De Bloomsbury en passant par Court green...

12 août 2019

Ton histoire Mon histoire
de Connie Palmen

 

Enfin un livre qui ne fait pas passer Ted Hughes pour un monstre ! Enfin un livre intelligent qui lui rend un bel hommage, tout autant qu’à Sylvia Plath.

Ton histoire Mon histoire a été écrit à partir des écrits de Sylvia Plath et du dernier livre de Ted Hughes « Birthday Letters ».

Je parle ici de ce dernier recueil de poésies, car on ne peut pas lire Ton histoire Mon histoire, sans relire au fur et à mesure « Birthday Letters ».

Après le suicide de sa femme, Ted Hughes ne s’était jamais exprimé, d’autres s’en étaient chargés ! Comme bien souvent lorsque survient un malheur, les gens  parlent sans savoir, ou en croyant savoir, ce qui est détestable ! Bref, il avait préféré le silence et s’occuper de ses enfants  plutôt que de répondre à toutes les accusations malveillantes que les médias et les soi-disant amis se faisaient une joie de répandre. Comme bien souvent, les faiblesses psychologiques de Sylvia Plath sont passées au second plan.

Jamais pourtant, il n’a cessé d’écrire sur elle. Aussi, quelques mois avant sa propre mort, il avait décidé d’éditer le magistral « Birthday Letters », son témoignage à lui.

Pages 227-228. Dans les années qui ont suivi sa mort et à présent, alors que j’essaie de combler par de la poésie le trou que son suicide a creusé en moi, que j’entretiens, dans un dialogue posthume, la conversation que je n’ai jamais pu avoir avec elle, que j’achève les quatre-vingt-huit lettres d’anniversaire à ma jeune épouse afin de revendiquer ma version de notre amour et la restitution de mes souvenirs comme un droit légitime que je laisse la version poétique de son histoire transparaître comme un écho, dans la mienne, je nous revois souvent assis pour la dernière fois ensemble devant le feu dans le salon rouge cramoisi, avec nos mots qui se fondent dans la lueurs des flammes, un corps, un esprit, un mariage de mots.

Dans « Ton histoire Mon histoire », Connie Palmen donne la parole à Ted Hughes. Le livre est écrit en grande partie à partir de ses souvenirs à lui, de ses poèmes, sans jugements, sans accusation. Elle remet les évènements à leur  place, les idées reçues au placard.

C’est un livre très prenant, un livre que j’ai vraiment eu beaucoup de mal à quitter…

Merci Andréas de m’avoir conseillé ce livre et cette auteure, tu as raison mon ami, ce livre remet l’histoire à sa place. Fabuleux !

Au fil du livre, des annotations nous renvoient au recueil de poésies. J’ai trouvé ça vraiment génial, et si comme moi, vous  aimez la poésie de Ted Hughes, hé bien, vous relirez le recueil en entier !

L’écriture de Connie Palmen est très fluide, directe, sans fioriture. Je suis d’ailleurs en train de lire un autre de ses livres.

Claude

Première page

Pour la plupart des gens, nous n’existons que dans un livre, ma femme et moi. Ces trente-cinq dernières années, je me suis résigné à observer avec répugnance comment nos vies, nos vies réelles, ont été englouties sous des torrents boueux de récits apocryphes, de faux témoignages, de ragots, d’affabulations, de mythes, comment nos véritables personnalités, qui sont complexes, se sont muées en personnages stériles réduits à des stéréotypes taillés sur mesure pour  un public de lecteurs avides de sensations fortes.

Bien entendu, elle était la sainte, la fragile, moi le traître et le méchant.

Je me suis tu.

Jusqu’à maintenant.

Ton histoire Mon histoire de Connie Palmen, traduit du néerlandais par Arlette Ounanian. Editions Actes Sud.

 

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PARCE QU’ON NE PEUT PAS LIRE « TON HISTOIRE MON HISTOIRE » sans relire ou lire  « BIRTHDAY LETTERS ».

Lumière  parfaite

Tu es là, dans toute ton innocence,
Assise parmi les jonquilles, comme sur un tableau
Où tu aurais posé pour illustrer « l’innocence ».Dans tes bras,
Comme un nounours, ton fils tout juste né,
A quelques semaines seulement de son innocence.
Mère et enfant, comme un tableau de la Sainte Famille.
Et, à tes côtés, les yeux levés vers toi, rieuse,
Ta fille, deux ans à peine. Comme une jonquille
Tu  penches la tête vers elle, tu lui dis quelque chose.
Tes mots se sont perdus dans l’appareil photo.
       Et le savoir
Acquis par la colline sur laquelle tu es assis,
Une colline comme la douve d’un fort,
Plus grande que ta maison,
N’a pas réussi à apparaître sur la photo. Et l’instant
Qui pour toi devait venir,
S’approchant de toi comme un fantassin,
S’éloignant lentement de son no man’s land,
S’est incliné sous quelque chose, ne t’a jamais atteinte-
S’est fondu dans la lumière parfaite.

Page 161, Birthday Letter de Ted Hughes,traduit de l’anglais par Sylvie Doizelet. Edition Gallimard.

 

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03 août 2019

Nuala O’Faolain

 

Nuala O’Faolain est née le 1er mars 1940, et décédée le 9 mai 2008 à Dublin.

Elle est devenue auteure à 56 ans, journaliste, elle devait écrire des chroniques qui se sont peu à peu transformées en une magnifique biographie « On s’est déjà vu quelque part ? ». Elle y dépeint sans gêne, sans détours sa vie.

Elle est la seconde d’une fratrie de 9 enfants, son père était un journaliste assez connu en Irlande, mais trop souvent absent et volage, sa mère s’était réfugiée dans les livres et l’alcool. Nuala est la seule à avoir fait des études, la seule à être sortie du « modèle » irlandais de l’époque.

Dans son premier livre, elle refait le chemin qui l’a conduit à l’écrire, elle aborde les sujets qu’elle ne quittera jamais, le poids de l’Irlande, la solitude, l’alcool, l’âge, l’exil, l’amour et ses chimères, le sexe.

Nuala a décrit sans détours les rencontres de son existence. Quelques-une se sont fâchées définitivement. Elle n’a pas hésité à raconter ses frasques, son réveil sexuel après le cloître du pensionnat et son errance sentimentale. « Pendant longtemps, j’étais incapable de donner un sens moral ou même un sens tout court à ma façon de me comporter avec le sexe opposé – et avec mon propre sexe. Je pense que l’inconscience est ce qui a permis d’exister à la culture dans laquelle j’ai grandi. »

Mais ses mémoires ont représenté un cap, au-delà de son histoire personnelle. « Elle savait qu’elle heurtait sa famille quand elle a écrit On s’est déjà vu quelque part ? Mais elle n’avait pas le choix, il fallait qu’elle le dise », estime Brian Sheehan, ami fidèle des dix dernières années. « Jusque-là, le genre autobiographique à l’irlandaise était dominé par les hommes. On ne disait pas de mal de la famille. Nuala O’Faolain a abordé de manière directe des sujets tabous et franchie une barrière », raconte Michael Cronin, professeur à l’université de Dublin qui se souvient d’une personnalité séduisante, capable de réchauffer une atmosphère mais aussi d’être cassante.

(source Libération – 9 janvier 2010).

J’ai lu quelques 1 700 pages au début des vacances écrites par Nuala O’Faolain. J’ai retrouvé par hasard, un livre mal rangé « Best of Rosie », qui est en fait son dernier livre. J’ai adoré le relire, et il a pris une autre résonnance pour moi, certainement parce qu’aujourd’hui j’ai l’âge de Rosie ! Puis j’ai lu « Chimères » dans lequel une femme constate que sa vie est aussi vide qu’un appartement vide ! Et enfin « On s’est déjà vu quelque part ? », qui est son premier livre, en bref, tout dans le désordre.

C’est avec humour sans pathos qu’elle livre, raconte sa vie, son histoire, ses histoires.

J’ai été très touchée par ces lectures, peut-être en raison de mon âge, je ne sais pas mais elles m’ont poursuivi un certain temps, tant et si bien que je ne savais comment les aborder.

Toutes les réflexions sur le temps qui passe, sur le regard sur soi et sur les autres, et leurs regards aussi, sur nos relations aux autres sont vraiment perspicaces. À aucun moment au fil de ces trois livres, je n’ai eu envie de ne pas la suivre dans ses amours sans lendemain, ses plongées dans l’alcool, sa solitude, ou sa difficulté à rompre avec son lien maternel, car elle dit tout avec tant d’honnêteté ! Elle livre peut-être ses souffrances mais jamais il n’y a de larmoyant, du constat oui, de l’humour oui, et beaucoup de passion et d’humanité.

Une sacrée femme !

Tous ses livres sont édités par Sabine Wespiesser.

Claude

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29 juillet 2019

Astrid Lindgren
une Fifi Brindacier dans le siècle
de Jens Andersen

Quand ce livre est sorti en librairie, il m’a tenté car pour moi, Fifi Brindacier, c’est mes 7 ans ! puis mes 8 ans ! Et oui, petite je relisais déjà mes livres !

Et puis, moi qui râle contre les gens qui vendent leurs offices offerts par les maisons d’éditions, et bien, je ne dis plus rien et j’en profite, car ce livre, j’ai  pu l’acheter 4 € tout compris au lieu de 24 ! et il n’avait jamais été lu…

Je l’ai beaucoup apprécié, j’ai appris énormément de choses sur l’évolution de la littérature jeunesse au cours du 20ème siècle. Ceci en plus des éléments sur la vie d’Astrid Lindgren, qui fut très riche.

L’auteur reprend sa vie, par ordre chronologique en y insérant des études très pertinentes sur les livres, tels que Fifi au cirque, Emil… Et ceci, en tenant compte de l’évolution des mentalités, de la politique etc. C’est passionnant.

Pages 161-162-163. COMBIEN COÛTE UN FIANCÉ?

L'année suivante, avec « Maja trouve un fiancé » dans Landsbygdens jul en 1937, Astrid Lindgren se place dans la tête du personnage principal afin de voir le monde par les yeux d'un enfant de cinq ans. Il s'appelle Jerker et il considère, comme ses deux frères, que Maja, la bonne de la famille, est la deuxième maman la plus extraordinaire du monde. Non seulement elle prépare à manger et s'occupe des enfants, mais elle leur raconte des histoires et il émane d'elle une chaleur et une présence bien supérieures à celle de leur mère. Cette dernière est davantage préoccupée par ses devoirs d'épouse et sa position sociale, et, un jour où elle reçoit les dames comme il faut de la ville, et où l'on devise méchamment en prenant le café, Jerker les entend dire que Maja est si laide qu'elle ne trouvera jamais de fiancé.

Jerker connaît le mot « laide » et tout en lui se braque en entendant cela, car, à ses yeux, Maja représente le comble de la beauté. En revanche, Jerker ne connaît pas l'autre mot que les dames ne cessent de répéter : « fiancé ». Le garçon réfléchit et en écoutant les échanges de ces braves dames, il comprend qu'il lui faudra trouver un fiancé pour Maja. Ça coûtera ce que ça coûtera. Il vide donc sa tirelire et va à l'épicerie voisine dont le propriétaire vient de changer. En chemin, Jerker se dit: Je ne sais pas quel peut être le prix d'un fiancé, mais pour 5 ore, je devrais sûrement en trouver un très bien.

Le jeune épicier écoute attentivement Jerker qui serre sa pièce de 5 ore dans sa main et lui présente sa demande. L'attention de l'adulte réjouit Jerker, car il n'y est pas habitué:

« Il ne riait toujours pas, constata Jerker avec satisfaction.

Cela arrivait parfois que les grandes personnes commencent par se montrer tout à fait sérieuses et, soudain, alors que l'on s'y attendait le moins, elles éclataient de rire. »

L'épicier demande à Jerker, sans avoir l'air d'y toucher, pourquoi il veut acheter un fiancé. C'est pour qui? Face à cet adulte compréhensif, le garçon s'épanche sans retenue. L'épicier écoute alors avec une attention redoublée et dit que Jerker trouvera certainement un fiancé avec ses 5 öre, mais qu'il ne peut pas le rapporter lui-même. Pour ça, il faut un adulte, et le gentil épicier se propose de passer à la maison le soir même :

« "Mais je suis couché à cette heure-là", objecta Jerker, "Désolé, mais tu comprends, je ne peux pas venir avant." "C'est entendu", fit Jerker. Et il rentra chez lui, très content de lui. L'affaire était réglée, Maja aurait donc son fiancé, comme toutes les autres bonnes. »

 

Par cette charmante histoire de 1937, où les mondes respectifs des enfants et des adultes commencent par se heurter pour finir par se rejoindre, est le premier texte où Astrid Lindgren explore l’esprit d’un enfant et examine la réalité avec la logique enfantine. Et par là, c’est le niveau de ses ambitions pour les histoires destinées à la jeunesse qui s’en trouve relevé. A partir de 1939, plusieurs histoires sont  publiées dans Mors Hyllning, magazine qui paraissait chaque année à l’occasion de la fête des Mères. Les contes et les fables avec des lutions, des trolls et des animaux qui parlent ont cédé la place à des récits plus réalistes et plus contemporains, ancrés dans le quotidien des enfants de la fin des années 1930. Et ils puisaient leur source dans la proximité de l’auteure avec ce qui touchait les enfants de l’époque.

…/…

« La littérature de jeunesse est en plein changement. On commence à chercher les « bonnes » histoires, des histoires adaptées aux enfants tels qu’ils sont. La domination des adultes est en train de diminuer. […] Les auteurs d’aujourd’hui ont donc pour mission première d’introduire le milieu citadin et des emplois contemporains dans le monde créatif de l’enfant. »

Le livre est  ponctué par un grand nombre de photographies, et par des extraits de ses journaux. Page 233. « C’est très chouette d’être « écrivain ». Pour le moment, je retravaille Fifi Brindacier, si jamais on peut tirer quelque chose de cette enfant mal élevée. »

On ressent dans l’analyse du milieu dans lequel évoluait Astrid Lindgren un très grand travail de recherche de la part de l’auteur. Et ceci, rend la lecture vraiment très agréable. Fille mère, Astrid Lindgren a refusé d’épouser le père de son fils Lars, lorsque cela fut  possible. Elle assume seul son éducation, sans pour autant le priver de son père, elle trouve du travail, et se débrouille. Jusqu’au moment où elle rencontre Sture Lindgren, qu’elle épousera et avec qui elle aura une fille, karin.

Son premier grand succès, même si elle a édité auparavant, est Fifi Brindacier, elle l'a écrit pendant la seconde guerre mondiale. Ce livre avait été refusé par la plus grande maison d’éditions jeunesse de Suède, c’est une petite, Raben & Sjögren, au bord de la faillite qui accepta de l’éditer. Pari gagnant ! Par la suite, Astrid Lindgren, y travaillera à mi-temps.

En plus d’être écrivain, elle était une femme forte, indépendante, tenace, qui défendait ses idées. Elle s’est battue pour la défense des droits de la femme et de l’enfant, à partir des années 70/80, elle a beaucoup milité en faveur de l’agriculture et de l’écologie. Elle a aussi  beaucoup écrit sur la solitude de l’enfant. Tous les thèmes qu’elle défendait, se retrouve dans ses livres. Une grande dame.

Je ne la connaissais que par Fifi, et ce fut une belle découverte, et une belle lecture lors de la seconde canicule !

L’auteur a un style très agréable, et j’ai lu cette biographie comme un roman, on sent derrière le gros travail de recherches que le livre a dû demander !

Claude

Première  page

Lettres d'admirateurs à l'auteure

Au cours des années 1970, le personnel du bureau de poste au coin de Dalagatan et d'Odensgatan a commencé à être de plus en plus débordé. La faute en incombait à une vieille dame qui ressemblait à tant d'autres vieilles dames que l'on pouvait croiser dans la rue, dans le parc, à la supé­rette et à la pâtisserie du quartier de Vasastan, à Stockholm. Chaque jour, pendant des années, le facteur déposait une poignée de lettres par l'ouverture dans la porte de la vieille dame. Mais lors de ses grands anniversaires en 1977, 1987 et 1997, les facteurs ont dû sonner à l'appartement du 46 Dalagatan pour apporter des sacs de lettres et de paquets portant des timbres du monde entier. Après avoir été lu, après y avoir répondu, ce courrier considérable était rangé dans des cartons au grenier. Ces derniers ne comportaient pas seulement des cartes de vœux, des dessins d'enfants, mais aussi des lettres officielles d'hommes d'État et de têtes couronnées, et des lettres plus simples de gens qui voulaient un autographe, une aide financière ou un soutien moral pour une cause politique.

La plupart de ceux qui, au fil des ans, ont écrit à Astrid Lindgren souhaitaient avant tout exprimer spontanément leur enthousiasme et leur admiration, et profitaient de l'occasion pour lui poser une question ou deux. Mais ce courrier ne présentait pas toujours le caractère innocent de la lettre d'une classe de jardin d'enfants qui demandait si les chevaux mangeaient vraiment des glaces, ou quand Kristina de [ârfalla, âgée de neuf ans, après avoir vu un épisode de la série télévisée, cherchait à comprendre comment le papa de Fifi pouvait envoyer une bouteille à la mer alors qu'il était en prison. Il y avait des demandes d'adultes plus étranges ou intéressées: M. Karlsson, couvreur à Kalmar, demandait s'il pouvait appeler son entreprise « Karlsson sur le toit », un propriétaire forestier du Jämtland voulait savoir si l’auteure qui adorait la nature ne serait pas intéressée par quelques hectares d’une forêt de sapins, un détenu condamné à une longue peine de prison pour le meurtre de sa femme lui demandait si elle serait disposée à écrire un livre sur lui.

Astrid Lindgren, une Fifi Brindacier dans le siècle de Jens Andersen, traduit du danois et du suédois par Alain Gnaedig. Editions Gaïa.

 

Quelques mots du traducteur :

Ma position de traducteur de cette biographie d'Astrid Lindgren est particulière. En effet, j'ai échangé quelques lettres avec elle lorsque j'ai traduit les trois volumes de Fiji Brindacier, en 1994. J'ai écrit des articles sur elle, j'ai discuté avec sa fille Karin Nyman, j'ai visité l'appartement du 46 Dalagatan à Stockholm. J'ai traduit plusieurs de ses livres. C'est vrai, j'ai tissé des liens particuliers avec la personne et son œuvre. Et, comme tant de gens, j'ai une dette à l'égard de celle qui, à la fin de sa vie, était devenue la grand-mère « morale » de la Suède.

Je tiens à préciser que cette biographie est traduite du danois, mais que toutes les citations sont traduites du suédois. J'espère enfin que la lecture de cette biographie permettra de mieux connaître la personne, d'apprécier le destin singulier d'une femme suédoise emblématique du XXe siècle et, surtout, donnera envie de se plonger et de se replonger dans ses livres.

Alain Gnaedig

 

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21 juillet 2019

L’amour des maytree
d’Annie Dillard

Cet été, j’ai décidé de ne pas acheter de livres, j’en ai certains qui sont depuis un moment dans ma bibliothèque et d’autres que j’ai envie de relire.

L’amour des maytree d’Annie Dillard, est dans ma bibliothèque depuis un certain temps. J’ai découvert une formidable auteure. J’aime son écriture, son mot juste, sobre, précis, élégant et poétique. Elle nous emporte dans les méandres de l’amour, du couple, de la vie. Elle sait éviter toutes les rancœurs quand l’amour s’en va. Il n’y a aucune agressivité, juste des constats, des questions mais pas de reproches. Les Maytree lui permettent de raconter des décennies d’amour, de rêves et de désillusions. Elle le fait de telle façon qu’elle en fait un roman exceptionnel.

Toby et Lou Maytree se sont rencontrés après la seconde guerre, ils se sont mariés, ils ont eu un enfant, il l’a quitté, puis retrouvé au seuil de la mort. Somme toute une histoire banale de nos jours, toutefois Annie Dillard a su l’écrire sans haine, le personnage de Lou est très beau, et jamais l’histoire ne  sombre dans le morbide ou ne juge Toby. Page 111. Lorsque son mari revint de la marche qu’il avait faite, le long de la plage, après lui avoir dit qu’il la quittait, il vint se glisser, comme à l’ordinaire, dans leur lit conjugal. Lou sentit le froid qu’il apportait du dehors. Il se mit à parler. Elle sentait le coude sur lequel il s’appuyait faire un creux dans leur matelas. Dans l’obscurité, elle entendait sa voix puissante s’adresser à son dos. Il n’avait pas un autre endroit, sur la surface de la planète, où aller dormir ? En fin de compte, elle préférait ne rien entendre.

Qu’aurait-elle dû faire, pour l’amour du ciel ? Ils avaient été heureux. Et si l’amour lui-même – et Ti’Pol – en était le fruit, rien ne l’empêchait de continuer à aimer, si le cœur lui en disait ; ce qui, à quarante et un ans, n’était pas le cas. Ti’Pol lui avait un jour raconté – en lui mimant la scène – que, lorsqu’ils remontaient à la gaffe un requin sur le pont, les pêcheurs, afin de sauver leurs propres jambes, l’éventraient et lui donnaient ses entrailles à mâcher. Elle ne ferait rien de tel.

Annie Dillard  porte un regard sur la société empreint d’humour, de férocité mais aussi d’une grande tendresse.

Claude

Première page

Un jour, il y a longtemps, les Maytree furent jeunes. Ils vivaient sur ce qui semble, encore aujourd’hui, la surface même de l’Antiquité : tout au bout du cap Cod, le « cap aux morues », cette sablonnière minérale exposée aux intempéries. La péninsule à  cet endroit était plus qu’étroite entre deux plans d’eau. Son altitude était en moyenne de quelques pieds au-dessus du zéro des cartes. Depuis les escarpements de Truro, elle s’enroulait en spirale, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, autour des dunes, pour venir retomber comme un chiffon dans le port, Provincetown, niché au creux de la spirale. Pendant un temps, la ville de Provincetown s’appela du reste Cap Cod. Des générations avant Jamestown, pour ne rien dire de Plymouth, les pêcheurs anglais y venaient remplir leur cale de morue.

Aucune tribu Wampanoag, pas  même les Pamet, ne vint jamais. La tribu des Nauset, toutefoix, remontant d’estuaire en estuaire, parvint aussi au nord que Truro : elle y demeura et y bâtit des  villages permanents en plus grande densité que dans la plupart des autres endroits de Nouvelle-Angleterre, car le lieu abondait en clams et en huîtres et, au sud de Namskaket, on trouvait un sol assez riche pour y faire pousser courges et maïs.

L’amour des Maytree, d’Annie Dillard traduit de l’anglais par Pierre-Yves Pétillon. Editeur Christian Bourgeois.

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17 juillet 2019

Vita & Virginia

 

Il est rare que je mette une critique négative sur  mon blog, mais là, impossible de faire autrement !!!!

Hier, j’ai eu la mauvaise idée d’aller voir le film Vita & Virginia. Très mauvaise idée… et oui, je pense que Vanessa Bell et Duncan Grant et tous ceux qui les aimaient doivent se retourner dans leur tombe…

Je ne  dis pas que l’histoire de Vita et Virginia est fausse, si je me souviens bien du livre, cela semble bien réussi. Non, l’erreur vient dans les descriptions de Vanessa et Duncan. Celui ou celle qui a fait les recherches sur les personnages n’a pas dû aller jusqu’au bout, ou alors elle ou il n’a pas compris ce qu’elle (il) lisait. Je sais que le but du film n’était pas de faire un gros plan sur eux, mais il y a des limites ! C’est pensé avec la vulgarité du XXIème siècle.
Duncan est réduit au rôle de l’âne bavard, et Vanessa de la débauchée un peu simple. Même les vêtements ne sont pas travaillés, on dirait des hippies des années 1970, et non les années  30. En plus, si l’on connaît les photos des deux peintres dans les années 20/30, on peut  voir qu’ils ne s’habillaient pas du tout comme ils apparaissent dans le film.

Bref, hier, j’avais envie de me cocooner en me replongeant dans l’Angleterre de Bloomsbury, et à la place je me suis pris une belle claque ! Je peux vous assurer que les gens qui me connaissent en « chair et en os » savent que Vanessa Bell est une personne qui me fascine, ils en entendent suffisamment parler ! ;o)

Vous comprenez ma déception hier… si bien que j’ai passé  la soirée à regarder mes livres, à relire des passages de lettres de Vanessa Bell etc.

Claude   

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09 juin 2019

Mon désir le plus ardent
de Pete Fromm

Ce livre, il ne faut pas trop le dévoiler, ce ne serait  pas correct ! Il faut le découvrir page après page, entrer dans l’histoire des personnages, de leur vision de la vie et de la mort. Vivre avec eux leur force et leur faiblesse. Descendre avec eux la rivière et vivre avec eux à 100 à l’heure.

S’il faut le résumer, je crois que je peux simplement dire que c’est une histoire d’amour fou et de courage entre une femme et un homme que la vie a décidé de ne pas épargner.

Il est difficile croyez-moi de quitter Maddy et Dalt à le fin du livre, tant Pete Fromm a su nous emporter avec lui dans leur vie. C’est superbe sans pathos inutile, et c’est également une magnifique variation sur le désir, de l’autre et de la vie.

Il a écrit un livre sans complexe sur l’amour, empli d’une incroyable tendresse et bienveillance. (Ron Carlson).

Difficile de donner envie de lire un livre sans pouvoir en dire beaucoup, j’espère que la première page vous donnera un aperçu de l’écriture de Pete Fromm et vous donnera envie de le lire. La première page d’un livre, ce n’est pas dévoiler le livre, c’est la page que souvent on lit pour savoir si on est intéressé ou pas. Celle-ci ne reflète toutefois pas forcément la majeure partie du livre, car on y vit à 100 à l’heure !

Claude

Première page

Prologue

Les coups d’œil. Les regards ébahis. Les œillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. A deux doigts du châtiment divin. Du calme mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, le bras secoué de spasmes ? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fait tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser le fauteuil. Dalt, l’inspiration originelle du David de Michel-Ange, maqué avec cette harpie. Evidemment qu’ils nous fixent, évidemment qu’ils se posent des questions. Je m’en pose bien, moi.

Mais si je suis dans un bon jour, que les mots glissent facilement le long de mes synapses en loques, je leur dis :
- Et encore, ça, ce n’est rien. Vous devriez nous voir au lit.

Voilà qui leur en bouche un coin.

Je devrais avoir dépassé ce stade, mais je ne sais comment réagir autrement : défier le destin, faire comme si de rien n’était. Rien qui puisse nous séparer, jamais.

Tous ces inconnus ne voient que les tics, le fauteuil, le pauvre homme en sueur derrière, préposé aux poignées. Mais lorsque ma respiration flanche, qu’il me faut trouver  une chose à laquelle me raccrocher pour me convaincre que nous aurons toujours la force d’avancer, je retourne à mon point d’ancrage : le lendemain de notre  première nuit ensemble. Aujourd’hui encore, quand je me rappelle combien j’étais éblouie, combien j’osais à peine y croire, j’en ai le souffle courts. D’ailleurs, je ne suis toujours pas sûre de le croire, que nous survivrons même à cela. Mais ce matin-là, nous étions tous les deux si forts que le Wyoming n’était plus qu’une toile de fond, et nos pensées ne s’étendaient pas plus loin que la friction des pagaies contre nos paumes, le grondement de la rivière sous nos pieds. Les fauteuils roulants – et les  pauvres types coincés dedans – nous étaient aussi étrangers que des extra-terrestres.

Mon désir le plus ardent de Pete Fromm, traduit de l’américain par Juliane Nivelt. Editions Gallmeister.

 

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Un Blanc
de Mika Biermann

Burlesque, cynique, ce livre nous entraîne à bord de l’Astrofant pendant une expédition  scientifique en 1999. L’équipe est  partie explorer l’Antarctique. S’ajoute au côté scientifique, l’envie de faire partir du Pôle Sud un feu d’artifice le 31 décembre à O h.

Tout aurait pu bien se dérouler, si le bateau n’avait pas rencontré un premier iceberg… Page 18.A l’aube du 16 nous nous trouvâmes en face d’un iceberg énorme qui nous barrait le chemin vers le sud. Il nous présentait une pente douce de glace parfaitement lisse, qui culminait dans un sommet couvert de neige. Je décidai d’y accoster. La proue arrondie de L’Astrofant fut engagée sur la rive, juste assez pour caler le bateau, qu’un vigoureux élan en marche arrière devait facilement dégager. Babbage, notre photographe, descendit le premier sur la surface glissante à l’aide d’une corde, et planta des  pitons. La glace était d’une dureté extraordinaire. Je suis avec Hanna Khor et Sir Geck. Au moment où notre sismologue Wobliètchenkov enjambait à son tour le bastingage pour nous rejoindre, un son de bourdon assourdissant se fit entendre et la glace se fendit devant la proue du bateau, la cassure se prolongea droit vers le sommet de l’iceberg, et nous fûmes projetés en l’air. C’est uniquement grâce aux cordes qui nous reliaient au sol que personne ne tomba dans le mer.

J’ai adoré ce livre, il est drôle, un peu fou, et en même temps, il nous tient en haleine, il nous emmène dans un monde de l’extrême, avec un équipage hors du commun !

L’expédition est racontée tour à tour  par certains membres de l’équipage, ce qui donne un joli rythme au livre qui n’en manque pas sans cela.

Claude

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Récit d’Adolfin Smitt, chef de l’expédition

Le départ

Pour mes huit ans, mon parrain me fit cadeau d’une Brooke Bond Tea Card « Aventuriers et Explorateurs ». L’image montrait la silhouette d’un homme au milieu du blizzard s’éloignant d’une tente battue par les bourrasques. La légende disait : « Un vrai gentleman ». C’était le début d’une passion. Désormais mes lectures allaient être Antarctique, tombe blanche de Kadishman et la course des bêtes de Grandcock. Bien sûr, je détestais Amundsen, qui avait mandé dans une lettre déposée au pôle qu’on transmette au roi Haakon la nouvelle de sa victoire, réduisant ainsi le pauvre Scott en simple postier. Bien sûr, j’adorais Oates, le vrai gentleman au visage adolescent, se sacrifiant – en vain – pour ses compagnons, prononçant en quittant la tente la phrase que je me répétais comme une conjuration pendant les heures interminables sur le banc de l’école : « Je vais faire un tour dehors, qui risque de durer un peu. »

Un blanc de Mika Biermann. Editions griffe collection fictions.

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Posté par jeanlau à 16:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Bon, je suis revenue de la mer depuis un certain temps, mais est-ce nécessaire de vous dire qu’une fois arrivée là-bas, je n’ai absolument rien fait !

Enfin, j’ai parlé, je me suis baladé, je me suis reposée, j’ai bouquiné, mais je n’ai rien écrit !

En fait, je pense que je partais avec de la bonne volonté, mais elle est restée dans ma voiture ! et c’est tellement mieux de se balader…

Claude

Posté par jeanlau à 16:41 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
23 mai 2019

Je pars demain quelques jours à la mer, je n'ai pas pris de vacances depuis 11 ans, oui oui !!! Bref, ce ne sera pas du luxe. Je vais pouvoir écrire tous les billets que j'ai de retard, enfin !

Je n'aurai pas accès à internet, ce qui n'est pas dérangeant en vacances, et ne m'empêchera pas d'écrire mes billets et de les poster dès mon retour.

Alors, je vous dis à bientôt, après mon petit bol d'air.

Claude

Posté par jeanlau à 17:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
03 mai 2019

Comme je ne connaissais pas Hugo Hamilton et que Comme personne m’avait beaucoup plu, j’ai continué avec  Berlin sous la Baltique.

 

Berlin sous la Baltique
d’Hugo Hamilton

 

J’ai aimé le livre, parce que j’ai bien connu Berlin dans les années 80, à l’époque où l’histoire se déroule. En le lisant, je reconnaissais les lieux, les modes de vie, la culture, ce fut un beau retour dans le passé, teinté d’un peu de nostalgie, car j’aime cette ville.

Helen arrive à Berlin à la recherche de Dieter qu’elle a  connu en Irlande, elle est enceinte, il est le père de l’enfant.
Elle rencontre Hadja et Wolf, elle est manager, lui est musicien. Ils lui proposent le vivre avec eux en attendant de trouver Dieter. Avec eux et Alan, elle va découvrir Berlin, ses nuits, sa misère et son luxe… Sans cesse elle recherche Dieter, même lorsqu’elle vit avec Alan.

C’est un beau livre, il m’a moins impressionné que le précédent, mais j’ai adoré retourner à mes 20 ans.

Claude

Première page
Berlin

Elle vient de courir. Pourquoi ? Mais à présent elle a ralenti ; à bout de souffle, longeant, côté immeuble, le trottoir en mosaïque d’une rue de Berlin. Les trottoirs en mosaïque, c’est étourdissant quand on vient de courir.

Qu’est-ce qui peut faire courir une jeune femme ? En plein jour ? En pleine ville ? Elle s’est arrêtée et elle a regardé autour d’elle pour se repérer. Les immeubles se ressemblent. Les boutiques et les cafés se ressemblent, comme une même affiche reproduite sur des panneaux publicitaires. Rosenheimer Strasse, Eisenacher Strasse, Grunewald Strasse : toutes les rues ont la même consonance. Même Berlin sonne à peu près comme Dublin, ou London ou Boston. Quand on n’a plus de souffle, et les jambes qui flageolent. Quand on vient de courir.

On a l’air d’être en retard. D’avoir oublié quelque chose. D’être à la recherche d’une banque, d’un médecin ou d’un avocat. On a l’air de quelqu’un qui n’a pas de voiture. Qui rêvasse au petit déjeuner. Parle peu. Qui sait qu’il va pleuvoir. On a l’air de s’être fait piéger. D’être tombé sur des ennemis. On croirait qu’on vient de se faire agresser. Qu’on vient de s’enfuir d’Allemagne de l’Est. De sauter le mur de Berlin. On a l’air de quelqu’un qui a goûté à la liberté. Qui a vu une chose qui lui a fait rebrousser chemin. De quelqu’un qui un jour a cru comprendre ce qu’il désirait le plus.

Berlin sous la Baltique, d’Hugo Hamilton, traduit de l’anglais par Marie-Claude Peugeot, aux Editions du Rocher.

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Posté par jeanlau à 17:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]