Bloomsbury, côté cuisine
Bloomsbury, côté cuisine
de Danièle Roth
Ce livre, je le lis de temps en temps, quand je suis malade. J’aime l’histoire qui m’emmène dans le quartier de Bloomsbury au début du 20ème siècle à Londres. Je ne dirai pas que c’est un grand roman, mais j’apprécie l’atmosphère qui s’en dégage, les petites habitudes de chacun, leurs caractères bien trempés !
Virginia Wolf écrivait dans un de ses journaux : « Si je lisais ce journal comme un livre qui me serait tombé sous la main, je pense que je m’emparerais avec gourmandise de ce portrait de Nelly et écrirais une histoire, et ferais peut-être de ce portrait le cœur de l’histoire. Ça m’amuserait. Le caractère de Nelly, nos tentatives pour nous débarrasser d’elle, nos réconciliations. (The Diary of Virginia Woolf, volume 3 1925-30, Penguin Books, p. 274. traduction de Daniele Roth).
Cela, Danièle Roth l’a fait. Nelly Boxall a été la cuisinière de Virginia Woolf de 1916 à 1934 (année où elle fut renvoyée), puis cuisinière chez les Laughton de 1935 à 1939 (année où ils partent aux États-Unis). Précédemment, elle avait été bonne chez Roger Fry.
Le roman relate la dernière nuit de Nelly dans le quartier de Bloomsbury, à la veille de l’embarquement des Laughton. Elle est assise dans sa cuisine, et, se remémore son arrivée et sa vie chez les Woolf, leurs échanges très particuliers avec Virginia Woolf, tantôt haineux, tantôt aimants, complices et distants, violents et protecteurs ! Virginia Woolf, reste tout au long du roman le personnage aimé/détesté, son caractère et sa maladie font d’elle un être à part pour Nelly, qui est bien plus terre à terre.
Page 96. « Nelly était une cuisinière bien inexpérimentée quand elle avait pris du service chez Mr et Mrs Woolf. – J’suis plutôt bonatoufaire, avait-elle dit honnêtement. L’aveu lui coûtait car elle avait très envie de la place du fait du gentil accueil de Mrs Wolf. Depuis elle n’avait fait des progrès qu’en cuisine, elle avait pris l’habitude de réfléchir avant de l’employer à ce qu’un mot voulait dire, surtout un composé, qu’elle prenait autrefois en bloc. » Elle se souvient aussi que c’est Roger Fry qui l’a « initié » à l’art, etc. Elle a toujours su prendre ce qu’on lui donnait.
Elle se revoit en visite à Charleston’s Farmer, où Vanessa Bell (la sœur de Virginia Woolf) et Duncan Grant, aimaient recevoir les anciens du Groupe Bloomsbury ou Omega ; Roger Fry, Lytton Strachey, Carrington, Maynard Keyne etc.
Le point de vue de Nelly est celui d’une femme du peuple qui a côtoyé pendant toute sa vie professionnelle des gens hors du commun ; il nous transmet un aspect assez « pur », il est cocasse et juste. Et, par-delà les apparences, il nous dit la vérité profonde des êtres.
Première page
La femme a laissé retomber lourdement la malle qu’elle avait trop emplie, calculant mal ses forces sinon celle du déménageur, qui déjà s’en emparait et la soulevait vivement, la journée tirait à sa fin et ils étaient pressés d’en finir, lui et son collègue. Il l’avait poussée de côté plutôt brutalement et elle pestait, passé un certain âge une domestique ne doit pas s’attendre à beaucoup d’égards de la part de ce genre d’hommes, et des autres guère plus. Elle les a laissés continuer tout seuls, il faut dire qu’elle n’avait guère le cœur à l’ouvrage, comme on dit. Contournant la vaste caisse plate où elle avait la veille couché et emmitouflé le Renoir, sous l’œil attentif mais non pas inquiet du propriétaire (elle avait eu l’occasion de montrer ses talents en la matière, dans cette maison on accrochait puis décrochait souvent les tableaux qu’on dit « de maîtres », et pas pour cette raison qu’ils appartiennent à vos patrons, mais cette fois, c’était bien la dernière), elle est allée à la fenêtre et s’est avancée sur le balcon. Les coudes appuyés sur le métal tiède de la balustrade, elle a pris une longue goulée d’air, d’une grande douceur en cette fin de journée d’été et promené un regard circulaire et triste sur Gordon Square et comme au-delà sur les autres squares du quartier. Se haussant sur la pointe des pieds, elle vouait le sommet de leurs arbres, elle murmurait la litanie des bonnes adresses : Fitzroy Square, Tavistock Square. Parfois Mrs Woolf menaçait,
- Si Bloomsbury WC1 devient une bonne adresse pour les bourgeois, je m’en vais !
Bloomsbury, côté cuisine, de Danièle Roth. Édition Balland.
Claude
Le mauvais médecin de Dezső Kosztolányi
LE MAUVAIS MÉDECIN de Dezső Kosztolányi traduit du hongrois et préfacé par Thierry Loisel
Connu et reconnu comme nouvelliste, poète et journaliste, Dezső Kosztolányi écrit à 36 ans son premier roman : Le Mauvais Médecin (inédit en français). Les critiques de l’époque le qualifient de « roman raté », habitués à son style poétique, ils ont du mal à le reconnaître dans ce nouvel exercice.
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé ; le style est pur, il n’y a pas de fioritures, le récit est concis, il est vrai qu’il est aussi cruel, mais ingénieusement mené.
L’histoire est celle d’un couple, István et Vilma, un couple qui va subir la mort de leur enfant qu’un charlatan a condamné. Un couple qui ne s’aime plus. La thématique est d’autant plus cruelle qu’à la suite du décès de leur fils, ils se retrouvent accablés, incapables de mettre en place leurs nouvelles vies. Tourmentés, ils ressentent le besoin de se poser et reposer les mêmes questions, qui les rapprochent et en même temps les font horriblement souffrir. À ce moment du livre, on a l’impression que c’est du masochisme, qu’ils ont besoin de se faire souffrir et qu’ils se servent de ce malheur pour se rendre compte qu’ils ne peuvent pas continuer l’un sans l’autre.
C’est étrange comme sentiment, lorsque je le lisais j’avais l’impression que quelque chose m’échappait. Bon, ça s’est vite dissipé !
Thierry Loisel dans sa préface écrit (page 15,(pour moi, cela résume bien une partie du livre): « Enfin, si l’Amour est aussi la Voie, alors le manque d’amour est une impasse. On dit pourtant que la mort libère. Ou toute forme de séparation. Le divorce aussi. Nous sommes ici au cœur du propos de Kosztolányi. Non seulement la mort de l’enfant n’aura pas facilité la séparation du couple, mais elle aura fini par l’annuler… »
Première page :
Le prête qui maria Vilma et István leur dit en ouvrant les bras : « Aimez-vous l’un l’autre ».
La nuit, en pénétrant par la fenêtre, déversait à ses pieds, sur les marches de l’autel, une sombre lumière rouge, de sorte que le malingre vieillard de quatre-vingts ans parut un instant dressé comme au milieu d’un buisson ardent. Seule l’âme continuait à vivre dans ce corps délabré. Sa bouche édentée semblait une tombe en déroute, et ses yeux –deux cratères éteints, carbonisés- irradiaient d’un éclat noir.
Mais sa voix était impressionnante.
« Aimez-vous l’un l’autre ! », répéta-t-il toujours plus fort ; et comme il n’appréciait guère les vains discours, seul le timbre de sa voix sut ranimer les formules latines séculaires, reprises sans le moindre changement, des Pères de l’Église et des prédicateurs.
« L’amour, c’est la vie ! s’exclama-t-il ; l’amour, c’est la vérité, l’amour, c’est la voie ! », lança-t-il une fois encore, avec une simplicité telle que les parents de la mariée commencèrent à pleurer.
Le mauvais médecin de Dezső Kosztolányi, traduit du hongrois et préfacé par Thierry Loisel, éditions Non Lieu.
C’est un très beau livre, d’une centaine de pages. La préface de Thierry Loisel est formidable, j’ai appris plein de choses intéressantes, je suis par contre heureuse de l’avoir lu après le roman.
Le mauvais médecin, est suivi d’une nouvelle « la baignade » et d’un poème qu’il avait écrit lors de la maladie de son fils : Chant pour un enfant malade.
C’est le premier livre qui m’a redonné l’envie de lire après avoir passé pratiquement 5 semaines alitée, pendant lesquelles j’ai dormi, et dormi. Ah la grippe !!! Suivie de la bronchite !!!! Suivie d’une faiblesse générale, ha corps quand tu nous lâches !!!! Sauf que là, je recommence à avoir envie de faire plein de choses, et qu’il va falloir que je retourne travailler !!!!
Claude
2012
Je vous souhaite à toutes et à tous une année 2012 comme vous la souhaitez !
Évitez les bilans et les bonnes résolutions !
Claude
(illustration sur le site: http://eva-truffaut.blogspot.com/)
Il faut appeler un clown un clown
Il faut appeler un clown un clown
de Pierre Étaix
Voir ou revoir les films de Pierre Étaix a été un vrai bonheur pour moi. Aussi, ce soir, je vais vous parler d’un petit livre écrit par ce dernier.
Au début du livre, Michel Archimbaud explique qu’il avait rencontré dans sa carrière d’enseignant des élèves qui désiraient devenir clown. Il avait alors demandé conseil à Pierre Étaix, qui à sa surprise ne lui avait pas fourni de réponse immédiatement. Huit jours plus tard, il reçut le texte du livre.
Je ne vous le raconterai pas, il parle de cet extraordinaire métier, du travail qu’il demande, de son monde…
Les illustrations représentent la progression d’un spectacle, les pages ne sont pas reliées, j’ai bien aimé l’idée.
Voici quelques extraits :
… « être un clown est un état, ce n’est pas une fonction. C’est aussi un mode de vie très particulier lié au cirque itinérant. »…
« Les clowns célèbres et aussi les illustres inconnus avaient tous en commun une parfaite connaissance de leur art qui impose le respect ; un art spécifique dont on ne saurait se passer aujourd’hui de l’apprentissage et qui ne pourrait faire l’objet d’une école unique. En effet, celui qui veut s’engager dans cette voie doit impérativement apprendre « l’art de sauter » -autrement dit l’acrobatie- qui permet d’exécuter des cascades sans dommages et avec élégance, la danse qui donne la grâce à chaque mouvement. Il devra y adjoindre le mime pour exprimer par des attitudes, des gestes, des expressions, une gamme complète de sentiments, d’état d’âme et de sensations. Il lui faudra savoir jongler pour rendre drôles toutes ses maladresses feintes –faire un peu de magie, car l’irrationnel fait partie de l’univers du clown – et aussi sans être virtuose, le clown doit savoir correctement jouer de plusieurs instruments de musique. Il n’est pas négligeable non plus de pratiquer un peu d’acrobatie à cheval, etc… Autant de métiers qui constituent un bagage indispensable à l’accomplissement de son art, car le répertoire traditionnel des « entrées clownesques » fait appel à la connaissance de diverses disciplines. Il est donc tout à fait impossible de les ignorer. »
... C’est aussi un être hors du commun et paradoxalement très proche des autres ; aussi bien des enfants que des adultes, et tout particulièrement des adultes qui ont conservé leur pureté originelle.
Je vous laisse découvrir la suite. Pierre Etaix disait aussi : « S’il faut être mathématicien pour enseigner les mathématiques, il faut être clown pour transmettre son savoir avec prudence, amour et discernement, à l’élève de son choix qui manifestera de réelle prédispositions. »
Lorsqu’il parle des clowns qu’il a rencontré dans sa vie : « En aucun cas ils ne semblaient conscients du pouvoir de leur nature comique et ne se livraient jamais inconsidérément à des pitreries de complaisance. Ils pensaient clown, agissaient clown, vivaient clown. »
Il se pose également beaucoup de questions sur l’avenir du clown.
Il faut appeler un clown un clown de Pierre Étaix. Éditions Séguier Archimbaud.
Je suis de la génération de la « Piste aux Étoiles ». Avant que nous n’ayons la télévision chez nous, nous allions le mercredi soir chez une voisine la regarder. C’est un très beau souvenir. J’ai toujours aimé le cirque, et aujourd’hui encore, quand il s’installe dans mon quartier, j’y vais ;o)
Le livre de Pierre Etaix est à découvrir pour tous ceux qui aiment aussi ce spectacle.
Claude
Les Diablogues
Les Diablogues
Pièce de Roland Dubillard
Mise en scène Anne Bourgeois
Acteurs : Jacques Gamblin et François Morel
Réalisation de Jean-Michel Ribes
Je me remets tout doucement d’une mauvaise grippe. Je ne connaissais pas… ça craint ! Envie de rien, impossible de lire, de me concentrer sur quoi que ce soit (c’est pour cela que je ne vais pas pousser trop loin mon discours et recopier le dos du dvd !!! )… énervant !
Enfin, j’en profite pour regarder mes dvd. Cet après-midi, j’ai regardé pour la énième fois, les diablogues, ça me fait toujours autant rire. J’aime l’absurde, la poésie, les situations cocasses, les discussions qui partent d’un rien qui montent qui montent pour souvent n’arriver à rien. On y joue avec les mots, les situations, les corps, c’est génial. Et quel travail !!!
Voici la bande annonce, si vous en avez envie.
Résumé (dos dvd) :
En trois coups de cuillère à pot et à peine deux répliques, le quotidien bascule dans le fantastique, l’ordre cède la place au chaos le plus hilarant.
La presse :
Télérama : « Absurde et drôle dans son acharnement à suivre une logique déviante. La conversation est une fête du langage et les personnages, interprétés par J. Gamblin et F. Morel, inattendus, fragiles et touchants. »
Le Monde : « Ces Diablogues sont interprétés par deux acteurs exceptionnels. J. Gamblin et F. Morel, qui se renvoient la balle avec un talent lunaire et musical, une folie douce digne de Raymond Devos, autre grand poète de l’absurdité quotidienne. »
Le Figaro magazine : « L’humour et l’élégance sont partout, dans le dit, le non-dit, le geste, le gag, ils sont dans la touchante complicité entre F. Morel et J. Gamblin, la terre et l’air. »
À déguster sans modération !
Claude
Le grand amour de Pierre Etaix
Le grand amour
de Pierre Etaix
Je viens de voir « le grand amour » de Pierre Etaix sur Arte. Enfin de la télévision à consommer sans modération !!! Ce film est plein d’humour, de tendresse, de poésie avec un rien de burlesque qui en fait un grand film. J’aime ce cinéma, j’aime le burlesque.
L’histoire : Pierre mène une vie bien rangée avec son épouse. Il dirige la société de son beau-père. Un jour, il tombe amoureux de sa secrétaire. Il se rend alors compte de la monotonie de son couple, et s’imagine dans des situations bien autres. C’est un petit bijou d’humour décalé. A voir, et revoir…
Extrait :
LE GRAND AMOUR (1969) extraits (film clips)
Une partie des œuvres de Pierre Etaix pour des raisons juridiques n’étaient plus visibles depuis plus de 20 ans. Depuis 2099, l’imbroglio juridique a pris fin, et les films qui suivent ont été restaurés et rediffusés (le document qui suit est copié http://www.barkalshop.com/ , site sur lequel vous pouvez vous les procurer, moi j'aimerai bien l'avoir ce coffret !!!!) :
LE SOUPIRANT - 1962 - 83'
Avec Pierre Étaix, France Arnell, Laurence Lignères...
Entièrement pris par l’étude des astres, un jeune Parisien renonce brusquement, sur injonction de ses parents, à sa passion pour partir à la recherche d’une épouse… Œuvre cocasse remplie de comique burlesque, Le Soupirant a obtenu le prix Louis Delluc en 1963.
YOYO - 1964 - 92'
Avec Pierre Étaix, Claudine Auger, Luce Klein, Philippe Dionnet...
1925: Un millionnaire s’ennuie dans son immense demeure. Un cirque passe, tout à côté. Il reconnaît en l’écuyère son ancien amour. Elle lui a donné un fils, Yoyo. Il les rejoint lors du krach de 1929 qui le ruine. Le temps passe… Au retour de la guerre, le jeune Yoyo devient un clown célèbre donc très riche. Il rachète et restaure la demeure de son père. Mais le jour de la pendaison de la crémaillère, il préfère s’enfuir sur le dos de l’éléphant de son enfance... Hommage au cirque, Yoyo est une petite merveille de construction narrative qui revisite, d’une certaine manière, toute l’histoire du cinéma burlesque de la grande époque.
TANT QU'ON A LA SANTE - 1966 - 80'
Avec Denise Péronne, Simone Fonder, Sabine Sun, Véra Valmont...
Pierre est un jeune homme qui ne se sent pas à son aise dans ce XXe siècle. Tout autour de lui n’est que bruit et bousculade dans un décor envahi par les grues et les marteaux-piqueurs... Synthèse de tous les empoisonnements quotidiens, divertissement sur les plaisirs gâchés; toute la philosophie du film est dans son titre : Tant qu’on a la santé... la santé morale bien sûr !
LE GRAND AMOUR - 1969 - 87'
Avec Pierre Étaix, Annie Fratellini, Nicole Calfan...
Premier long métrage en couleurs de Pierre Étaix, Le Grand Amour est aussi l’un de ses plus célèbres. La province tranquille, les ragots tout puissants, le confort domestique, le couple équilibré, le travail productif: et le grand amour dans tout ça ? Est-il même possible de le rêver ? L'arrivée d'une nouvelle secrétaire dans la vie de Pierre lui en donnera l'occasion au travers d'un déploiement génial de gags, de poésie et d’inventions visuelles en tous genres.
PAYS DE COCAGNE - 1969 - 80'
Au lendemain de mai 1968, Pierre Étaix part filmer les Français en vacances. Il capte des éléments pris sur le vif qu'il monte et crée ainsi le premier film documentaire de construction burlesque, objet insolite et quasi-expérimental qui synthétise les contradictions de l’époque.
Claude
Gaspard Hauser ou la paresse du coeur
Gaspard Hauser ou la paresse du cœur
jakob Wasserman
En 1928, un adolescent arrive sur la place de Nuremberg. Il s’exprime
comme un enfant, mais, il sait écrire son
nom : GASPARD HAUSER. « C’était un adolescent d’environ
dix-sept ans. Personne ne savait d’où il était venu : il était lui-même
incapable de le dire. Il parlait à peu près comme un enfant de deux ans,
ânonnant quelques mots dénués de sens, qu’il répétait d’une façon soit
plaintive, soit joyeuse, et qui semblaient être, plutôt que des paroles, des
marques de plaisir ou d’angoisse. Il marchait comme un enfant qui fait ses
premiers pas, prudemment, en posant le pied à plat, avec maladresse. »
(page 9) Les autorités le confie à Daumer un médecin qui doit l’observer et
découvrir ce qui est arrivé à Gaspard Hauser. Quand il peut raconter son histoire, ce sera
pour dire qu’il a vécu toute sa vie dans un endroit clos sur une paillasse
accompagné d’un petit cheval de bois. Un homme venait de temps en temps le
nourrir, il l’appelait « Toi » « D’aussi
loin que partaient ses souvenirs, Gaspard s’était trouvé dans une pièce sombre,
toujours la même. Jamais il n’avait vu visage humain, jamais il n’avait entendu
ni le bruit de ses pas, ni sa propre voix, ni le chant de l’oiseau, ni le cri
de l’animal : jamais il n’avait aperçu, ni le rayon du soleil, ni la
clarté de la lune. Il n’avait connu que lui-même et ignorait sa solitude. La
chambre qu’il habitait devait être étroite, car il se souvenait d’avoir touché
une fois, de ses bras étendus, les deux murs opposés. Avant cet événement, elle
lui avait semblé immense. Enchaîné, sans s’en rendre compte à sa paillasse, il
n’avait jamais quitté le coin de terre où il dormait sans rêve et où il s’éveillait. »
(page 20)
« Gaspard, pourtant, n’était pas seul ; il avait un camarade : c’était
un petit cheval blanc en bois, objet sans nom, sans mouvement, où se reflétait
cependant sa propre existence. Il lui attribuait une vie propre et toute la
lumière du monde se concentrait pour lui dans la lueur terne des pupilles artificielles
du jouet. Il ne s’amusait pas avec le
petit cheval, ne lui parlait jamais, et, quoi qu’il fut monté sur une petite
planche à roues, il ne pensait jamais à le pousser. Mais, chaque fois qu’il
mangeait du pain, il lui présentait avant de l’avaler chaque bouchée et avant
de s’endormir il lui caressait le dos. Pendant de longs jours, pendant de
longues années, ce fut sa seule distraction. » page 21
Un jour « Toi » lui apprit à écrire son nom, il le drogua et l’emmena
près de Nuremberg.
Gaspard Hauser malgré son âge est comme un enfant qui vient de
naître, naïf, curieux, il a tout à apprendre et à découvrir. Mais c’est sans
compter sur la bêtise de l’homme ! Il devient « la bête curieuse »
d’un village, d’une région, les riches se déplacent pour venir l’observer, on l’invite
pour se rendre compte de sa naïveté.
« Il n’était pas timide. Tous les hommes lui semblaient bons et
presque tous lui paraissaient beaux. Il trouvait tout naturel qu’un monsieur se
plantât devant lui et lût sur une feuille préparée d’avance une interminable
liste de noms et de chiffres. Sa mémoire ne le trahissait jamais ; il
pouvait tout répéter dans l’ordre dans lequel on les lui avait énoncés. Il
remarquait bien à l’étonnement des gens qu’il avait fait une chose surprenante :
mais jamais le moindre éclair de vanité ne brillait sur son visage. Il montrait
seulement un peu de tristesse, lorsque les gens jamais satisfaits lui posaient
et lui reposaient les mêmes questions. » (page 56)
Peu à peu, il perd sa joie de vivre, sa naïveté, il en tombe
malade. Un jour, le bruit coure que Gaspard serait en fait le fils du prince héritier de la
couronne de Bade, disparu à 5 ans. Tout semble le vérifier. Un homme apparaît
alors, un homme à qui il confiera sa confiance, son amour, sa vie. Il est
évident que si Gaspard est réellement le prince héritier, il met en danger la
couronne, et attire des ennemis de celle-ci.
Voici donc, les prémisses de l’histoire de Gaspard Hauser.
Gaspard Hauser ou la paresse du cœur de Jakob Wassermann, traduit de l’allemand par Romana altdorf, Édition Bernard grasset, les cahiers rouges.
Lisez son histoire, jeune homme qui n’avait rien demandé mais que l’on a détruit, bafoué, trahi. Ce livre est extraordinaire, écrit pas Jakob Wassermann cela ne pouvait être autrement !!! Il est parti d’une histoire vraie, Gaspard a vraiment existé. Il rend là, un portrait de la société bien amer : bassesses, méchanceté, profit, abandon, manipulation… C’est pour moi, le livre
sur l’innocence, sur la sècheresse des sentiments, sur l’égoïsme et j’en passe… sur ce qui ne devrait pas être ! J’ai adoré ce livre tant par sa force, par son écriture que par l’analyse des sentiments, c’est juste, précis et brutal. « Ce roman de l’innocence bafouée, trahie (par cette paresse du cœur qui fait naître les pires crimes) est aussi un bouleversant thriller historique » (4ème de couverture).
Gaspard était-il vraiment le fils du prince héritier de Bade, certaines recherches Adn l’admettent, d’autres pas. Était-il un enfant sacrifié pour servir d’objet d’étude ? Certains faits tendent à prouver que la première proposition se confirme au fil des études. Vous trouverez plus de renseignements sur wikipédia.
J’avais vu le film l’année de mes 15 ans, en seconde, notre prof d’allemand nous l’avait fait découvrir.
Film de Werner Herzog de 1974, l’énigme de Gaspard Hauser. Il m’avait très marqué, et je ne l’avais jamais oublié. Je ne savais pas que Jakob Wassermann avait écrit un livre sur cette histoire, d’ailleurs l’année de mes 15 ans, je ne le connaissais pas et je ne suis pas sûre qu’il
m’aurait tant intéressé que cela !
Verlaine avait également écrit un poème, mis en musique par Moustaki :
(extrait du recueil Sagesse)
"Gaspard Hauser chante :
Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.
À vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d’amoureuses flammes
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.
Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !"
Claude
La cave
La cave
de Thomas Bernhard
Traduit de l’allemand par Albert Kohn
Peu de temps après la seconde guerre mondiale, Thomas Bernhard à 15 ans. Il ne se sent pas fait
pour l’école. Un jour, il décide de « partir dans la direction opposée » et commence un apprentissage dans un magasin d’alimentation. Ce demi-tour décidera de toute sa vie, et, il ne le regrettera jamais. « J’avais le sentiment d’avoir échappé à l’une des plus grandes absurdités humaines : le lycée. Je sentais soudain que mon existence était de nouveau une existence utile.
J’avais échappé à un cauchemar. Je me voyais bourrant les sacs à provisions de farine, de graisse, de sucre, de pommes de terre et de semoule, j’étais heureux. J’avais fait demi-tour au milieu de la Reichenhaller Strasse, j’étais allée à l’Office du travail, je n’avais pas laissé un instant de repos à la fonctionnaire. Elle m’avait proposé beaucoup d’adresses mais pendant longtemps aucune dans le sens opposé. Je voulais aller dans le sens opposé.»
… « J’avais mis fin à une période d’inutilité, me semblait-il, une période malchanceuse, une période terrible. J’avais alors eu deux possibilités, c’est encore aujourd’hui bien clair dans mon esprit : me tuer, ce pour quoi le courage me manquait, et/ou quitter le lycée d’un instant à l’autre ; je ne m’étais pas tué, j’étais entré en apprentissage. »
Il entre donc en apprentissage dans le quartier le plus difficile de la ville : dans la cité de Scherzhauserfeld. « C’était précisément cette adresse que la fonctionnaire avait extraite du fichier en hésitant, à la différence des autres, une adresse qui, pour elle, n’entrait absolument pas en ligne de compte, cela je l’avais vu aussitôt et elle n’avait d’ailleurs articulé qu’à contrecœur l’adresse de Karl Podlaha, elle avait prononcé à contrecœur le nom
Podlaha, indiqué à contrecœur l’adresse précise, prononcé à contrecœur les mots :
cité de Scherzhauserfeld. Ces mots : cité de Scherzhauserfeld, étaient pour elle répugnants entre tous, il lui avait fallu prendre sur elle pour les prononcer. Mais, vraisemblablement, cette adresse n’entrait absolument pas pour moi en ligne de compte, avait dit la fonctionnaire, sans d’ailleurs prononcer réellement la phrase :cette adresse n’entre pas pour toi en ligne de compte, tout chez elle extérieurement et intérieurement l’affirmait ; pourtant c’était exactement cette adresse qui entrait pour moi en ligne de compte, car l’adresse de Podlaha était l’adresse exactement dans le sens opposé ; selon toute apparence, la fonctionnaire ne me crut pas lorsque je dis que cette adresse était pour moi la bonne adresse et que j’avais cherché cette adresse, les mots : cité de Scherzhauserfeld, pour lesquels sa nature lui inspirait un sentiment d’effroi et de recul avaient sur moi une énorme attraction et je répétai plusieurs fois : cité de Scherzhauserfeld, ne fût-ce que pour constater la réaction de la fonctionnaire qui était aussi douloureuse que possible, sans cesse elle regardait mon visage tout en m’entendant dire : cité de Scherzhauserfeld, et elle était épouvantée que je note précisément cette adresse dans ma tête. »
La cave est le second livre de la biographie de Thomas Bernhard. Dans son style bien particulier, fait de répétitions de mots ou d'idées, il raconte son adolescence, la décision qui a changé sa vie, son apprentissage à la « vraie vie ». Je ne me lasse pas !
La cave de Thomas Bernhard, traduit de l’allemand par Albert Kohn. L’imaginaire/Gallimard.
Hier soir, je suis allée au théâtre voir une interprétation de ce livre par la Pérenne Compagnie. J’ai beaucoup aimé, j’ai trouvé le spectacle sobre, les décors ingénieux et imaginatifs, rien de trop. Deux femmes sont sur scène et se donnent la réplique, le décor apparaît au fil de la pièce, se transforme au fil des discours, des monologues, des canons.
J’ai eu un peu peur au début, mais cela n’a pas duré, je trouvais les 5 premières minutes un peu sur jouées, mais tout s’est rapidement arrangé.
Décembre 2011 : J'ai repensé à cette pièce, en fait, je me rends compte que tout ce qui était adaptable a été fait, mais, il manque tout les ressentis. C'est un peu dommage. Cela reste toutefois, une pièce très agréable.
À voir ! et à relire ou lire !
Direction d’acteur-Jeu : Katia Grange
Jeu : Valérie Pourroy
Scénographie-Lumières et regard extérieur : François Verron
Conception musicale : Emmanuel Six
Claude
Le linceul du vieux monde de Gérard Mordillat
N’étranglez pas les singes
de Gérard Mordillat
N'étranglez pas les singes
Ils me regardent
Leurs bras sont maigres comme les miens
Leur souffrance jumelle
Je suis gibbon de mot en mot
Chimpanzé,orang-outang, gorille
Macaque, babouin electrodisé
Bonobo
Pauvre poilu au cul pelé
Je suis l'encagé vif
Le mangeur de bananes
Le branleur grimaçant
Qui singe sa mort
Qui singe sa vie
Qui ne vaut pas une cacahuète
Pas un pet de ouistiti…
Homme noir
Homme blanc
N'étranglez pas les singes aux yeux verts
Ça m'arrache les poils du cœur
Ç'a m'arrache le sang du ventre
Le linceul du vieux monde de Gérard Mordillat, Le temps qu’il fait.2011. Page 11.
L’émerveillée
de Gérard Mordillat
En autant de langues
Que Babel l'autorise
Je te le dis
Ce visage en feuilles d'ombre
Que le soir lentement exaspère
C'est ton visage
Ton visage
Paré d'un véhément silence
Émerveillé d'envies
Dont l'âpre gravité
Reconnaît ma patience
Où je te vois
Trop mortelle
Miroir psyché
Œil de chatte
Lac aux chagrins
Où perle tu resplendis
À l'orée de la nuit
Le linceul du vieux monde de Gérard Mordillat, Le temps qu’il fait.2011. Page 32.
La romancée
DE Gérard Mordillat
La romancée
Celle dont la vie est une histoire
Ne s'en laisse pas conter
Elle dit ce que les autres n'osent
Met son coeur à cul
Son nombril au zénith
Remue l'eau de sa main
Pour éclabousser d'écume
Le mâle qui la traite
L'homme livre
La met aux pages
L'allitère
La justifie
La tourne, la retourne
L'effeuille
La prend noire sur blanc
La corrige d'une main agile
Puis l'édite
Dans l'impudeur de son lit
Le linceul du vieux monde de Gérard Mordillat, Le temps qu’il fait.2011. Page 52
Découvert à la Médiathèque. Il m’est très difficile de faire un choix dans ce magnifique recueil. J’aime presque tout… « … Dehors, dans son exil Pour moins d’une larme Le froid vend son art À qui lui tend la main… » (extrait de la Fêlée page 33).
Que dire de plus, devant tant de beautés !
Gérard Mordillat est écrivain et cinéaste. Il a réalisé une vingtaine de films. Il écrit peu de
poésie, mais comme il est dit sur la quatrième de couverture, « il en écrit un peu, sans manières et à sa façon, rouge et noire, pleine de sourde colère et de tendresse insolente. Très incorrecte en somme. » et moi, cela, j’aime.
À bientôt.
Claude
Au fond de mon jardin...
Au fond de mon jardin…
Il y a le cirque… PINDER !!!
Je crois que ça va devenir une habitude. Ça ne me dérange pas, mais
là, je suis un peu égoïste, je rentre de trois jours de colloque à Paris, et je
n’ai pas été réveillée toutes les nuits par les félins, et je n’ai pas eu de
contraventions parce que je n’étais pas garée où il fallait… Je dois dire, que
j’ai été surprise hier en rentrant, presque tous mes voisins étaient partis en
week-end !!!
Mais tout cela n’empêche, que l’on entend rire, applaudir et que ça
fait un peu de bien, en plus le soleil est au rendez-vous !
C’est un cirque énorme, certainement trop grand pour être dans
notre petit quartier, mais pour moi, cela reste vraiment impressionnant et
magique.
Claude















