De Bloomsbury en passant par Court green...

17 février 2017

Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas vraiment présente sur mon blog en ce moment. Je ne l’arrête pas, non pas du tout ! J’ai juste, jetée par inadvertance toutes mes notes !!! Oui, oui, ça arrive ! J’avais beaucoup de retard, c’est vrai, j’avais lu de très beaux livres. J’avais pris plein de notes, fait mes billets, sur un cahier que j’ai terminé… et avant de les taper sur l’ordinateur et les mettre sur mon blog, j’ai jeté le cahier. Oui, oui, j’avais tout simplement oublié de vérifier ce qu’il y avait dedans. Je me souviens bien du geste…  L’hiver est long, et entre la grippe, les sinusites, la fatigue s’était bien installée, et entre-temps pour me changer les idées, j’ai lu toute une série de polars, je suis passée à autre chose. Dommage, ha l’étourderie !!! Enfin, bref, ça ne me fait pas perdre le sourire pour autant.

Et voilà, que depuis dimanche je n’arrive plus à me concentrer sur un livre, ça arrive à tout le monde… ça reviendra, pas d’inquiétude. J’avoue que c’est assez déstabilisant, aussi je me contente de lire quelques pages de mon cher Mobidyck. J’ai dû le lire 4 fois, et s’il y a un livre qui devrait me réconcilier c’est sûrement celui-ci. Et puis, je pense que de petites pauses ne sont pas négatives et permettent de se concentrer sur autre chose, pour mieux revenir vers les livres.

En attendant, je vous dis à bientôt,

Claude

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28 janvier 2017

Emmanuelle Riva est décédée hier, je vous en parlais il y a peu de temps. J’aimais l’actrice, j’aimais la poète.

Claude

 

S’éteindre de sourires
être à ne plus finir
mon pauvre corps
je l’ai mis debout
à côté de moi
restes d’un beffroi
sur l’âme de la plaine

1986

 

Rêve de théâtre

Cheminement de tous les clochers
sur le ciel
guet-apens très doux
des aéroplanes
sur ton cœur
comme les hirondelles
que tu apprivoises
avec ton ombre

Tu peux t’éloigner
dans la magie
des fleurs nocturnes
tu peux prendre la tempête
pour amie
je serai ce lac de brume
à ton arrivée
ce lac de brume
et tu diras que tu aimes
toutes les lumières
de la  ville

____

 

L’amour se respire –
pour être, l’âme
est dans la ligne
de mire du corps

peut-être que je pleure
en dormant.
pour m’oublier moi-même
larmes inconnues
au réveil salé
des paupières

je brûle au centre d’un feu
qui ne change pas de place
ma fenêtre tourne
autour de la terre

je te vois tout près
le plein jour
est frappé de nuit
et moi, pulvérisée
en atomes de lumière.

-c’est l’été
la paix de l’été-

21 juin 2009

 

Le dernier village –dans la rue –

Les vieilles gens
c’est l’os du temps
de plus en plus
ils ont en moins

ils ressemblent
aux trembles
de l’hiver des jardins

le regard
est en retard
étang miroir
réservoir à la soif des bêtes

les dents espacées du sourire
hersent les souvenirs

Dieu récolte
des restes de peau fanée
plus douce que le silence

 

(nuit du 10 au 11 décembre 2010)

 

Poèmes extraits de « C’est délit-Cieux » Emmanuelle Riva. éd. bayard

 

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15 janvier 2017

Dessins
de Sylvia Plath
par Frieda Hughes

 

Si vous me suivez, vous savez comme j’apprécie les écrits de Sylvia Plath (d’où le Court Green). Je vous présente ici, un livre de quelques dessins que sa fille, Frieda a décidé de partager.

Le livre se compose de 4 parties : les dessins d’Angleterre, les dessins de France, les dessins d’Europe et enfin les dessins des Etats-Unis. Ils sont commentés par des passages de lettres ou du journal de Sylvia Plath.

J’aime vraiment beaucoup ce livre, en plus d’avoir une plume extraordinaire (à mes yeux), elle avait un coup de crayon tout aussi magnifique, fin et précis, comme ses mots.

Dans sa préface pleine de pudeur, Frieda Hughes, parle de sa mère, son père et son frère, tous trois décédés. Si pour ma mère la poésie passait avant tout, les arts plastiques n’en ont pas moins toujours été très importants dans sa  vie.

En Europe nous ne connaissons pas vraiment ou disons peu Sylvia Plath comme dessinatrice, mais cela ne m’étonne pas, j’avais vu les illustrations de ses contes pour enfants que j’avais trouvé très beaux.

Ce livre est près de mon lit, et sera bientôt usé à force d’être consulté !!

Dessins de Sylvia Plath, traduction de Valérie Rouzeau. Editions La table ronde.

 

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The pleasure of Odds and Ends (1957)

Dimanche matin 7 octobre 1956
Mon Teddy bien-aimé…

… De ma balade d’hier, j’ai rapporté à la maison un chardon pourpre et un bouquet de pissenlits, que j’ai dessinés avec amour attention ainsi qu’une théière et des châtaignes assez ratées je dois dire, mais je m’améliorerai avec la pratique ; le dessin m’apporte un tel apaisement, plus que prière, plus que la marche, plus que tout.

… avec tout l’amour et l’admiration de ta Sylvia

 

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Kettle, 1956.

 

Dessins de France

 

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Ted Hughes 1956

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Tabac opposite Palais de Justice, 1956.

 

Hôtel des Deux Continents Paris,
France le 25 août 1956

À la plus chérie des mères,

Nous sommes maintenant samedi 25, Warren est assis sur notre lit, en train de lire ta lettre pendant que Ted, de ses mains vigoureuses, lave sa chemise dans la cuvette. Notre voyage a été vraiment fatigant, mais nous nous sommes bien amusés. C'est à Benidorm la dernière semaine que j'ai été le plus heureuse, comme si je m'éveillais enfin à la beauté de la ville. J'ai réalisé de minutieuses esquisses à la plume lors de nos balades avec Ted, tandis qu'il lisait, écrivait ou méditait à mes côtés. Il adore m'accompagner quand je dessine, il aime beaucoup mes croquis et se réjouit que je me sois remise au dessin. Attends de voir mes encres de Benidorm - les meilleures de toute ma vie, le style très appuyé des traits, des ombres; et pas les plus simples des sujets : le marché aux paysans (ils se sont attroupés autour de moi comme des enfants curieux, et un petit monsieur qui voulait que son étal figure sur mon dessin y a suspendu une guirlande de gousses d'ail tout artistique pour capter mon attention) ; une composition de trois sardiniers dans la baie avec leurs lampes élaborées et encore une autre réussie du promontoire et les maisons surplombant la mer. Je vais rédiger un article à leur propos et les envoyer au Monitor. Je crois que je suis en train de concevoir une sorte de style primitif bien à moi que j'aime vraiment beaucoup. Tu vas voir. Le croquis de Cambridge n'était rien en comparaison de ceux-ci. Ted veut que je dessine encore et encore...

… Sivvy

 Je vous laisse découvrir le reste du livre, et vous plonger dans les écrits et les dessins à votre rythme, à votre guise.

Claude

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13 janvier 2017

En attendant mes billets (que je dois commencer à faire ce week-end…) voici quatre poèmes d’Emmanuelle Riva, extraits de son livre : C’est Délit-Cieux ! Le livre est construit en trois parties, la première une interview, la seconde, une partie photo et enfin la troisième une sélection de poèmes d’hier et d’aujourd’hui.

J’aime la force qui se dégage des poèmes.
Claude

 

Sfrezzature (insolence élégante)

Tu enfantes le jour
au sortir de la tombe
l’aube te soulève
tu entres dans la mer
et tu te mets sous la dent
l’or cassé du soleil

Irruption de fleur
Hexagone
parfum de langue
initiale
sur jachère ingénue
embardée du départ
par l’œsophage
de l’Infini
l’hors d’haleine
de l’Amour.

Emmanuelle Riva – 6 août 2014 au lever du jour

 

Corps millénaires,
l’être entier de l’amour
trace la solitude
des caresses de l’ombre
qui croise la lumière ;

l’aujourd’hui
vient de l’hier
comme le père
porte son enfant
sur les épaules.

Emmanuelle Riva – Août 2014

 

Brûle ma face
et brûle ma pensée

et brûle aussi mes os

parce que je t’aime

et qu’il ne soit plus question
de rien
entre nous

Emmanuelle Riva – Afrique 1969

 

Le dernier village

-   dans les rues –

Les vieilles gens
c’est l’os du temps
de plus en plus
ils ont en moins

ils ressemblent
aux trembles
de l’hiver des jardins

le regard
est en retard
étang miroir
réservoir à la soif des bêtes

les dents espacées du sourire
hersent les souvenirs

Dieu récolte
des restes de peau fanée
plus douce que le silence.

Emmanuelle Riva – nuit du 10 au 11 décembre 2010 –

 

C’est Délit-Cieux !, « entrer dans la confidence » d’Emmanuelle Riva, Entretien avec Arnaud Schwartz suivi de poèmes d’Emmanuelle Riva. éditions Bayard.

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01 janvier 2017

La vie lente des hommes
de Sylvie Aymard

 

    Bussy n’a pas 15 ans quand elle s’aperçoit qu’elle est enceinte de Daniel. Il mourra avant de le savoir. Nous sommes en 1940. Page 32. Matteo vint chercher sa fille. Lorsqu’il entra, Bussy dérangea d’une main brusque tous les sièges vides autour de la table. Ils repartirent à Paris juste avant la fin de la guerre. Sans parler de Daniel. On ne reparlera plus jamais de Daniel. Elle rentrera alors avec son père à Paris, où ils élèveront ensemble la petite Esther. A la libération, elle rencontre Tristan. Ils se marient, et le père de Bussy, décidera de rentrer en Italie, là où sont ses racines.

Page 73. Tristan posa une longue main possessive sur le bras de Bussy pour la guider vers la voiture. Aucun sujet de discussion ne lui vint. Ne plus la quitter, c’est tout.

    Esther grandit entre l’amour démesuré que Tristan éprouve pour Bussy, et la langueur de cette dernière face à la vie. Elle sent qu’on ne lui dit pas tout, qu’il y a quelque chose en suspension dans leur vie.

    Par petites touches, Sylvie Aymard nous révèle les secrets de Bussy, le malaise d’Esther, l’amour infini de Tristan, et enfin, leurs libérations (délibérée ou subie), chacun à leur manière.

    Bussy en restant dans son passé, Tristan en adorant sa femme, ont fait qu’Esther au milieu d’eux a toujours cherché sa place dans leur vie, et dans sa vie. L’oubli, l’abandon sont au cœur du livre, mais, la puissance destructrice de l’ignorance est ce que je retiendrai de ce roman. Je n’avais jamais lu Sylvie Aymard, et c’est une belle découverte de fin d’année.

Claude

Première page

Elle porte un châle en laine, croisé fort dans le dos, contre la primo-infection. Même en ce début septembre presque torride. L’après-midi est roux, teigneux, crépitant de soleil.

En face de son immeuble, au milieu d’un terrain mal foutu, plein de trous secs, d’herbes jaunes et du chaud dans l’air qui cherche le vent : elle attend les autres. Impatiente, elle tape du pied, soulève une sale poussière. Soudain, l’espace aride se remplit d’une giclée de gosse qui la rejoignent.

Et ça court partout, se presse de jouer, la salive filante, les cris poussés trop fort, pour rien.

Pour faire le bruit des enfants.

La vie lente des hommes de Sylvie Aymard. Editions Maurice Nadeau.

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31 décembre 2016

Je vous souhaite une bonne année 2017, une bonne santé, et plein de bonnes choses.

Je sais que cela peut faire sourire, mais c’est le plus important, quand elle est là, nous sommes libres, croyez-moi !

 

Je suis une solitaire, et je n’aime pas spécialement fêter le 31 décembre ou plutôt le 1er janvier. Chez moi, nous ne le fêtions pas, mes parents travaillaient et nous, nous donnions un coup de main le lendemain. C’était sympa, mais cela fait que je n’ai jamais pris du plaisir à faire la fête pour faire comme tout le monde. Alors, ce soir, je vais me régaler avec une soirée « William Holden », quelques dvd à revoir, vont faire mon bonheur.

Bonne soirée à tous

 

Claude

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30 décembre 2016

Le châle
de Cynthia Ozick

Dans le camp où elle a été emprisonnée, Rosa est avec sa nièce Stella et sa petite fille. La petite Magda, est née dans le camp dans le plus grand secret, née d’un viol d’un soldat allemand, elle est cachée dans un grand châle. Un « doudou » qui la rassure, qui la calme lorsqu’elle a faim, elle le tète, etc. Elle grandit, elle ne pleure pas, elle ne parle pas, et reste emmitouflée, tranquille. Mais un jour, où il fait très froid, Stella n’y tient plus, elle prend le châle pour se réchauffer, Magda veut le récupérer, et elle qui n’avait jamais marché ni parlé, se sauve dans la cours, en criant « Mama ». Malheureusement, elle se dirige droit vers un soldat allemand, qui la prend et la jette sur les fils électrifiés. Page 17. Magda titubait dans la lumière périlleuse du soleil sur la place, griffonnant de ses si pitoyables petits tibias tordus. Rosa voyait. Elle voyait que Magda allait mourir. Une houle de commandements monta dans les seins de Rosa, martelant ses tétons ; aller chercher, prendre, apporter ! Mais elle ne savait pas de quoi s’occuper d’abord, de Magda ou du châle.

Trente ans plus tard, Rosa a bien essayé de s’en sortir, de recommencer, mais en vain. Page 23. Rosa Lublin, qui était folle et brocanteuse, renonça à sa boutique – elle la démolit de ses propres mains – pour aller s’installer à Miami. C’était de la folie. En Floride elle devint dépendante. Sa nièce de New York lui envoyait de l’argent et elle vivait parmi les personnes âgées, dans un trou sombre, une chambre individuelle dans un « hôtel ».

Alors qu’elle essaie de survivre, Rosa demande à Stella de lui envoyer le châle rouge qu’elle lui avait demandé de conserver. Tout le passé remonte, les douleurs, la perte de la petite Magda, sa chaleur, sa tendresse. Dans les mêmes temps, elle rencontre un vieux polonais à la laverie, il arrive malgré ses réticences à entrouvrir son monde. Page 27. A la laverie elle s’assit sur un banc de bois fendu et contempla le hublot rond de la machine à laver. A l’intérieur, la déferlante de bulles de détergent écumait et giflait ses sous-vêtements contre la vitre. Un vieux était assis les jambes croisées à côté d’elle, feuilletant un journal. Elle regarda de son côté et vit que les manchettes étaient toutes en yiddish.

Le livre traite de la survivance, de la reconstruction et de la force qu’il faut pour surmonter l’inconcevable. Je pense que c’est un livre sur « l’oubli nécessaire », l’oubli pour recommencer ou continuer.

Il y a une grande oubliée dans ce livre, c’est Stella. Stella la maltraitée, celle qui doit sa vie à Rosa, celle à  cause de qui Magda est morte. On sent en transparence sa souffrance à elle, son besoin de protéger Rosa tout en la laissant vivre sa vie telle qu’elle l’entend.

Ce livre est très triste et laisse un sentiment très fort. Sa sobriété fait des souvenirs de Rosa un chant d’amour maternel au cœur de l’enfer des camps, de la souffrance et de l’inadmissible. Il nous dit à quel point il ne faut pas oublier l’histoire.

Claude

Première page

Stella, froide, froide, le froid de l’enfer. Comme elles marchaient sur les routes ensemble, Rosa avec Magda blottie entre ses seins meurtris. Magda enveloppée dans le châle. Parfois Stella portait Magda. Mais elle était jalouse de Magda. Maigre fillette de quatorze ans, trop petite, avec elle-même des seins maigres, Stella aurait voulu être enveloppée dans  un châle, cachée, endormie, bercée par la marche, bébé, rond nourrisson qu’on porte dans les bras. Magda prenait le téton de Rosa et Rosa ne cessait jamais de marcher. C’était un berceau qui marchait. Il n’y avait pas assez de lait ; parfois Magda tétait de l’air ; alors elle criait. Stella était famélique. Ses genoux étaient des tumeurs sur des bâtons, ses coudes des os de poulet.

Rosa ne sentait pas la faim ; elle se sentait légère, non pas de la légèreté d’une personne qui marche, mais de celle d’une personne qui s’évanouit, qui entre en transe, suspendue dans une convulsion, devenue déjà un ange flottant, la conscience en éveil et voyant tout, mais en l’air, pas vraiment là, ne touchant pas la route.

Le châle de Cynthia Ozick, préface de Valentine Goby, traduction de Jean-Pierre Carasso. Editions de l’Olivier.

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23 décembre 2016

La mort a chevauché hors de Perse
de Péter Hajnoczy

 

    L’homme adulte raconte le jeune homme qu’il était. Plus précisément, le jeune qu’il était et l’homme qu’il est encore : en couple avec une femme et l’ALCOOL.

    Les deux femmes ont le même but, celui d’essayer de sauver leur histoire d’amour que l’alcool met en danger. Il les entraîne dans ses ruses, ses mensonges pour essayer de conserver et la femme et l’alcool. Jeune ou adulte, ses réactions sont les mêmes, même s’il se dit qu’il veut décrocher, son addiction reste la plus forte, au point où l’on se demande s’il a    vraiment envie de l’arrêter. Mais cela, je crois qu’il faut avoir une addiction pour le comprendre.

Page 43. En même temps, il croyait tout et son contraire. Il se décida pour une action brutale et déterminée ; il se leva, se tourna vers le soleil et, en cachette, prit les cigarettes et les allumettes dans sa main. Excuse-moi, dit-il à Krisztina, j’ai une espèce de gastroentérite, il faut que j’aille quelque part, je reviens tout de suite. Il avait aussi de l’argent sur lui, un billet de vingt forints caché dans son paquet de cigarette ; avec cela, il boirait deux bières.

Page 55. Le garçon était bien conscient que sa situation n’avait rien d’encourageant, surtout depuis qu’il avait bu de la bière. Il était également conscient d’avoir perdu toute son assurance après l’hiver à Rakoscsaba. Il était devenu lâche, il se comportait comme un mendiant devant les femmes, et cela, manifestement, Krisztina l’avait senti. En effet, il ne lui serait jamais venu à l’esprit auparavant de se demander ce qu’une femme pouvait penser de ce qu’il boive ou qu’il fume. Il buvait ouvertement et non pas en cachette, dans son coin, en racontant des mensonges. A cette époque-là, il n’était dépendant des caprices d’aucune femme et il acceptait les faveurs de n’importe quelle femme comme allant de soi –par exemple, le fait de coucher avec elle ; il n’accompagnait aucune femme pour une visite à l’hôpital et il ne faisait pas non plus la roue devant sa tante ; c’était une sorte de beau gosse plein d’entrain qui pouvait choisir à sa guise parmi les femmes.

    Ma manière de résumer le livre  peut sembler succincte, mais il va beaucoup plus loin. En le lisant, on ressent à quel point les addictions peuvent mener des vies, à quel point elles peuvent tout dévaster.

    J’ai apprécié le livre, j’ai un bémol, non pas par rapport à l’histoire et à l’écriture, c’est intelligent et passionnant, sinon le livre n’apparaîtrait pas sur mon blog. Non, mon souci vient de la quatrième de couverture. Je n’aime pas les éditeurs qui ne sont pas capables de résumer un livre sur leur 4ème de couverture et reprenne un passage qui ne reflète pas forcément le contenu. Dans ce cas précis, l’extrait qui est édité ne représente pas le livre, il laisse transparaître beaucoup plus de poésie qu’il n’y en a réellement dans le roman. En même temps, il est vrai qu’il résume très bien la vie de l’homme, mais pour que nous, nous le comprenions, il faut que nous ayons lu le livre, et nous ne pouvons pas en lisant cela deviner que nous partons dans l’histoire d’un homme qui n’arrive pas à combattre ses démons. 4ème de couverture.

Intuitivement, l'homme savait que la ville inconnue avait été habitée autrefois par des Perses et qu'elle avait été détruite par une guerre cent trente ans auparavant. Étincelantes sous le soleil, les ruines des maisons jaune moutarde revêtaient toute sorte de formes géométriques.

Tantôt l'homme trébuchait dans la poussière jaune au milieu des pierres jaunes, tandis qu'il essayait de traverser la ville pour rejoindre sa femme, tantôt il dominait à nouveau la ville, et se voyait en train de trébucher dans le labyrinthe des ruines. [...] Mais quelque chose lui disait qu'il ne pourrait jamais traverser la ville morte. Il trébucherait au milieu des murs jaunes jusqu'à ce qu'il s'écroule et qu'il meure.

 J’ai aimé le livre, malgré cela. Je suis toujours étonnée de ces façons de faire, ça s’appelle marketing, mais bon...

 

Claude

Première page

La voici la terrible page blanche, vierge, sur laquelle je dois écrire, pensa-t-il. Il allait déjà un peu mieux ; il essaya de se mettre au travail.

De mi-juillet à fin novembre, à part quelques courtes interruptions, il n’avait pas dessaoulé, n’avait pas écrit une seule ligne. Avant cela, il s’était trouvé embarqué dans  une relation bizarre et équivoque –que quelqu’un de l’extérieur aurait pu à juste titre juger insensée – avec une fille de dix-neuf ans. De plus, l’histoire les avait sérieusement affectés, surtout sa femme et lui ; la fille, elle, était sortie indemne de cet imbroglio.

A présent, il feuilletait les notes qu’il avait écrites durant la période où il se saoulait et les deux cent soixante-dix pages dactylographiées qu’il savait devoir jeter. Tout au plus, pourrait-il en conserver un ou deux paragraphes et quelques phrases.

« Trois années de travail. »

Il ne se désolait plus pour le temps gaspillé, il ne faisait que constater les faits. Il jetait des choses du genre :

« J’ai apporté sept bouteilles de bière Steffl et deux bouteilles de vin blanc léger, et comme par distraction, j’ai ouvert deux bouteilles de bière, j’ai rempli deux verres, j’en ai placé un devant ma femme sur la table. A. a bu la bière et, comme toujours, elle l’a bue avec plaisir comme quelqu’un qui, grâce à un compteur interne dissimulé dans son organisme, boit uniquement la quantité d’alcool qui lui fait du bien et n’est donc pas obligé de s’arrêter pour ne pas dépasser sa limite en buvant ne serait-ce qu’un verre de trop.

La mort a chevauché hors de Perse, de Péter Hajnoczy, traduit du hongrois par Charlotte Karady. Editions Vagabonde.

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21 décembre 2016

Le beau-fils
d’Emmanuel Bove

 

Toute jeune femme, Annie Vuillemur tombe amoureuse d’un homme, Jean-Melchior Oetlinger, père de deux enfants, dont un seul est reconnu, Jean-Noël.

Annie est d’une bonne famille, et le mariage contrarie sa famille, qui, sans la renier complètement s’éloigne d’elle. Le jeune Jean-Noël, vient rapidement vivre avec eux, et très vite s’attache à sa belle-mère.

Jean-Melchior a une santé fragile et meurt lorsque le jeune homme à 17 ans. Annie et son beau-fils retourne dans la famille Vuillemur, qui accepte le retour de la jeune femme. Mais, elle ne fait que « supporter » Jean-Noël, sentant qu’il s’installe dans une vie oisive, elle le pousse à avancer son inscription au service militaire.

     Annie ne souhaite qu’une chose, que son beau-fils s’affirme, soit indépendant et profite de la période d’après-guerre pour se propulser dans sa vie et sa réussite. Mais, à son retour de la guerre, il ne fait que la décevoir, elle et son entourage. Il se marie plusieurs fois, n’a pas de métier, est instable, est assez fourbe et fait payer ses dettes par les autres. Annie continue à le soutenir comme elle le peut, mais jamais il ne se remet en question, et les autres sont toujours les fautifs. Il voue une admiration/amour sans faille à Annie. Pour elle, si elle l’appelle, il abandonne tout, mais, elle ne supporte plus son manque d’ambition, son manque sa vie. Alors qu’elle a repris la peinture et s’est lancée dans la vie, lui, plus jeune, végète. Elle décide alors, d’agir.

Les deux pages qui suivent résument assez bien le caractère de Jean-Noël, sa fourberie et son manque d’ambition, ainsi que son attachement à Annie. Pages 90-91 Tant qu'il le put, Jean-Noël cacha à Marguerite l'existence de Mme Mourier. Mais en janvier 1923, cela lui fut impossible.

Un soir comme il était rentré plus tard que d'habitude et que sa femme lui en faisait le reproche, il lui avoua brusquement la vérité. Marguerite se trouva mal. Le bruit qu'il fit en la portant dans la chambre à coucher réveilla l'enfant. Elle reprit ses sens et, pour que sa fille ne s'effrayât pas, elle la berça en chantant, cependant que des larmes coulaient de ses yeux, ce qui faisait un contraste dont elle se rendait parfaitement compte.

Le lendemain, Jean-Noël essaya de parler raison. S'il se séparait de sa femme, ce n'était qu'apparemment. Il n'oublierait jamais qu'il avait une fille. Il savait qu'il ne restait presque plus rien de la petite somme que Marguerite lui avait apportée en dot. Elle lui dit que c'était au moment où elle allait être récom­pensée des privations qu'elle avait endurées pour lui qu'il l'abandonnait. Il lui répondit qu'elle se trompait, qu'il n'avait pas encore sa licence, que d'ailleurs, même s'il l'avait eue, les difficultés n'auraient fait que commencer. Il la quitta finale­ment sous un prétexte aussi futile que celui qu'il avait pris pour devancer l'appel de sa classe. Dès qu'il fut dans la rue, il arrêta un taxi et rejoignit M11e Mourier. Le soir même, Jean-Noël, qui se désintéressait déjà depuis longtemps de ses études, partait avec Laure pour Nice. Il y avait des semaines qu'il faisait l'éloge de cette ville où il avait passé tant d'années. Ils habitèrent une chambre d'où on apercevait la mer. Ils prirent leurs repas dans des restaurants à prix fixe et comme Mme Mourier disait avoir horreur des gens communs, ils arrivaient quand tout le monde était parti. Parfois ils se rendaient à l'heure du thé dans un grand hôtel. Mme Mourier parlait alors des relations de son père, de celles qu'elle avait elle-même, du luxe dans lequel elle avait vécu jusqu'au moment où elle avait préféré l'indépen­dance à la fortune. De temps en temps Jean-Noël pensait à Marguerite. Il la revoyait étendue sur son lit, cependant que sa fille pleurait. Celui lui faisait l'effet d'une scène d'hôpital et bien vite il pensait à autre chose.

De retour à Paris, Jean-Noël n'osa pas tout de suite rendre visite à sa belle-mère. Il n'avait pas donné de ses nouvelles. Que s'était-il passé pendant son absence ? Il craignait que Margue­rite n'eût été se plaindre à Annie. À la seule pensée que Mme Œtlinger sût qu'il était marié, qu'il avait une fille, il rougissait. Mais Mme Mourier, qui mourait d'envie d'être introduite chez les Villemur, le persuada que dans la situation où il était à pré­sent, c'est-à-dire amendé par une femme de son monde, Annie, même si elle était au courant de ce qu'il avait fait, serait heu­reuse de le revoir. Évidemment, s'il n'avait pas eu la chance de connaître Laure, il lui eût été difficile de retourner avenue de Malakoff. Il se rendit donc chez sa belle-mère. Elle le reçut avec une joie semblable à celle qu'elle avait montrée lorsqu'il était venu pour la première fois en permission. Elle sembla croire que son absence avait eu des raisons importantes qu'elle, femme, n'avait pas à connaître. Elle lui posa plusieurs questions sur la profession d'avocat, lui demanda si elle pouvait encou­rager le fils d'un peintre qu'elle aimait beaucoup à faire son droit. Car elle s'était remise sérieusement à la peinture et elle avait même loué un atelier dont, comme le remarqua son beau-fils, elle omit de donner l'adresse. « Tu vois, tout le monde travaille », dit-elle en riant. Jean-Noël se garda bien de donner des détails sur son voyage. Il craignait que sa belle-mère ne lui reprochât non d'avoir interrompu ses études mais d'avoir choisi Nice comme lieu de séjour. Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui en manquait. À présent qu'il était rassuré, il ne rêvait que d'une rencontre entre Annie et Mme Mourier. Il était tellement fier de Laure qu'il s'imaginait que du jour où Mme OEtlinger la connaîtrait, une délicieuse amitié les unirait tous les trois.

Il y a dans ce livre de 390 pages tout l’art d’Emmanuel Bove. Et je souhaite aussi vous faire part de la  très intéressante préface de Bernard Morlino, dans laquelle il reprend qui était l’écrivain et nous redéfinit sa façon de percevoir la littérature. C’est vraiment très intéressant et très bien écrit.

Claude

Première page.

Ce fut bien avant la guerre, en 1904 exactement, que Mlle Annie Villemur de Falais fit la connaissance de Jean-­Melchior OEtlinger. Elle avait vingt et un ans. Depuis plusieurs mois, elle suivait un cours mixte de peinture, non pas chez Julian ni à l'École des Beaux-Arts, mais dans une académie de la rue de la Grande-Chaumière, ce dont elle était fière, ce choix ne pouvant qu'indiquer une vocation véritable. Elle partageait l'admiration des autres élèves pour les préraphaélites. Ses frères, ses amies, son père même, venaient parfois assister d'une embrasure à une séance de pose, un peu gênés quand le modèle était un homme nu, mais n'osant le dire de peur de paraître pudibonds. Annie était une grande jeune fille blonde, embar­rassée de sa beauté comme on l'est de sa jeunesse dans certaines professions. À force d'insistance, elle avait obtenu la permission de louer un atelier dans le haut de la rue d'Assas. Chaque semaine, elle y organisait de petites réceptions. Aux camarades de travail, pour la plupart des étrangers pauvres, ne manquait jamais de se joindre un membre de la famille Villemur qui veil­lait à ce que tout se passât convenablement.

Le beau-fils d’Emmanuel Bove, préface de Bernard Morlino. Ed. Le castor astral.

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19 décembre 2016

Post-scriptum
d’Alain-Claude Sulzer

 

     Tout bascule pour Lionel Kupfer, un jour de vacances alors qu’il a 6 ans.

     39 ans plus tard, il est devenu un acteur très célèbre en Allemagne. Alors qu’il se repose entre deux tournages en Suisse, sa vie va de nouveau basculer. Hitler prend le pouvoir, et lui, ne pourra plus travailler car il est juif. Quelques jours avant cette nouvelle terrible, il avait eu une aventure avec le jeune postier du village, Walter. Le jeune homme est très amoureux de lui, et jamais il n’avait cru pouvoir approcher le grand Lionel Kupfer de sa  vie.

     Mais, le changement de politique du pays, et l’arrivée de son amant en titre, avait décidé Lionel a quitté Walter et à émigrer aux États-Unis. Alors que d’autre de ses compatriotes ont pu continuer leur carrière, lui voit la sienne s’écrouler.

     20 ans après, Lionel et Walter se croiseront dans un avion, mais ne s’adresseront pas la parole. Pudeur ? peur ? ou chacun a juste suivi son chemin de son côté, par choix ou obligation. Toutefois, quand il voit la tournure que prend sa vie, Lionel se demande s’il a vraiment fait le bon choix. Walter n’aurait-il pas été l’homme de sa vie, celui qui aurait été capable de le comprendre, de l’aimer, de l’écouter et tout simplement le laisser être lui-même ? N’est-ce pas à lui, qui aujourd’hui à la fin de sa vie, il a envie de confier le drame de sa vie, quand il avait 6 ans, quand elle a  basculé…

Il est parfois des moments dans la vie où l’on passe à côté de personnes avec qui nous pourrions être nous-même, mais, parce que ce n’est pas le moment, ou parce que la vie nous engloutie bien trop vite nous continuons notre chemin. « Alain-Claude Sulzer sait comme personne décrire avec délicatesses les amours impossibles où la différence est moins dans le sexe que dans l’âge et la condition sociale. » C’est un livre formidable. L’analyse des sentiments est très belle, elle nous entraîne dans les méandres des hasards des prises de décisions qui font que la vie est unique. La façon dont l’auteur articule le roman, sur trois points de vues, tantôt celui de Lionel, tantôt celui de Walter, et enfin celui de la mère de Walter, ouvre l’histoire. Cette articulation permet de voyager dans trois mondes, avec trois personnalités différentes, et pour ma part, cela fait pour une grande partie la richesse de ce livre. Elle nous met face à la difficulté de survivre à des sentiments qui ne sont pas partager, à celle de refaire sa vie dans un pays qui n’est pas le sien où rien ne veut vous sourire, à celle de vivre tout simplement.
     Ce livre nous fait passer de l’Allemagne et la Suisse d’avant la guerre, en mettant en avant les méthodes employées par les nazis pour voler les œuvres d’art que les juifs avaient chez eux, aux Etats-Unis d’après-guerre, dans le monde impitoyable du cinéma et du théâtre.

J’ai particulièrement apprécié, le retour pour quelques jours de Lionel dans l’hôtel en Suisse après la guerre, où il décrit le changement de la population, les habitués d’avant-guerre ont tous disparus, et des "arrivistes », de nouveaux riches ont pris leurs places.

C’est la première fois que je lisais cet auteur, et je ne suis absolument pas déçue.

Claude

Première page

Ce n'était pas lui que sa mère appelait. Elle appelait Tobias! » qui jouait à cache-cache avec les enfants  du voisinage, mais Tobias ne l'entendait pas ou ne voulait pas l'entendre, il ne répondait pas. Lion l'en­tendait crier mais ce n'était pas en réponse aux appels insistants de sa mère, cela faisait partie du jeu. Que pouvait-elle vouloir de lui? De quelle aide avait-elle besoin ? Après tout, ils ne faisaient que jouer. Ils étaient si jeunes.

« Tout l'monde est caché ? J'viens vous chercher! » avait clamé son grand frère d'une voix forte et dis­tincte dans le vent qui déchirait et dispersait les mots. ~fais cela remontait déjà à un certain temps. Lion se concentrait sur son crayon. La voix de Tobias n'était pas bien jolie, elle croassait, mais Lion l'aimait telle quelle, rude et adorable comme ses genoux écorchés et ses mollets ravagés. Son frère refusait d'apprendre certaines choses. Surtout, d'articuler clairement; il avalait les e. Mais personne ne le grondait pour cela. Ils l'aimaient tel qu'il était et Lion était celui qui l’aimait le plus, même s’il ne le lui donnait pas à sentir tous les jours, contrairement à sa mère.

Post-scriptum d’Alain Claude Sulzer, traduit de l’allemand par Johannes Honigmann. Editions Jacqueline Chambon.

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