recomposer sa douleur, puis il revient se frotter contre son compagnon.

D’autres fois, en revanche, un besoin imprévisible pousse l’animal à partir en solitaire, la truffe basse et le pas léger, sur des traces que lui seul sait percevoir. Alors, pas même les cris du vieux qui se découvre soudainement esseulé ne le rappellent en arrière. Le chien part, il est déjà parti, et il suit avec une assurance étonnante une piste mystérieuse, linéaire ou ondoyante. Il contourne des pierres, coupe des sentiers, dépasse des arbustes et des squelettes d’arbres sans vraiment regarder, ne s’en remettant qu’à son flair. Voilà, il est parti, caché, lointain. Il restera en balade pendant des heures et reviendra dans la soirée, voire même dans la nuit. Adelmo Farandola l’entendra gratter à la porte et pleurer, mais il ne lui ouvrira pas, pas tout de suite du moins, pour le punir de l’avoir abandonné et de lui avoir préféré un sillage odorant.

Un garde forestier passe régulièrement dans les environs. Que lui veut-il ? Pourquoi l’épie-t-il ? Pense-t-il qu’il braconne ? Lui veut-il du mal ?

L’hiver s’installe, sa mémoire défaille de plus en plus, il passe la mauvaise saison à faire la conversation au chien, et celui-ci lui répond. Arrive le printemps, enfin ! Doucement les températures remontent, la neige fond peu à peu. Pages 102-103 Au bout de quelques semaines, à force de chauffer l’avalanche, le soleil finit par la faire fondre. Il en naît de nombreux ruisseaux qui se perdent aussitôt dans les labyrinthes creusés dans la neige et réapparaissent, grondants, plus bas, là où le fond herbeux de la cuvette se transforme en pierrier avant de dégringoler vers la vallée. C’est une eau bruyante et glaciale, elle jaillit comme une créature vivante et effraie le chien, qui aboie contre elle.
« Pourquoi tu aboies ? demande Adelmo Farandola.
-   Ben, parce que… Tu ne vois pas ?
-   C’est de l’eau, à quoi ça sert que tu aboies ?
-   C’est de l’eau ?
-   Oui.
-   Ça n’y ressemble pas. »
Quel chien stupide, pense Adelmo FRandola. Mais c’est vrai, on dirait que cette eau est vivante, on dirait qu’elle s’échappe au loin, qu’elle va se mettre aux abris.
Un soir, quand les corbeaux sont repartis et que la nuit est sur le point de tomber, le vieux monte sur l’avalanche gelée et s’approche de la couverture. Il l’écarte et voit toute une jambe.
Nous  y voilà, pense-t-il. D’ici peu, je saurai de qui diable il s’agit.
« On remarque quelque chose ? » demande le chien dès qu’il le voit redescendre.
Adelmo Farandola ne lui répond pas, il rentre dans le chalet et laisse le chien dehors jusqu’à ce qu’il l’entende pleurer et gratter à la porte.

Un jour en se promenant,  ils trouvent un pied humain tout près de la cabane, enterré sous une avalanche. Les questions se bousculent, mais Adalmo ne se souvient pas vraiment ce qui s’est passé l’automne dernier. D’ailleurs chaque jour, il redécouvre le pied, car d’un jour à l’autre il ne se rappelle pas l’avoir déjà trouvé.

C’est un roman très bien écrit. J’ai un peu pensé aux paysages de Ramuz en le lisant. Il y a longtemps que je n’ai pas vu la montagne, et j’ai adoré la parcourir avec Adalmo Farandola et son chien bavard. C’est un livre original, qui fait du bien.

Claude

Première page

Les premiers signes avant-coureurs de l’automne poussent Adelmo Farandola à descendre au village pour faire des provisions. Le matin, en sortant du chalet, il voit autour de la bâtisse l’herbe des prés saisie dans un givre qui peine à fondre. Des vents glaciaux balaient le vallon, s’insinuent entre les murs du chalet, semblent frapper à la porte, le jour et la nuit. Les nuages s’épaississent, s’amoncellent, plus rien ne les arrache aux parois rocheuses.
Alors en route, avant qu’il ne soit trop tard et qu’une chute de neige ne rende le parcours pénible.
Adelmo Farandola marche, son sac arrimé au dos. Il a besoin de viande séchée, de saucisses, de vin et de beurre. Les patates qu’il a mises de côté suffiront  pour l’hiver. Elles sont rangées dans l’obscurité de l’étable, à proximité de vieux ustensiles, cuves, cordes, barattes, chaînes, brosses, et elles tendent leurs germes pâles comme pour faire des chatouilles. Les patates, il y a ce qu’il faut, les pommes aussi – des cageots de pommes que le froid renfrognera, mais elles resteront comestibles. Adelmo Farandola aime le goût de ces pommes revêches, un goût acerbe qui irrite ses dents et s’accroche aux poils de ses narines, sa vague saveur de viande, de cette viande faisandée qu’il reste après une chasse généreuse.

Le chien, la neige, un pied de Claudio Farandola, traduit de l’italien par Laura Brignon. Editions Anacharsis.

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09 avril 2017

Ours
de Marian Engel

 

Une femme Lou, archiviste passe son temps dans le sous-sol des archives. Elle a conscience qu’elle y étouffe, qu’elle s’y est enterrée de son plein gré, mais ne trouve pas la force nécessaire pour s’en extraire. Un jour pourtant, le directeur de l’Institut où elle travaille l’envoie dans une île pour y faire un inventaire. En effet, un colonel a légué à l’Institut sa maison et tout ce qu’elle comprend. Elle pourra y vivre tout le temps que durera l’inventaire. Elle accepte le travail, et se retrouve ne pleine nature, sur une île, dans une splendide maison, loin de tout, avec pour seul moyen de locomotion un bateau, et comme seul compagnon, un ours.

Pages 28/29. Passé le coude, il montra la maison du doigt, et elle la vit, toute blanche, se découper contre le ciel sombre. Elle respira profondément et attendit ; puis, quand ils furent à proximité de la jetée, elle reçut la confirmation de son intuition : la maison était un octogone classique de Fowler.
- Seigneur ! fit-elle.
- Pas mal, hein ?
- On n’en parle pas dans les ouvrages de référence. Il existe un répertoire des maisons de ce style.
- Oh, nous sommes plutôt sur nos gardes, par ici. Personne ne connaît l’existence de cette maison à moins de se balader en bateau ; et ceux qui l’ont vue n’en parlent pas. Nous envoyons les touristes s’extasier devant la maison où Longfellow est censé avoir écrit son fameux poème indien, là-bas, en bordure du grand chenal. Celle-ci a plus ou moins sombré dans l’oubli, et ici, ça nous convient. Attendez de remonter seule la rivière par un beau matin de juillet. Vous verrez, elle n’a pas son égal.

 

Page 34
Elle allait rentrer dans la maison, car il faisait nuit, elle était fatiguée, elle avait froid, mais Homer demeurait là à l’observer, se balançant d’un pied sur l’autres, mal à l’aise. Elle se demanda s’il s’apprêtait à la toucher ou à la sermonner. Elle avait envie de rentrer et de s’installer. La journée avait été longue ; elle devait réfléchir à des tas de choses. Elle avait hâte de s’y mettre.
- Est-ce qu’on vous a parlé de l’ours ?

Je n’en dirai pas plus. Pour lire ce livre, ceci suffit, et pour une fois, ceci a été respecté sur la quatrième de couverture, ce que je salue ! Ce livre, il faut le découvrir, ce ne serait pas bien d’en savoir plus. Vous n’apprécieriez peut-être pas autant son écriture, qui est ma foi très belle. Même si l’histoire est surprenante, le livre est bien construit, il y a des moments de pure poésie, comme lorsqu’elle se promène dans la maison, et il y a des moments très drôles aussi.

Pour ma part, j’ai pris le livre tel quel, je ne me suis pas posée de questions. Il y a peu de temps que je l’ai terminé, aussi je reviendrai peut-être compléter ce billet.

Claude

Première page

En hiver, elle s’enterrait comme une taupe dans son bureau, au milieu des cartes et des manuscrits. Elle habitait tout près de son lieu de travail et faisait ses courses en se hâtant d’un refuge à l’autre par le tunnel de l’hiver, ne perdant pas une minute. Elle n’aimait pas le contact de sa peau avec l’air glacial.

Son bureau, au sous-sol de l’Institut, jouxtait la chaufferie, ses murs étaient tapissés de rayonnages rassurants de livres, de classeurs en bois et, brunies dans leurs cadres, de photos très vieilles et inattendues : un certain général Booth dans la ville natale de quelque grand-mère, une vue aérienne de la France, prise  en 1915, des groupes d’athlètes et de sapeurs ; on les lui confiait, car on savait qu’elle en prendrait  soin, que c’était son travail de les conserver.

Ours de Marian Engel, traduit de l’anglais (Canada) par Marie-José Thériault. Editions 10/18 – domaine étranger.

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08 avril 2017

Le vieux saltimbanque
de Jim Harrison

Je n’avais jamais lu Jim Harrison. J’avais vu à la télévision « Légende d’automne » tiré de son livre, mais je n’avais rien lu.

Dans « le vieux saltimbanque », il relate sa vie en  écrivant à la troisième personne. (L’effet est très réussi). Il en explique la raison dans ses notes en début de roman. Pages 10/11.Pour être honnête, ce qu’en général je ne suis pas, quand je me suis mis au travail, ma famille a insisté pour être tenue à l’écart de mon projet. Ma femme, qui ne connaît que trop les facéties des écrivains, a sonné la charge. Un ami, romancier à succès, avait écrit des mémoires contenant des informations frauduleuses sur les amants parfaitement imaginaires de son épouse, qu’il inventa pour s’absoudre de ses propres frasques. J’ai bien été forcé de reconnaître que j’étais tout à fait capable du même stratagème, mais sur le mode de la plaisanterie. Mes deux filles mariées, présentes lors de ce fameux dîner, se sont écriées en chœur : « Laisse-nous en dehors de ça ! » Au bord des larmes (j’avais bu quelques verres), je me suis senti victime d’une injustice flagrante. « Vous n’avez donc aucune confiance en mon goût ? » leur ai-je demandé. Elles m’ont répondu d’un « Non ! » sonore.

J’ai décidé de poursuivre mes mémoires sous la forme d’une novella. A cette date tardive, je voulais échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie.

La vie mouvementée de Jim Harrison est connue de tous. Il a connu tous les excès : alcool, drogue, tabagisme, sexe, mensonges… mais c’est aussi un monstre de travail.

Il est né dans la Michigan, ses parents ne sont pas riches, il travaille donc le week-end pour gagner quelques cents. Pages 33/34. Être fort, courageux et sincère n’était pas trop difficile, sauf « sincère » qui demeurait un mystère. « Fort » avait toujours été le plus facile car devant l’insistance de son père, il avait fait du sport pour ne pas devenir « une mauviette », un mot affreux volontiers employé par son géniteur. Et puis il travaillait de ses mains, il désherbait les jardins et tondait les pelouses pour quinze cents de l’heure. Comme il n’aimait pas laver les voitures, il exigeait vingt-cinq cents pour cette tâche. Il devint de loin l’élève le plus costaud de sa classe et presque jusqu’à la cinquantaine, il battait les ouvriers aux concours de bras de fer organisés à la taverne.

Il savait bien sûr que la simple force physique était parfaitement inutile dans le monde d’aujourd’hui. Il suffisait désormais de savoir pianoter sur un clavier d’ordinateur, sauf quand on bossait dans le bâtiment ou qu’on avait besoin de poser des parpaings, chose qu’il avait expérimentée après s’être fait virer de l’université. Ils menaient à cette époque une existence précaire car, par fierté, il avait refusé que sa femme accepte l’argent de ses riches parents. Jeune, il est sportif, proche de sa famille, et, c’est à 14 ans qu’il décide de devenir poète. Pages 124/125 Il pensait aux milliers d’heures qu’il avait passées à travailler sur des poèmes depuis la révélation de sa vocation à quatorze ans. « Vocation » est une espèce de terme théologique –on dit qu’un jeune homme découvre sa vocation de prêtre, et c’est moins vrai de l’écrivain-, mais il savait qu’à ce moment-là il s’engageait pour la vie. A quatorze ans, debout sur le toit de la maison au milieu de la nuit, il regarda la Voie lactée qui, dans sa plénitude fabuleuse, sembla lui rendre son regard. Trente ans plus tard, il regardait la neige en pensant que sa prose était plus contestable, même s’il en lisait beaucoup. Il lui fallait écrire, mais durant de longues périodes il ne sentait éclore aucun poème. René Char, un poète français qu’il adorait, avait dit à propos de la poésie : « Il faut être là quand le pain sort tout chaud du four. » Il devait organiser sa vie pour être prêt à tout moment à recevoir le poème, quand bien même sa venue mettrait un mois ou deux.

Quand il a 19 ans, son père et sa sœur se tuent en voiture. Il ne s’en remettra jamais. C’était un grand amoureux de la nature, il aimait surtout les oiseaux. Il raconte certaines anecdotes assez drôles à ce propos. Au fil des pages, il égrène ses souvenirs heureux, et malheureux, dépressifs ou enthousiastes, il nous livre son amour pour la nourriture, le sexe, l’alcool, la cigarette, la drogue, il nous parle de ses auteurs préférés tels que William Faulkner, René Char etc. Il nous emmène en France, en Amérique du Sud, il nous entraîne avec lui sur la rivière à la pêche, il nous confie son amour pour ses chiens, son porc etc. Il se souvient de ses moments créatifs, son incapacité à gérer son argent. C’est comme il est écrit en quatrième de couverture « un testament littéraire ». C’est un très beau livre, qui en plus de nous faire connaître un peu plus Jim Harrison, nous plonge dans les Etats-Unis de l’époque.

J’ai passé un très beau moment de lecture.

Claude

Première page.

Il entra par une porte puis sortit par une autre, située trois mètres en face de la première. Il avait transformé de fond en comble un ancien appartement de cheminot, abattant les cloisons et repeignant les murs. La proximité de ces deux portes lui plaisait. Elle lui donnait l’impression de pouvoir choisir, chose qui lui manquait cruellement dans son vieil âge.

D’autres propriétaires, qui avaient réaménagé des appartements de cheminots, avaient bêtement condamné la porte supplémentaire avant de se convaincre qu’elle n’avait jamais existé. Quand, par pur caprice, il faisait des allers-retours dans le seul but de franchir successivement ces deux portes, il rendait complètement dingue son voisin qui, pour sa part, habitait un coquet bungalow. Ce voisin était un universitaire à la retraite, un charmant érudit qui, après une vie consacrée à s’exprimer dans un langage châtié, adorait désormais parler vulgairement.

Le Vieux Saltimbanque de Jim Harrison, traduit de l’américain par Brice Matthieussent. Editions Flammarion.

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02 avril 2017

Le chant des plaines
Les gens de Holt

de Kent Haruf

    Après avoir lu, «les âmes la nuit », je ne savais pas trop quoi penser de l’écriture de Kent Haruf. J’avais beaucoup aimé l’histoire, mais je crois que j’avais besoin de lire autre chose de lui pour me faire une idée plus précise. Donc, j’en ai lu deux !!!!

    Dans le chant des plaines et sa suite Les gens de Holt, il nous montre tout son talent. Il décrit de manière remarquable et pleine d’attachement ses personnages. On vit avec eux, on ressent ce qu’ils ressentent, il sait nous faire éprouver leurs émotions cachées, par de petits riens, mais les petits riens qui font la vie. Son écriture est emprunte de poésie, elle nous submerge par moment. Il ne s’arrête pas seulement sur les personnages hauts en couleurs, il nous fait rencontrer des gens simples, des gens du quotidien qui travaillent durs dans cette Amérique profonde. Et il trouve les mots exacts pour le faire. C’est très beau.

    Dans les deux livres, nous sommes à Holt, ville imaginaire du Colorado. Une jeune fille de 16 ans, Victoria Roubideaux, apprend qu’elle est enceinte, dès lors sa mère la met à la porte. Elle sera hébergée par deux frères, les frères McPheron. Vieux agriculteurs, bougons, taiseux, qu’elle saura apprivoiser, pour leur bien à tous les trois. C’est drôle par  moment, j’ai aimé la sensibilité de ces deux hommes. Ils  prennent soin d’elle, ils l’accueillent mais cela va plus loin, ils lui donnent une famille, et ils deviennent les hommes les plus importants de sa vie, ceux qui l’ont sauvé. Pages 196-197.

-   Oh elle a assez mangé. C’est juste que c’est une petite mangeuse.
- Je sais pas si c’était assez. Elle a à peine touché à ce que je lui ai donné. Il a fallu que je file presque tout au chien.
-   Il l’a mangé ?
-   Qui ?
-   Le chien, il l’a mangé ?
-   Pourquoi diable tu m’demandes ça ? Sûr qu’il l’a mangé.
-   Eh bien, dit Harold. Il regardait à nouveau en haut, scrutant son frère par-dessus le haut du journal. Tout l’monde aime pas son bifteck couvert de poivre noir.
-   Qui tout le monde ?
-   Victoria, peut-être.
Il se pencha à nouveau sur son journal et Raymond s’installa à table, le regardant. Son visage prit un air troublé et figé, comme s’il avait été surpris au milieu d’un geste soudain et inquiétant. 
-   Tu crois qu’elle aime pas ma cuisine ?
-   Je saurais pas dire, fit Harold.
Le vent soufflait et hurlait. La maison gémissait.

Une heure plus tard, Raymond se leva de table.
-   Je n’ai pas réfléchi à ça, dit-il.
-   Réfléchi à quoi ?
-   A poivrer ou pas son steack.

Il y a aussi, Guthrie, avec ses deux jeunes garçons, il est prof de lycée, et sa femme est en train de partir.

Dans le premier livre, ces 6 personnages, vont avancer pas à pas, vers un avenir meilleur.

Puis, nous les retrouvons dans le second, un des frères est décédé, Victoria et sa fille Katie, reviennent de la fac pour aider celui qui reste. Mais rien ne sera plus comme avant. Il faut aller vers d’autres vies, que l’on s’appelle McPheron, Victoria Roubideaux, Guthrie, et d’autres encore.

    Nous sommes dans l’Amérique profonde, Kent Haruf connaît son sujet, il a les mots, il a su créer les personnages pour nous faire rentrer dans cet univers qui je crois est profondément fermé lorsque l’on vient de l’extérieur. Cela nous donne un roman puissant, qui peut donner une impression de simplicité bien trompeuse.

Claude

 

Première page (Le chant des plaines)

Guthrie

Cet homme était là, Tom Guthrie, à Holt, debout devant la fenêtre de sa cuisine, fumant des cigarettes et contemplant son arrière-cour où le soleil venait juste de paraître. Quand le soleil atteignit le haut de l’éolienne, il observa ce que cela faisait, ce rougeoiement croissant du soleil levant sur les pales d’acier et l’ailette au-dessus de la plate-forme de bois. Au bout d’un moment il posa sa cigarette, il monta à l’étage, passa la porte close derrière laquelle elle reposait, dans la chambre d’amis obscure, assoupie ou pas, et il enfila le couloir menant à la pièce tout en verre dans laquelle les deux garçons dormaient, au-dessus de la cuisine.

 

Première page (Les gens de Holt County)

Ils revinrent de l’écurie dans la lumière oblique du petit matin. Les frères McPheron, Harold et Raymond. De vieux bonhommes s’approchant d’une vieille maison à la fin de l’été. Ils remontèrent l’allée de gravier, dépassèrent le pick-up et la voiture garés le long de la clôture et franchirent l’un après l’autre le portail grillagé. Au pied du perron, ils raclèrent leurs bottes sur le grattoir enfoncé dans le sol, la terre autour complètement tassée et lustrée et mêlée de fumier, puis gravissant les marches en bois jusqu’à la véranda vitrée ils pénétrèrent dans la cuisine où la jeune Victoria Roubideaux, dix-neuf ans, assise à la table en pin, faisait manger des flocons d’avoine à sa petite fille.

    Dans la cuisine, ils ôtèrent leurs chapeaux, les accrochèrent à des pitons fixés dans une planche à côté de la porte et gagnèrent aussitôt l’évier pour se débarbouiller. Leurs figures étaient rouges et burinées sous leurs fronts blancs, et sur leurs têtes rondes leurs cheveux rêches désormais gris argent étaient aussi raides que les crins d’un cheval.

 

Le vent des plaines de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-unis) par Benjamin Legrand. Ed. Robert Laffont – Pavillons poche.

Les gens de Holt County de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff. Ed. Robert Laffont – Pavillons poche.

 

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30 mars 2017

Révoltée
Eugenia Laroslavskaïa-Markon

Quelques semaines avant son exécution, Eugenia Laroslavskaïa-Markon, de sa prison russe, fait le récit de sa vie, de ses convictions qui l’ont entraîné là où elle se trouve. Je ne la connaissais pas, elle est née le 14 mai 1902. Très jeune, elle avait déjà ses propres convictions (pages 22/23). J'ai été enfant jusqu'à l'âge de six ans... Entre six et douze, se sont formées mes trois premières grandes idées dont les deux dernières m'ont accom­pagnée toute ma vie. La première est celle du végétarisme; la deuxième est celle de l'égoïsme absolu (même en se sacrifiant, l'homme le fait pour lui, pour éviter les souffrances et se procurer, ne serait-ce que pour un instant, la jouissance de prendre conscience de son héroïsme...). Beaucoup plus tard, dix ou douze ans après, j'ai retrouvé mes points de vue chez Stirner dont les œuvres ne m'étaient encore jamais tombées entre les mains. La troisième est que les hommes sont universellement innocents, qu'aucun n'est respon­sable ni coupable de ses actes : un enchaînement de causes dépendant de l'ensemble du monde, et non d'une personne en particulier, façonne le caractère de l'être humain, lequel, se heurtant à certaines circonstances, entraîne avec une impla­cable fatalité, de manière inévitable, telles consé­quences et non telles autres. Un soi-disant «salaud» est aussi peu coupable de ce que l'hérédité, le milieu ou même des circonstances supérieures, « accidentelles » — tel coup reçu par sa mère pendant la grossesse, ou telle impression fugitive née d'une conversation entre inconnus entendue par hasard dans sa prime enfance — ont finalement fait de lui que l'est une feuille d'imprimerie qui, pour une raison quelconque, sort défectueuse de la presse typographique. Le produit défectueux doit être retiré, parfois détruit, mais peut-on pour autant le tenir pour coupable ? Cette écharde du pardon universel, je la porte toujours en moi, et tout en haïssant le système — par exemple, votre système « soviétique » — je ne reporte jamais ma haine sur les hommes.

Jusque ses 14 ans, elle n’a le droit de sortir qu’accompagnée d’une gouvernante, et pourtant, lorsque la révolution éclate, elle est au premier plan. Pages 27/28). J'ai complétement oublié de mentionner que j'ai grandi et suis allée au lycée non pas à Moscou, mais à Léningrad, où mes parents ont déménagé après ma naissance. Chaque été, nous allions à Moscou dans la famille de ma mère...

Maintenant je vais raconter comment j'ai accueilli et vécu la révolution elle-même. Comme je l'ai déjà dit, jusqu'à l'âge de quatorze ans je n'avais pas le droit de sortir sans être accompagnée (par ma gouvernante ou une autre personne), alors cette fois-là, durant les journées de février 1917, profitant du désordre général, je me suis tout bonnement sauvée de la maison : j'ai traîné un peu dans les rues, j'ai crié «Bourreaux!» sous les tirs à blanc, au coin de la perspective Nevski et de la rue Sadovaïa, et je suis rentrée à la maison si vite qu'on n'a même pas eu le temps de remarquer mon absence.

Le lendemain, dès le matin, je me suis échappée de nouveau... Devant la forteresse Litovski d'où, la veille déjà, on avait libéré tous les détenus politiques, deux femmes tournaient en rond d'un air impuissant, comme des poules couveuses : probablement des épouses de prisonniers de droit commun... Un bout de papier s'envola d'une fenêtre du haut de la prison et se posa à terre. Le billet disait: «Tous les surveillants ont fichu le camp... Voilà deux jours qu'on n'a rien à manger... Aidez-nous, délivrez-nous!» et, en post-scriptum, une émouvante citation de Nékrassov : «Va avec l'offensé, va avec l'humilié — mets tes pas dans leurs pas; où s'entend le malheur, où pèse la douleur — sois le premier là-bas... » Je courus aussitôt chercher de l'aide au comité du quartier. On m'y répondit qu'on avait déjà libéré les prisonniers politiques, mais qu'on ne pouvait libérer les droit-commun. Je me précipitai alors aux casernes et j'en appelai aux soldats. Peu de temps après, les soldats défoncèrent à coups de mitraille le portail de la forteresse, et nous nous ruâmes en foule à l'inté­rieur, inondant les couloirs menant aux cellules.

Elle rencontre le poète Alexandre Iaroslavski, avec qui elle se marie.

Étudiante, elle est déçue par les bolchéviques et décident de vivre dans la rue. Elle devient voleuse par goût du risque et par conviction politique.

Ils seront arrêtés tous les deux, lui sera exécuté quelques mois après. C’est à ce moment qu’elle décide d’écrire sa vie, ce texte en est la traduction fidèle. Cette femme, d’une force de caractère exceptionnelle, était d’une grande intelligence, et avant-gardiste. Elle est allée au bout de ses convictions et de ses sentiments sans jamais flancher.

C’est Irina Fligué (directrice du centre de recherches et d’informations Mémorial de St-Pétersbourg) qui a découvert ce manuscrit de 39 feuillets en 1996. Elle nous dit dans la postface que le texte est plein de fautes grammaticales, Eugenia, disait d’elle-même qu’ « elle estropie les 4 langues qu’elle possède ».

Il y a aussi en fin de livre, le témoignage d’un gardien. Pages 144/145.

Cependant laroslavskaïa avait retrouvé ses esprits. Elle se releva péniblement, en prenant appui contre le mur, puis marcha droit sur Ouspenski. Celui-ci parut ravi de l'occasion qui lui était offerte de se sortir de son angoisse, et il l'injuria dans les termes les plus abjects.

— Alors? Maintenant c'est à toi de suivre le même chemin que ton mari. Regarde, c'est avec ce revolver-là que j'ai collé une balle dans la tête d'imbécile de ton laroslavski.

Soudain, la femme se met à hurler et à tirer sur ses liens. Ouspenski la regarde et part d'un rire convulsif et forcé. Un faux-semblant: il n'avait pas du tout envie de rire.

— Détache-moi les mains, espèce de charogne galeuse! hurlait laroslavskaïa, hystérique, en progressant vers lui à reculons, comme si elle s'attendait vraiment à ce qu'il lui délie les mains ligotées dans son dos. Puis soudain elle se retourna brutalement, poussa un hurlement déchirant et lui cracha au visage. Ouspenski devint effrayant à voir. Vomissant des injures, il assomma la femme d'un coup de crosse de revolver, et se mit à la piétiner alors qu'elle gisait sans connaissance. Alors ça a commencé... On prenait les gens du premier rang et on les emmenait. Je ne voyais pas la scène de l'exécution, je n'entendais que les claquements secs des coups de feu tirés par les bourreaux et des bruits de voix indistincts. De temps à autre, le cri d'un de ceux qu'on tuait: « Que l'Antéchrist soit maudit! » (...)

Il y a également des extraits de ses interrogatoires du 12 janvier 1931. Page 125. Interrogatoire d'E. I. Iaroslavskaïa
du 12.01.1931

La classe à laquelle j'appartiens, selon moi, est celle de tous les déclassés, aussi bien les criminels de droit commun que les intellectuels asociaux, et, en règle générale, tous ceux qui méprisent l'opinion publique, la provoquent et luttent avec franchise pour affirmer leur individualité dans tout son éclat. Je trouve la politique répressive du pouvoir soviétique à l'égard de la pègre d'une scanda­leuse hypocrisie (exiler, déporter, ce n'est pas résoudre le problème de la criminalité, mais l'éluder), c'est trahir un groupe qui dès le débuta soutenu ardemment la révolution et n'a jamais été lié à aucune notion de propriété.

C’est un livre passionnant, le témoignage d’une vie choisie, d’une vie vécue en connaissance de cause, dans la Russie du début du 20ème siècle.

Claude

Première  page

Avertissement: ne soyez ni étonnés ni troublés par ma sincérité. En fait, je suis convaincue que la sincérité est toujours avantageuse pour l'homme car si noirs que soient ses actes et ses pensées, ils le sont beaucoup moins que ce qu'en pense son entourage... Dans mon enfance déjà, je me disais toujours : « comme ce serait bien que nous soyons, moi et tous les autres êtres humains, transpa­rents, comme en verre, et qu'on puisse voir entiè­rement, comme à travers une vitrine, toutes nos pensées, tous nos désirs, tous les véritables mobiles de nos actes ; chacun verrait alors l'autre comme celui-ci s'imagine être ; or nous sommes bien loin en général de penser du mal de nous-mêmes ! »

Révoltée d’Euginia Laroslavskaïa-Markon, traduit du russe par Valéry Kislov, avant-propos d’Olivier Rolin, Postface d’Irina Fligué. Éd. Seuil.

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27 mars 2017

Le pays des grenouilles
de Pina Rota Fo

Voilà un roman que je n’avais pas envie de quitter, tant par ses personnages, le pays, ou l’évolution de la société qui est décrite au fil des décennies.

Le pays des grenouilles se situe en Basse Lomellina, entre Piedmont et Lombardie. C’est un îlot encadré par 3 fleuves, et où la présence de l’eau a permis de voir se développer les rizières. Au fil du livre, on découvre les différentes étapes de la culture du riz, qui est le travail de la population et son alimentation. Il faut y inclure les grenouilles, présentent en grand nombre dans cet écosystème.

Ce livre est une mine d’informations sur l’habitat rural, le mode de vie, les traditions de l’Italie du début du XXème siècle.

Pages 35-36. Le vétérinaire ne riait plus, il dodelinait de la tête, mortifié. Il comprenait qu'il avait exagéré en provo­quant comme ça ma mère.

Mais maintenant ma mère était partie, il fallait qu'elle se défoule, alors elle continuait sans reprendre haleine :

« Quand ça a été mon tour d'aller dans les rizières, les gardiens de la Chietamai ne frappaient plus, ils n'utilisaient plus la perche, comme pour les vaches et les bœufs... Mais ils nous traitaient toujours comme des bêtes. Ils nous criaient : "Truies, putains, feignasses". Que la plupart d'entre nous soit encore des gamines, ils s'en fichaient... Moi, j'ai commencé à dix ans, et pendant dix ou douze heures d'affilée, je restais penchée, les pieds dans l'eau. Ça me brûlait jusqu'aux genoux, les sangsues et tout un tas de bestioles s'accrochaient à mes jambes si bien qu'ensuite ma peau semblait scrofuleuse. Quand elles passaient sur la digue dans un cabriolet, leur ombrelle à la main, les demoiselles Cairoli, les filles de la "patriote", nous voyaient pliées en deux sur les rizières, mais elles n'y faisaient guère attention : on faisait partie du paysage. »

La narratrice (et auteure) est née fin XIXème  début XXème, dans une famille de paysans de 8 enfants. Elle nous décrit sa famille, leur vie au fil des ans, l’impact des guerres, le départ des aînés, et surtout de l’exode rural qui a commencé à être très importante à cette époque.

Je ne rentrerai pas dans les détails du livre, car l’histoire de la famille est celle de beaucoup d’autres. Ici, l’auteure nous fait vivre la grande histoire des livres, celle de l’exode rural avec son impact sur les familles et l’économie, par le biais des habitants d’un village. Des gens qui n’ont pas fait d’étude, des gens dont les valeurs étaient leur ligne de conduite.

Par les yeux des villageois, on ressent fortement la montée du fascisme. Page 79. Les grèves commencèrent et en même temps que les grèves, l'invasion des fascistes. Ils arrivaient des villages voisins, armés de matraques et de revolvers.

Mon père et le vétérinaire disaient entre eux : « Si tous les paysans étaient des perdapè, il n'y aurait pas de grève. On est dans un cercle vicieux : le patron ramasse les loyers et avec cet argent il vit comme un grand seigneur en ville, le fermier exploite le paysan pour payer le patron, le paysan en a plein les bottes de se faire arnaquer, il relève la tête et, vlan, les coups pleuvent.

D’un point de vue sociologique, l’exode rural connaît une pointe au début du XXème et j’ai beaucoup aimé le vivre à travers les yeux de ces parents, qui sur les 6 enfants survivants, se retrouvent désemparés lorsqu’il apparaît que personne ne reprendra la ferme. La colère et l’incompréhension et le désarroi que cela entraîne sont très bien exprimés. Pages 111-112. Rosina allait se marier, c'était le troisième mariage dans la famille. Elle épousait un employé de Vigevano.

Maman disait à la Bigia, la femme qui nous aidait à la maison et aux champs : « T'as vu un peu les mariages que font mes enfants ? » La Bigia ne répon­dait rien, elle haussait les épaules. Maman insistait : « Ils ont tous de la chance, mes enfants. Ils ont fait de beaux mariages. » La Bigia ne l'approuvait pas. Mon père voyait ses enfants s'en aller l'un après l'autre et feignait de ne pas s'en apercevoir. Parfois il écla­tait : « Ce n'est pas une maison ici, c'est une nichée de cailles becfigues, dès qu'elles ont quatre plumes sur les ailes elles s'envolent... et vont jusqu'au Pô.

— Un jour ou l'autre, moi aussi je ferai la caille bec­figue. » Maman criait plus fort que lui. « Je m'en irai moi aussi de ce village. » Mais elle savait bien que ce n'était pas vrai, qu'elle resterait là pour toujours, enra­cinée dans cette terre, dans cette ferme.

Moi aussi peu à peu j'avais été gagnée par l'idée de partir. Je n'étais partie qu'une fois, pour me faire soi­gner les dents. Mon père m'avait accompagnée chez un dentiste qui se servait d'une fraise à pédale. Celle qui marchait à l'électricité, on n'en trouvait qu'à Milan.

Il appuyait sur une pédale comme un rémouleur. La fraise faisait un grand vacarme. On aurait dit qu'il me torturait.

Quand Rosina fut mariée, la maison sembla plus vide. La table commença à être trop grande pour les cinq d'entre nous qui restaient.

Ce livre, c’est une histoire d’amour familiale, mais aussi la fin d’une façon de vivre. L’exode, le progrès, la mécanisation, les guerres ayants tout emportés sur leurs passages.

Œuvre unique de son auteure, ce livre est merveilleusement écrit. Il est en grande partie autobiographique. Pina Rota Fo est née en 1907, elle a travaillé sur ce roman dans les années 1950. L’analyse de ses personnages et leurs portraits sont bouleversants de vérité. Ceux de la politique tout autant, cela devrait faire réfléchir…

Claude

Première page

Mon père était perdapè. Perd-pieds. C'est ainsi qu'on appelle, en Basse Lomellina, les petits fermiers qui travaillent la terre pendant des heures chaque jour, même le dimanche, peinant jusqu'à « perdre leurs pieds », complètement usés par le sol.

Il était encore un petit garçon quand sa famille venue des Langhe piémontaises traversa le Pô pour venir s'installer à Sartirana.

Mon père se vantait d'être piémontais. Quand il parlait, il mélangeait les dialectes du Monferrato, de la Lomellina, un peu barbare, et l'italien.

Il avait suivi une moitié de dixième. Il n'allait à l'école que l'hiver; il nous racontait que, tous les jours, il devait apporter un fagot de bois pour réchauf­fer la salle de classe et faire sécher ses pieds trempés.

 

Le pays des grenouilles de Pina Rota Fo, traduit de l’italien et présenté par Delphine Bahuet-Gachet. Édtions Cambourakis.

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26 mars 2017

Depuis quelques mois, je travaille chez moi. Quel plaisir, quel bonheur… !

Ce qui est bien lorsque l’on travaille chez soi, c’est que l’on peut commencer un travail sans être dérangé, et cela j’adore. J’allume mon ordi, et choisi un cd, du jazz, un opéra ou un livre audio et hop, je me plonge dans mon travail. Je me suis rendue compte que je travaille plus, je ne veux pas dire par là que je fais plus d’heures, non non, ce que je veux dire c’est que je ne suis plus parasitée, on ne vient plus dans mon bureau pour un oui ou un non, et ça aussi c’est plaisant. Bon, il est vrai que je suis une vraie solitaire ! Par contre, en travaillant à la maison, je ne lève pas beaucoup les yeux de mon écran, et comme je préfère travailler 4 jours, je fais environ 10 heures d’écran par jour, aussi lorsque j’éteins mon ordinateur en fin d’après-midi, j’avoue que je n’ai plus tellement envie de me mettre devant un écran. Je vais flâner, j'habite près de la rivière, et il y a de belles balades à faire. Je lis, j’ai même écrit mes billets, mais sur papier, je vais essayer de les publier cette semaine.

Pour l’instant, je passe moins souvent sur vos blogs, j’écris moins de billet, juste le temps de trouver mon rythme.

Claude

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10 mars 2017

Nos âmes la nuit
de Kent Haruf

Je suis gâtée en ce moment, je viens de terminer 3 beaux livres, que je n’avais absolument pas envie de quitter.

Je vais donc commencer par celui de Kent Haruf. Je me suis laissée bercer par l’histoire et maintenant que le livre est terminé, je me sens un peu songeuse. J’ai aimé ces quelques heures en compagnie des personnages et les questions qu’ils évoquent.

Addie est veuve depuis de nombreuses années, son fils vit à Denver avec sa famille, elle les voit rarement. Elle vit à Holt, une petite ville typiquement américaine. Les journées passent, mais les nuits sont difficiles, et pendant ces moments la solitude lui est insupportable. Aussi un jour, elle va frapper à la porte de Louis. Il habite tout près de chez elle. Page 10.

-   Vous vous demandez sans doute ce que je fabrique ici, dit-elle.
-   Eh bien, je ne pense pas que vous soyez venue me dire que j’ai une jolie maison.
-   Non. Je veux vous proposer quelque chose.
-   Ah ?
-   Oui. Une sorte de demande.
-   D’accord.
-   Pas en mariage, dit-elle.
-   Je ne l’avais pas compris comme ça.
-   Mais pas si éloignée, en fait. Je ne sais pas si je vais oser. J’ai un peu le trac maintenant. Elle eut un petit rire. Comme pour un mariage, décidément.
-   Quoi donc ?
-   Le trac.
-   Ça arrive.
-   Oui. Bon, je me lance.
-   J’écoute, dit Louis.
-   Je me demandais si vous accepteriez de venir chez moi de temps en temps pour dormir avec moi.
-   Quoi ? Qu’entendez-vous par là ?
-   J’entends par là que nous sommes seuls tous les deux. Ça fait trop longtemps que nous sommes sans personne. Des années. La compagnie me manque. A vous aussi, sans doute. Je me demandais si vous accepteriez de venir dormir avec moi certaines nuits. Discuter.

Louis abasourdi sur le moment, va rejoindre Addie, et ils passent une partie de certaines nuits, à se parler allongés l’un à côté de l’autre. Peu à peu, ils se rendent compte que leurs vies s’allègent, ils se retrouvent le soir, ils parlent un moment, ils se racontent et s’endorment. Ils ne se cachent pas, la petite ville cancane, mais ils ne s’en préoccupent pas, et la ville ainsi que la fille de Louis finissent pas accepter. Page 60. Un soir de juin, Louis dit : J’ai eu une idée aujourd’hui. Vous voulez l’entendre ?
-   Bien sûr.
-   Bon, je vous ai parlé de Dorlan Becker à la boulangerie et de sa remarque sur nous, et je vous ai parlé des anciennes camarades de lycée de Holly qui lui ont téléphoné.
-   Oui, et moi je vous ai raconté l’épicerie avec Ruth, et ce que la caissière a dit. Et la réplique de Ruth.
-   Alors voilà mon idée. On va faire de nécessité vertu. Allons en ville en pleine journée, déjeunons au Holt Café, descendons la grande rue, prenons notre temps et amusons-nous.
-   Quand voulez-vous faire ça ?
-   Ce samedi à midi quand il y a le plus de monde au café.
-   D’accord. Je serai prête.
-   Je passerai vous prendre.
-   Peut-être même que je mettrai une tenue bien colorée et bien tape-à-l’œil.
-   Exactement, dit Louis. Et moi une chemise rouge.


Un jour le fils d’Addie vient lui déposer son fils de 6 ans pour les vacances. Leur complicité s’en voit renforcé, ils prennent le temps, la vie est paisible et leur histoire naturelle, vraie et sans contrainte.

Page 112. Elle aida Jamie à se glisser dans le sac de couchage, Bonnie couchée sur l’oreiller près de lui.
-   Vous serez où ?
-   On dormira là, juste à côté de toi.
-   Toute la nuit ?
-   Oui.
Le garçon s’endormit et Louis et Addie réintégrèrent la tente au bout d’une heure, se déshabillèrent, s’allongèrent, se tinrent les mains et contemplèrent les étoiles par la fenêtre à mailles. Flottait autour d’eux une piquante odeur de conifères.
-   Si ce n’est pas le bonheur, dit-elle.

Ils se rendent compte qu’ils n’ont jamais été aussi heureux, qu’ils n’ont jamais aimé aussi librement, dans une osmose parfaite. Mais, après avoir récupéré le petit garçon, Gene le fils d’Addie commence son odieux chantage. A ce moment le livre devient difficile. De quel droit des enfants peuvent-ils se mêler de la vie de leurs parents ? Jusqu’où peuvent-ils aller ? Le chantage aux petits enfants est odieux ! Comment peut-on se permettre d’interdire à une personne d’aimer, tout cela parce qu’elle n’a plus 20 ans ?!!! Je résumerai en disant que je trouve que la « dictature » des enfants est intolérable.

Le débat est très habilement amené, c’est vraiment bien fait. Je ne connaissais pas l’auteur, j’ai beaucoup aimé le fait que sans en avoir l’air, il a construit cette très  belle histoire d’amour qui réunit deux solitudes. Il a su restituer une atmosphère paisible, sereine et lumineuse jusqu’au moment où le fils croit pouvoir gérer la vie de sa mère.

Ce livre est comme il y est écrit en quatrième de couverture : « une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté. De l’âge, aussi, qui devrait permettre de s’affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement. »

Je vais continuer à lire Kent Haruf, pour voir si son écriture continue à me transporter.

Claude

Première  page.

Et puis, il y eut le jour où Addie Moore rendit visite à Louis Waters. C’était un soir de mai juste avant qu’il fasse complètement nuit.

Ils habitaient à un pâté de maison l’un de l’autre dans Cedar Street, le plus vieux quartier de la ville, où des ormes, des micocouliers et un érable solitaire poussaient le long du trottoir en bordure des pelouses vertes qui s’étendaient jusqu’aux bâtisses à deux étages.

Nos âmes la nuit, de Kent Haruf, traduit de l’américain par Anouk Neuhoff. Editions Pavillon – Robert Laffont.

 

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23 février 2017

Ouvre les yeux
de Matteo Righetto

Il serait vain de dire que la séparation quel qu’elle soit, la fin d’une vie ou d’un amour ne sont pas des cassures dans nos vies, permanentes ou non. Ce livre est une « marche » vers l’apaisement, dans les deux sens du terme. Un retour dans le passé pour mieux accepter l’inacceptable.

A travers ses deux personnages principaux, Francesca et Luigi, l’auteur nous entraîne avec eux dans l’ascension du Mont Latemar, pour se souvenir des temps heureux avec leur fils Giulio, et essayer de retrouver la force pour continuer.

Ils remontent le temps, de leur rencontre, de leur vie commune, de Giulio jusqu’à ce moment, où ils se retrouvent tous les deux à faire cette ascension douloureuse.

J’émets un petit bémol pour ce livre, que j’ai toutefois dévoré, comme quoi ! Je n’aime pas le style de la narration à la seconde personne du singulier et du pluriel. Il semble que cela soit à la mode, on le voit beaucoup se développer sur les blogs, les gens parlent d’eux en disant « tu ». Peut-être est-ce une nouvelle mode ? Bon, en tout cas, je n’y adhère pas. Heureusement, ce livre est profond, et malgré ce  bémol, il reste fort, il bouleverse, fait réfléchir et ou se souvenir. J’aime la nature, j’habite tout près d’une rivière (à peine 100 mètres), et je trouve que c’est une façon incroyable de se ressourcer. Cet aspect du livre, m’a vraiment séduit. Page 91.Vous ne trouvez pas tout de suite le bon rythme, la respiration profonde ou la régularité de la marche. Mais votre volonté vous fera surmonter les premières difficultés, comme une force invisible vous poussant à vous dépasser. Et à aucun moment vous ne penserez ne pas pouvoir y arriver.

Tu t’arrêteras de temps en temps pour reprendre ton souffle et elle fera de même, en s’arrêtant parfois derrière toi, parfois un peu en avant et de plus en plus souvent à tes côtés. Aucun échange entre vous pour dire la fatigue, pas de paroles d’encouragement non plus. Vous ferez de petites  pauses, le souffle court, le regard voilé, au milieu d’une forêt pleine de vitalité, de sons limpides et nets comme les cris répétés de la fauvette et de la mésange.

Face à cette nature « hostile » ou inhabituelle à leurs quotidiens, aux efforts qu’elle leurs demande, ils se rappelleront, et revivront des instants précieux à deux, malgré tout le passé malheureux qui a balayé les années bonheurs.

Ce que j’aime également dans ce texte, c’est le fait que l’auteur met à nu ses personnages, il n’hésite pas à donner leurs manières différentes de gérer les cassures de leurs vies. Celle d’une femme et celle d’un homme meurtris.

Page 149. Giulio était dans cet état depuis deux ans mais avec sa mort, c’est comme si pour Francesca son propre nom se perdait à jamais quelque part dans l’univers. A l’intérieur d’elle, tout meurt.
Les premiers mois sont insupportables. Comme si elle avait perdu son dernier souffle, elle se sent comme une chose jetée dans un coin, un chiffon tombé par terre dans la boue, un être ignoble qui fait mine d’être lui-même face à sa vie misérable.
Elle ressent une immense fatigue face à l’existence. Elle craint de devenir folle, de finir par sombrer pour de bon dans la folie.
Avec le mort de Giulio, elle a l’impression d’affronter un virage aveugle sur une route inconnue.
A partir de ce jour quelconque et vide de sens, Francesca s’enferme chez elle pendant plusieurs semaines.
Elle se nourrit d’une seule certitude : l’absolue impossibilité d’être comprise.

Page 151.Luigi décide immédiatement de partir et de faire un voyage en Islande, tout seul.
Il y reste deux mois.
Il ne veut pas regarder en lui-même ni mieux se connaître mais seulement rester seul.
Il vit des moments d’accablement, comme si tout se détraquait dans sa tête et dans l’univers et il se met alors à marcher, à voyager, il explore des lieux à la nature encore vierge, âpre et sauvage, en quête de quelque chose qui lui permette de ne plus ressentir, de ne plus  Il ne sait plus qui il est, ce qu’il porte en lui, tout finit par se brouiller.
Plus d’une fois, il se demande quand il va finir par se réveiller.
Il comprend qu’il n’est rien, si ce n’est l’ombre d’une ombre.
Pendant ces sombres journées, pendant toutes ces semaines, pendant ces premiers mois, il a l’impression d’exister sans être là, comme le vide.
Mais il est sûr d’une chose : au-delà de ses rêves et de ses délires, Giulio a finalement pu reconquérir sa dignité et sa liberté.

Il y a une phrase au début de ce livre de Bernard de Clairvaux qui m’a je pense décider à craquer pour ce livre ! Tu trouveras plus dans les forêts que dans les livres. Les arbres, les rochers t’enseigneront les choses qu’aucun maître ne te dira.

Claude

Ouvre les yeux de Matteo Righetto, traduit de l’italien par Anne-Laure Gonin-Marquer. Ed. La dernière goutte.

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