De Bloomsbury en passant par Court green...

15 août 2017

Juste comme ça…

La semaine dernière j’avais commencé un billet qui commençait comme cela : « L’été se prête à la lecture sous la tonnelle, et j’y passe de merveilleux moments entre les longues balades à pieds ou à vélo, la cueillette des mûres et le bricolage de vacances. » Le lendemain, il commençait à  pleuvoir et ceci pour 3 jours !!!!

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Je retente ce soir… on verra demain !

Ne pas mettre le réveil, je crois que c’est ce que je préfère pendant les vacances. Juste se laisser porter par ses envies, ses rythmes naturels et tout bonnement lever le pied. Pas trop d’écran, profiter d’être à l’extérieur en toute liberté, profiter de son environnement et de ses livres, bien entendu.

Les vacances quoi ! Même à la maison c’est sympa.

Claude

 

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10 août 2017

Hier soir Arte a diffusé le film tiré du livre « le mur invisible » de Marlen Haushofer. Quelle pépite !! J’avais adoré le livre, et le film est également très réussi.

Pour ma part, j’ai adoré. Ce n’est bien sûr pas complètement le livre, mais c’est fait avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité.

Le film est de Julian Roman Pölsler, et l’interprète est Martina Gedeck. J’ai trouvé l’actrice d’une justesse émouvante, il m’a fallu un moment pour  l’accepter, car j’avais mon héroïne dans la tête, mais une fois la chose faite, je l’ai trouvé parfaite pour ce rôle.

Hum, et par les temps qui courent un bon film pendant les vacances, ça fait du bien au moral !

Claude

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08 août 2017

L’ami étranger
de Christoph Hein

 

J’ai rarement lu un livre écrit par un homme faisant penser, parler et vivre une femme aussi parfaitement. Je ne me lasse pas de relire ce livre, c’est un grand moment de bonheur à chaque fois.

Claudia a 39 ans, elle est médecin dans un hôpital de l’Est. Elle est divorcée, et a choisi de vivre seule dans un studio situé dans un grand immeuble. Elle a encore ses parents et une sœur. Elle semble manquer d’ambition, elle ne se force pas, elle vit au jour le jour, ne veut pas forcément se projeter et ne s’impose pas beaucoup de chose. Elle ne se prive pas non plus de ce qu’elle aime, et part souvent en week-end ou faire des photos en campagne.

Après son divorce, elle s’est promis de ne plus avoir aucune attache, aucune contrainte, aucun quotidien avec un homme.

Un soir, elle est couchée, on sonne à sa porte. C’est Henry un architecte qu’elle a rencontré dans l’ascenseur. Il habite son étage, elle ne le connait que de vue. Il lui dit avoir brûlé son repas et aimerait qu’elle le nourrisse si c’est  possible. Il ne repartira que le lendemain. Pages 32/36. Disons pour ce soir, concéda-t-il. Puis il me demanda : Es-tu encore fatiguée ?
Je hochais la tête. Je ne savais pas quoi penser de lui. Et je n’avais aucune envie de me creuser la tête. Il était assis dans le fauteuil et fumait. Puis il écrasa sa cigarette et vint se coucher avec moi. Je fus si surprise que je fus incapable de dire quoi que ce soit. …/… Je revis Henry le vendredi. Je le rencontrai dans l’entrée, près des boîtes à lettres. Je revenais de chez le coiffeur et je n’étais pas belle. S’il ne m’avait pas regardée, je serais passée à côté de lui et serais montée chez moi pour me peigner. Il me prit la main et la baisa. Puis il dit qu’il m’avait attendue et qu’il était content de me voir. Nous montâmes par l’ascenseur. Devant ma porte, nous nous donnâmes rendez-vous pour le soir. Nous irions manger quelque part

Elle se rend compte qu’elle a rencontré un homme qui lui ressemble dans le sens qu’il désire les mêmes choses : pas de contraintes, pas de quotidien, mais le plaisir de vivre des moments ensembles. Ils sont heureux, ils ne se parlent jamais de leurs problèmes, ils savent que l’autre en a, et cela leur suffit. Ils ne veulent que partager le bonheur, et cela semble fonctionner.

Mais Henry meurt accidentellement, la laissant à nouveau seule. Page 197. A présent, Katharina me manque beaucoup. Cela fait vingt-cinq ans que je l’ai vue pour la dernière fois, et je voudrais que nous soyons encore ensemble. Nous nous sommes séparées avec cette cruauté qu’ont les enfants et toutes deux, nous avons certainement trouvé cela moins horrible que ce ne fut. Je ne savais pas alors que je n’aimerais jamais plus quelqu’un avec si peu de retenue. Cette perte me fait mal. Aucune des séparations ultérieures –avec Hinner, avec les hommes qui l’ont suivi, même avec Henry- ne m’ont vraiment bouleversée. Il est vraisemblable que mon rapport avec eux était empreint de la conscience que je les perdrais ou pourrais les perdre un jour. Ce bon sens me rendait indépendante ou solitaire. Je suis prudente, capable d’y voir là où il fait noir parce que j’ai été échaudée. Rien ne peut plus me surprendre. Les catastrophes que je n’ai pas encore eu à surmonter ne pourront bouleverser ma vie. J’y suis préparée. Je possède suffisamment ce que l’on appelle l’expérience de la vie. J’évite d’être déçue. Je flaire vite  cet endroit, jusqu’au point où cela pourrait aussi m’arriver. J’ai pris toutes mes dispositions. Je me suis cuirassée contre tout. Plus rien ne peut me blesser. Je suis devenue invulnérable. Je me suis baignée dans le sang du dragon, et aucune feuille de tilleul ne m’a laissée sans protection.

Même sa mort n’est pas pour Claudia une occasion de changer sa vie. Elle continue son chemin, qui pour ne pas souffrir réprime les sentiments profonds.

Claude

Première page
Le matin même de l’enterrement, j’étais encore indécise, me demandant si je devais y aller. Et ne sachant qu’elle sera à midi ma décision, je sortis de l’armoire mon manteau de demi-saison. C’était un manteau bleu foncé à col de lapin qui pouvait passer pour un manteau noir. Ce n’était certainement pas un vêtement à mettre un jour d’été, mais je n’avais aucune envie de me promener toute la journée en tailleur sombre. Et si je devais me décider à aller au cimetière, il me semblait qu’il ne serait pas convenable de m’y montrer en costume clair. Mon manteau était un compromis. Dans le cas où je me déciderais vraiment à y aller. Je le pris sur le bras, puis fermai la porte de mon appartement à clef.
Je dus attendre devant l’ascenseur. L’officier qui habitait chez madame Rupprecht était déjà là, entre deux portes de la cage d’ascenseur. Il n’arrêtait pas d’appuyer sur deux boutons.

L’ami étranger de Christoph Hein, traduit de l’allemand par François Mathieu. Editions Métailié suite.

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07 août 2017

Tant qu’il y a de la vie
de Renate Dorrestein

 

Gwen, Beatrijs et Véronica sont amies depuis le collège. Depuis qu’elles sont mariées, elles passent une semaine chaque été chez Gwen et Timo, son mari.

Les années passent, Gwen et Timo ont deux fois des jumelles et une petite dernière cette année. Beatrijs est mariée, elle n’a pas d’enfant, elle aime sortir, elle aime le luxe. Véronica est mariée à Laurens, ils ont deux garçons.

Les enfants grandissent, leur amitié se renforce.

Mais cette année rien ne sera plus pareil. Véronica est décédée brutalement, et Laurens se sent complètement perdu avec les enfants. Puis, Gwen vit mal le fait d’avoir eu une enfant unique, elle ressent un vide intérieur profond. Et enfin, Béatrijs vient de divorcer et elle vient passer les vacances avec son nouveau compagnon, voyant, Léandre et sa fille, une adolescente en pleine crise.

L’ambiance avec la venue de Léandre est tendue, mais lorsque la petite dernière disparaît lors d’un pique-nique, l’équilibre déjà instable, éclate. Culpabilité, inconscience, peurs, regrets toute la panoplie de sentiments explose en fonction du vécu de chacun. Seul Léandre et sa fille semblent restés égaux à eux-mêmes. Léandre bien entendu aide à rassurer les parents quant au devenir de la petite. Mais les liens sont brisés, et même si la petite réapparaît comme par miracle, la cassure est là.

Chacun fera son deuil à sa façon, Gwen de son bébé unique qu’elle a perdu de vue un instant, Beatrijs de sa nouvelle vie qui ne lui convient pas du tout, et Laurens lui affrontera enfin seul sa dernière soirée avec sa femme défunte.

J’aime bien cette auteure, j’ai lu plusieurs de ses livres. Elle a une approche psychologique très fine. Ce livre est émouvant, il est traité avec intelligence. Le cheminement se fait en fonction des personnages, avec leurs ressemblances et leurs différences. L’absence, le regret sont traités avec beaucoup de délicatesse. Les relations entre les personnages sont très  lucides, même si dans un premier temps, l’histoire de la disparition du bébé m’a paru superflue, mais en fait elle me le cadre.

L’amitié et le respect de ce beau roman sont les meilleures façons de surmonter les deuils.

Claude

Première page
Les cannibales
Au fond du jardin laissé à l’abandon, là où commençait le domaine des abeilles, les enfants s’étaient lancés dans un jeu endiablé dont ils inventaient les règles au fur et à mesure. Ils se poursuivaient, baignés de sueur, entre les arbustes s’élevant à  hauteur d’homme. Armés de cuillères en bois prises dans la cuisine, ils rossaient les branches  tombantes pour les écarter de leur chemin. Eraflures et piqûres d’orties leur couvraient les bras et les jambes.
Les quatre filles avaient l’avantage : elles connaissaient le terrain. Elles savaient exactement où passaient les chemins secrets et où trouver les meilleures cachettes. Les garçons de Laurens se voyaient régulièrement contraints d’interrompre la poursuite, jetant autour d’eux des regards désemparés, l’oreille tendue pour capter les fous rires réprimés derrière les buissons. Ils se tenaient par la main, hors d’haleine. Niels, le plus âgé des deux, ne cessait de rassurer son petit frère d’un ton fébrile. Nous allons gagner, tu sais. Nous allons gagner, c’est sûr.

Tant qu’il y a de la vie, de Renate Dorrestein. Traduit du néerlandais par Spiros Macris. Editions Belfond. Les étrangères.

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03 août 2017

Miniaturiste
de Jessie Burton

Il y a quelques jours, j’ai lu un billet sur ce livre chez

Textes & prétextes

Notes et lectures d'une Bruxelloise

 et j’ai profité du week-end tristounet pour le lire.

C’est un premier roman très bien écrit, qui nous emporte dans l’Amsterdam du XVIIème siècle, riche de ses préjugés, de sa religion et de sa rigueur.

Petronella Oortman (18 ans) est mariée par sa mère à un riche marchand, Johannes âgé de 38 ans. Elle le croise lors de leur mariage, et lorsque quelques semaines plus tard, elle se rend à son domicile à Amsterdam, il est absent. C’est sa sœur Marin qui l’accueille, une personne froide et autoritaire, la servante Cornelia, et Otto un serviteur noir. Pages 26-27. Nella est sûre d’une chose, en scrutant les ombres : on l’observe. Voyons, Nella Elisabeth ! Entre ! se dit-elle, posant un pied sur le seuil. Son nouveau mari la prendra-t-il dans ses bras, l’embrassera-t-il, lui serrera-t-il la main comme une relation d’affaires ? Il n’a rien fait de tout cela pendant la cérémonie, entouré de la petite famille Oortman, sans un seul membre de sa famille à lui.
Johannes reste distant avec elle, gentil, poli mais distant. Il lui offre leur maison en miniature, pensant qu’il serait bien qu’elle s’occupe, et lui laisse ainsi le loisir de la meubler comme l’originale. Pages 68-69. Nella arrive en silence sur le palier et porte la main à sa bouche quand elle voit, en bas, au milieu du hall, ce que les trois hommes ont abandonné là. Sur le carrelage, un énorme cabinet ouvert se dresse, dominant Johannes de la moitié de sa taille. Il est démesuré, ce cabinet géant soutenu par huit pieds incurvés et solides, deux rideaux en velours couleur moutarde tirés sur sa façade. Après avoir repoussé le lutrin et sa Bible dans un coin pour faire de la place, Johannes a posé une main sur le large panneau latéral verni. Sa bonne humeur se manifeste par un sourire lumineux, persistant. Il a l’air rafraîchi, plus beau qu’elle ne l’a jamais vu. Il pense ainsi, qu’il lui sera plus facile de comprendre le fonctionnement de la maison. Si au début ce cadeau ne la ravit pas, car elle croit qu’avec un tel cadeau son mari sous-entend qu’elle n’est pas sortie de l’enfance, elle se prend au jeu. Elle fait alors appel à une miniaturiste qui va au-delà de ses espérances. Pages 105-106. Nella se hisse sur son lit géant avec son colis. Il est plutôt gros, entouré de papier lisse maintenu par une ficelle. Il porte son nom sur une face et, sur l’autre, un grand soleil tracé à l’encre noire. En lettres majuscules autour du soleil : TOUTE FEMME EST L’ARCHITECTE DE SON PROPRE DESTIN.
Elle lit deux fois le message, interloquée, l’excitation montant dans son ventre. Les femmes ne construisent rien, et surtout pas leur propre destin ! Notre destin est entre les mains de Dieu –en particulier celui des femmes, quand leur mari les abandonne ou qu’elles subissent la torture d’un accouchement.
…/… Elle déballe le second objet et retient sa respiration. C’est un luth plus petit qu’un doigt et dont les cordes sont tendues de façon à ce que son corps arrondi tienne parfaitement la note. Jamais elle n’aurait pu rêver d’une aussi belle reproduction, d’une telle précision technique, d’un tel soin apporté aux détails. Elle le prend et fait prudemment résonner une corde. La note s’épanouit et chante dans sa paume. Elle passe un moment, d’un doigt, à retrouver l’air qu’elle a joué pour Johannes, l’été précédent, à Assendelft, et qu’elle joue alors pour elle seule.

Mais au fur et à mesure, la maison révèle ses secrets, ses interdits et ses amours. 

Cette maison qui pensait-elle la faisait revenir dans l’enfance, a tout au contraire permis à Nella de rentrer dans le monde des adultes, d’affronter ses réalités, ses peurs, sa méconnaissance. Elle lui permettra de vivre de grandes joies et de terribles événements, elle lui permettra de rencontrer des personnes hors du commun, qu’elle aura appris à aimer comme elle s’en rendra compte plus tard.

Ce livre se lit comme un roman policier, le suspens monte à chaque page, à la fin j’avais l’impression qu’il s’était passé des années entières entre la première et la dernière page, alors que l’histoire s’étire sur quelques mois seulement, de la mi-octobre 1686 au 14 janvier 1687.

C’est le genre de livre qu’il faut commencer lorsque vous avez un peu de temps devant vous, car vous ne le quittez pas avant la dernière page, et il fait quand même 500 pages. C’est un bon moment de détente, et puis, les us et coutumes de l’époque sont vraiment très bien décrits, c’est très intéressant.

Claude

Première page
Vieille église, Amsterdam, mardi 14 janvier 1687

Ces funérailles devraient être discrètes, car la personne décédée n’avait pas d’amis, mais on est à Amsterdam, où les mots s’écoulent comme l’eau, inondent les oreilles, nourrissent la pourriture, et le coin est de l’église est bondé. Elle regarde la scène se dérouler, en sécurité depuis la stalle du chœur, tandis que les membres des guildes et leurs épouses encerclent la tombe béante comme des fourmis attirées par le miel. Ils sont bientôt rejoints par des employés de la VOC et des capitaines de navires, des régentes, des pâtissiers –et par lui, toujours coiffé de son chapeau à large bord. Elle tente d’avoir pitié de lui. La pitié, contrairement à la haine, peut être enfermée et mise de côté.
Le plafond peint de l’église – rare élément que les réformistes n’ont pas éliminé – les surplombe. Il a une forme de coque de bateau renversée, miroir de l’âme de la ville.

Miniaturiste de Jessie Burton, traduit de l’anglais par Dominique Letellier. Éd. Folio.

 

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La maison miniature de Petronella Oortman est au Rijksmuseum à Amsterdam.

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01 août 2017

La divine plaisanterie
de Margaret Laurence

Je continue ma découverte de Margaret Laurence, elle me donne livre après livre l’envie d’aller plus loin.

Rachel est enseignante, elle a 34 ans, elle est célibataire, s’occupe et vit avec sa mère. Sa vie est régie par les caprices de cette dernière et le quotidien de l’école. Page 55. « Dépêche-toi, ma chérie, sinon on va être en retard… »
Gaie comme un pinson, sa voix traverse la porte de ma chambre avec  une légèreté qui me ravit ; la voilà sous son meilleur jour, sans qu’elle laisse rien paraître de ses problèmes cardiaques, bien qu’elle ait eu une petite crise il y a deux nuits de cela et que la peau autour de sa bouche soit devenue violette.
« J’arrive, j’arrive »
Aller à l’église est pour elle une occasion de voir du monde. Et elle n’en a vraiment pas tant que ça. C’est mesquin de ma  part de ne pas avoir envie de l’accompagner.
Et pourtant, je le fais chaque semaine.

Que ce soit avec sa mère ou avec ses collègues, elle ne parvient pas à s’exprimer, à exprimer ce qu’elle est, qui elle est. Elle se sent désemparée par rapport à leur facilité d’expression. Page 38. « En attendant, lance Willard qui se retourne pour partir, vous feriez mieux de m’envoyer le jeune homme en question. Vers dix  heures, ce sera bien.
- Vous n’allez pas… Vous n’allez pas le fouetter ?
- Je ne pense pas avoir d’autre choix »,me répond Willard sur un ton mielleux.
Il a ce fin sourire que l’on voit sur les têtes de morts. Ses yeux semblent voilés d’une pellicule de responsabilité respectable, de préoccupation sérieuse, de tristesse du devoir à accomplir, tout cela pour cacher la  honte brûlante du plaisir.
« Ca ne lui fera aucun bien. » C’est vrai. Je ne suis pas sûre de grand-chose, mais de ça, oui.
« Nous n’en savons rien, Rachel, si ? me retorque Willard. Je me risquerais à dire que, vu les circonstances, ça vaut sûrement le peine d’essayer. Nous ne devons pas autoriser nos émotions à prendre le dessus, n’est-ce pas ? »
Et ses émotions à lui, Willard, celles qu’il refuse de reconnaître ? Mais je ne suis pas en mesure de discuter.
Elle vit dans un monde de solitude qui n’appartient qu’à elle.
Un jour, elle rencontre Nick Kazlik, un homme qu’elle a connu lycéenne. Pages 82/83. « Bonjour Rachel. »
On m’a parlé ? C’est une voix d’homme, familière. Qui cela peut-il être ?
« C’est bien Rachel, non ? » me demande l’homme, figé dans un sourire interrogateur.
Il est presque aussi grand que moi. Pas vraiment costaud, mais solidement charpenté. Des cheveux noirs et raides. Des yeux plutôt slaves, légèrement obliques, aujourd’hui chaleureux mais je me souviens de leur air moqueur d’autrefois.

Elle en tombe amoureuse, et très rapidement il deviendra son premier amant. Avec lui, elle trouve enfin la force de dire non à sa routine, elle se donne corps et âme. Mais Nick disparaît du jour au lendemain. Page 186. J’ai attendu dix jours pour téléphoner. Je me suis dit… peu m’importe qu’il soit marié ou non. S’il n’avait pas téléphoné, c’est peut-être parce qu’il pensait que la nouvelle me dérangeait trop, et que donc je n’avais plus envie de le voir. Il fallait que je l’informe. Une voix de femme vaguement familière a répondu, sa mère.
« Bonjour.
- Oh, bonjour. Je pourrais parler à Nick, s’il vous plaît ?
- Il n’est pas là. Il est reparti il y a une semaine.
- Oh, je vois. Eh bien… Merci beaucoup.
- C’est de la part de qui, s’il vous plaît ?
Mais je n’ai pas répondu. J’ai reposé le combiné et suis sortie de la cabine téléphonique de la gare routière. Mue par une idée absurde : au moins ils ne pourront pas trouver trace de l’appel.

Elle se retrouvera face à un dilemme qui l’obligera à prendre seule des décisions cruciales, qui changeront à jamais son existence et celle de son entourage. Existence dont elle comprendra plus que jamais la préciosité.

Ce roman est le second des cinq composants le cycle de Manawaka. Après avoir explorée « la vieillesse » dans « l’ange de pierre », Margaret Laurence explore ici la solitude. Une prison dans laquelle à certains moments de la vie, il est facile de se réfugier. Elle montre à quel point, un évènement peut nous faire relever la tête et aller de l’avant. Sur le moment, lorsque je lisais le roman, je « lisais » l’histoire, puis quand je l’ai eu terminé et posé, il a pris toute son importance, sa réflexion.
La divine plaisanterie a été adaptée au cinéma par Paul Newman en 1968, sous le titre « Rachel, Rachel ». J’aimerai bien le voir, en attendant, je vais chercher le troisième volume.

Claude

Première page
De toute évidence ce n’est pas vraiment mon nom qu’elles chantonnent. C’est simplement la façon que j’ai de l’entendre, depuis ce poste d’observation qu’est la fenêtre de la salle de classe, parce que je me revois sauter à la corde sur cette même comptine quand j’avais à peu près l’âge des fillettes dans la cour en ce moment. C’était il y a vingt-sept ans, ce qui me paraît incroyable ; j’en avais alors sept, mais le bâtiment de briques marron est resté le même avec, depuis, juste une aile supplémentaire et un rafraîchissement de la façade. Enfant, mon étonnement aurait sûrement été grand si l’on m’avait dit que je reviendrais un jour ici, dans cette salle où je ne suis plus celle qui a peur de déplaire mais le mince géant Femelle derrière le bureau sur l’estrade,  celle qui a le pouvoir de choisir n’importe qu’elle craie de couleur dans la boîte et d’écrire absolument n’importe quoi au tableau noir.

Une divine plaisanterie de Margaret Laurence, traduit de l’anglais (Canada) par Edith Soonckindt. Ed. Joelle Losfeld Littérature étrangère.

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27 juillet 2017

Joséphine Baker
de Catel et Bocquet

Une copine m’a prêté cette bd. Lorsque j’étais petite j’avais peur de Joséphine Baker quand elle passait à la télévision, mais bon j’étais toute petite ! Je me rappelle qu’une de mes grands-mères nous en parlait.

Cette bd retrace sa vie, ses rencontres, et surtout sa personnalité et sa rage de vivre. Cette femme n’avait pas d’interdits, elle vivait, elle défendait ses idées et ceci dans un monde où les mentalités étaient très « arriérées ». Elle disait : « Vous savez, mes amis, que je ne mens pas quand je vous raconte que je suis entrées dans les palaces de rois et de reines, dans les maisons de présidents. Et bien plus encore. Mais je ne pouvais pas entrer dans  un hôtel en Amérique et boire une tasse de café. Et cela m’a rendue furieuse. » (Joséphine Baker, marche sur Washington, 28 août 1963).
Toute sa vie, elle s’est battue pour l’égalité des races, des religions.

Le graphisme est très sympa, j’aime bien les dessins où elle danse, les traits sont appuyés et cela la fait virevolter. La bd est en noire et blanc.

A la fin du livre, se trouve sa chronologie complète, et tout un chapitre vraiment très intéressant sur les personnes qu’elle a côtoyé au cours de sa vie, avec une biographie résumée.

C’est un beau livre, et très intéressant sur tout un siècle mouvementé, où les événements on fait bouger les mentalités et les mœurs. J'ai été ravie de découvrir la vie de cette femme extraordinaire que je ne connaissais pas, c'est une belle découverte.

Claude

Joséphine Baker de Catel et Bocquet. Edition Casterman

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25 juillet 2017

Dans la mansarde
de Marlen Haushofer

 

L’héroïne de ce roman est une femme de 47 ans, mariée à un bourgeois, Hubert, mère de deux enfants, Ferdinand et Ilse. Elle vit la vie d’une femme au foyer ordinaire, modèle dirons-nous, essayant de répondre au mieux aux siens et aux convenances. Page 68. Le réveil sonna et s on bruit fut aujourd’hui particulièrement éprouvant pour les  oreilles. Il est le fanal qui marque l’entrée dans le quatrième mardi du mois, jour où je dois rendre visite à la baronne.
Hubert s’assit dans le lit et me dit bonjour. Comme tous les jours. La bonne éducation est substance intime de son être, sa mère y a  pourvu. Je marquerai d’une pierre blanche le jour om je l’entendrai dire : « Merde, il faut retourner au turbin. » La croûte rigide aurait alors éclaté et le véritable Hubert, celui que j’ai connu autrefois, apparaîtrait. Mais cela n’arrivera jamais. Assis bien droit dans le lit, il passa la main dans ses cheveux en désordre. J’eus l’impression aujourd’hui qu’ils étaient plus grisonnants que d’habitude. Cet homme dort comme une masse et quand il ne dort plus, il a l’œil frais d’un gardon. Il ne connaît pas les états intermédiaires ; pour cette raison, il n’aime pas non plus la pénombre du crépuscule.

Difficile de s’affirmer dans ce monde. Aussi, elle se réfugie loin de tous dans une mansarde de leur maison. Elle y prend le temps de réfléchir, de dessiner et surtout de s’isoler.

Un jour, elle reçoit à son nom une grosse enveloppe jaune, contenant des feuillets écrits de sa main. Elle les reconnaît aussitôt. Le passé refait surface, il ne veut pas se faire oublier !

Pages 27/28 Moi, en tout cas, je ne reçois jamais de courrier. Ma seule parente, une sœur de ma mère, vit dans un cloître, au Tyrol. Je ne sais d’ailleurs pas si elle vit encore, je n’ai plus jamais de ses nouvelles. Peut-être son ordre est-il sévère qu’elle ne peut entrer en contact avec le monde extérieur. Peut-être prie-t-elle quelquefois pour moi. Cette pensée est très étrange et touchante. Peut-être a-t-elle simplement oublié mon existence.

Mais ce lundi matin une lettre est arrivée pour moi, dans une enveloppe épaisse, de couleur jaune, avec une adresse écrite en majuscules d’imprimerie. Pas d’expéditeur. J’allai dans la cuisine, très étonnée. J’étais comme un chat qui tourne autour de la marmite et ne veut pas se brûler les pattes. Je finis par décacheter l’enveloppe. Quelques pages jaunies d’un cahier d’écolier en tombèrent, couvertes d’une écriture serrée que je reconnus tout de suite. C’était en effet la mienne, enfin… celle d’une jeune personne que j’avais été  autrefois.

Alors, elle prend l’enveloppe, et la monte dans sa mansarde, elle appartient à sa mansarde et pas à son quotidien. Elle la lira plus tard, ce soir peut-être quand elle se retirera dans son antre. Ces feuillets ne sont que le début de ce qu’elle avait écrit des années auparavant, lorsque devenue sourde son mari sous l’influence de sa mère l’avait exilé (ou expédié) à la campagne loin de son enfant unique à l’époque.

Pages 56/57 Mais après tant d’années passées à chasser ce que je connaissais de plus désagréable, c’est-à-dire le souvenir de cette époque révolue, je ne pouvais plus maintenant me permettre de perdre la moindre minute. Je montai dans la mansarde. Sans jeter un regard sur les crayons et les pinceaux tentateurs, je pris l’enveloppe dans le tiroir, en sortis les feuillets jaunis et commençai à les lire.

Pruschen, le 6 septembre.
Je n’aime pas le garde-chasse. Quand il me regarde, j’ai toujours l’impression qu’il réfléchit et se demande s’il ne devrait pas m’abattre pour faire plaisir à la famille d’Hubert. Il a l’habitude d’achever les bêtes malades.

Pourquoi 15 ans après ces lignes réapparaissent. Elle se souvient alors, de son enfance entourée de ses deux parents tuberculeux, morts jeunes, de son grand-père adoré, de sa rencontre avec Hubert, de leurs espérances, de sa belle-famille. Tout revient, et chaque jour une enveloppe arrive, et chaque jour, elle franchit une étape, va plus loin, plus vrai et sans filet.

 

Du petit animal qui a reçu la première enveloppe naîtra un majestueux dragon, mais pour cela, elle devra remonter marche par marche ce qu’a été jusque-là sa vie.

Ce livre est majestueux, formidable. Il ne laisse pas indifférente. Je pense sincèrement que femme ou homme cet écrit nous parle. Il m’a bouleversé, il est d’une telle profondeur ! Magnifique. Dommage, il n’est plus édité, je suis sûre que cela reviendra, ce texte est trop beau pour être oublié !

 

Je vous conseille vivement, si vous aimez Marlen Haushofer, le livre de Miguel Couffon (son traducteur) : MARLEN HAUSHOFFER (1920-1970) Ecrire pour ne pas perdre la raison. C’est vraiment un livre passionnant.

Claude

Première page

MHubert prétend que c’est un acacia. Il prononce  a-g-acia parce que son père, qui était originaire de Görz, prononçait ce mot ainsi. Je ne sais pas si c’est l’usage à Görz ou bien si c’était particulier au père d’Hubert. Il aime les acacias, ces arbres dont on raconte, dans les vieux romans, que le parfum de leurs fleurs est doux et enivrant. Tous les adjectifs employés dans les romans anciens sont justes. Seulement, il ne faut plus les utiliser aujourd’hui. Pourtant, les fleurs d’acacias auront toujours leur parfum doux et enivrant, aussi longtemps qu’il y aura sur terre un nez, un seul, pour le discerner.
Pour Hubert, cet arbre de l’autre côté de la rue est donc un acacia. En fait, il ne comprend rien aux arbres. Il aime les acacias pour la simple raison que son père, le vieux Ferdinand, qui était à l’époque le jeune Ferdinand, avait coutume de flâner dans une allée d’acacias. Je suppose qu’il ne s’y promenait pas seul, mais en compagnie de quelque jeune fille.

Dans la mansarde, de Marlen Haushofer, traduit de l’allemand par Miguel Couffon. Editions Actes sud.

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22 juillet 2017

Cette année, je continue les travaux dans ma maison, ce qui est synonyme de vacances à la maison !!! Est-ce un grand sacrifice ? je ne pense pas vraiment. J’aime ma ville, je vais chaque jour faire de longues promenades, je prends le temps, je regarde, j’observe… Bien sûr, je commence à en avoir assez de travailler pour réparer ma maison, mais bon, avec un peu de chance, l’année prochaine je pourrai changer un peu d’air. Et ça ne sera pas du luxe. Chaque chose en son temps, c’est le meilleur moyen de profiter de chaque instant pleinement.

J’aime lorsque la ville se vide, en vélo c’est un vrai bonheur. Et  puis, les bruits changent, cela permet de voir différemment  ceux qui restent ou ceux qui reviennent. J’aime les matins de marché, je m’assoie à la terrasse d’un café et j’observe les habitués et les touristes. Je m’imagine les habitués dans quelques temps touristes ailleurs….

à bientôt, « dans ma mansarde »…

Claude

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12 juillet 2017

Le mois de juin a été chargé au niveau travail en ce qui me concerne. 10 heures d’ordinateur par jour, plus la chaleur, la fatigue de tout le monde… enfin comme partout !!! Alors, j’ai eu du mal à garder mon attention sur un livre, je préférais aller me promener le long de la rivière, ou alors, je passais de longues heures dans ma bibliothèque à lire des chapitres dans des livres pris au hasard. Juste un ou deux chapitres, en début ou en milieu de livre, pour me souvenir des moments où je les avais lus pour la première ou seconde fois. J’aime ces moments. Il y a les mots qui reviennent, mais aussi les événements de l’instant. C’est magique. Pour quelques livres, je ne me souvenais plus de l’histoire, ne me rappelais pas de l’auteur, et après avoir relu un  chapitre tout revenait.

Enfin, ma période chapitres est terminée, et je suis partie dans un livre formidable, dont je vous parlerai prochainement.

Claude

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