De Bloomsbury en passant par Court green...

10 juin 2018

Jeu blanc
de Richard Wagamese

 

Saul est en cure de désintoxication, son référent lui demande d’écrire ses souvenirs, d’écrire ce qui l’a amené à l’alcool.

Saul Indian Horse est de la tribu des Ojibwés, il a 7 ans quand son frère aîné, Benjamin, est enlevé par les blancs pour être conduit dans  une école catholique pour lui faire disparaître son indianité. Ses parents buvaient peu, mais à partir de ce moment, leur alcoolisme va se renforcer. Voyant cela, la grand-mère, Noami, décide de les emmener sur la terre sacrée de leurs ancêtres. Par bonheur sur la route, ils retrouvent Benjamin, qui est arrivé à s’échapper de l’école. Pendant un certain temps, ils sont heureux, les enfants sont initiés aux traditions. Mais, Benjamin a la tuberculose, et meurt. Sa mère ne veut pas qu’il soit enterré comme un indien mais comme un catholique. Ils repartent donc à la ville, laissant Saul et sa grand-mère sur place. Mais l’hiver est rude, et ils ne reviennent pas. Noami meurt de froid avec son petit-fils dans les bras. Les blancs le récupèreront et le mettront dans une école catholique pour l’éduquer. Il a 8 ans, l’école est stricte, inhumaine, les enfants sont maltraités et beaucoup meurent. Page 57. A St. Jerm’s, les enfants m’appelaient « Zhaunagush » parce que je savais parler et lire l’anglais. La plupart d’entre eux avaient été arrachés au Grand Nord et ne connaissaient que l’ojibwé. Parler un seul mot dans cette langue pouvait vous valoir une raclée ou le bannissement dans le débarras du sous-sol, que les grands avaient baptisé la sœur de Fer. Il n’y avait aucune tolérance envers les langues indiennes. Le jour suivant mon  arrivée, un garçon du nom de Curtis White Fox se fit laver la bouche au savon à la soude parce qu’il avait parlé ojibwé. Il s’était étouffé et était mort là, dans la classe. Il avait dix ans. Alors les enfants se mirent à chuchoter. Ils apprirent à parler sans bouger les lèvres, étrange ventriloquisme qui leur permettait de maintenir leur langue en vie.

Un jour un nouveau prêtre arrive, le père Leboutilier. Il lui fera découvrir le hockey et changera sa vie à jamais. Ce sport deviendra pour Saul sa raison de vivre, il le sauvera et l’élèvera au-dessus des maltraitances. Année après année, les hivers seront ses périodes bénies. Il commence par apprendre seul, puis le père Leboutilier découvre qu’il est bon joueur et l’intègre à l’équipe de l’école. C’est un joueur fabuleux, rien ne compte plus, il vit, il dort, il mange hockey. Il ne rêve que de glace, de passes etc.

Leboutilier arrive à lui faire quitter l’école pour intégrer une équipe d’amateurs. Il sera alors hébergé par Fred et Martha, deux anciens élèves de l’école. Ils le comprennent bien, ils lui donnent le gîte, le couvert mais aussi l’amour. Tout ce qu’il n’a plus connu depuis la mort de sa grand-mère, il a 13 ans. Il peut aussi aller à l’école, chose qu’il ne faisait pas chez les prêtres. Mais surtout, il joue, et il joue bien.

Son équipe est demandée par une équipe de blancs pour jouer un match. Il est remarqué par un entraîneur pro. Mais, il hésite, on est dans les années 60, et il s’est rendu compte que le racisme est total au Canada. Les joueurs blancs ne veulent pas des indiens, surtout quand ils sont aussi bons que Saul. C’est leur sport, un sport blanc ! Page 162. Il est des fois en ce monde où il faut se voir sans complaisance. Le défi qu’on ressent est celui qui ronge les tripes. Je savais que mon équipe voulait que je riposte. Ils voulaient que je me batte à mains nues. Mais je ne le voulais pas. Je ne voulais pas abandonner ma vision du jeu. Je ne voulais pas laisser partir le rêve que j’en avais, la liberté, le soulagement qu’il m’apportait, la joie que ce sport me donnait. Ce n’était pas le sport de quelqu’un d’autre et on n’allait pas me l’enlever. Le Père Leboutilier avait dit que c’était le sport de Dieu. Mon esprit n’était pas prêt à accepter cette idée. Mais je savais pertinemment que ce sport était toute ma vie.

Il part toutefois chez les pros, mais rien ne se passe bien. A aucun moment il est remarqué pour son jeu mais toujours comme l’indien. Il ne supporte plus.

Page 198. Mais ces mauvais traitements m’avaient endurci. Quand je montais sur la glace avec les Moose, la colère s’évacuait et mon jeu se transformait en attaque impétueuse, cinglante. Peu importait qui étaient les adversaires. Je jouais avec la même dureté contre les équipes blanches des villes que contre les équipes des réserves. Il n’y avait plus d’y avait plus d’échanges animés sur le banc. Au lieu de cela, je fixais la glace d’un œil dur jusqu’à ce qu’ils ouvrent la porte pour me laisser sortir. J’avais encore la grâce, la fluidité, la vitesse, mais mes yeux étaient sauvages sous mon casque. Je fonçais sur la glace à toute vapeur et quand quelqu’un me frappait, je frappais en retour.

Il lâchera tout car il a perdu le goût du jeu, il sombrera dans l’alcool. A chaque fois qu’il arrivera à s’en sortir d’autres vérités viendront le hanter et l’y replonger. Mais arrivé au Centre, il comprendra que lui seul peut se guérir. Il reprendra le chemin de sa vie en sens inverse, il affrontera le passé.

C’est magistral, et pourtant je ne suis pas une fan de hockey sur glace, je n’y connais même rien du tout. Ce livre révolte, donne envie de crier face à la violence subie par les enfants du pensionnat mais aussi par le peuple indien. La brutalité venue de personnes qui étaient là soi-disant pour aider dépasse l’entendement ! Tant de vies gâchées par des représentants d’un dieu qui est dit amour.
Il nous met face au racisme primaire, bestial, inadmissible. Il y a des scènes décrites dans les stades et l’école qui dépassent l’intelligence. Heureusement, il y a aussi dans ce livre l’espoir, l’amour, l’amitié, l’entraide et la force de vie. L’espoir est aussi dans le fait, que même si on a voulu ôter à ces enfants leur indianité, ils sont et restent indien, et certains arrivent à relever la tête.

Richard Waganese a puisé dans sa propre histoire pour écrire ce livre, il est considéré comme son œuvre majeure.

Claude

Première page

Je m’appelle Saul Indian Horse. Je suis le fils de Mary Mandamin et de John Indian Horse. Mon grand-père s’appelait Solomon et mon prénom est le diminutif du sien. Ma famille est issue du Clan des Poissons des Ojibwés du Nord, les Anishinabés, c’est ainsi que nous nous désignons. Nous avons élu domicile sur les territoires bordant la rivière Winnipeg, là où elle s’élargit avant d’entrer dans le Manitoba et après avoir quitté le lac des Bois et les crêtes accidentées du Nord de l’Ontario. On dit que nos pommettes ont été taillées dans ces chaînes granitiques qui s’élèvent au-dessus de notre patrie. On dit que le brun profond de nos yeux à suinté de la terre féconde autour des lacs et des marécages. Les Anciens disent que nos longs cheveux raides viennent des herbes ondulantes qui tapissent les rives des baies. Nos pieds et nos mains sont larges, plats et forts comme les pattes d’un ours. Nos ancêtres ont appris à se déplacer sans peine à travers les territoires que le Zhaunagush, l’homme blanc, a plus tard redoutés, sollicitant notre aide pour le parcourir. Notre parole s’écoule et se déverse comme les rivières qui nous servent de routes.

 

Jeu blanc de Richard Waganese, traduit de l’anglais (Canada) par Christine Raguet. Editions ZOE

 

index

 

Posté par jeanlau à 17:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Idaho
d’Emily Ruskovich

Ce livre, je l’ai dévoré, il est magnifique. La plume d’Emily Ruskovich est fluide, elle rend formidablement bien les différentes ambiances du livre, sans jamais, sans trop ou trop peu s’attarder sur la période. Il est troublant, car une mort ou deux morts d’enfants sont l’un des fils de l’histoire, mais pas seulement. La circonstance de la mort de la petite May, geste incompréhensible de la part de sa meurtrière, la maladie d’Alzheimer et ses conséquences nous font entrer dans une réalité terrifiante pour tous les protagonistes et nous-même.

Anne est professeur de musique, un jour, elle découvre une petite fille, June dans une situation troublante. Elle appelle alors les parents. Le père Wade, vient la voir et en discute avec elle. Peu de temps après, il décide de prendre de cours de piano. Quelques mois plus tard, elle apprend la disparition de June et la mort de sa petite sœur May, assassinée par sa mère, Jenny.

Le temps passe, Anne et Wade se revoie, se marie, ils sont heureux jusqu’au jour où la maladie d’Alzheimer se déclenche chez Wade. Anne se rend compte alors qu’elle n’aura jamais les réponses à ses questions sur le décès de May et la disparition de June. Elle refera l’histoire seule, et se retrouvera face à une terrible découverte.

Jenny est en prison pour le reste de sa vie, alors qu’elle voulait mourir. Pendant 5 ans, elle reste seule dans une cellule avec ses souvenirs. Puis, un jour elle commence à réagir, on lui fera alors partager la cellule d’Elizabeth. Peu à  peu, elles s’apprendront, se soutiendront.

Au fil du livre nous allons dans le passé, le présent, le futur, il est émouvant, perturbant, inoubliable.

Heureusement pour moi, la semaine où je l’ai lu j’étais en congés…

Claude

 

Première page
2004

Ils n’utilisent jamais le pick-up, sauf une ou deux par an pour aller chercher du bois de chauffage. Le véhicule était garé un peu plus haut sur la colline, devant le bûcher, où il recueillait la pluie au creux des bosses du capot, et les larves de moustique dans l’eau de pluie. C’était ainsi quand Wade était marié avec Jenny, ça l’est toujours maintenant qu’il est marié avec Ann.

Ann gravit parfois la colline pour s’asseoir dans le pick-up. Elle attend que Wade soit occupé, afin qu’il ne remarque pas son absence. Aujourd’hui, elle s’y rend sous prétexte de rapporter du bois, en tirant une luge bleue à travers la boue, l’herbe et les plaques de neige. Le bûcher n’est pas très éloigné de la maison, mais il est dissimulé par un bosquet de pins ponderosa. Elle a le sentiment de commettre une effraction, comme si elle n’avait pas le droit de poser les yeux sur rien de ce qui se trouve ici.

Le pick-up est garé sur l’un des rares replats, une improbable terrasse taillée dans le flanc de la montagne. Devant le bûcher, de l’autre côté du pick-up, quelques briques tombées ici ou là jonchent l’herbe et la neige. Des tourets de fil de fer tordu sont appuyés contre les arbres. Accrochées à une longue branche de mélèze, deux cordes épaisses tanguent l’une en face de l’autre, bien qu’à une époque elles aient peut-être été reliées par une planche – la balançoire d’un enfant.

On est en mars, il fait beau et froid. Ann s’installe sur le siège du conducteur et referme doucement la portière. Elle boucle la ceinture de sécurité, puis baisse la vitre qui lui projette alors quelques gouttes d’eau sur les genoux.

 

Idaho d’Emily Ruskovich, traduit de l’américain par Simon Baril. Edition Gallmeister.

 

Posté par jeanlau à 16:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
28 mai 2018

Ruban
d’Ogawa Ito

J’aime les oiseaux, j’ai des poules, un coq, des perruches et des merles dans ma glycine. Aussi, j’ai eu envie de relire « Ruban ».

Sumire est une grand-mère un peu mystérieuse. Elle passe ses journées à observer les oiseaux. Un jour, sa petite fille rentre de l’école, et comme d’habitude va lui dire bonjour. Pour la première fois de sa jeune vie, Sumire lui demande d’entrer dans sa chambre. Et elle lui montre sa chevelure remontée en chignon. Là se trouve 3 œufs. 3 petits œufs orphelins. Sumire les a alors recueillis, et propose à sa petite fille d’essayer de faire naître les oisillons.

Commence alors, la prise de température de la chevelure tous les soirs, le retournement des œufs, et au bout du compte un œuf éclot.
Pages 21-22. A partir de ce moment-là, les œufs n’ont plus quitté mon esprit un seul instant. De jour comme de nuit, je ne pensais plus qu’à ça. Pour Sumire qui ne les quittait jamais, C’était encore plus vrai. Ses journées tournaient entièrement autour des œufs. Parce qu’il ne fallait pas les exposer au froid, elle avait renoncé du jour au lendemain à l’observation des oiseaux, pourtant son occupation préférée. Enfermée dans sa chambre toute la journée, elle se consacrait avant tout à tenir son corps au chaud.
Lorsque je pénétrais dans la pièce, il y flottait souvent un parfum légèrement sucré de sirop de gingembre. Dans la poubelle, il y avait des emballages de bonbons au gingembre. C’était sans doute là encore une façon de se réchauffer. Sumire était une vraie maman oiseau.
A la base, elle était déjà un peu excentrique, mais depuis qu’elle avait les œufs sous sa protection, cette tendance était de plus en plus marquée. Que ce soit pendant les repas ou pour aller aux toilettes, elle ne se séparait pas un instant de son chapeau, il ne la quittait jamais, comme s’il était devenu une partie d’elle-même. A part le moment où je m’acquittais du retournement des œufs, il protégeait obstinément son secret.

Ce sera Ruban.

Ruban est le lien entre elles deux, Ruban les a rapproché.

Au fil des semaines, Sumire se livre à sa petite fille, l’enfant découvre une autre vie, une femme différente qu’elle n’aurait pu imaginer. Enfant solitaire, elle aime passer son temps libre avec Sumire et Ruban plutôt qu’avec les enfants de son âge.
Page 75. Le bisou est l’un de ceux qu’il maîtrise depuis peu.
Quand il est sur mon épaule, je lui dis « Ruban, un bisou » et je tourne la tête sur le côté. Et puis, je tends les lèvres, à la manière d’un bec d’oiseau. Alors, Ruban me fait un bisou en posant son bec sur mes lèvres. Perché sur mon épaule, il se penche un peu en avant, la tête inclinée. Cette pose est tellement mignonne que nous nous faisons des bisous plusieurs fois par jour. Ça n’a rien à voir avec le fait que Ruban soit une fille ou un garçon. Il paraît qu’on ne peut pas savoir le sexe d’un oiseau avant qu’il soit adulte, et moi, ça ne m’intéresse pas tellement. Mon premier baiser, ce n’est pas avec un garçon  humain que je l’ai échangé, mais avec Ruban l’oiseau.

Mais un jour Ruban s’envole…

Il part vivre sa vie auprès d’autres personnes qui ont également besoin de lui d’une façon ou d’une autre. J’ai aimé le fait que nous suivions Ruban et non pas Sumire et Hibari, sa petite fille. A travers les gens qu’il croise, on le devine, et en parallèle nous continuons à suivre de loin en loin la vie de ses « mamans ».

A vous de lire la suite, les retrouvailles etc. L’histoire peut vous paraître loufoque, mais elle est grave et lumineuse, tout en poésie.

La vie de Ruban est riche et nous ouvre sur des univers de gens ordinaires riches de leurs joies, de leurs peines et de leurs différences.

J’ai beaucoup aimé relire ce livre, je l’ai terminé avant-hier, et hier, une de mes petites poules s’est envolée, je crois qu’elle a repris sa liberté. Sans le faire exprès je l’ai effrayé, et comme j’avais oublié de lui couper un peu les plumes d’une de ses ailes, pour qu’elle ne puisse pas s’envoler… J’ai été impressionnée, car elle volait comme un pigeon, en moins haut !!! J’espère qu’elle reviendra car Chanteclerc, son amoureux est rudement triste !!!

Claude

Première page
Sumire adore les oiseaux.

Pendant que je suis à l’école, elle monopolise le balcon à l’étage, celui où l’on étend le linge chez les Nakazato, elle y passe toute la journée à observer les oiseaux. En se balançant tranquillement, bien installée dans son rocking-chair en rotin préféré. De temps à autre, elle sirote une petite gorgée du café sucré qu’elle garde dans une gourde.

Si Sumire peut observer les oiseaux depuis la maison, alors que celle-ci n’a pas de jardin digne de ce nom, c’est parce que nous avons la chance de bénéficier d’une belle vue. Derrière chez nous s’étend une propriété ancienne et, depuis notre balcon, on croirait avoir une forêt touffue.

C’est l’été dernier que dans un coin de cette forêt a été installé un nichoir.

Ruban d’Ogawa Ito, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako. Editions Picquier poche.

 

index

 

Posté par jeanlau à 15:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
27 mai 2018

Léonard & Virginia Woolf

Je te dois tout le bonheur de ma vie
de Carole d’Yvoire

J’ai beaucoup aimé ce livre, j’y ai découvert une autre vision de la vie de Virginia et Léonard Woolf. Je connaissais leurs histoires, leur vie commune, mais je n’aimais pas le ton dont les auteurs en parlaient.

Ce livre raconte leur rencontre, leurs premières années de mariage jusqu’à la création de leur maison d’édition, la Hogarth Press.
Page 59. C'est sans doute cette année-là, en 1903, qu'a lieu la première rencontre entre Leonard et Virginia, à Cambridge où les deux saurs sont venues voir leur frère avec Leslie. Mais on peut la qualifier de fausse rencontre. Pourquoi? Parce qu'elle n'est pas décisive, même si elle en possède en apparence tous les traits canoniques : «La scène de rencontre [...] appartient de droit au code romanesque, elle y figure avec son cérémonial et ses protocoles. L'action qu'elle met en œuvre est différente de toute autre dans la mesure où, plus qu'une autre, elle pose un commencement et détermine des choix qui retentiront sur l'avenir du récit et sur celui des personnages ; ceux-ci la subissent le plus souvent comme un ouragan et une rupture, parfois comme un investissement lent; ils l'éprouvent toujours (du moins l'un d'entre eux) comme une naissance et comme un engagement qui les entraîne malgré eux. »
Cette première fois, en effet, Leonard, saisi, en plein ravissement, ne tombe pas amoureux de Virginia, mais du tableau que forme l'ensemble de la famille. D'ailleurs, il avoue même à l'époque un penchant pour Vanessa en raison de sa ressemblance avec Thoby.

Page 133. Si le thème du mariage occupe toute la place dans leurs premiers romans, il nen va pas de même dans leur quotidien. C’est un peu comme s'ils étaient mariés depuis toujours. Leur vie ne change pas radicalement. Ils n'ont pas encore déménagé et surtout, ils continuent à faire partie du même groupe et se retrouvent pris dans ses activités. La raison en est simple, Leonard l'explique très bien, ce qui lie les membres de ce groupe les dépasse. C’est un état d’esprit. Et il a quelque chose d'irrésistible.

Dans un premier temps, l’auteure revient sur leurs enfances et jeunes années, avec leurs mondes, leurs cultures…

Carole d’Yvoire reprend les relations entre les membres des familles, et leur groupe d’amis.

Les illustrations, qu’elles soient en photos, peintures, extraits de documents ou de journaux amplifie encore le récit.
Page 72. Après trois années passées à Ceylan, j’avais sorti de mon esprit, et de ma vie, presque délibérément, tout ce que je considérais comme important avant de quitter l’Angleterre. Je m’immergeai dans mon travail, devint obsédé par lui. Mais seulement d’un côté. Je détestais le côté européen, le côté sahib blanc […] Je suis profondément ambitieux, mais je ne voulais pas devenir un impérialiste qui réussit, un secrétaire colonial ou Gouverneur […]. Je tombai amoureux du pays, de ses habitants, et de leur façon de vivre.

C’est très beau, j’ai passé par la suite un temps fou, à regarder et lire mes livres sur le groupe Bloomsbury, et surtout sur Vanessa Bell ! Page 98. 1910 va aussi marquer un tournant dans les relations entre Vanessa et Virginia. L’aînée, jeune mère depuis plusieurs mois, se montre très absorbée par son bébé, quand elle s’aperçoit que Clive s’est dangereusement rapproché de Virginia qui, autrefois, pourtant, ne le supportait guère et ne le trouvait pas digne de sa sœur. Tout cela ne serait pas si grave si cette dernière, flattée par l’intérêt que lui portait son beau-frère, ne répondait pas en flirtant assez ouvertement avec lui, sans mesurer la souffrance qu’elle provoque. D’autant plus que Clive devient son premier lecteur, qu’il l’admire éperdument et qu’elle a toute confiance en son jugement. Les choses n’iront pas très loin, même si Lytton les soupçonne, à tort, d’entretenir une liaison, mais la relation entre Vanessa et Virginia ne sera plus jamais la même.

 

Le livre se termine par les deux premières nouvelles qu’ils ont édité : Trois juifs de Léonard, et la marque sur le mur de Virginia.

Claude

Premières pages

Un monde en héritage

L'Angleterre à la fin du XIXe siècle est un pays puritain et puissant, un empire colonial de quatre cents millions d'habitants. La première puissance commerciale mondiale bénéficie de la stabilité du très long règne - soixante-trois ans - de la reine Victoria, parangon d'une vie exemplaire de devoir et de piété. Sa capitale, la « métropole crue... à l'épaisse et éternelle fumée de charbon » de Rimbaud, véritable Babylone des temps modernes, évoque, pêle-mêle, les crimes de Jack l'Éventreur, ­le procès d'Oscar Wilde, les enquêtes de Sherlock holmes, les études de Marx et d'Engels sur les classes laborieuses. La peur, l'effroi grouillent dans «la cité de la brume et des ténèbres peuplée jusqu'à la noirceur » et livrent un combat permanent avec la bienséance corsetée du moralisme victorien.

Londres, mégalopole bondée, éclairée au gaz, semble plongée dans un halo jaunâtre et un brouhaha perma­nent. Fiacres, omnibus à chevaux disputent les rues à ses nouvelles gares, « emblèmes d'une société obsédée par la vitesse et le déplacement... Vitrines de l'inventivité victo­rienne'». Les intérieurs, éclairés au gaz pour la plupart, sont très sombres, encombrés d'objets, les murs souvent obscurs, les cuisines et autres pièces du rez-de-chaussée privées de la lumière du jour.

C'est dans cet univers en métamorphose que naissent Virginia et Leonard. Enfants privilégiés, ils grandissent dans le même quartier protégé de la capitale : Kensington. Leonard Woolf voit le jour le 25 novembre 1880 au 101, Lexham Gardens, une maison géorgienne, désormais transformée en hôtel; Virginia Stephen, le 25 janvier 1882, dans le très huppé et victorien 22, Hyde Park Gate, au bout d'une impasse au calme provincial, tout près des jardins de Kensington, à l'ouest du plus grand parc de la ville (Churchill résidera et mourra au 28).

 Léonard & Virginia Woolf – Je te dois tout le bonheur de ma vie, de Carole d’Yvoire. Editions le livre de poche.

9782253071495-001-T

 

 

Posté par jeanlau à 22:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
08 mai 2018

Mon désir le plus ardent
de Pete Fromm

La vie met quelquefois sur notre chemin, la personne que l’on s’était dit que nous ne pourrions aimer. Ainsi Maddy, 20 ans, s’est bien promis de ne pas sortir avec un homme de son âge, et encore moins avec un descendeur de rivière comme elle.

Et oui, mais un soir, elle rencontre Dalton, et là, ils n’hésitent pas à sauter à pieds joints dans leur  histoire d’amour. Et pourtant, Dalt a son âge et est descendeur de rivière !

Tout va très vite. Page 31. Nous nous marions à l’aube, en plein air bien sûr, les Tetons brillent d’un éclat rosé et la petite colline sur laquelle nous nous trouvons s’élève juste au-dessus de l’épaisse brume blanche qui cache Buffalo et la Snake ; tout est aussi parfait que nous l’avions imaginé, pourtant c’est une heure qui sied plus aux exécutions. La fraîcheur de septembre que d’une manière ou d’une autre, nous avons omis d’anticiper, pousse les invités à s’envelopper plus profondément dans leurs manteaux et leurs beaux habits, frottant leurs yeux ensommeillés. Nous sommes tous plus ou moins chiffonnés. Page 32. Enfin Jonna, l’amie de Dalt (une infirmière prêtresse d’une religion dont je sais qu’elle l’a inventé elle-même), nous déclare mari et femme, nous nous embrassons – même les lèvres de Dalton sont froides – et nous descendons de la colline ensemble, direction la rivière.

Ils vivent à 100 à l’heure, ils sont heureux, ils vivent de leur passion, ils créent leur entreprise de Rafting dans l’Oregon. On se dit que rien, non rien ne peut leur arriver ! Ils ne se quittent jamais, le seul bémol à leur bonheur est le manque d’enfant, en effet Maddy ne tombe pas enceinte, alors qu’ils rêvent d’élever une tribu de petits rafteurs.

Quelques années après leur mariage, Maddy se sent très fatiguée, on lui diagnostique une mononucléose. Mais le temps passe, et elle est toujours dans le même état. Après d’autres examens, les médecins  lui annoncent qu’elle a la sclérose en plaques et qu’elle est enceinte ! Elle est seule alors, car Dalton est en Mongolie, elle-même étant trop fatiguée pour l’accompagner. Pages 81-83. L’espace d’une seconde, la ligne devient cristalline, si claire que je crains que l’avoir perdu avant d’entendre une voix incertaine résonner dans le vide :
-
Maddy, t’es là ?
- Ouf, oui, je suis là.
Il prend une respiration, et je sais qu’il fait la même chose que moi, il essaye de m’inhaler à travers les ondes des satellites.
- Dalt.
Je ne sais plus quoi dire. Je lâche un petit gloussement, un sanglot,  puis je déclare :
- J’ai reçu ton putain de poisson.
Nous éclatons de rire tous les deux, et soudain le monde est si normal que j’ai du mal à croire qu’il ait pu me trahir.
- Il est complètement bousillé. J’ai déjà pris rendez-vous pour le faire réparer.
Puis la ligne se met à grésiller de nouveau. C’est quoi le problème ? Les satellites passent derrière les nuages, ou quoi ?
- Dieu, espèce de salaud, ne m’abandonne pas maintenant ! je crie.
- Inutile de m’appeler Dieu, Mad. On en a déjà parlé.
J’essaye de rire, mais ma main se met à tressauter et je dois la coincer entre mes cuisses. Sans avoir la moindre idée de ce qui va sortir de ma bouche, je dis :
- Dalt, je, enfin ils disent que peut-être… j’ai peut-être une sclérose en plaques.
Il y a un silence alors, si saturé de vibrations et de stridulations que j’imagine Dalt traversant l’éther jusqu’à  moi. Il en est à fait capable. J’attends qu’il se matérialise sous mes yeux quand j’entends :
- Quoi ? Quoi ? Putain de téléphone. J’entends rien.
On dirait qu’il s’adresse à quelqu’un d’autre.
Je ferme les yeux, submergée par une nouvelle vague brutale. Ce n’est pas le genre de chose qu’on annonce au téléphone, peu importe la technologie. Alors, je crie :
- J’ai dit qu’il y avait un petit « + » bleu.
…/…
Dalt essaye de  dire quelque chose. Les vagues s’estompent, le calme après les rapides.
- Quoi ? Quoi ?
- Un « + » bleu ? tu veux dire qu’on a fini d’essayer ?
- Non, non. (Je serre le combiné si fort que je manque de le briser en deux). On va continuer d’essayer comme des bêtes, Dalt. Promis.
- La vache, Maddy… Je, tu ne plaisanterais à ce sujet ?
- Oh Dalt, non. Jamais. Pas  à ce sujet.
Il lâche alors un cri, un « Alléluia » retentissant don l’écho résonne dans une vallée fluviale que je ne verrais jamais. Puis il est au téléphone à nouveau, disant :
- Merde, Maddy, j’appelais juste à propos des résultats du test, le VIP. Histoire de savoir comment ça s’est passé.
J’écoute le vide spatial bourdonner dans la connexion.
- Ils n’en ont aucune idée, Dalt. Je veux dire, ils n’ont pas, ils…
Eh bien, je m’exprime toujours aussi clairement, on dirait. Mais comment est-ce qu’il sait, il a un calendrier dans sa yourte ou quoi, il coche les jours avec du sang de Yak ? Je souris à me faire mal, disant :
- Ils n’ont pas encore les résultats.

Ils auront deux enfants, Attila et Izzy. Les deux fois où elle sera enceinte, Maddy reprend vie, la maladie l’oublie quelques mois, mais après ces répits, elle redouble de violence. Malgré leur courage, leur humour, leur amour incommensurable la maladie gagne. Dalton améliore leur maison au grand dam de Maddy, installe des rampes etc.
Leur amour se renforce, fait face aux crises, au désespoir, il ne faillit pas, même si un jour Maddy  propose à Dalt de divorcer pour se « libérer » d’elle et vivre  sa vie.

Page 138-139.
- Une belle rampe.
Je la déteste, je déteste tout ce qu’elle représente, sauf, peut-être le fait que Dalt l’ait fabriqué pour moi. J’adore quand il me fabrique des choses. Mais ça ? Ce parfait hommage à ma condition, magnifique, monstrueux ?
- Et tu l’as aidé, dis-je à Atty, qui secoue la tête parce qu’il ne supporte pas la flatterie. Je suis très fière de toi.
Ce matin, je lui ai dit qu’il était mon héros, et il n’a même pas réussi à se défendre d’un sourire. Je nourrissais Izzy, un rituel auquel il adore assister. Il lui tenait la main, s’amusant de la manière dont elle lui serrait le doigt, et je me suis laissée aller dans le fauteuil, déplaçant Izzy sur mon côté gauche, la calant de mon bras droit, une position parfait ; le lait coulait facilement et j’ai fermé les yeux, un sourire remontant du tréfonds de mon être. Puis un tremblement m’a fait sursauter, écarquiller les yeux, comme si je croyais que les symptômes avaient disparu pour de bon. Tout aussi surprise que moi, Izzy a ouvert grand les yeux, l’arrière de son crâne coincé contre ma paume et pour la première fois depuis des mois, ma main a tressauté de nouveau, lui secouant la tête.
Être témoin de son choc, voir son front plissé quand mes tremblements finirent par lui extirper mon téton de la bouche, voilà ce qui pulvérisa mon monde, le fit voler en miettes. C’était si perturbant. J’en eus un haut-le-cœur. Je dus me pencher en avant, ce qui éloigna un peu plus Izzy de moi, ce qui la fit hurler, ce qui planta un premier pic à glace dans ma tempe, faisant monter mes larmes, bloquant ma respiration. J’enfonçai les ongles dans les accoudoirs du fauteuil, m’y accrochant de toutes mes forces, pliée au-dessus d’Izzy, avant de la passer dans l’autre bras et de fermer les yeux, chuchotant « pitié » tout en me retenant de vomir, pas sur mon bébé.
Puis, Atty, avec plus de coffre que je ne pensais et, je le crains, plus de peur aussi, cria :
- Papa ! Maman est malade !

Cette histoire d’amour est inoubliable, j’ai du mal à m’en éloigner tant elle est magnifique et très dure. Pete Fromm nous entraîne dans les méandres de cette maladie terrible, avec le quotidien incroyablement difficile à vivre, pour les malades et les proches. C’est un livre formidable.
J’ai lu il y a quelques années, Indian Creek de Pete Fromm, je pense que je vais le relire rapidement.

Claude

Première page
Prologue
Les coups d’œil. Les regards ébahis. Les œillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. A deux doigts du châtiment divin. Du calme mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, le bras secoué de spasmes ? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fiat tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser mon fauteuil. Dalt, l’inspiration de Michel-Ange, maqué avec cette harpie ? Evidemment qu’ils nous fixent, évidemment qu’ils se posent des questions. Je m’en pose bien, moi.

Mais si je suis dans un bon jour, que les mots glissent facilement le long de mes synapses en loques, je leurs dis :
- Et encore, ça, ce n’est rien. Vous devriez nous voir au lit.
Voilà qui leur en bouche un coin.

Mon désir le plus ardent, de Pete Fromm, traduit de l’américain par Juliane Nivelt. Editions Gallmeister.

1609-cover-if-5a6867abcc91c

 

Posté par jeanlau à 21:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

06 mai 2018

Le temps gelé
de Mickhaïl Tarkovski

Je vous présente aujourd’hui, une merveille, une pépite.

Le temps gelé est le premier livre de Mickaïl Tarkovski traduit en français. Il n’est pas de formation littéraire, mais scientifique. Alors que tous les ans à la bonne saison, il faisait des recherches dans la région de Krasnoïarsk, il a décidé un jour de ne pas rentrer, et de vivre là-bas à temps plein comme les trappeurs du coin. Il n’est jamais reparti. Dans ce livre, il nous parle dans un style magnifique de ce splendide pays d’adoption, et surtout, des femmes et des hommes qui y vivent. Tout ceci avec un amour non feint. C’est d’une beauté incroyable, la poésie est présente dans toutes les pages.
Après 30 ans passés avec ces gens en plein cœur de la Sibérie, il continue à passer ses soirées à écrire des histoires sur ces êtres  uniques, sur ces paysages illimités, sur les animaux encore libres. Des histoires de contrées où les étoiles sont les seuls lumières de la nuit, où il n’y a pas de réverbères.
Il nous narre des histoires de chasseurs-trappeurs, de la montée du fleuve Ienissei, d’une façon que je n’avais encore jamais rencontrée, avec une humanité pure et sincère.
Il a les mots justes pour définir la dureté autant que la beauté de ce monde.

C’est pour moi, un chef-d’œuvre.

Claude

Extrait de la préface de Mickhaïl Tarkovski

Tout ce que j’écris, qu’il s’agisse de prose ou de poésie, je le dois à l’Ienesseï, le grand fleuve sibérien au bord duquel je vis depuis près de quarante ans. J’habite dans le village de Bakhta qui compte deux cents habitants et se trouve à mille kilomètre au nord de Krasnoïarsk, la capitale de la région. La petite ville la plus porche, l’ancienne Ienisse est à 700 kilomètres.
Quand j’étais petit, j’ai vécu entouré de livres, et en venant sur l’Inenisseï j’ai accompli mon rêve d’enfant.

Le temps gelé, de Mickhaël Tarovski, traduit du  russe par Catherine Perrel. Editions Verdier.

index

 

Posté par jeanlau à 19:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
27 avril 2018

Ma librairie ferme demain soir…
Si vos avez vous aussi une librairie indépendante, n'oubliez pas de la privilégier, car vous avez une chance incroyable. Nous ici, nous n'en avons plus !

Claude

 

 À vous qui venez, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais jamais assez disent les chiffres. Je dois me résoudre à vous dire que la librairie ferme.
           
Quand on évoque les librairies indépendantes, on parle de celles n’appartenant pas économiquement ni à un groupe financier, ni à une enseigne, ni à un éditeur. Ce qui revient à dire qu’il y a autant de librairies que de libraires, qui, chacun avec ses goûts, son savoir, son ignorance, son environnement, ses préoccupations, propose un choix plutôt qu’un autre.
Une réalité, inconnue du public : la place dominante, dans les librairies, de quelques groupes financiers, tant la concentration et les fusions sont nombreuses chez les distributeurs.
 
Heureusement, les diffuseurs, les représentants venant nous informer des parutions à venir, n’ont pas tous été remplacés par des commerciaux dont les arguments se limitent à l’impact, réel d’ailleurs, des médias. Autrement dit, de ce qui a toutes les chances de se vendre et qu’il faudrait massivement choisir pour s’en sortir – Et encore… parce que les nouvelles pratiques d’achats, rapides, efficaces, supermarchés virtuels ou non, semblent plaire. Il faut dire que l’exemple a été donné depuis longtemps déjà, par Madame la Ministre de la Culture qui y empile les best-sellers d’Actes Sud, certainement au nom de la lecture accessible à tous. Pour ses autres publications, elle compte sur le supplément d’âme des libraires indépendants, qui constituent, maintiennent et défendent un fonds.
 
La question n’est pas de savoir si dans ce flux incessant de parutions, cadencées par des actualités de toutes sortes, fabriqué, cultivé, pour et avec les moyens de la diffusion offensive,  il y a des choses intéressantes et qui intéressent, la réponse est oui.
 
La question est que la place et le temps s’amenuisent pour faire vivre des livres qui proposent d’explorer et côtoyer d’autres rapports, constats, perspectives, idées, écritures…  Nier la rentabilité dans laquelle la norme voudrait nous faire et nous voir uniformément couler est un luxe ; qui a été possible entre autre que parce des amis ont prêté de l’argent et donné du temps.
 
 
On m’a beaucoup demandé quelle était la spécialité, la différence, de L’herbe entre les dalles, ma réponse aujourd’hui est de décrire le fonds, sa diversité, constituée de vous et de moi :
Des livres que j’espérais vous faire découvrir – des livres que je supposais vous alliez demander – des livres que vous m’avez fait connaître – des titres que vous espériez toujours trouver pour les offrir –
Des livres qui m’inspiraient – m’intriguaient – m’apprenaient, et ceux cités dans d’autres. Des livres de certains éditeurs, auteurs, traducteurs.
 
Il n’y avait rien de figé, il y avait précisément ou pas des rencontres, et ce sont ces perpétuels mouvements  qui s’arrêtent ici.
  
À nos zones – de partages
 
Valérie

 

 

L4HERBE ENTRE LES DALLES


 

 

Posté par jeanlau à 15:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
21 avril 2018

Ma librairie ferme ! je ne sais pas comment vous dire à quel point cela me fait de la peine   !

Il n’y a plus beaucoup de librairie comme celle-ci, où ce ne sont pas les têtes d’affiches qui sont en rayon, ou en grosses piles pour plus en vendre encore, ce ne sont pas forcément les livres grand public dont se régalent les médias. Dans ma ville, il n’y aura plus de librairie au sens où je l’entends. Oh des librairies, avec des Musso, Busi et compagnie (je m’excuse de les prendre en exemple, ça aurait aussi bien pu en être d’autres) il y en a, même plusieurs. Et encore, elles ne font pas que des livres, elles ont une autre activité.

Mais une librairie, où dans chaque rayon  vous trouvez des livres que les autres ne gardent pas car ils ne font plus assez de « chiffres », une librairie où des petites merveilles inconnues côtoient de grands noms, où lorsque vous demandez un avis, on ne vous répond pas forcément, « c’est un livre formidable ».

J’y suis allée cette semaine, et j’ai discuté avec Valérie, la libraire, elle me disait que ce genre d’endroits n’existent pratiquement plus, il y a Internet, il y a les supermarchés du livre, les très grandes librairies qui veulent tout avaler, et puis, il y a les lecteurs qui préfèrent les livres faciles, les bd, ou les livres de développement personnel !

Mais une librairie qui vit par ses livres, par sa passion, sans se trahir, ni trahir les livres, ça n’existe plus beaucoup. Si vous en connaissez une, n’hésitez pas à me le dire !

Alors oui, je suis triste, j’aime ces endroits vrais, où chacun défend son livre, où on se passe des titres, où quand notre passage doit être rapide, on s’aperçoit que l’on est encore là, 1h après, où notre bonne volonté de n’acheter qu’un livre failli à chaque fois.

Bien sûr, je reçois par Internet, les newsletters des maisons d’éditions, mais ce n’est pas pareil. Et puis, où acheter mes livres, pas dans les autres librairies de ma ville, je ne les aime vraiment pas, ni les supermarchés des livres, Internet ?  je m’en sers pour les livres d’occasion, mais je ne me vois pas acheter mes livres à chaque fois sur un écran.

Alors, si je peux, j’irai avec mes références chez un petit libraire, spécialisé dans autre chose, mais au moins je resterai fidèle à qui je suis !

 

C’est la fin de quelque chose, et cette fin je ne l’aime pas du tout, car elle va avec une certaine forme du déclin de la culture.

Claude

Posté par jeanlau à 15:21 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
10 avril 2018

La Mémoire sous la glace
de Dana Stabenow

 

Mon blog me manque ! En ce moment, j’enchaîne les formations, je trouve cela très intéressant, mais le temps me manque pour le reste. J’ai dû diminuer mes heures de lecture. Mais, quand on aime vraiment lire, on ne tient pas longtemps !!!!

Alors, j’ai repris par ce beau polar.

Kate Shugak est une détective privée amérindienne. À sa mort, son grand oncle Sam Dementieff, lui lègue pratiquement tous ses biens. En même temps, elle accède à une partie de son histoire, que la famille avait tendance à cacher. Elle décide de partir à la recherche d’un homme mort un siècle plus tôt…

Sam Dementieff était le fils d’un homme qui avait volé, et déshonoré leur tribu lors de l’épidémie de la grande peste noire. Après avoir séduit sa mère (fille du chef), il s’était enfui avec le triptyque représentant la vierge et le symbole du village. Sam a passé sa vie à les rechercher, et Kate prend la relève.

Mais quelqu’un lui met des bâtons dans les roues, et veut l’empêcher d’atteindre son but.

C’est génial, car c’est tout d’abord bien écrit, on est tenu en haleine du début à la fin, on apprend plein de choses sur la vie des tribus au début du 20ème. Et puis l’alternance du présent et du passé, donne un rythme agréable à l’histoire.

Claude

 

Première page

1918

NINILTNA

La mort noire n'atteignit l'Alaska qu'en novembre. Et frappa la quasi-totalité de la population.

Le gouverneur du Territoire imposa la quarantaine et limita les déplacements vers l'Intérieur, postant des marshals sur l'ensemble des ports, des départs de piste et des embouchures afin d'interdire les contacts entre communautés. Il promulgua une directive spéciale enjoignant aux Natifs de rester chez eux et d'éviter les rassemblements publics. On ferma des théâtres, on annula des messes, on renvoya des écoliers à leurs familles, mais, du fait des traditions communautaires en usage chez les Natifs, ceux-ci furent frappés dans de fortes proportions. À Brevig Mission, on compta huit survivants sur quatre-vingts habitants. Dans certains villages, il n'y eut même pas de rescapés. Le printemps suivant, lorsqu'arriva la seconde vague de la pandémie, les gens étaient trop faibles pour chercher de la nourriture et la faim en emporta un peu plus.

En mars 1919, à Niniltna, le Chef Lev Kookesh et sa femme Victoria moururent de froid car ils étaient trop malades pour se lever et attiser le feu dans leur poêle à bois. Six kilomètres plus loin, à la mine de Kanuyaq, le gérant Josiah Greenwood perdit sa femme, ses deux fils et le quart de ses mineurs.

 

La mémoire sous la glace, de Dana Stabenow, « une enquête de Kate Shugak », traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Bréque. Éditions Delpierre.

 

livre

 

 

Posté par jeanlau à 08:03 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
11 mars 2018

Voici deux beaux poèmes d’une amie.

Claude

 

Jamais

Je ne saurais jamais si je vieillirai là,
En ce lieu caché où la nature explose
De mille bouffées d’espoir.

Verrais-je la floraison de ce tendre lilas,
La flamboyante beauté de ce bouquet de roses
Lorsque s’en vient le soir ?

Je ne saurais jamais si je vieillirai là ;
Serais-je à tes côtés, le lieu où enfin j’ose,
Ou serais-je dans le noir ?

Florence Borsier

 

 

En ce même moment par l’horizon boisé
Clapote faiblement la froide Mer du Nord,
Une mer sans vagues et presque sans marée
Qui inlassablement s’épuise au même bord.

Pendant qu’en ce jardin sous l’acacia discret,
Âpre à distiller ses subtiles fragrances,
Assise en ce jardin et la tête  penchée,
Je sombre cruellement en souvenirs d’enfance.

Une mer sans vagues et presque sans marée
Qui inlassablement s’épuise au même bord.

Florence Borsier

 

 

Posté par jeanlau à 20:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]