De Bloomsbury en passant par Court green...

01 mai 2020

 Je viens de découvrir Maria Messina avec deux livres : « La maison dans l'impasse » et « La maison paternelle ». Je ne vous explique pas ma joie d'une telle découverte, ou plutôt si je vous la partage. Quelle auteure formidable, quelle plume ! Toute son œuvre tourne autour de la condition de la femme et des humbles gens dans une Italie du 20ème siècle.

Maria Messina est née le 14 mars 1887. Ses parents se rencontrent jeunes. Lui suit des études d'ingénieur et elle a 16 ans sort du collège, elle est d'une famille noble. Ils sont présentés, et elle tombe amoureuse de lui. Le père de Maria se retrouvera marié sans l'avoir désiré. Le mariage ne fut d'ailleurs jamais heureux. Son père dut arrêter ses études d'ingénieur pour devenir instituteur pour subvenir aux besoins de sa famille. Ils eurent deux enfants, un garçon et Maria.

À cette époque, le garçon était destiné aux études, il pouvait quitter la ville, tandis que la fille se réservait pour la broderie et le piano !

Heureusement pour elle, très jeune elle commença à écrire des histoires pour enfants, et son frère dès le début la soutint. Il avait une confiance totale dans cette petite sœur, qui, il le comprenait n'était pas faite pour la vie qu'on lui réservait. Il l'encouragea à continuer à écrire, et l'incita à se cultiver et à apprendre l'italien correctement et non pas le patois de la région.

Quand elle sentit qu'elle le maîtrisait, elle commença à écrire des nouvelles. Ses thèmes seront récurrents, les petits gens qu'elle croisait, que ce soit la blanchisseuse, le balayeur, l'agriculteur sur le marché... Elle profitait de sa plume pour se révolter contre la manière dont était traité les plus vulnérables, ceux qui étaient constamment écrasés. Elle mettait dans ses histoires toute sa révolte contre la condition de la femme à l'époque, tout l'étouffement et l'injustice que cela lui inspirait. Elle écrivait également des livres pour enfants, qui plus tard elle donnera tous les ans à ses nièces.

Son œuvre est essentiellement constituée de recueils de nouvelles, de livres pour enfant et du magnifique, magistral roman « La maison de l'impasse ».

C'est vers ses 20 ans, qu'elle commença à être édité. Ses écrits ont été très rapidement acceptés par les maisons d'éditions italiennes alors qu'elle n'avait aucun mentor.

Au fil du temps, son père avait été muté, et la vie s'était un peu améliorée pour eux. Toutefois, son bonheur le plus intense était la venue de son frère adoré, sa femme et leurs deux filles. Sa nièce Annie écrit d'elle (page 93, la maison paternelle):« Maria était à cette époque telle que je la revois dans mes souvenirs et telle que je la retrouve dans les photos jaunies de l'album de famille : une jeune femme menue avec un petit visage pâle aux grands yeux lumineux, encadré par une masse de fins cheveux châtains. Mais cette fragilité cachait une force d'âme peu commune, la force qu'il avait fallu à cette jeune fille de bonne famille, qui aurait dû ignorer certaines indignités, pour dénoncer ce qui se passait derrière la façade de maisons respectables, où la femme était tenue dans un état de sujétion proche de l'esclavage. »

 

Maria avait du succès, ses écrits étaient reconnus par son public et le monde de la littérature italienne avec qui elle échangeait beaucoup.

Mais le malheur arriva, elle appris qu'elle avait la sclérose en plaques (encore inguérissable aujourd'hui). Elle ira de médecin en médecin, ne voulant jamais baisser les bras. (page 94, la maison paternelle), Elle qui s'était rebellée avec tant de passion contre les injustices sociales se rebella de toutes ses forces contre l'injustice du destin qui la frappait. Elle ne voulait pas s'avouer vaincue, elle ne voulait pas se laisser mourir.
Elle s'obstinait à écrire lentement, péniblement, tapant à la machine de ses doigts mal assurés ; mais bien vite elle n'en fut même plus capable. Alors elle cessa de lutter, ne répondit plus aux lettres, aux sollicitations des éditeurs ; et peu à peu on l'oublia.

Sa famille l'a toujours soutenu pendant la maladie, à la fin de sa vie, en 1944, elle vivait avec une infirmière qui lui resta fidèle jusqu'au bout à Pistoria dans un rez-de-chaussée. (page 95, la maison paternelle) Maria avait beaucoup changé : mais, si elle était physiquement dévastée par la maladie, sa force d'esprit était intacte. Elle tendait simplement vers un autre but. Au désespoir stérile d'autrefois avait succédé – chez elle qui n'avait été qu'une croyante tiède – la sérénité de la résignation chrétienne, une foi profonde qui ne cherchait plus dans ce monde la réparation de l'injustice. Elle ne se plaignait jamais, elle ne parlait jamais de ses souffrances pour ne pas attrister notre jeunesse insouciante et un peu égoïste, comme l'est toujours la jeunesse. Je revois encore son visage marqué par la souffrance, mais toujours beau, qui s'éclairait d'un sourire lorsque, tout en tenant dans les miennes ses mains froides et inertes, je lui parlais de mes rêves et de mes espoirs, qui avaient été les siens.

Elle est morte chez des paysans, trop fatiguée par l'évacuation de la population. Son infirmière était restée près d'elle, elle n'est pas morte seule.

Grâce à sa nièce Annie Messina, sa littérature est revenue parmi nous, pour notre plus grand bonheur ! Merci.

Annie Messina (la maison paternelle). Un jour enfin, je découvris, parmi les dernières publications d'une maison d'édition renommée, les éditions Sellerio, un petit recueil de nouvelles portant ce nom : Maria Messina. À l'intérieur, une brève introduction de Leonardo Sciascia parlait de ces nouvelles retrouvées par hasard et jugées dignes d'être proposée au public italien d'aujourd'hui. Sciascia faisait allusion au mystère de cet écrivain si vite disparu dans le néant.

J'ai écrit à l'éditeur et me suis mise à sa disposition afin de fournir des renseignements plus précis sur l'auteur et sur son œuvre. On a imprimé d'autres œuvres, avec un succès croissant. Aujourd'hui, grâce à des personnes attentives qui ne s'intéressent pas uniquement aux grands succès contemporains, mais qui écoutent aussi les voix étouffées qui nous parlent du passé, la protestation passionnée de cette jeune femme contre l'injustice de la condition féminine à son époque a franchi les Alpes et se fait entendre bien loin de sa province natale. Récemment, dans Le Monde, Anne Bragance, qui connaît bien la littérature italienne, a écrit qu'une visite à La Maison dans l'impasse, la triste maison dans laquelle, grâce à son art, l'écrivain introduit le lecteur en lui laissant toute liberté de jugement, est « plus convaincante », pour la cause de la femme « que tous les manifestes féministes ».

Je pense que pour Maria Messina ce jugement aurait constitué la plus belle de toutes les reconnaissances.

Si vous ne la connaissez pas, n'hésitez pas ! C'est un pur chef-d’œuvre, un plaisir indéfinissable. Alors que les sujets sont durs, les situations compliquées, ses phrases sont comme une source qui chante.

Je vous mets les premières pages des deux premiers livres que j'ai lu, aussitôt que ma librairie réouvrira, je passerai commande !

Claude

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Premiers chapitres

 

LA MAISON DANS L'IMPASSE

Nicolina cousait sur le balcon ; elle se hâtait de finir son ouvrage, dans la lumière blême du crépuscule. De là-haut, la vue se limitait à la ruelle étranglée, profonde et sombre comme un puits vide, et à l'étendue de toits rougeâtres et moussus sur lesquels pesait un ciel bas, décoloré. Nicolina cousait vite, sans lever les yeux. Elle sentait toute la tristesse de ce décor étroit, comme si elle l'avait respirée avec l'air ambiant. Elle revoyait malgré elle la maison de Sant'Agata, le petit balcon de fer rouillé, grand ouvert sur les champs, devant le ciel immense où les nuées semblaient se mêler à la mer, là-bas, au loin.

Pour elle, c'était l'heure la plus tranquille de la journée : elle en avait fini avec les tâches ménagères. Mais c'était aussi un moment de mélancolie. Dans la maison, dans l'air, dans les cœurs, le temps marquait une pause, le silence se faisait poignant. Les rêves, les regrets, les espoirs semblaient alors s'avancer en cortège, dans la lumière incertaine qui baignait le ciel. Et nul n'interrompait les songes vagues, inachevés.

Antonietta se trouvait dans la chambre, au chevet d'Alessio, fiévreux depuis six jours. D'habitude, son beau-frère restait assis près de la table, que Nicolina avait débarrassée.

La maison de l'impasse de Maria Messina, traduit de l'italien par Marguerite Possoli. Éditions Cambourakis. 

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LA MAISON PATERNELLE

À son arrivée, Vanna fut accueillie par son père et ses deux frères, Antonio et Nenè.

Tandis qu'Antonio s'occupait des bagages, son père demanda à Vanna, en lui emprisonnant les mains dans les siennes, comme lorsqu'elle était petite :
- Pourquoi es-tu seule ? Pourquoi es-tu partie à l'improviste ?
- Je t'expliquerai plus tard, papa... répondit Vanna en rougissant.

Ils étaient tous les quatre un peu embarrassés. Antonio dit alors :
- Si tu nous avais avertis à temps, l'un de nous aurait trouvé le moyen de... Quelle idée de venir seule !

Son père intervint :
- Elle nous racontera plus tard...

Il y eut un silence gêné.
- Tout le monde va bien, à la maison ? demanda Vanna au bout d'un moment.
- Très bien, fit Antonio. Maman voulait venir, elle y tenait... Mais finalement, ça n'a pas été possible. Tout le troupeau se serait déplacé avec elle !

La maison paternelle et autres nouvelles de Maria Messina, traduites de l'italien par Marguerite Pozzoli. Éditions Actes Sud.

 

 

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04 avril 2020

Le bruit du dégel
de John Burnside

 

Ce livre, je l'ai choisi car je trouvais qu'il y avait longtemps que je n'avais pas lu d'écrivains écossais, et cela me manquait. Voilà, c'est chose faite, et je n'ai pas été déçue. C'est un roman dense, complet, dans lequel une vie se raconte, se conte pour en sauver une autre.

 

Kate a sombré à la mort de son père, elle a arrêté la fac, s'est mise à boire et à se droguer. Elle n'a pas compris pourquoi il l'avait laissé tombé, pourquoi il ne l'avait pas prévenu de sa mort prochaine. Elle fuit la vie, elle vit avec Laurits qui évolue dans le milieu du cinéma. La vie passe au gré des soirées alcoolisées et des lendemains difficiles.

 

Un jour, Laurits lui propose de faire une enquête pour un projet de film, il lui donne un plan, les numéros de maisons où elle doit aller interroger les gens. Kate se prête sans vraiment de succès à l'exercice, mais au cours de ses pérégrinations, elle tombe sur une maison qui n'est pas sur la carte. Elle sonne.

 

Une vieille femme est en train de couper du bois, elle lui explique le projet, et la femme lui dit qu'elle serait d'accord pour lui raconter des histoires de sa vie, mais pour cela, il faudrait qu'elle revienne dans cinq jours et que d'ici là, elle n'est pas bu un goutte d'alcool. Page 34. - Éh bien, dit-elle, je dois partir en voyage dans quelque temps, mais je vous raconterai mon histoire, si vous voulez. Pas aujourd'hui, mais bientôt. Je pense que ça pourrait vous intéresser. - Elle se pencha vers moi et me fixa du regard.

- La seule chose que je vous demande, c'est de me faire une promesse.

Cette annonce me déconcerta, bien sûr.

- Laquelle ? Demandai-je.

-Vous devez promettre d'arrêter de boire pendant cinq jours.

Et ce fut alors, à cet instant-là. La requête était incongrue, mais ce fut alors que ma vie changea. Pas à cause de ce qu'elle me demandait, mais parce que je ne me vexai pas et ne quittai pas la cuisine pour retourner à ma routine quotidienne d'alcool et de coucheries embrumées par Laurits en attendant un fantôme qui, je le savais, ne viendrait jamais. Je ne protestai même pas que ce que je faisais ou ne faisais pas ne regardait que moi. J'éprouvai juste une sensation que je peux seulement comparer au vent qui entre par une fenêtre ouverte, gonfle les rideaux puis les laisse retomber, vides.

 

Cinq jours après Kate est au rendez-vous de Jean. Alors commence leur amitié.

Au fil de leurs rencontres Jean lui raconte, sa famille, son amour, son métier, elle nous emmène avec elle dans une Amérique de la seconde Guerre Mondiale, de la guerre froide, du Vietnam, des années 70... À travers son vécu, elle retrace UNE histoire des États-Unis. Cette femme forte qui aujourd'hui âgée coupe son bois, fait ses gâteaux et prépare de délicieuses infusions devient pour Kate un rendez-vous incontournable. Elle lui permet de faire la paix avec elle-même. Et jusqu'au bout, elles seront présentes l'une pour l'autre. Pages 359/360. Les bois, la rue, les maisons étaient totalement immobiles, mais ce n'était pas une simple immobilité, on aurait dit que le temps s'était arrêté, comme il s'arrête sur le plateau d'un tournage, quand la caméra est éteinte. Il n'y avait pas d'oiseaux, pas d'êtres humains, même le vent avait disparu – et pourtant une sensation flottait, d'éternité plus que de temps suspendu, la prescience d'une chose évoquant une Pentecôte telle que je me les représentais, écolière, l'impression qu'à tout moment une flamme bleue froide pouvait surgir des airs en frémissant et m'emplir d'un savoir jamais quêté. Je m'arrêtai et me retournai. Je ne sais pas ce que je m'attendais à voir, mais il n'y avait rien, rien d'autre que mes propres empreintes, une succession des traces bleues que j'avais laissées, remontant le chemin que j'avais parcouru. Je ne sais pas en quoi ça pouvait me paraître magique, mais ce fut ce qui se passa. C'était moi qui avais laissé ces traces. Moi qui étais présente ici, en ce jour d'hiver. Idée puérile, peut-être, mais je compris, alors, que j'avais oublié cette présence au monde pendant trop longtemps et que la seule chose qui m'avait guérie, c'était le fait qu'une vieille femme solitaire, sans autre raison qui me vienne à l'esprit qu'une grâce innée, décida un jour de me faire un cadeau. Et ça me parut soudain une idée magnifique que je lui doive la vie.

 

Je ne vous en raconterai pas plus de la vie de Jean, de sa famille, car il est bien de la découvrir, d'avoir envie de vite tourner la page pour voir ce qui se cache derrière. C'est la même chose en ce qui concerne la belle relation que ces deux femmes si différentes sont arrivées à créer.

 

John Burnside aborde un riche panel de sujets, ce qui rend ce livre captivant, encore plus passionnant. Que ce soit sur les sujets de la guerre, de l'homosexualité, en passant par les Black Panters, la défonce, le deuil et surtout l'amitié, la main tendue, l'amour !

Tout cela dans un style assez poétique, je vous assure qu'il y a des passages magnifiques.

Claude

 

Première page

Faire des beignets, fendre du bois.

Le jour où je fis la connaissance de Jean Culver fut aussi celui où j'arrêtai de boire.

Longtemps, je me suis efforcée de croire qu'il s'agissait avant tout d'une coïncidence. Il est vrai que ce fut Jean Culver qui suggéra l'expérience, mais incidemment et sans insister. Je pouvais faire comme bon me plaisait, ce fut toujours clair. Il n'y avait ni jugement ni espoir d'un arrêt définitif ni volonté de me voir rejoindre un quelconque groupe de soutien. J'avais juste à décider de rester sobre quelque temps, histoire de montrer que j'en étais capable. Ce fut ainsi qu'elle m'embobina, au départ. Elle m'amena à penser que m'arrêter était une chose dont j'avais déjà envie. Ou, sinon envie, besoin. En vérité, j'avais besoin de faire une pause. Besoin de mettre un peu de distance entre Laurits et moi, de revenir à un état pas vraiment défini mais secret, évolutif, comme ce lieu où l'on retourne dans les chansons pop d'autrefois. Par-dessus tout, j'avais besoin d'arrêter de dissoudre chaque fin de journée dans n'importe quel néant de raccroc, et de me mettre à vivre avec ce qui se présentait : les souvenirs, les réflexions après-coup, le retour des sempiternelles questions. J'avais besoin de m'arracher à la fastidieuse grisaille de mon existence routinière. Me soûler, dessoûler, faire une crise de parano, me soûler de nouveau. Peut-être qu'à ce moment-là, c'était ça le pire. Cette grisaille de l'être. Pas de mon être, mais de l'être en tant que fardeau accidentel imposé par le caprice d'un visiteur malveillant sorti d'un vieux conte de fées. Ou, disons, d'un mythe de ces forêts d'Estonie dont Laurits affirma toujours être véritablement originaire.

 

Le bruit du dégel, de John Burnside traduit de l'Écossais par Catherine Richard-Mas. Éditions Métailié.

 

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20 mars 2020

Et l'amour aussi a besoin de repos
de Drago Jancar
 

Je me suis replongée dans l'histoire de la Yougoslavie et de toute cette région du globe lorsque j'ai commencé ce beau livre.

C'était un peu imprécis pour moi.

En 1941, l'armée allemande a envahi Maribor, ville slovène et anciennement germanophone. Elle est rebaptisée Marburg an de Drau. Comme dans beaucoup de villes pendant la guerre (quelque soit le pays) les amis d'hier peuvent devenir les ennemis, la suspicion règne...

 

Dans cette ville vit Sonja, une étudiante qui aime Valentin, un résistant qui a été arrêté par les SS. Page 31. Il y eut du tapage dans le couloir, quelqu'un ouvrit le judas de sa cellule. Valentin bondit du châlit et se tint au garde-à-vous. La lumière l'aveugla, on avait éclairé de l'extérieur, l'ampoule située haut sous le plafond avait été allumée par un interrupteur situé dans le couloir. Il vit des yeux qui l'observaient. Il se mit à trembler de tout son corps. Maintenant ils vont le faire monter et l'interrogatoire va recommencer.

 

Un jour, qu'elle se promène avec une amie, Sonja reconnaît un officier SS, qui avait été soigné par son père médecin avant la guerre. Un peu plus âgé, il a vécu à Maribor, il s'appelait alors Ludek. Sonja voit alors une occasion pour aider Valentin. Mais, la guerre, les SS l'ont transformé en Ludwig, et Ludwig n'est plus Ludek.

La guerre va changer radicalement leurs trois vies, leurs avenirs. Elle va bouleverser leurs perceptions du monde.

Valentin sera libéré, mais la guerre continuera.Page 183. Borben secoua la tête.

-Curieuse histoire. Ça pue la désertion.

Vasja dit qu'il croyait Valentin. C'était arrivé, ils l'avaient pris. Il avait tenu le coup. Maintenant il le prouverait par ses actions.

  • Qu'il le prouve, alors, dit Borben.

Vasja dit que c'est le chef de la section Polde qui dirigerait l'action.

Valentin était content que Polde vînt. C'était un des rares qu'il connût dans l'unité. De ceux qui étaient restés en vie après ce terrible hiver. Le commandant Matevz était tombé, beaucoup étaient tombés, certains avaient été pris comme lui, Valentin. Maintenant, il allait prouver qu'il était toujours le même qu'avant, avant qu'on le prît : un combattant pour la liberté du peuple slovène, comme on disait, un combattant dévoué. Jamais il n'avait cessé de l'être.

 

Ludwig, n'est plus Ludek. Il est devenu un être froid, inhumain, Pages 71-72 Il a été longtemps convaincu qu'il arriverait à de bons résultats avec des questions croisées bien posées. Il avait lu un livre de psychologie et il savait que l'interrogé, tôt ou tard, devait se trahir par son visage ou par ses gestes. Les yeux surtout, les yeux sont le miroir de l'âme. Si on regarde un homme au fond des yeux, il se met à parler. Mais il s'est avéré que ses longues discussions avec les suspects qui s'étiraient parfois tard dans la nuit ne menaient nulle part. Avec un certain Ravbar, oui c'est ainsi qu'il s'appelait, il avait discuté presque une semaine, jour après jour, même le dimanche et toute la nuit jusqu'au lundi matin. On l'avait pris avec u n paquet de matériel de propagande ronéotypé pour leur soi-disant Front de Libération dans lequel étaient accumulés des mensonges si répugnants sur le mouvement et le Führer que ses cheveux s'étaient dressés sur sa tête. Il savait tout sur lui et sur sa famille jusqu'à la troisième génération, sur ses camarades de beuverie dans les mastroquets des environs. Mais il n'avait pas avancé d'un millimètre sur l'endroit où ces saletés avaient été imprimées ni sur qui leur avait fourni le papier. Alors il avait abandonné et, sur les conseils de Hans, avait utilisé la cravache, en fait le nerf de bœuf. À l'instant où il l'avait sorti du tiroir, il avait vu les yeux de ce brigand de Ravbar se rétrécir. Le miroir de l'âme, c'était la peur. Cette peur que son interlocuteur pendant leurs discussions avait progressivement oubliée. Et quand il en avait eu assez, quand une terrible fureur s'était emparée de lui : pourquoi donc est-ce que je parle à cet homme ? Quand il s'était demandé pourquoi il perdait son temps en faisant de la psychologie, une première fois, il lui en avait flanqué un coup de sa propre main sur le dos, alors sa chemise s'était déchirée et le sang avait jailli de sa peau fendue. Et quand Ravbar avait vu son sang sur les bras de Mischkolnig, l'affaire était allée vite. À chaque coup, il avait obtenu un suspect de plus sur la liste.

 

Sonja se retrouvera seule dans cette guerre sans fin. Pages 116-117, Sonja avait marché toute la journée dans la ville. Elle s'était réveillée à quatre heures du matin, avait regardé le plafond jusqu'à l'aube, elle s'était levée, avait été à la fenêtre puis s'était recouchée : qu'est-ce que j'ai fait, qu'est-ce qui s'est passé ?

Elle avait vu Tine s'en aller sur la route humide, il était parti sans lui dire au revoir.

 

Les personnages sont magnifiquement décrits, leurs sentiments sont perceptibles à chaque ligne. Drago Jancar nous emmène au cœur de la guerre, loin du front mais dans le cœur des hommes. C'est un roman passionnant, un beau roman d'amour sur fond politique, où règne une atmosphère à la fois mélancolique et glaçante.

J'ai beaucoup aimé le début, en fait l'auteur décrit la photographie de couverture, et toute l'histoire commence, là dans la rue de Maribor.

Claude

 

Première page

I – La fille sur la photo

Sur le cliché pris par un photographe inconnu, deux filles sveltes : la première en jupe légère à carreaux et chaussettes sombres, l'autre dans un élégant manteau noir et avec deux belles tresses qui lui tombent dans le dos. Celle-ci ne porte pas de chaussettes, à l'évidence, ce sont les derniers soupirs, les derniers vestiges d'un été chaud, peut-être les premiers jours de septembre. Image matinale de citadins qui se pressent vers leurs affaires, femme qui porte un cartable, pourtant certains musardent, désœuvrés. Ici, un homme à vélo bavarde avec quelqu'un, probablement du temps, un autre, en ce jour de grâce, tire sur sa cigarette et expire de grandes bouffées de fumée. Un œil attentif pourrait noter qu'il est arrivé quelque chose à l'écriteau du grand bâtiment : HOTEL OREL a été transformé en HOTEL ADDLER ; une petit correction, le propriétaire, pratique, a seulement commandé deux nouveau caractères A et D, puis il a transformé le RESTAVRACIJA en RESTAURANT. Dans le coin droit en bas, un homme en uniforme marche, il tourne le dos au photographe. Bottes noires, verste militaire grise, pistolet à le ceinture. L'image idyllique d'un paisible après-midi d'automne précoce dans une rue de Maribor laisse soudain place à un instant de tension invisible : d'où vient cet homme, où va-t-il dans cet uniforme qui est presque certainement l'uniforme d'un membre des unité Schutzstaffel, ce SS inconnu arrive du bord e la photo et se dirige vers le fond. Il n'est inconnu qu'au premier abord, dès l'instant suivant, la fille aux cheveux blonds, à la jupe à carreaux et aux chaussettes noires jette un regard à l'homme en uniforme et dit à son amie :

  • Mais est-ce que ce n'est pas le portrait craché de Lubek ?

Et l'amour aussi a besoin de repos, de Drago Jancar, traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye. Éditions PHEBUS.

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18 mars 2020

Les falaises
de Virginie DeChamplain

 

V. vit à Montréal. Sa mère vient de mourir, son corps a été rejeté par le Saint-Laurent. Elle rentre en Gaspésie où elle habitait dans leur maison familiale sur les bords du fleuve.

V. a une sœur Anaïs, dite Ana. Sa mère avait une amie proche qui ne l'avait jamais abandonné, Claire. Elle se retrouve dans un premier temps toutes les trois, pour les obsèques. Seule V. souhaite rester pour vider et ranger la maison.

Elle décide de rester seule. Elle veut être seule face aux souvenirs. Par hasard, elle trouve les carnets qu'elle n'a jamais connu. Cette dernière est morte au moment où sa mère venait lui annoncer qu'elle était enceinte d'elle. Page 65. J'AI TROUVÉ DES CAHIERS. Je suis allée voir dans la cave s'il y restait pas quelque chose à jeter. Je suis tombée sur des vieilles boîtes en cartons remplies de cahiers. Leurs couvertures noires comme un antre. Je savais ce que c'était. Ma mère m'en avait parlé une fois. Que sa mère en gardait toujours un sur sa table de chevet,dans sa sacoche sans fond. Elle avait tellement écrit que ses doigts s'étaient durcis comme des racines. Ses doigts plein d'arthrite d'avoir trop écrit ses doigts crispés sur ses Stylos ses doigts de sève qui gèle.

J'ai eu besoin de les ouvrir, de lire les dates dans les coins, les années qui passent en se racontant. Je les ai tous montés. Je les ai placé par terre, en demi cercle autour de mon île. Je voulais les avoir tous devant moi, me trouver en plein centre. Le point d'où l'histoire par et où elle revient.

Je me débouche une bière, la bois devant le plancher couvert des mots de ma grand-mère.

Sa mère Frida, les a, sa sœur et elle emmenées partout dans les quatre coins du monde, vivant de petits boulots, leur faisant l'école entre deux crises de déprime qui les obligeait à rentrer. Elle leur faisait l'école, elle leur apprenait le monde que ce soit en Asie, en Amérique, ou en Europe.

Là, seule dans la maison qui grince, où deux générations de femmes ont déjà vécu en ne pensant qu'à s'enfuir, elle se fait une île. Une île, où elle essaiera de ramener dans son sillage, dans son alignement, sa grand-mère, sa mère et elle-même, toutes trois déchirées par la vie. Une île qui elle l'espère lui permettra de trouver un équilibre qu'elle n'a jamais connu. Peut-être que pour cela, elle devra fuir une dernière fois, comme elles l'ont fait autrefois.

Mais en attendant, la colère gronde du fond de son ventre, le trou se creuse, la tristesse l'envahie, la trahie, la colère s'empare d'elle, de cette vie qu'elle a vécu. Heureusement, elle rencontre Chloé, une jeune femme qui tient le bar du village, qui lui permettra de s'échapper un peu de son île.

 

Les falaises est un premier roman. Au début, j'ai eu du mal avec le vocabulaire québécois, mais je m'y suis vite fait. L'histoire est belle, tout n'est pas dit, on ne tombe pas dans le pathétique mais dans la magie. Il y a juste ce qu'il faut des carnets de la grand-mère, juste ce qu'il faut des quelques mots de la mère. On y constate le manque de dialogue de génération en génération, rien ne change, mais l'amour reste. La quête de V. est très belle, vouloir ramener l'histoire de trois femmes qui n'ont jamais pu être ensemble une seule fois de leur vivant.

J'ai aimé cette maison qui grince, j'ai aimé imaginer les fenêtres ouvertes sur le Saint-Laurent, le vent qui fait gonfler les rideaux, j'ai aimé tout simplement cette maison avec sa chaise à bascule sous le porche.

L'écriture est simple, sympa, les chapitres de deux pages, très bien pour ma convalescence.

 

Claude

 

Première page

JE PENSE QUE JE SUIS BRISÉE.

J'ai l'automne à l'envers. En dedans au lieu d'en dehors. Humide, tiède dans le creux des joues. Du vent qui craque dans la cage thoracique.

C'est octobre.

Ma mère est morte et j'ai pas encore pleuré.

 

Les falaises de Virginie DeChamplain. Éditions LA PEUPLADE.

 

 

Extrait du journal. Page 88

La vie explose à mille kilomètres d'ici et nous sommes prises dans le silence de ta chambre. Tu ne vois rien aller. Tu rêves paisible et j'ai envie de plonger mes ongles dans ta peau douce d'enfant. La vie explose à mille kilomètres d'ici et j'ai envie de participer à quelque chose, d'être là dans la foule, de faire partie du cœur qui vibre et qui cri. De marteler les rues. De peindre sure les murs, de hurler des slogans, de bousculer, de briser tout sur mon passage et de me faire avaler.

La vie est ailleurs. Tellement loin de toi. Loin d'Arthur et de ses mains rugueuses, de sa barbe qui sent la mer. Loin de ton frère ou de ta sœur qui s'accroche dans mon ventre.

Loin des goélands et des cornes de brume dans la nuit.

La vie est ailleurs, mais je suis ici à surveiller tes rêves et j'ai envie de crier. De t'arracher de mes jupes et de te laisser là. De courir vers où la vie et le reste du monde vont.

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Bonjour à toutes et à tous, me revoilà, mais doucement !

mes billets seront un peu différents pendant quelques temps, je mettrai moins d'extraits de textes, j'ai encore du mal à rester assise ! Mais tout va bien, il faut juste du temps, la colonne vertébrale demande de la patience, et puis avec ce que l'on vit actuellement, il nous faut tous de la patience.

Claude 

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02 mars 2020

Juste pour vous dire que je continue à lire, mais j'ai été opérée de la colonne, ce n'était pas prévu du tout ! Tout va bien, mais j'ai beaucoup de mal à rester assise devant mon ordinateur ! Ca va passer, en attendant, j'écris mes billets sur papier...

à bientôt,

Claude

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12 janvier 2020

L’homme qui n’aimait plus les chats
d’Isabelle Aupy

Le narrateur vit sur une île, il y est arrivé car sa femme mourante voulait y  passer ses derniers instants.

Sur cette île, tout le monde se connaît, se parle, passe des moments ensembles, une grande solidarité y existe. Il y a bien le curé et le poète qui se chicanent un peu, mais il n’en reste pas moins que ce dernier va jouer du violon tous les dimanches à la messe du curé. Page 34. Pendant la messe, le poète était toujours planqué sous sa couverture à carreaux orange, un truc horrible qui donnait plus dans la serpillère que dans le duvet. Il y cachait son grand corps tout maigrelet, seul son chapeau débordait. Son chapeau, il ne l’ôtait jamais hors de chez lui, et encore moins devant le Christ. Il voulait bien lui jouer Tchaïkovski au Jésus, mais pas lui faire la politesse. Parfois, on l’entendait même ronfler. Le curé ne disait rien, « soyez miséricordieux seigneur et pardonnez à ceux qui nous ont offensés. N’empêche que lorsqu’il se levait le poète, qu’il dépliait son corps,  personne n’avait l’idée de se moquer. On n’attendait tous que ça. Sa serpillère tenait comme par magie sur ses épaules, il allait se poser devant son lutrin, prenait son violon, ses doigts dépassaient à peine de ses vieilles mitaines : le voilà qui calait son instrument sous le menton. Et quand il jouait, ça  donnait envie de croire en Dieu. Le comble ! Notre anarchiste anti-religon nous menait à l’église plus sûrement que son compère en soutane.

Dans mon île, il y a une multitude de chats, des  chats avec propriétaires, des chats errants, des chats squattant etc.

Une nuit, tous les chats de l’île disparaissent. Page 12. Puis, ils ont disparu, sans qu’on le voie vraiment d’ailleurs… C’est le problème avec les chats, ils sont tellement livres qu’on a mis du temps à remarquer leur absence, ou que leur nombre diminuait doucement. Et puis, ils se ressemblent aussi, alors on a sans doute confondu. Mais, au bout d’un moment, on a commencé à se gratter le haut du crâne.

Peu de temps après, arrivent du continent des gens avec des caisses. Ces agents, voulaient donner à chacun des habitants de l’île un chien. Ceci, en leur disant, que ce n’était pas un chien mais un chat ! Page 44. Le gros Ludo a traîné après lui un jeune boxer tout en muscles et le regard humide. Du coup, on y est allée de nos questions et pour cause, depuis le  potager du curé, on avait eu l’image, mais pas le son. C’est Gwen qui a demandé la première, je crois.

- Eh ! Ludo ! Tu fous quoi avec ce chien ?
- C’est pas un chien qu’ils disent.

- Qu’est-ce-que tu racontes ? Bien sûr que si c’est un chien.
- Ben non. Apparemment, c’est un chat. Même que c’est le professeur qui l’a dit. Ils m’ont montré les papiers et tout, photo à l’appui, toutes les preuves, c’est un chat.
- Non, mais t’as fait bouillir ta cervelle avec tes dormeurs ou quoi ? C’est pas un chat ce machin.
- T’énerve pas Gwen, puisque je te dis que c’est un chat. J’pourrais pas t’expliquer comme eux, mais ils étaient plutôt convaincants. Et puis, ils m’ont dit que j’en avais besoin, que je pourrais plus m’en passer après tellement c’est utile un chat pareil. Ils m’ont même offert la laisse en prime, pour que j’le perde pas.
Gwen était en train de monter dans les tours, ça se voyait rien qu’à sa façon de lever les yeux au ciel, alors le curé a raccompagné Ludo à son restaurant avant même qu’elle puisse l’ouvrir plus pour éviter de corser la situation.

Ceux qui n’en veulent pas s’en voit imposer un. Alors que tout le monde sur l’île se parlait, s’arrêtait pour se saluer, tout d’un coup s’est le regard rivé sur la laisse de leurs « chats » qu’ils se baladent, sans se voir. Le narrateur lui-même commence à être endoctriné… ?!

 

C’est vraiment un conte merveilleux, remplit de personnages drôles, et de situations cocasses. Sous cette impression de  légèreté, se trouve un livre plus grave. Il nous parle de notre monde où on tente de bâillonner la presse indépendante, où la liberté commence à diminuer au profit de la sécurité, où quelques fois, on voudrait nous faire prendre « des vessies pour des lanternes !!! »

Au-delà, des chats, la question a se poser ne serait-elle pas, de se laisser manipuler pour vivre dans la quiétude ou de refuser la laisse et choisir sa vie et ses idées ?!!!!

Claude

Première page
Imagine une île avec des chats.
Des domestiqués, des pantouflards et des errants, qui se baladent un peu partout chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s’échappent la nuit pour funambuler sur les  contre soi.
On ne trouvait pas de chiens sur cette île, enfin si peu que ça ne comptait pas. Ils s’avèrent utiles, mais c’est vrai qu’ils sont contraignants. Faut s’en occuper, les promener, les dresser.

L’homme qui n’aimait plus les chats, d’Isabelle Aupy. Les éditions du Panseur.

 

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05 janvier 2020

La garçonne
de Victor Margueritte

C’est en lisant la biographie sur Astrid Lindgrend que j’avais noté ce livre. Je ne le connaissais absolument pas. Il a été édité en 1922, et l’auteur, Victor Margueritte s'est vu radié de la légion au vu du scandale qu’il a déclenché.

Tout d’abord, j’aimerai parler de son écriture, j’ai été très surprise par sa modernité, et par le fait que ce soit un homme qui l’ait écrit. C’est tout simplement génial comme livre et le scandale qu’il provoqua, était inévitable dans les années 1920.

Une jeune femme, Monique Lerbier, 19 ans, doit épouser un homme de 35 ans, ce mariage est bien entendu arrangé par ses parents, par chance, elle l’aime.

Peu de temps avant le mariage, elle le découvre avec une autre femme. Tous ses rêves s’effondrent. Malgré les paroles de ses parents qui lui expliquent qu’il se calmera après le mariage, elle refuse de se marier, rompt et quitte sa famille.

Elle décide de vivre sa vie de femme, elle coupe ses cheveux, les teint au henné, et vie la folle vie parisienne de l’époque. Avec des hommes, avec des femmes, elle n’a de compte à rendre qu’à elle-même. Elle ouvre un commerce de décoration intérieure qui très rapidement la rend indépendante financièrement.

Elle met l’homme au rang de reproducteur ou machine à plaisir. Un jour, elle aimera.

Page 155. Toute une saison, sa journée d’intelligent labeur accompli, Monique avait ainsi donné à la danse ses soirées et partie de ses nuits.
Seule, avec des camarades qu’elle s’était faits petit à petit dans les milieux d’art et de théâtre avec lesquels son métier l’avait mise en relation, elle avait tour à tour élu cinq ou six endroits où, à heure fixe, se déchaînait pour elle l’étourdissant vertige.
Elle avait été l’une des mille faces pâmées qui, au son criard des orchestres, sous les  soleils aveuglants de minuit, se trémoussent dans un tourbillon de lumière et de bruit. Elle avait été une de ces pauvres petites apparences humaines agitées, au balancement de l’instinct, par un va-et-vient irrésistible. Vaguelette de l’universelle marée, dont le flux et le reflux ont le même rythme inconscient que l’amour.
A cette incessante représentation de l’acte sexuel, auquel de dérèglement des mœurs convie, dans les music-halls, les dancings, les thés, les salons et jusque dans les restaurants, une foule toujours grandissante, Monique, fatalement avait pris goût. La passion de Niquette et l’espèce d’accoutumance docile avec laquelle elle y avait elle-même répondu, s’était relâchée, insensiblement, au fil des mois.

C’est après avoir lu ce livre que les femmes dans les années 20 ont coupé leurs cheveux « à la garçonne ».

Je vais peut-être me répéter, mais j’ai vraiment été surprise par la modernité du style et des propos. C’est vraiment bien, et on est au cœur des années d’après-guerre, où les femmes ont envie d’être autre chose que des potiches. Toute l’hypocrisie de la haute société est mise à nue dans ce livre. Génial !

Claude

Première page

Monique Lerbier sonna.
- Mariette, dit-elle à la femme de chambre, mon manteau…
- Lequel, mademoiselle ?
- Le bleu. Et mon chapeau neuf.
- Je les apporte à Mademoiselle ?
- Non, préparez-les dans ma chambre.
Seule, Monique soupira. Quelle corvée que cette vente, si elle n’avait pas dû y retrouver Lucien ! On était si bien, dans le petit salon. Elle réappuya sa tête sur les coussins du canapé et  reprit sa rêverie.

La garçonne de Victor Margueritte. Editions petite bibliothèque Payot.

 

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Posté par jeanlau à 18:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne année 2020, une bonne santé, de l’amitié, de l’amour, de la joie, des projets, et tout et tout…

Claude

Posté par jeanlau à 17:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]