De Bloomsbury en passant par Court green...

17 juillet 2019

Vita & Virginia

 

Il est rare que je mette une critique négative sur  mon blog, mais là, impossible de faire autrement !!!!

Hier, j’ai eu la mauvaise idée d’aller voir le film Vita & Virginia. Très mauvaise idée… et oui, je pense que Vanessa Bell et Duncan Grant et tous ceux qui les aimaient doivent se retourner dans leur tombe…

Je ne  dis pas que l’histoire de Vita et Virginia est fausse, si je me souviens bien du livre, cela semble bien réussi. Non, l’erreur vient dans les descriptions de Vanessa et Duncan. Celui ou celle qui a fait les recherches sur les personnages n’a pas dû aller jusqu’au bout, ou alors elle ou il n’a pas compris ce qu’elle (il) lisait. Je sais que le but du film n’était pas de faire un gros plan sur eux, mais il y a des limites ! C’est pensé avec la vulgarité du XXIème siècle.
Duncan est réduit au rôle de l’âne bavard, et Vanessa de la débauchée un peu simple. Même les vêtements ne sont pas travaillés, on dirait des hippies des années 1970, et non les années  30. En plus, si l’on connaît les photos des deux peintres dans les années 20/30, on peut  voir qu’ils ne s’habillaient pas du tout comme ils apparaissent dans le film.

Bref, hier, j’avais envie de me cocooner en me replongeant dans l’Angleterre de Bloomsbury, et à la place je me suis pris une belle claque ! Je peux vous assurer que les gens qui me connaissent en « chair et en os » savent que Vanessa Bell est une personne qui me fascine, ils en entendent suffisamment parler ! ;o)

Vous comprenez ma déception hier… si bien que j’ai passé  la soirée à regarder mes livres, à relire des passages de lettres de Vanessa Bell etc.

Claude   

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09 juin 2019

Mon désir le plus ardent
de Pete Fromm

Ce livre, il ne faut pas trop le dévoiler, ce ne serait  pas correct ! Il faut le découvrir page après page, entrer dans l’histoire des personnages, de leur vision de la vie et de la mort. Vivre avec eux leur force et leur faiblesse. Descendre avec eux la rivière et vivre avec eux à 100 à l’heure.

S’il faut le résumer, je crois que je peux simplement dire que c’est une histoire d’amour fou et de courage entre une femme et un homme que la vie a décidé de ne pas épargner.

Il est difficile croyez-moi de quitter Maddy et Dalt à le fin du livre, tant Pete Fromm a su nous emporter avec lui dans leur vie. C’est superbe sans pathos inutile, et c’est également une magnifique variation sur le désir, de l’autre et de la vie.

Il a écrit un livre sans complexe sur l’amour, empli d’une incroyable tendresse et bienveillance. (Ron Carlson).

Difficile de donner envie de lire un livre sans pouvoir en dire beaucoup, j’espère que la première page vous donnera un aperçu de l’écriture de Pete Fromm et vous donnera envie de le lire. La première page d’un livre, ce n’est pas dévoiler le livre, c’est la page que souvent on lit pour savoir si on est intéressé ou pas. Celle-ci ne reflète toutefois pas forcément la majeure partie du livre, car on y vit à 100 à l’heure !

Claude

Première page

Prologue

Les coups d’œil. Les regards ébahis. Les œillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. A deux doigts du châtiment divin. Du calme mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, le bras secoué de spasmes ? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fait tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser le fauteuil. Dalt, l’inspiration originelle du David de Michel-Ange, maqué avec cette harpie. Evidemment qu’ils nous fixent, évidemment qu’ils se posent des questions. Je m’en pose bien, moi.

Mais si je suis dans un bon jour, que les mots glissent facilement le long de mes synapses en loques, je leur dis :
- Et encore, ça, ce n’est rien. Vous devriez nous voir au lit.

Voilà qui leur en bouche un coin.

Je devrais avoir dépassé ce stade, mais je ne sais comment réagir autrement : défier le destin, faire comme si de rien n’était. Rien qui puisse nous séparer, jamais.

Tous ces inconnus ne voient que les tics, le fauteuil, le pauvre homme en sueur derrière, préposé aux poignées. Mais lorsque ma respiration flanche, qu’il me faut trouver  une chose à laquelle me raccrocher pour me convaincre que nous aurons toujours la force d’avancer, je retourne à mon point d’ancrage : le lendemain de notre  première nuit ensemble. Aujourd’hui encore, quand je me rappelle combien j’étais éblouie, combien j’osais à peine y croire, j’en ai le souffle courts. D’ailleurs, je ne suis toujours pas sûre de le croire, que nous survivrons même à cela. Mais ce matin-là, nous étions tous les deux si forts que le Wyoming n’était plus qu’une toile de fond, et nos pensées ne s’étendaient pas plus loin que la friction des pagaies contre nos paumes, le grondement de la rivière sous nos pieds. Les fauteuils roulants – et les  pauvres types coincés dedans – nous étaient aussi étrangers que des extra-terrestres.

Mon désir le plus ardent de Pete Fromm, traduit de l’américain par Juliane Nivelt. Editions Gallmeister.

 

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Un Blanc
de Mika Biermann

Burlesque, cynique, ce livre nous entraîne à bord de l’Astrofant pendant une expédition  scientifique en 1999. L’équipe est  partie explorer l’Antarctique. S’ajoute au côté scientifique, l’envie de faire partir du Pôle Sud un feu d’artifice le 31 décembre à O h.

Tout aurait pu bien se dérouler, si le bateau n’avait pas rencontré un premier iceberg… Page 18.A l’aube du 16 nous nous trouvâmes en face d’un iceberg énorme qui nous barrait le chemin vers le sud. Il nous présentait une pente douce de glace parfaitement lisse, qui culminait dans un sommet couvert de neige. Je décidai d’y accoster. La proue arrondie de L’Astrofant fut engagée sur la rive, juste assez pour caler le bateau, qu’un vigoureux élan en marche arrière devait facilement dégager. Babbage, notre photographe, descendit le premier sur la surface glissante à l’aide d’une corde, et planta des  pitons. La glace était d’une dureté extraordinaire. Je suis avec Hanna Khor et Sir Geck. Au moment où notre sismologue Wobliètchenkov enjambait à son tour le bastingage pour nous rejoindre, un son de bourdon assourdissant se fit entendre et la glace se fendit devant la proue du bateau, la cassure se prolongea droit vers le sommet de l’iceberg, et nous fûmes projetés en l’air. C’est uniquement grâce aux cordes qui nous reliaient au sol que personne ne tomba dans le mer.

J’ai adoré ce livre, il est drôle, un peu fou, et en même temps, il nous tient en haleine, il nous emmène dans un monde de l’extrême, avec un équipage hors du commun !

L’expédition est racontée tour à tour  par certains membres de l’équipage, ce qui donne un joli rythme au livre qui n’en manque pas sans cela.

Claude

Première page

Récit d’Adolfin Smitt, chef de l’expédition

Le départ

Pour mes huit ans, mon parrain me fit cadeau d’une Brooke Bond Tea Card « Aventuriers et Explorateurs ». L’image montrait la silhouette d’un homme au milieu du blizzard s’éloignant d’une tente battue par les bourrasques. La légende disait : « Un vrai gentleman ». C’était le début d’une passion. Désormais mes lectures allaient être Antarctique, tombe blanche de Kadishman et la course des bêtes de Grandcock. Bien sûr, je détestais Amundsen, qui avait mandé dans une lettre déposée au pôle qu’on transmette au roi Haakon la nouvelle de sa victoire, réduisant ainsi le pauvre Scott en simple postier. Bien sûr, j’adorais Oates, le vrai gentleman au visage adolescent, se sacrifiant – en vain – pour ses compagnons, prononçant en quittant la tente la phrase que je me répétais comme une conjuration pendant les heures interminables sur le banc de l’école : « Je vais faire un tour dehors, qui risque de durer un peu. »

Un blanc de Mika Biermann. Editions griffe collection fictions.

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Bon, je suis revenue de la mer depuis un certain temps, mais est-ce nécessaire de vous dire qu’une fois arrivée là-bas, je n’ai absolument rien fait !

Enfin, j’ai parlé, je me suis baladé, je me suis reposée, j’ai bouquiné, mais je n’ai rien écrit !

En fait, je pense que je partais avec de la bonne volonté, mais elle est restée dans ma voiture ! et c’est tellement mieux de se balader…

Claude

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23 mai 2019

Je pars demain quelques jours à la mer, je n'ai pas pris de vacances depuis 11 ans, oui oui !!! Bref, ce ne sera pas du luxe. Je vais pouvoir écrire tous les billets que j'ai de retard, enfin !

Je n'aurai pas accès à internet, ce qui n'est pas dérangeant en vacances, et ne m'empêchera pas d'écrire mes billets et de les poster dès mon retour.

Alors, je vous dis à bientôt, après mon petit bol d'air.

Claude

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03 mai 2019

Comme je ne connaissais pas Hugo Hamilton et que Comme personne m’avait beaucoup plu, j’ai continué avec  Berlin sous la Baltique.

 

Berlin sous la Baltique
d’Hugo Hamilton

 

J’ai aimé le livre, parce que j’ai bien connu Berlin dans les années 80, à l’époque où l’histoire se déroule. En le lisant, je reconnaissais les lieux, les modes de vie, la culture, ce fut un beau retour dans le passé, teinté d’un peu de nostalgie, car j’aime cette ville.

Helen arrive à Berlin à la recherche de Dieter qu’elle a  connu en Irlande, elle est enceinte, il est le père de l’enfant.
Elle rencontre Hadja et Wolf, elle est manager, lui est musicien. Ils lui proposent le vivre avec eux en attendant de trouver Dieter. Avec eux et Alan, elle va découvrir Berlin, ses nuits, sa misère et son luxe… Sans cesse elle recherche Dieter, même lorsqu’elle vit avec Alan.

C’est un beau livre, il m’a moins impressionné que le précédent, mais j’ai adoré retourner à mes 20 ans.

Claude

Première page
Berlin

Elle vient de courir. Pourquoi ? Mais à présent elle a ralenti ; à bout de souffle, longeant, côté immeuble, le trottoir en mosaïque d’une rue de Berlin. Les trottoirs en mosaïque, c’est étourdissant quand on vient de courir.

Qu’est-ce qui peut faire courir une jeune femme ? En plein jour ? En pleine ville ? Elle s’est arrêtée et elle a regardé autour d’elle pour se repérer. Les immeubles se ressemblent. Les boutiques et les cafés se ressemblent, comme une même affiche reproduite sur des panneaux publicitaires. Rosenheimer Strasse, Eisenacher Strasse, Grunewald Strasse : toutes les rues ont la même consonance. Même Berlin sonne à peu près comme Dublin, ou London ou Boston. Quand on n’a plus de souffle, et les jambes qui flageolent. Quand on vient de courir.

On a l’air d’être en retard. D’avoir oublié quelque chose. D’être à la recherche d’une banque, d’un médecin ou d’un avocat. On a l’air de quelqu’un qui n’a pas de voiture. Qui rêvasse au petit déjeuner. Parle peu. Qui sait qu’il va pleuvoir. On a l’air de s’être fait piéger. D’être tombé sur des ennemis. On croirait qu’on vient de se faire agresser. Qu’on vient de s’enfuir d’Allemagne de l’Est. De sauter le mur de Berlin. On a l’air de quelqu’un qui a goûté à la liberté. Qui a vu une chose qui lui a fait rebrousser chemin. De quelqu’un qui un jour a cru comprendre ce qu’il désirait le plus.

Berlin sous la Baltique, d’Hugo Hamilton, traduit de l’anglais par Marie-Claude Peugeot, aux Editions du Rocher.

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22 avril 2019

Comme personne
de Hugo Hamilton

A la fin de la seconde guerre mondiale, Maria fuit la capitale allemande, la guerre est perdue pour les allemands. Lors d’un bombardement son petit garçon, Gregor est tué.
Un jour dans la foule des réfugiés, un enfant du même âge lui prend la main.

Désespérée depuis la mort de son enfant, elle décide de garder le petit et de lui donner son prénom.

Quand son mari rentre de la guerre il est tellement traumatisé qu’il ne cherche pas à savoir. L’enfant grandit alors dans le secret de sa naissance et de ses origines. Pages 224/225. Après le dîner, Gregor joua de la musique. De la guitare d’abord, ensuite du piano. Les autres prenaient le café, assis en rond dans le salon. Son père tirait  sur un cigare qui projetait des nuages de fumée sur la colonie de têtes de cerf, de crânes et de faces grimaçantes. Gregor joua du Bach. Accords en bourrasque, notes entrelacées. A la fin du morceau, oncle Max sortit son mouchoir une fois de plus.

- Il a sûrement rapporté la musique avec lui, dit-il. Tu n’es pas contente d’avoir trouvé un garçon aussi talentueux ?

Le silence retomba. Des éclats d’indignation traversèrent les regards qui tentaient de deviner l’intention qui se cachait derrière un tel propos. Une musique atonale restait suspendue dans l’air, et refusait de se dissiper.

- Il tient ça de son grand-père, rectifia la mère de Gregor.

Elle était contrariée, scandalisée même.

- Pardon, reprit oncle Max. Je pensais qu’il savait.

- Savait quoi ? s’étonna Gregor.

Sa mère fondit en larme et quitta la pièce. Son père, furieux, se leva.

- Bon sang, mais de quoi parles-tu ? Pourquoi viens-tu chez nous la tourmenter comme ça ?

La soirée s’acheva brutalement. Une atmosphère de crise s’était répandue dans la maison. Gregor se souvient d’avoir entendu ce soir-là ses parents s’entretenir au lit à voix basse.

…/… Le lendemain, sa mère lui expliqua qu’oncle Max n’avait plus sa tête.

50 ans plus tard, Gregor est musicien, il vit séparé de sa femme Mara même s’ils s’aiment toujours, ils  ont un fils Daniel. Toute sa vie, il a été tourmenté par le fait de ne pas savoir d’où il vient, qui étaient ses vrais parents, etc.

A 17 ans, persuadé d’être juif, il s’était enfui de chez lui, il était devenu trompettiste, s’était fait circoncire, et avait  parcouru le monde sans arriver à se poser vraiment.

Un jour, Mara qui aimerait le voir heureux, rencontre sa mère sans qu’il le sache. Elle veut comprendre qui est l’homme qu’elle aime, quelles sont les raisons de son mal-être etc. Maria pourrait-elle l’aider, pourrait-elle admettre 50 après qu’il n’est pas son fils ? Cela voudrait dire pour elle renier son existence. Pages 176/177.

- Mais il est juif, dit Mara. Il a été sauvé par votre père. Vous l’avez adopté en remplacement de votre fils perdu. Tous les ennuis avec la Gestapo venaient de là, non ?

La mère de Gregor fixa de nouveau Mara du regard. Ainsi il fallait qu’elle fasse valoir ses droits sur sa propre vie ! Ce rejet était insupportable, et c’est avec de l’hostilité dans la voix qu’elle reprit :

- Il n’est pas plus juif que moi, ou que son père. Il est allemand. Il est le portrait de son grand-père Emil. Pour l’amour de Dieu, regardez les photos ! Il est musicien et chanteur, exactement comme Emil ! Vous ne voyez donc pas ?

Il m’a dit qu’il était arrivé avec des réfugiés de l’Est.

Il peut inventer toutes les histoires qu’il  voudra.

 

Magistral ! C’est un livre grave, bouleversant qui nous entraîne dans la tourmente de la recherche d’identité, lorsque toutes les preuves sont détruites, lorsque le mensonge pèse et n’arrive pas à se lever, lorsqu’il étouffe de tout son poids sur la vie au point de passer à côté. J’ai adoré ce livre, il est sensible, juste, et très bien écrit. Je l’ai gardé un moment en moi.

Claude

Première page

Ils avaient dû être fous de terreur. Ils s’étaient précipités dans les cave en se tenant par la main, hurlant encore à moitié endormis, se bousculant dans le noir. Les enfants pouvaient percevoir les tremblements des adultes. Ils pouvaient entendre la panique dans leurs voix. Ils pouvaient entendre les hurlements des sirènes traverser les immeubles et le bourdonnement profond de la musique des orgues autour de la ville, lorsque les avions la survolaient.

Quand la première bombe siffla dans les airs, ils se blottirent les uns contre les autres et prièrent.

- C’est notre tour. Que Dieu nous aide.

Ils avaient si peur qu’ils en perdaient leur personnalité. Certains marquaient à la craie les nuits de bombardement sur les murs des caves. Créatures sans défense réfugiées sous terre, se bouchant les oreilles tandis qu’au-dessus d’eux es sombres escadrilles traversaient le ciel nocturne. Par vagues successives entrecoupées de silences mortels. Ils suivaient la chute de chacune des bombes, essayant d’évaluer à quelle distance elle se trouvait. Ils sentaient chaque fois tressaillir la terre, ils sentaient la force de l’explosion dans leurs cheveux, le long de leur crâne. Une explosion qui faisait voler les fenêtres en éclats et aspirait l’ardoise des toitures.

Comme un homme, d’Hugo Hamilton, traduit de l’anglais par Joseph Antoine. Edition points.

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Les locataires de l’été
de Charles Simmons

L’histoire de ce livre est simple en soit, elle raconte les premiers émois amoureux d’un adolescent. Mais ce premier amour sera lié à jamais au décès de son père et à la trahison. Et puis, simple peut-être, mais d’une écriture incroyable.

Mickael passe l’été comme tous les ans dans la maison familiale du cap avec sa mère et son père. Cette année, la maison secondaire est louée à une femme russe et sa fille, Zina, de 20 ans, passionnée par la photographie.

Pages 18-19. Papa et moi demeurâmes un long moment allongés sur le sable, complètement exténués. Les deux chiens venaient nous renifler pour voir si nous étions vivants. Maman me tenait la main. Elle était furieuse contre  papa. Les deux locataires, qui venaient de s’installer dans le pavillon, restèrent auprès de nous. Mrs Mertz était de l’âge de ma mère. Sa fille, Zina, même vue à l’envers, était très belle. Elle avait les cheveux châtains, les yeux marron, le teint mat et les lèvres pourpres. On les aurait dites sculptées. Elle n’arrêtait pas de serrer sa chienne dans ses bras et de la caresser, comme si c’était elle et non pas nous  qui avait manqué y rester. Puis elle me toucha la joue, par simple curiosité, me sembla-t-il. Je tombai aussitôt amoureux de Zina.

Il tombe immédiatement amoureux de Zina, il connaît alors les tourmentes de l’amour pour la première fois. Il se rend compte aussi qu’il n’est pas le seul, son père est lui aussi miné par le désir. 

Il ne sert à rien d’en dire plus, tout ceci on le sait dès le début. Ensuite, on est entraîné avec les personnages dans cet été riche en histoires, désirs, sentiments et actions.

C’est un livre tout en émotions, bouleversant jusqu’à la dernière page, un livre très difficile à quitter. Je dirai même que c’est un chef d’œuvre !

Charles Simmons ne publie qu’un livre tous les 10 ans, et seuls 2 de ses livres sont traduits en français. Nous n’avons pas trop de chance ! J’ai acheté le second, le billet arrivera dans quelques temps. Ne passez pas à côté des locataires de l’été, c’est prodigieux. Enfin, moi, j’ai bien aimé !!!

Claude

Première page

I – Le banc de sable

C’est pendant l’été de 1968 que je tombai amoureux et que mon père se noya.
Une semaine durant, alors que juin tirait à sa fin, un banc de sable se forma à un mille au large. Il n’était pas visible, mais des brisants indiquaient sa présence. Chaque jour, on s’attendait à le voir émerger à marée basse. Jamais pareil banc ne s’était constitué aussi loin en mer et l’on se demandait s’il allait tenir. S’il restait en place, les eaux bordant la plage seraient plus calmes et nous pourrions amener notre bateau, l’Angela, en face de la maison au lieu de le laisser au mouillage dans la baie Johns, de l’autre côté du cap Bone. Question baignade, bien sûr, ce ne serait plus la même chose, et c’en serait fini des parties de ricochets dans le ressac.
Mon père et moi sortions pêcher le maquereau, l’églefin, le bar, la truite de mer. C’était le bar qui bataillait le plus et qui avait la chair la plus délectable.

Les locataires de l’été, de Charles Simmons, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chédaille. Editions Libretto.

 

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Je ne suis pas arrivée à faire mes billets au fur et à mesure ! Encore une fois ! Ils sont plus ou moins écrits, et je vais essayer de les poster cette semaine ! Enfin, j'espère.

Claude

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24 février 2019

Petite, allume un feu…
de Martin Smaus

Andrejko est né dans un village de Tchécoslovaquie, lorsqu’il était encore petit un oncle venu de Prague se rend compte qu’il est très doué pour voler. Ce qui pour lui n’était qu’un jeu, se transforme en cauchemar. L’oncle décide de l’emmener avec lui pour le faire travailler. Andrejko qui adore sa mère, doit l’abandonner, mais lorsque l’on est Tzigane, on n’a pas le choix. Il quitte les siens, ses coutumes, les feux de camps, le ciel étoilé du village pour se retrouver dans un immeuble crasseux, précaire en banlieue de Prague. Il se sent perdu, là-bas, les gens ne vivent plus beaucoup dehors, ils boivent presque toute la journée, ils sont violents… Page 47. A Zizkov, les Dunka avaient commencé à vivre une nouvelle vie. Une vie entre les immeubles gigantesques, les autos et les tramways, une vie sous les aiguilles de la pendule. Avant, ils n’avaient eu de montres que pour faire chic, comme ils en voyaient aux poignets des gadjé, mais il leur était bien égal qu’elles ne marchent pas : à Poljana, leur vie était réglée par l’aube et le crépuscule, en fonction du soleil, du vent et de la pluie ; ils vivaient au gré des étoiles. En revanche, à Prague, ils étaient immergés dans un temps tout à fait différent, ayant fait en une seule nuit un bond de plusieurs siècles, par lesquels les gadjé avaient si péniblement dû se frayer un passage.

Immédiatement, on l’envoie mendier et déjà voler les poches des voyageurs dans le tramway. Page 21. Adrejko était tout petit, décharné et grelottait sans cesse, parce qu’on l’habillait seulement pour qu’il ne gèle pas. Il avait toujours la goutte au nez et il claquait des dents, comme lorsqu’une brouette déglinguée cahote sur des pavés irréguliers, et avec le froid il faisait tout le temps dans sa culotte. Mais sa tante ne le changeait que le soir, ayant tôt fait de découvrir que plus le petit avait l’air mal en point, plus il arrivait à soutirer de l’argent pour acheter de la nourriture ou un billet de train à destination de Beroun ou de Rokycany.

Andrejko, malgré son jeune âge, découvre la décadence de son fier peuple Tzigane. Sa mère lui manque, sa liberté aussi. Chez son oncle, les enfants se multiplient car ils sont source de revendus. Plus d’enfants, plus d’allocations familiales, plus d’enfants, plus d’enfants dans les rues à mendier, à voler et voire à se prostituer. Il évolue tant bien que mal au milieu de ce monde malsain,  heureusement il a deux cousines et un cousin qui lui permettent de garder un reste d’humanité. Il est aussi confronté à la cruauté des gadjé et à celle des siens. Il se rend compte que par rapport à ce que racontaient les anciens du village, les mentalités ont changé, le tzigane est devenu mendiant, plus brutal, le tzigane tue maintenant pour voler.

Andrejko le voleur, se fait arrêter, il s’enfuira de la maison de correction pour se réfugier dans la forêt près de son village natal. Il y sera recueilli pendant quelques  mois par un gadjé, et connaîtra le calme, la paix, mais son envie de liberté sera la plus forte. Page 98. Juraj étouffait en lui-même sa vieille haine et sa vieille rancune, encore fumantes, contre tout ce qui touchait l’ancien hameau et au Tziganes, qui l’avaient privé de son cheval, de ses beaux poulains qu’il avait aidés à naître et dont il s’était jadis bien plus occupé que de ses propres enfants ; mais comme cette haine qu’il ne pouvait décharger ne menait à rien, Juraj cessa de penser à ses poulains et ordonna d’un signe de la tête à Andrejko de se lever ; puis il pointa son bâton en direction du hameau et hurla à son chien d’aller rassembler ses moutons. Et le petit le suivit comme un agneau, parce qu’il avait compris que le vieil homme ne lui ferait aucun mal, qu’il ne le chasserait pas ni ne le dénoncerait. Et quand bien même il le dénoncerait, cela lui était égal, parce qu’il n’avait plus nulle part où aller, ayant perdu en un instant tout ce dont il avait rêvé dans les trémies, les meules de foin et les toilettes du train.

Il apprit seulement par la suite que l’on avait retrouvé sa mère, la belle Maria, dans l’aire de la grange, baignant dans son sang, et que Dezo, son colérique époux, voleur de chevaux notoire, avait disparu et n’était plus jamais apparu à Poljana…

Il ira en prison dénoncé par ses grands cousins pour un crime qu’il n’avait pas commis, mais qu’eux avaient commis.

Arrivé au bout de toutes ses cruautés, il s’enfuie avec sa jeune cousine, et commence alors une époque heureuse, douce, pleine d’amour et de travail au milieu des gadjé qui semblent les accepter. Page 254. Au printemps, les routes avaient à peine séché que Mihalic leur fit amener une roulotte qui avait déjà bien servi. Andrejko et Anetka l’astiquèrent avant de la peindre en rouge clair, y installèrent les affaires qu’ils ramenèrent de leur refuge souterrain et, enfin, le poêle ; Andrejko prit alors sa petite cousine dans ses bras et la porta ainsi, à travers leur nouveau logis, puis l’allongea tendrement sur le lit, avec prudence ; il l’embrassait, lui caressait les mollets et les cuisses, sa main montait toujours plus haut, écartant les plis de sa petite robe, et Anetka satisfaite et heureuse, se laissait faire, tout en déboutonnant la chemise d’Andrejko.

Après avoir essayé de s’adapter à la société, sinon de retrouver ses racines, de placer certaines valeurs morales au-dessus de l’argent, après avoir essayé de vivre en homme libre et égal aux autres, il finira seul. Car l’homme est cruel, abruti, violent.

Je pourrai vous écrire des pages et des pages sur ce livre tellement il est dense, je ne vous ai pas parlé des difficultés des langues parlées, des brutalités des enfants à l’école, des allocations etc. Je vous laisse découvrir ce livre magistral sur les Tziganes. Il nous fait entrer dans une réalité sociale qui dérange, il est très bien écrit, et c’est un témoignage sans être un véritable témoignage poignant.

4ème de couverture. … Petite, allume un feu… est un éloge du sentiment de liberté, une célébration de la quête, à travers l’expérience de la découverte tout comme de la perte. C’est aussi un hymne d’amour au romani chib, langue chargée d’émotion et de violence, émaillée de tout l’imaginaire des croyances populaires. Le destin d’Andrejko porte en lui le sublime et le tragique, dans une prose qui ne saurait laisser indifférent, tant par son réalisme que par sa poésie profonde.

Claude

Première page

La mère d’Andrejko, la belle Maria, était fiancée à Dezider Dunka, du hameau tzigane de Vysna Poljana. Lors de la noce, selon le rituel, le vieux Laco Dunka leur noua un foulard autour des poignets et versa de l’eau-de-vie au creux de leurs mains, afin qu’ils s’offrent mutuellement à boire et scellent ainsi leur promesse de fidélité. Mais, au cours de la nuit de noces, il apparut que Maria avait déjà conçu et qu’en elle grandissait une nouvelle vie.

Son mari, en homme juste qui ne voulait pas exposer sa famille au ridicule et à la honte, décida de tuer sa femme, puis de se tuer lui-même. Il se leva et alla se donner du courage à la taverne de Poljana, mais on refusa de le servir tant qu’il n’aurait  pas réglé ce qu’il devait, soi-disant, son ardoise était déjà trop longue. Dezo en oublia la douleur qui l’avait mené jusque-là et son sang ne fit qu’un tour. On ne donne même pas un dernier verre, maudits gadjé, maudites putains, pas plus tard qu’hier on me servait à boire et voilà qu’il n’y a plus rien pour un Tzigane, s’écria-t-il ; l’instant d’après, il revint en compagnie de ses frères, Imro et Gejza, tous trois se précipitèrent dans la taverne et brisèrent tout ce qui leur tombait sous la main, ils fracassèrent même les fenêtres et le pauvre tavernier put s’estimer heureux de réussir à s’enfuir par-derrière.

Petite, allume un feu… de Martn Smaus, traduit du tchèque par Christine Laferrière. Editions des Syrtes.

 

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