Juste comme ça... !
Juste comme ça… !
Hier soir, un ami m’a téléphoné, il m’a appris qu’un copain de fac était décédé le matin même. Le premier de la bande…
Nous étions une sacrée bande de fêtards ! Nous nous sommes tous plus ou moins perdus de vue, nous avons tous pris des chemins différents, la vie quoi ! Mais depuis hier soir, les souvenirs me reviennent… et ce n’est ni douloureux, ni gais c’est juste incroyablement loin !!!
Claude
Juste comme ça... !
Après avoir lu le livre d’Angelica Garnett et les commentaires de Dominique, j’ai pris le temps de réfléchir au métier de traducteur(rice) !
Quelle lourde tâche ! Ce ne doit pas être évident de garder le style, le rythme d’un(e) auteur(e) et, certainement, un peu frustrant. J’en ai bien conscience !! Injuste aussi, la reconnaissance du lecteur n’est pas toujours là !! N’empêche que c’est grâce à eux que la littérature étrangère nous est ouverte !
Les langues étrangères ne sont pas mon fort du tout !!! J’ai bien essayé de m’y remettre adulte, mais quand ça ne fonctionne pas… Je laisse cela aux autres, et je profite de leur travail !!!
Un petit arrêt sur ce travail me semble le bienvenu, ici et maintenant. D’autant plus, que je viens de finir le merveilleux livre de Marisa Madieri, Vert d’eau, que je n’aurai jamais pu lire si quelqu’un ne l’avait pas traduit !
Voilà, il faut dire les choses quand on les respecte !
Claude
Vérités non dites
Vérités non dites
d’Angelica Garnett
4 récits composent ce livre. 4 récits plus ou moins autobiographiques. Tous les 4 marqués par l’enfance d’Angelica Garnett. Fille de Vanessa Bell et de Duncan Grant, peintres renommés qui ne vivaient que pour leurs arts. L’auteure a évolué dans un monde d’adultes où elle a eu du mal à trouver sa place. D’autant plus, que son frère aîné dont elle était assez proche mourra en 1936 en Espagne, qu’elle apprendra à 17 ans que Clive Bell n’était pas son père mais que ce n’était pas la peine d’en parler !!! Et plus tard, que son mari avait été l’amant de son père pendant leur jeunesse ! Pas facile l’enfance à Charleston farmer’s.
Dans le 1er récit (Quand toutes les feuilles étaient vertes, mon amour), elle décrit cette vie à la campagne, entourée d’une mère aimante, dominante, de son père, de l’ami de la famille (Duncan Grant), de ses frères, des amis artistes, intellectuels, de l’ambiance qui régnait, du déroulement des journées, des spectacles, etc… Les noms et prénoms sont inventés, mais quand on connaît un peu le groupe de Bloomsbury, on les reconnaît tous aisément.
Elle introduit les trois autres nouvelles avec celle-ci, car découlera de cette enfance, ses amitiés, ses choix, ses maladresses etc.
Page 12/13. Quand toutes les feuilles étaient vertes, mon amour
Au fond d’elle-même croissait le germe du défaitisme, graine plantée par personne en particulier et, pour autant qu’on la remarquât, niée de tous. Maman entreprenait de consoler Bettina comme si elle lui faisait respirer des bouffées d’éther, dans un effort visant à apaiser ses plaintes, ainsi que ses propres doutes, peut-être. Bettina savait d’avance que si elle hurlait en tapant du talon par terre, elle n’obtiendrait en retour que sourires et promesses, et ce n’était pas cela qu’elle voulait, mais-comme elle s’en apercevait maintenant- tout simplement de la compréhension. C’était Maman dont elle la réclamait le plus et qui semblait le moins à même de l’offrir.
Dans la seconde Aurore et la quatrième Amitié, elle raconte deux rencontres exceptionnelles, exceptionnelles mais où la trahison a une place récurrente. Dans la première, elle a 17 ans, et dans la seconde, entre 60 et 70 ans. J’ai bien aimé l’évolution de sa personne. Dans Aurore, elle ne connaît rien de la vie, les prémices de la seconde guerre mondiale commencent à se faire sentir, les robes sont encore longues, Paris est encore le Paris des peintres, les chambres de bonnes accueillent encore des employées de maison etc. dans la seconde, une quarantaine d’années se sont écoulées, mais les gens restent les mêmes, avec leurs rires, leurs insouciances, leurs faiblesses, leurs amours, et elle, elle semble garder une certaine innocence face aux événements…
Page 107 – Aurore
… Ce n’était pas seulement que j’étais ignorante du monde, mais je semblais avoir été créée sans défenses. Tel l’agneau d’un jour qui erre à travers une forêt d’ours ou bien de loups, je devais ma survie à ce que l’on a coutume d’appeler innocence, mais qui est en vérité, je crois, l’égotisme le plus aveugle. Je n’étais pas exactement sotte, et pourtant, Juliana devait se demander où j’avais bien pu passer mes seize premières années sans devenir un peu plus dégourdie. Je crois que cela devait lui donner une idée plus haute encore de ma mère, femme certainement bien extraordinaire pour ne pas avoir insisté sur une vision plus réaliste de la vie dans la jungle.
Page 253 – Amitié
Helen prit conscience que sa relation avec Jonathan aussi bien que Carlotta était centrée sur le fait qu’ils étaient artistes. Au début, ce n’était peut-être qu’un sentiment snob et superficiel, toujours est-il qu’ils s’étaient introduits dans sa vie par le biais de leur art. Celui-ci leur procurait une dimension supplémentaire, en plus d’être un sujet qui les touchait profondément tous les trois. Helen les enviait de former un couple, d’avoir un intérêt et un objectif communs, de porter en soi une flamme, un sérieux qui les nourrissait. Tels deux oiseaux au bord d’une falaise, ils avaient volé, pouvaient voler encore, et Helen voulait voler avec eux. Étant leur aînée d’au moins trente ans, jamais il ne lui avait poussé des ailes et, même maintenant, elle n’espérait guère que cela se produisît.
Le livre est articulé par ordre chronologique, aussi dans le troisième récit La soirée d’anniversaire, un homme fête ses 97 ans, sa fille n’est pas là. Elle viendra le lendemain, le jour de sa mort, sans avoir pu lui dire un mot. J’ai une tendresse particulière pour cette histoire comme pour la première d’ailleurs.
Page 225 – La soirée d’anniversaire
Mais lorsque arriva Emily, qui aurait dû erre à la soirée mais n'y était pas, Mischa n'avait plus de voix. Une légère infection s'était installée dans sa poitrine. Il reposait comme précédemment sous son édredon, à peine plus robuste que la tige d'une plante, le canari voletant çà et là, non habitué à la compagnie. Emily s'assit avec une certaine rigidité dans le fauteuil à bascule, incapable, pour de mauvaises raisons, de faire la conversation. Il avait la main trop frêle pour qu'elle la prit dans la sienne, une apparence trop lointaine pour qu'elle risquât une étreinte. Sentant que c'était la dernière fois, elle voulait provoquer une réaction, mais arrivait au mieux à comprendre que son regard ressemblait trop à un fardeau pour lui ; aussi demeura-t-elle assise, laissant Swallow parler, curieusement, de l’avenir et de la mort.
…
Elle se leva, se pencha au-dessus de lui et fut choquée d’entendre, à sa grande surprise, une voix faible et limpide qui disait : « Rentre chez toi, ma chérie. » Aussi s’en alla-t-elle.
Vérités non dites, d’Angelica Garnett, traduction Christine Laferrière. Éd. Belfond.
Ce n’est pas un livre fluide, il manque beaucoup d’auxiliaires. Je ne sais pas d’où cela vient ! peut-être de la traduction… je ne me permettrais pas de donner un avis à ce propos, mais j’ai eu du mal à me faire à l’écriture. Surtout dans le dernier récit.
Par contre, j’ai aimé les portraits, les caractères des gens. Les descriptions des mondes, de leurs évolutions.
Qui peut me dire ce que fait Virginia Woolf sur la couverture !!! bien sûr, elle est la tante d’Angelica Garnett, mais c’est de Vanessa Bell qu’il est question dans ce livre ! La mère, celle qui a influencé la vie de l’auteure, l’exemple, l’aimée, la détestée… De Virginia Woolf, il n’est question qu’une seule fois, pour dire que sa mère avait une sœur. Ah, que ferait-on pour attirer le lecteur (lectrice) !!! mais à mon sens c’est faire preuve d’ignorance, ne faudrait-il pas plutôt éditer les livres sur Vanessa Bell en français ! il existe de certainement très bons livres sur ses correspondances avec sa sœur ou sur sa vie, ne serait-il pas plus intelligent de la faire connaître, c’est tout de même une peintre reconnue en Angleterre ! j’adorerai pouvoir les lire moi ;o) Alors que là, cette façon de faire prouve une certaine inculture ! Et puis, c’est aussi, ne pas avoir confiance en l’auteure. Vous remarquerez que ça m’énerve profondément. Enfin, en Angleterre, ils ont eu une idée un peu plus originale, plus neutre, mais qui peut s’appliquer sur la période des 60 ans de ce livre, et qui aurait pu être créée par V. Bell.
Au moins, pour le livre Trompeuse gentillesse, c’est une photo d’Angelica Garnett qui était en couverture. C’est un très beau livre aussi, j’en parlerai quand je le relirai.
Claude
Le magazine littéraire
Dossier « Virginia Woolf », dans le magazine Littéraire d’Avril
Je n’achète que très rarement des magazines, je vais en général les lire à la médiathèque de ma ville, qui est bien fournie. Il faut faire des choix !!! Il faut aussi savoir faire des exceptions parce que sinon… attention ;o)
J’ai donc acheté le magazine littéraire du mois d’avril. Il y a un dossier sur Virginia Woolf. Je l’apprécie, tout en ayant lu peu de ses livres. Moi, je suis plutôt fascinée par le groupe Bloomsbury (vous l’aurez compris je crois), par ce groupe d’individus hétéroclites, et surtout, par l’art de Vanessa Bell (la sœur de Virginia Woolf), de Roger Frye et de Duncan Grant. Je le trouve fascinant – donc, celle des sœurs que j’aurai aimé rencontrer c'est : Vanessa Bell. Chez moi, il y a des fresques qui la rappellent (merci encore et toujours à l’artiste qui les a créées).
Le dossier est intéressant (je ne l’ai pas terminé), bien illustré, vous y verrez des peintures de Vanessa Bell. Sa fille (et celle de Duncan Grant), Angelica Garnett (93 ans) vient d’écrire « Vérités non dites » qui doit sortir le 16 avril en France (22 €, et non pas 19.30 comme il est noté dans le magazine). C’est son premier roman, elle a précédemment écrit « trompeuses apparences » dans lequel elle s’interrogeait sur le groupe Bloomsbury. Dans « Vérités non dites », elle se sert apparemment de son enfance pour mener une réflexion sur les affres de la vie d’artistes. Je vous raconterai, car je n’ai pas pu m’empêcher de le commander… !!...
J’ai beaucoup aimé les articles sur Claudio Magris, et Georges Bataille. Je prends le temps de le déguster, et c’est le temps des vacances, alors sur une terrasse de temps en temps… dans le froid et sous la pluie, ça ne promet que du bonheur !!!
claude
La clairière de Marisa Madieri
La clairière
de Marisa Madieri
Daphné est une jeune marguerite, elle vit avec sa famille dans une clairière ensoleillée. Elle passe de l’enfance à l’adolescence avec toutes les joies et les tourments que cela peut engendrer. Elle fait l’apprentissage du monde végétal, animal et humain avec toutes leurs vicissitudes, dans un univers qui n’est pas sans rappeler nos sociétés.
À travers la courte vie de Daphné, Marisa Madieri explore certains faits de sociétés récurrents, la pollution, la peur ressentie à la découverte de l’Asie (le « péril jaune !!»), le racisme, l’éveil des sens, et mille autres sujets.
p. 47 – 49
C'est ainsi que Daphné prit place avec ses sœurs assez près de la tribune des orateurs.
- Donc, Mesdames et Messieurs - commença le Président, un vieux chrysanthème des prés déplumé mais qui avait encore de l'énergie et de l'autorité -, j'ai le devoir de vous expliquer pourquoi nous avons convoqué cette séance extraordinaire. Il ne vous aura pas échappé que depuis quelque temps notre pré est en train de changer de physionomie ou plutôt de couleur. À une époque de l'année où la floraison des marguerites devrait être à son apogée, formant un tapis blanc et soyeux - et là la voix se fêla d'émotion -, il est de fait que les touffes, jadis bien fournies, superbes, et si proches les unes des autres qu'elles ne formaient pour ainsi dire qu'une seule et même famille, se sont raréfiées et appauvries. Là où régnait le blanc des marguerites avance le jaune des pissenlits, qui occupent les vides laissés par nous. Les pissenlits, Mesdames et Messieurs, sont en train de nous submerger. Le taraxacum officinal ou dent-de-lion sera le futur maître de la clairière, si nous ne réagissons pas immédiatement. C'est un être fort, tenace, prolifique.
Ses graines chaque jour s'envolent avec audace et, au mépris de tous les dangers, se parachutent au loin, à la conquête de nouveaux territoires. Certains jours le soleil est offusqué par leur duvet fécond. Je demande aux experts d'examiner les causes de notre déclin et de nous indiquer les mesures à prendre.
Suivit un moment de silence inquiet, puis les Sages commencèrent à discuter entre eux avec animation.
- C'est vrai - disait l'un d'eux. Je ne m'en suis aperçu que récemment. Mais telle est bien la situation. Selon moi les insectes sont devenus abouliques et ont raréfié leurs ardentes visites à nos calices.
- C'est la pollution qui détraque tout - ajoutait Maricô, en faisant tout bas des vocalises pour continuer à s'exercer la voix.
- Non, c'est à cause des saisons - rétorquait son voisin. Il n'y a plus de saisons, autrefois le printemps c'était le printemps, et l’été l'été, aujourd'hui on ne peut même plus distinguer le jour de la nuit.
Oscar hochait la tête.
- Non, disait-il, ça vient plutôt de nous.
Aujourd'hui chacun ne pense qu'à soi et à son confort. Plus personne n'est disposé à assumer la responsabilité d'une famille nombreuse. Ça donne trop de tracas.…
P. 50
… Daphné, ce jour-là, comprit pour la première fois que le monde n'appartenait pas seulement aux marguerites. Les pissenlits, qui lui avaient toujours plu avec leurs pétales jaune d'or et leurs petits ballons transparents et doux, prêts à se fendre et à libérer au moindre souffle de vent leurs graines mûres, pouvaient devenir de dangereux concurrents. Ils n'étaient donc pas éclos dans la clairière pour la joie des marguerites, mais à côté des marguerites. Et il en allait probablement ainsi de toutes les plantes, arbres et fleurs, et les animaux eux-mêmes n'étaient pas simplement une partie du paysage, comme elle l'avait toujours cru, mais, à titre égal, des compagnons de voyage, des colocataires de la maison commune.
Elle regarda autour d'elle, étonnée, et se sentit petite et accessoire.
____
P. 64
Le lendemain, Daphné décida de passer tout l'après-midi avec Céleste. Elle avait des tas de choses à lui confier et il lui tardait de commenter avec elle l'histoire étrange que lui avait racontée Rachel. Mais elle trouva son amie dans un état pitoyable, le regard embué d'un voile de tristesse, les feuilles flasques et la tête penchée.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive, Céleste?
- Ah, Daphné, si tu savais. Je suis tellement humiliée. Mes parents m'ont fait d'amers reproches ce matin, parce que je me suis liée d'amitié avec une fleur inconnue, qui venait d'éclore à côté de moi. Ils m'ont menacée de me punir si je ne cessais pas immédiatement de la fréquenter. Une marguerite, selon eux, doit rester avec ses semblables et non se perdre avec des fleurettes de rien du tout, qui peut-être même sentent mauvais. Pourtant cette fleur-là, quoique modeste, était très polie et avait vraiment envie d'échanger quelques mots avec moi. Même si elle se trouvait parmi les siens, elle me semblait très isolée et je sais personnellement combien il est triste de se sentir seul.…
… p.65
- Qui es-tu, gentille fleur? - lui demanda-t-elle, sans se laisser intimider par la perspective de déplaire aux parents de Céleste, qui la jugeraient sûrement avec sévérité.
- Mon nom est myosotis, mais tout le monde m'appelle ne-m'oubliez-pas. C'est la première fois qu'il arrive à l'une de nos graines de germer dans cette clairière, c'est pour ça que nous ne sommes pas encore nombreux. Mais, bien qu'ici la terre soit bonne et qu'il y ait de la place, j'ai bien peur que la vie ne s'annonce très difficile pour nous. Je ne pensais pas qu'il y avait autant de préjugés envers les fleurs d'une famille différente.…
… p. 66
Daphné tressaillit et fut prise de honte pour les membres de sa communauté qui avaient fait si mauvaise figure en réprimandant quelqu’un qui voulait se montrer courtois et ouvert envers les nouveaux arrivés….
… p.67
Elle essaierait quand même de ne pas se faire voir, pour éviter d'inutiles remontrances. Daphné, de son côté, se garderait bien de parler aux siens de cette affaire et de leur demander des autorisations particulières, tant pour éviter d'être déçue face à d'éventuelles réponses négatives que pour ne pas s'exposer à la nécessité de recourir elle aussi à des subterfuges pour lesquels elle ne se sentait aucun goût.
La Clairière de Marisa Madieri, traduit de l’italien par Marie-Noëlle et Jean Pastureau. É. L’esprit des péninsules.
C’est un livre formidable, une fable des temps modernes !!! Je m’arrête là, car je serai capable de vous recopier une trop grande partie du texte, et, il y a tant de sujets encore… ! C’est un livre assez caustique tout de même, quand je lisais la liaison du vieux bourdon avec la jeune coccinelle et autres anecdotes, je ne pouvais m’empêcher de sourire !
De Claudio Magris : « Dans cette fable la douleur, le mal, la mort, l’espérance renaissante sont des thèmes inquiétants, traités avec un merveilleux détachement et une légèreté transparente. »
Claude
Dialogue avec mon jardinier
Dialogue avec mon jardinier
d’Henri Cueco
par la compagnie « l’Échappée Belle »
Il y a deux semaines, je suis allée au théâtre voir « Dialogue avec mon jardinier », tiré du livre d’Henri Cueco. Je connaissais le film, je l’avais plus ou moins apprécié. Par contre, j’ai adoré la pièce.
Un peintre et son jardinier se retrouve quotidiennement quand le premier est dans sa maison de campagne. Le peintre est renommé, cultivé, quant au jardinier, c’est son jardin qu’il cultive.
Au fil des conversations, des liens étroits se tissent entre les deux hommes. Chacun expose sa philosophie de vie à travers leurs conversations. L’art, l’amour, les vacances, le jardin, le temps qui passe, la maladie, la mort… tout est abordé, et chacun donne son point de vue. Ils s’écoutent, respectent la pensée de l’autre, ripostent, répondent, veulent aller ou pousser l’autre à aller plus loin, mais toujours avec beaucoup d’humilité, jamais avec moquerie, grave et gai à la fois.
J’ai vraiment aimé ce spectacle, il est plein fait du bien, donne de l’espoir, il est plein d’amour. Les deux comédiens : Didier Marin et Pierre Ouzonian sont restés fidèles au texte. Ils disent en avoir interprété environ 70 %. Ils ne sont pas tombés dans la caricature, j’en avais un peu peur en fait, le jeu est épuré et les silences respectés.
Après le spectacle, j’ai lu le livre, et, j’ai passé un très beau moment de partage et d’amitié.
Pages 32-33-34
- Dis, je voulais te demander quelque chose qui me turlupine. Ça sert à quoi, ça? C'est pour faire beau, d'accord, mais c'est pour mettre où?... Je me demande, moi. Il faut de la place pour mettre un grand machin pareil et il faut du recul pour le regarder. Il faut une maison appropriée, bien chauffée et tout. Ça peut pas être n'importe qui. Il faut être spécial. Il regarde, tête penchée. C'est beau... Enfin, si on veut. C'est affaire de goût... Y en a qui trouveraient ça beau. Moi, je peux pas dire, à force de te voir faire je commence à trouver ça beau, mais me demande pas de dire pourquoi. Comme ça sert pas à grand-chose et que c'est beaucoup de travail, je me suis dit : « Faut bien que ça soit beau... » Beau?... Je sais pas bien te dire... Il réfléchit. C'est que ça fait plaisir à voir. Je pense pas dire plus. Ça fait bien quand on regarde les couleurs. Je sais mieux dire ce qui est pas beau, comme le type qui s'est fait couper per en morceaux par le train, hier. Tu l'as pas su? Le train de 13 h 40, celui qui vient de Paris, arrive juste un peu avant le rapide qui va vers Paris. Enfin, ils se croisent en gare. Et le rapide s'arrête pas. Y a un type qui a sauté du train de Paris à contre-voie et qui s'est fait choper par le rapide. Ça a pas fait un pli, ça l'a broyé, on en a trouvé jusqu'au passage à niveau vers l'usine des paillassons. Ça, c'était pas beau à voir. Non, c'était pas beau. Le pauvre gars, ça l'avait bien arrangé... Enfin, y a pas de comparaison possible. C'est les mêmes mots pour parler de choses qui n'ont rien à voir. Hein...
Le pauvre gars... Mais une peinture, c'est pas pareil que ce qui est en vrai. C'est comment c'est fait qui compte. Je sais pas te dire. C'est toi le professeur, c'est pas moi. Moi, je me contente de te regarder faire... Par contre, tiens, regarde, moi aussi j'en fais, du beau. Regarde un peu celle-là.
- C'est quoi, ça?
- Une salade.
- Ça, une salade?
Il rit.
- Tu vois, y a pas que toi qui fais des belles choses. Ça, c'est mon travail.
- Ah, elle est belle !
- Elle est pour toi, je te la donne. J'en ai un plein carreau, je peux pas toute la manger, et la semaine prochaine elle va monter.
- Merci.
- Je te la pose là.
- Elle est vraiment belle.
- Ce qui est beau, c'est ce qui fait plaisir à voir, voilà, c'est simple... Mais bien sûr, toi, c'est plus compliqué qu'une salade, peut-être.
- C'est peut-être pas aussi beau.
- Moi, je trouve que c'est plus beau que la salade, même si on sait pas pourquoi. La salade, c'est parce qu'elle est blanche, parce qu'il y a du rendement. Tandis que ton truc, là...
Un long temps.
- Je vais à la soupe. A demain. Porte toi bien.
- Merci encore pour la salade.
Dialogue avec mon jardinier d’Henri Cueco. Éd. Points.
Théâtre :
Cie l’Echappée Belle
40 rue Origet
37000 Tours
www.cie-echappeebelle.fr
Claude
La haine de Wislawa Szymborska
La haine
de Wislawa Szymborska
Voyez combien elle reste efficace,
combien elle se porte bien en notre siècle,
la haine.
Avec quel naturel elle prend les plus hauts obstacles.
Combien il lui est facile : sauter, saisir.
Elle n'est pas comme les autres sentiments.
Leur aînée, et pourtant leur cadette.
Elle sait engendrer toute seule
ce qu'il lui faut pour vivre.
Si elle dort, ce n'est pas d'un sommeil éternel.
L'insomnie ne lui ôte pas ses forces, au contraire.
Peu lui chaut, religion ou pas,
pourvu qu'on soit dans les starting blocks.
Peu lui chaut, patrie ou pas,
pourvu qu'on soit dans la course.
La justice n'est pas mal, au départ.
Ensuite, elle court toute seule.
La haine. La haine.
Le visage tordu
par l'amoureuse extase.
Pouah ! les autres sentiments chétifs
et avachis.
Depuis quand la fraternité
attire-t-elle les foules?
A-t-on vu la miséricorde arriver la première?
Le scrupule soulève combien de prosélytes?
Elle seule sait soulever, on ne la lui fait pas.
Douée, réceptive, extrêmement bosseuse.
Nul besoin d'aligner les chants qu'elle composa.
Toutes ces pages d'histoire numérotées par elle.
Tous les tapis humains qu'elle a su déployer
sur combien de places et de stades.
Inutile de se leurrer
elle sait aussi faire du beau.
Splendides, ses lueurs d'incendie dans la nuit noire.
Admirables, les déflagrations au petit matin rose.
Ses ruines possèdent une majesté indéniable,
et la colonne robuste qui s'y dresse
n'est pas dénuée d'un humour gaillard.
En grande virtuose, elle joue du contraste
entre le vacarme et le silence,
entre le vermeil du sang et la blancheur de la neige.
Mais s'il est un motif dont elle ne se lasse jamais,
c'est bien celui du bourreau propre sur lui
penché sur la victime flétrie.
Toujours prête à entreprendre un nouvel ouvrage.
S'il faut attendre, elle attendra.
On la dit aveugle. Elle?
Avec ces yeux de sniper?
Intrépide, elle regarde l'avenir en face.
Elle seule.
La haine, page 115. De la mort sans exagérer de Wislawa Szymborska, traduit du polonais par Piotr Kaminski. Éd. Poésie Fayard.
Je découvre Wislawa Szymborska (1923-2012), ce que j’ai lu pour l’instant est magnifique. Je vous tiendrai au courant de mes découvertes. Je vous invite si vous en avez envie à aller sur le site « d’esprit nomade », il y a un très bel article sur cette écrivain atypique.
Claude
De l'âme (extraits)
De l’âme (extraits)
de Christophe Mileschi
La passion qui dévaste, la passion qui déraisonne, qui prend l'exacte contre-direction des lois édictées par les souverains de la place forte du moi, la passion qui jouit tant de tordre en tous sens les belles figures rectilignes de l'appropriation, cette passion-là ne se comprend que comme le ressac multiplié d'une onde qu'on avait cru stopper par des écrans en deçà desquels se voulait contenir l'être : une revanche de l'âme bannie alors qu'elle est partout chez elle, une déflagration un ouragan qui brise et qui balaye : la chance offerte ensuite d'ouvrir les murailles du moi recomposé de portes de fenêtres de soupiraux où laisser s'engouffrer le souffle du gouffre de l'âme, de construire une tour souple aux courants: roseau plutôt que chêne, réseau plutôt que chaîne.
La passion n'est pas l'amour, la passion n'est pas amour. Elle est fléau de contre-orgueil. Écho répercuté inverse d'amour propre. Narcisse dont le reflet brise ses chaînes pour lancer l'armée impalpable contre le visage rempart.
De l’âme, de Christophe Mileschi. Éd. Les nœuds Des Miroirs.1997.
À l’occasion de la journée de la poésie…
J’aime beaucoup la plume de Christophe Mileschi, que ce soit pour sa poésie, ses romans ou ses essais.
Claude
Juste comme ça...!
J’avais perdu des livres depuis quelques années, des livres que j’aimais beaucoup, vous savez ces livres que vous avez toujours envie de consulter… Vu la crise, ce n’est pas le moment pour moi de les racheter d’autant plus que certains sont épuisés et vendus à des prix exorbitants sur le net ! Dimanche, en furetant ici et là, j’ai retrouvé mon carton. Ils étaient tous là à m’attendre gentiment, ils ont dû rester empaquetés pendant au moins 10 ans, quel bonheur de les feuilleter à nouveau.
Il y avait aussi dans ce carton providentiel, un de mes cahiers d’école à l’encre violette, qui devait encore sentir la craie (bon, je ne peux pas vraiment me prononcer car je n’ai pas d’odorat !!!). Donc, un cahier qui datait de quelques décennies déjà.
Sur la page suivante il y avait un stencil ( ?) qui peut-être sent encore l’alcool ! Un poème de Prévert, fait-on encore lire des poèmes de Prévert à des enfants de 9/10 ans aujourd’hui ? Je l’espère, parce qu’après, le monde de la poésie s’ouvre à nous.
Maintenant, je préfère la poésie de Sylvia Plath, Pasternak, Lamartine etc. mais je lis toujours avec beaucoup de bonheur celle que j’ai apprise en primaire. Je crois, que j’ai eu beaucoup de chance d’avoir eu des gens qui aimaient la poésie dans mes premières années d’apprentissage (il y a toujours quelques exceptions, bien entendu), ils m’ont fait aimé les mots des autres.
Donc, pour en revenir à mon carton, il y avait aussi :
Enfant
Ton œil clair seul est d’absolue beauté.
Je veux y couler des coqs, des couleurs,
Toute une jonglerie clinquante
Dont tu médites les syllabes –
Calumet, jonquilles,
Minuscule
Plant sans ride,
Mare où les images
Devraient se parer de grandeur classique
Non pas ce trouble,
Ces mains tordues, ce noir
Plafond sans étoile.
20 janvier 1693
Un galop infatigable, Sylvia Plath de Valérie Rouzeau. Édition jeanmichelplace/poésie.
Voilà, pour ce qui est de cette semaine un peu spéciale pour moi. Un peu de nostalgie… pas de regrets, mais le temps passe si vite… Alors, il est important de prendre le temps, et c’est ce que je fais ce matin !
Claude
Mort d'une dame en été
Mort d’une dame en été de Heimito von Dederer
Le narrateur de cette nouvelle, est resté en ville pendant la saison estivale. Août, dans les villes de province est bien souvent synonyme de désert. Notre narrateur, écrivain de profession, est, un jour contacté par un avocat dont une cliente vient de mourir. Toute sa famille, et toutes ses connaissances sont parties en vacances à l’étranger. Ayant lors d’une conversation avec la veuve du conseiller entendu le nom de l’écrivain, il lui confie la tâche de la préparation des obsèques et de tout ce qui va avec.
Il rencontrera quelques difficultés !
Cette nouvelle est plaisante pour un après-midi pluvieux comme aujourd’hui.
Claude
Première page
Le plein été, en ville, c'est la saison de l'écrivain. Ils sont tous partis, déjà loin, ils regardent fixement à travers le pare-brise la route qui se dérobe sous eux, les mains gantées sur le volant, le téléphone reste silencieux, toute la corbeille de paperasse que le facteur déverse d'ordinaire quotidiennement dans l'antichambre diminue de volume et l'on peut se promener sans rencontrer quelqu'un constamment. C'est seulement à l'automne que commence la mise aux enchères des souvenirs de vacances, chacun déversant d'interminables pellicules photographiques grisâtres (comme on viderait ses intestins) ou encore des photos couleur rose bonbon, des diapositives et des films, ce qui tue toute convivialité. L'île d'Elbe l'emporte sur Amalfi, Paestum est une bonne carte et l'Égypte, c'est le joker.
Mort d’une dame en été, d’Heimito von Doderer, traduction de François Grosso. Éditions Sillage.












