De Bloomsbury en passant par Court green...

08 mai 2018

Mon désir le plus ardent
de Pete Fromm

La vie met quelquefois sur notre chemin, la personne que l’on s’était dit que nous ne pourrions aimer. Ainsi Maddy, 20 ans, s’est bien promis de ne pas sortir avec un homme de son âge, et encore moins avec un descendeur de rivière comme elle.

Et oui, mais un soir, elle rencontre Dalton, et là, ils n’hésitent pas à sauter à pieds joints dans leur  histoire d’amour. Et pourtant, Dalt a son âge et est descendeur de rivière !

Tout va très vite. Page 31. Nous nous marions à l’aube, en plein air bien sûr, les Tetons brillent d’un éclat rosé et la petite colline sur laquelle nous nous trouvons s’élève juste au-dessus de l’épaisse brume blanche qui cache Buffalo et la Snake ; tout est aussi parfait que nous l’avions imaginé, pourtant c’est une heure qui sied plus aux exécutions. La fraîcheur de septembre que d’une manière ou d’une autre, nous avons omis d’anticiper, pousse les invités à s’envelopper plus profondément dans leurs manteaux et leurs beaux habits, frottant leurs yeux ensommeillés. Nous sommes tous plus ou moins chiffonnés. Page 32. Enfin Jonna, l’amie de Dalt (une infirmière prêtresse d’une religion dont je sais qu’elle l’a inventé elle-même), nous déclare mari et femme, nous nous embrassons – même les lèvres de Dalton sont froides – et nous descendons de la colline ensemble, direction la rivière.

Ils vivent à 100 à l’heure, ils sont heureux, ils vivent de leur passion, ils créent leur entreprise de Rafting dans l’Oregon. On se dit que rien, non rien ne peut leur arriver ! Ils ne se quittent jamais, le seul bémol à leur bonheur est le manque d’enfant, en effet Maddy ne tombe pas enceinte, alors qu’ils rêvent d’élever une tribu de petits rafteurs.

Quelques années après leur mariage, Maddy se sent très fatiguée, on lui diagnostique une mononucléose. Mais le temps passe, et elle est toujours dans le même état. Après d’autres examens, les médecins  lui annoncent qu’elle a la sclérose en plaques et qu’elle est enceinte ! Elle est seule alors, car Dalton est en Mongolie, elle-même étant trop fatiguée pour l’accompagner. Pages 81-83. L’espace d’une seconde, la ligne devient cristalline, si claire que je crains que l’avoir perdu avant d’entendre une voix incertaine résonner dans le vide :
-
Maddy, t’es là ?
- Ouf, oui, je suis là.
Il prend une respiration, et je sais qu’il fait la même chose que moi, il essaye de m’inhaler à travers les ondes des satellites.
- Dalt.
Je ne sais plus quoi dire. Je lâche un petit gloussement, un sanglot,  puis je déclare :
- J’ai reçu ton putain de poisson.
Nous éclatons de rire tous les deux, et soudain le monde est si normal que j’ai du mal à croire qu’il ait pu me trahir.
- Il est complètement bousillé. J’ai déjà pris rendez-vous pour le faire réparer.
Puis la ligne se met à grésiller de nouveau. C’est quoi le problème ? Les satellites passent derrière les nuages, ou quoi ?
- Dieu, espèce de salaud, ne m’abandonne pas maintenant ! je crie.
- Inutile de m’appeler Dieu, Mad. On en a déjà parlé.
J’essaye de rire, mais ma main se met à tressauter et je dois la coincer entre mes cuisses. Sans avoir la moindre idée de ce qui va sortir de ma bouche, je dis :
- Dalt, je, enfin ils disent que peut-être… j’ai peut-être une sclérose en plaques.
Il y a un silence alors, si saturé de vibrations et de stridulations que j’imagine Dalt traversant l’éther jusqu’à  moi. Il en est à fait capable. J’attends qu’il se matérialise sous mes yeux quand j’entends :
- Quoi ? Quoi ? Putain de téléphone. J’entends rien.
On dirait qu’il s’adresse à quelqu’un d’autre.
Je ferme les yeux, submergée par une nouvelle vague brutale. Ce n’est pas le genre de chose qu’on annonce au téléphone, peu importe la technologie. Alors, je crie :
- J’ai dit qu’il y avait un petit « + » bleu.
…/…
Dalt essaye de  dire quelque chose. Les vagues s’estompent, le calme après les rapides.
- Quoi ? Quoi ?
- Un « + » bleu ? tu veux dire qu’on a fini d’essayer ?
- Non, non. (Je serre le combiné si fort que je manque de le briser en deux). On va continuer d’essayer comme des bêtes, Dalt. Promis.
- La vache, Maddy… Je, tu ne plaisanterais à ce sujet ?
- Oh Dalt, non. Jamais. Pas  à ce sujet.
Il lâche alors un cri, un « Alléluia » retentissant don l’écho résonne dans une vallée fluviale que je ne verrais jamais. Puis il est au téléphone à nouveau, disant :
- Merde, Maddy, j’appelais juste à propos des résultats du test, le VIP. Histoire de savoir comment ça s’est passé.
J’écoute le vide spatial bourdonner dans la connexion.
- Ils n’en ont aucune idée, Dalt. Je veux dire, ils n’ont pas, ils…
Eh bien, je m’exprime toujours aussi clairement, on dirait. Mais comment est-ce qu’il sait, il a un calendrier dans sa yourte ou quoi, il coche les jours avec du sang de Yak ? Je souris à me faire mal, disant :
- Ils n’ont pas encore les résultats.

Ils auront deux enfants, Attila et Izzy. Les deux fois où elle sera enceinte, Maddy reprend vie, la maladie l’oublie quelques mois, mais après ces répits, elle redouble de violence. Malgré leur courage, leur humour, leur amour incommensurable la maladie gagne. Dalton améliore leur maison au grand dam de Maddy, installe des rampes etc.
Leur amour se renforce, fait face aux crises, au désespoir, il ne faillit pas, même si un jour Maddy  propose à Dalt de divorcer pour se « libérer » d’elle et vivre  sa vie.

Page 138-139.
- Une belle rampe.
Je la déteste, je déteste tout ce qu’elle représente, sauf, peut-être le fait que Dalt l’ait fabriqué pour moi. J’adore quand il me fabrique des choses. Mais ça ? Ce parfait hommage à ma condition, magnifique, monstrueux ?
- Et tu l’as aidé, dis-je à Atty, qui secoue la tête parce qu’il ne supporte pas la flatterie. Je suis très fière de toi.
Ce matin, je lui ai dit qu’il était mon héros, et il n’a même pas réussi à se défendre d’un sourire. Je nourrissais Izzy, un rituel auquel il adore assister. Il lui tenait la main, s’amusant de la manière dont elle lui serrait le doigt, et je me suis laissée aller dans le fauteuil, déplaçant Izzy sur mon côté gauche, la calant de mon bras droit, une position parfait ; le lait coulait facilement et j’ai fermé les yeux, un sourire remontant du tréfonds de mon être. Puis un tremblement m’a fait sursauter, écarquiller les yeux, comme si je croyais que les symptômes avaient disparu pour de bon. Tout aussi surprise que moi, Izzy a ouvert grand les yeux, l’arrière de son crâne coincé contre ma paume et pour la première fois depuis des mois, ma main a tressauté de nouveau, lui secouant la tête.
Être témoin de son choc, voir son front plissé quand mes tremblements finirent par lui extirper mon téton de la bouche, voilà ce qui pulvérisa mon monde, le fit voler en miettes. C’était si perturbant. J’en eus un haut-le-cœur. Je dus me pencher en avant, ce qui éloigna un peu plus Izzy de moi, ce qui la fit hurler, ce qui planta un premier pic à glace dans ma tempe, faisant monter mes larmes, bloquant ma respiration. J’enfonçai les ongles dans les accoudoirs du fauteuil, m’y accrochant de toutes mes forces, pliée au-dessus d’Izzy, avant de la passer dans l’autre bras et de fermer les yeux, chuchotant « pitié » tout en me retenant de vomir, pas sur mon bébé.
Puis, Atty, avec plus de coffre que je ne pensais et, je le crains, plus de peur aussi, cria :
- Papa ! Maman est malade !

Cette histoire d’amour est inoubliable, j’ai du mal à m’en éloigner tant elle est magnifique et très dure. Pete Fromm nous entraîne dans les méandres de cette maladie terrible, avec le quotidien incroyablement difficile à vivre, pour les malades et les proches. C’est un livre formidable.
J’ai lu il y a quelques années, Indian Creek de Pete Fromm, je pense que je vais le relire rapidement.

Claude

Première page
Prologue
Les coups d’œil. Les regards ébahis. Les œillades furtives. Ils plongent Dalt dans une fureur biblique. A deux doigts du châtiment divin. Du calme mon grand, ce n’est pas pour moi. Une vieille chouette en fauteuil roulant, le bras secoué de spasmes ? Ils en ont vu d’autres. Allons, allons. Ce qui fiat tourner les têtes, ce qui décroche les mâchoires, c’est Dalt en train de pousser mon fauteuil. Dalt, l’inspiration de Michel-Ange, maqué avec cette harpie ? Evidemment qu’ils nous fixent, évidemment qu’ils se posent des questions. Je m’en pose bien, moi.

Mais si je suis dans un bon jour, que les mots glissent facilement le long de mes synapses en loques, je leurs dis :
- Et encore, ça, ce n’est rien. Vous devriez nous voir au lit.
Voilà qui leur en bouche un coin.

Mon désir le plus ardent, de Pete Fromm, traduit de l’américain par Juliane Nivelt. Editions Gallmeister.

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06 mai 2018

Le temps gelé
de Mickhaïl Tarkovski

Je vous présente aujourd’hui, une merveille, une pépite.

Le temps gelé est le premier livre de Mickaïl Tarkovski traduit en français. Il n’est pas de formation littéraire, mais scientifique. Alors que tous les ans à la bonne saison, il faisait des recherches dans la région de Krasnoïarsk, il a décidé un jour de ne pas rentrer, et de vivre là-bas à temps plein comme les trappeurs du coin. Il n’est jamais reparti. Dans ce livre, il nous parle dans un style magnifique de ce splendide pays d’adoption, et surtout, des femmes et des hommes qui y vivent. Tout ceci avec un amour non feint. C’est d’une beauté incroyable, la poésie est présente dans toutes les pages.
Après 30 ans passés avec ces gens en plein cœur de la Sibérie, il continue à passer ses soirées à écrire des histoires sur ces êtres  uniques, sur ces paysages illimités, sur les animaux encore libres. Des histoires de contrées où les étoiles sont les seuls lumières de la nuit, où il n’y a pas de réverbères.
Il nous narre des histoires de chasseurs-trappeurs, de la montée du fleuve Ienissei, d’une façon que je n’avais encore jamais rencontrée, avec une humanité pure et sincère.
Il a les mots justes pour définir la dureté autant que la beauté de ce monde.

C’est pour moi, un chef-d’œuvre.

Claude

Extrait de la préface de Mickhaïl Tarkovski

Tout ce que j’écris, qu’il s’agisse de prose ou de poésie, je le dois à l’Ienesseï, le grand fleuve sibérien au bord duquel je vis depuis près de quarante ans. J’habite dans le village de Bakhta qui compte deux cents habitants et se trouve à mille kilomètre au nord de Krasnoïarsk, la capitale de la région. La petite ville la plus porche, l’ancienne Ienisse est à 700 kilomètres.
Quand j’étais petit, j’ai vécu entouré de livres, et en venant sur l’Inenisseï j’ai accompli mon rêve d’enfant.

Le temps gelé, de Mickhaël Tarovski, traduit du  russe par Catherine Perrel. Editions Verdier.

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27 avril 2018

Ma librairie ferme demain soir…
Si vos avez vous aussi une librairie indépendante, n'oubliez pas de la privilégier, car vous avez une chance incroyable. Nous ici, nous n'en avons plus !

Claude

 

 À vous qui venez, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais jamais assez disent les chiffres. Je dois me résoudre à vous dire que la librairie ferme.
           
Quand on évoque les librairies indépendantes, on parle de celles n’appartenant pas économiquement ni à un groupe financier, ni à une enseigne, ni à un éditeur. Ce qui revient à dire qu’il y a autant de librairies que de libraires, qui, chacun avec ses goûts, son savoir, son ignorance, son environnement, ses préoccupations, propose un choix plutôt qu’un autre.
Une réalité, inconnue du public : la place dominante, dans les librairies, de quelques groupes financiers, tant la concentration et les fusions sont nombreuses chez les distributeurs.
 
Heureusement, les diffuseurs, les représentants venant nous informer des parutions à venir, n’ont pas tous été remplacés par des commerciaux dont les arguments se limitent à l’impact, réel d’ailleurs, des médias. Autrement dit, de ce qui a toutes les chances de se vendre et qu’il faudrait massivement choisir pour s’en sortir – Et encore… parce que les nouvelles pratiques d’achats, rapides, efficaces, supermarchés virtuels ou non, semblent plaire. Il faut dire que l’exemple a été donné depuis longtemps déjà, par Madame la Ministre de la Culture qui y empile les best-sellers d’Actes Sud, certainement au nom de la lecture accessible à tous. Pour ses autres publications, elle compte sur le supplément d’âme des libraires indépendants, qui constituent, maintiennent et défendent un fonds.
 
La question n’est pas de savoir si dans ce flux incessant de parutions, cadencées par des actualités de toutes sortes, fabriqué, cultivé, pour et avec les moyens de la diffusion offensive,  il y a des choses intéressantes et qui intéressent, la réponse est oui.
 
La question est que la place et le temps s’amenuisent pour faire vivre des livres qui proposent d’explorer et côtoyer d’autres rapports, constats, perspectives, idées, écritures…  Nier la rentabilité dans laquelle la norme voudrait nous faire et nous voir uniformément couler est un luxe ; qui a été possible entre autre que parce des amis ont prêté de l’argent et donné du temps.
 
 
On m’a beaucoup demandé quelle était la spécialité, la différence, de L’herbe entre les dalles, ma réponse aujourd’hui est de décrire le fonds, sa diversité, constituée de vous et de moi :
Des livres que j’espérais vous faire découvrir – des livres que je supposais vous alliez demander – des livres que vous m’avez fait connaître – des titres que vous espériez toujours trouver pour les offrir –
Des livres qui m’inspiraient – m’intriguaient – m’apprenaient, et ceux cités dans d’autres. Des livres de certains éditeurs, auteurs, traducteurs.
 
Il n’y avait rien de figé, il y avait précisément ou pas des rencontres, et ce sont ces perpétuels mouvements  qui s’arrêtent ici.
  
À nos zones – de partages
 
Valérie

 

 

L4HERBE ENTRE LES DALLES


 

 

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21 avril 2018

Ma librairie ferme ! je ne sais pas comment vous dire à quel point cela me fait de la peine   !

Il n’y a plus beaucoup de librairie comme celle-ci, où ce ne sont pas les têtes d’affiches qui sont en rayon, ou en grosses piles pour plus en vendre encore, ce ne sont pas forcément les livres grand public dont se régalent les médias. Dans ma ville, il n’y aura plus de librairie au sens où je l’entends. Oh des librairies, avec des Musso, Busi et compagnie (je m’excuse de les prendre en exemple, ça aurait aussi bien pu en être d’autres) il y en a, même plusieurs. Et encore, elles ne font pas que des livres, elles ont une autre activité.

Mais une librairie, où dans chaque rayon  vous trouvez des livres que les autres ne gardent pas car ils ne font plus assez de « chiffres », une librairie où des petites merveilles inconnues côtoient de grands noms, où lorsque vous demandez un avis, on ne vous répond pas forcément, « c’est un livre formidable ».

J’y suis allée cette semaine, et j’ai discuté avec Valérie, la libraire, elle me disait que ce genre d’endroits n’existent pratiquement plus, il y a Internet, il y a les supermarchés du livre, les très grandes librairies qui veulent tout avaler, et puis, il y a les lecteurs qui préfèrent les livres faciles, les bd, ou les livres de développement personnel !

Mais une librairie qui vit par ses livres, par sa passion, sans se trahir, ni trahir les livres, ça n’existe plus beaucoup. Si vous en connaissez une, n’hésitez pas à me le dire !

Alors oui, je suis triste, j’aime ces endroits vrais, où chacun défend son livre, où on se passe des titres, où quand notre passage doit être rapide, on s’aperçoit que l’on est encore là, 1h après, où notre bonne volonté de n’acheter qu’un livre failli à chaque fois.

Bien sûr, je reçois par Internet, les newsletters des maisons d’éditions, mais ce n’est pas pareil. Et puis, où acheter mes livres, pas dans les autres librairies de ma ville, je ne les aime vraiment pas, ni les supermarchés des livres, Internet ?  je m’en sers pour les livres d’occasion, mais je ne me vois pas acheter mes livres à chaque fois sur un écran.

Alors, si je peux, j’irai avec mes références chez un petit libraire, spécialisé dans autre chose, mais au moins je resterai fidèle à qui je suis !

 

C’est la fin de quelque chose, et cette fin je ne l’aime pas du tout, car elle va avec une certaine forme du déclin de la culture.

Claude

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10 avril 2018

La Mémoire sous la glace
de Dana Stabenow

 

Mon blog me manque ! En ce moment, j’enchaîne les formations, je trouve cela très intéressant, mais le temps me manque pour le reste. J’ai dû diminuer mes heures de lecture. Mais, quand on aime vraiment lire, on ne tient pas longtemps !!!!

Alors, j’ai repris par ce beau polar.

Kate Shugak est une détective privée amérindienne. À sa mort, son grand oncle Sam Dementieff, lui lègue pratiquement tous ses biens. En même temps, elle accède à une partie de son histoire, que la famille avait tendance à cacher. Elle décide de partir à la recherche d’un homme mort un siècle plus tôt…

Sam Dementieff était le fils d’un homme qui avait volé, et déshonoré leur tribu lors de l’épidémie de la grande peste noire. Après avoir séduit sa mère (fille du chef), il s’était enfui avec le triptyque représentant la vierge et le symbole du village. Sam a passé sa vie à les rechercher, et Kate prend la relève.

Mais quelqu’un lui met des bâtons dans les roues, et veut l’empêcher d’atteindre son but.

C’est génial, car c’est tout d’abord bien écrit, on est tenu en haleine du début à la fin, on apprend plein de choses sur la vie des tribus au début du 20ème. Et puis l’alternance du présent et du passé, donne un rythme agréable à l’histoire.

Claude

 

Première page

1918

NINILTNA

La mort noire n'atteignit l'Alaska qu'en novembre. Et frappa la quasi-totalité de la population.

Le gouverneur du Territoire imposa la quarantaine et limita les déplacements vers l'Intérieur, postant des marshals sur l'ensemble des ports, des départs de piste et des embouchures afin d'interdire les contacts entre communautés. Il promulgua une directive spéciale enjoignant aux Natifs de rester chez eux et d'éviter les rassemblements publics. On ferma des théâtres, on annula des messes, on renvoya des écoliers à leurs familles, mais, du fait des traditions communautaires en usage chez les Natifs, ceux-ci furent frappés dans de fortes proportions. À Brevig Mission, on compta huit survivants sur quatre-vingts habitants. Dans certains villages, il n'y eut même pas de rescapés. Le printemps suivant, lorsqu'arriva la seconde vague de la pandémie, les gens étaient trop faibles pour chercher de la nourriture et la faim en emporta un peu plus.

En mars 1919, à Niniltna, le Chef Lev Kookesh et sa femme Victoria moururent de froid car ils étaient trop malades pour se lever et attiser le feu dans leur poêle à bois. Six kilomètres plus loin, à la mine de Kanuyaq, le gérant Josiah Greenwood perdit sa femme, ses deux fils et le quart de ses mineurs.

 

La mémoire sous la glace, de Dana Stabenow, « une enquête de Kate Shugak », traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Bréque. Éditions Delpierre.

 

livre

 

 

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11 mars 2018

Voici deux beaux poèmes d’une amie.

Claude

 

Jamais

Je ne saurais jamais si je vieillirai là,
En ce lieu caché où la nature explose
De mille bouffées d’espoir.

Verrais-je la floraison de ce tendre lilas,
La flamboyante beauté de ce bouquet de roses
Lorsque s’en vient le soir ?

Je ne saurais jamais si je vieillirai là ;
Serais-je à tes côtés, le lieu où enfin j’ose,
Ou serais-je dans le noir ?

Florence Borsier

 

 

En ce même moment par l’horizon boisé
Clapote faiblement la froide Mer du Nord,
Une mer sans vagues et presque sans marée
Qui inlassablement s’épuise au même bord.

Pendant qu’en ce jardin sous l’acacia discret,
Âpre à distiller ses subtiles fragrances,
Assise en ce jardin et la tête  penchée,
Je sombre cruellement en souvenirs d’enfance.

Une mer sans vagues et presque sans marée
Qui inlassablement s’épuise au même bord.

Florence Borsier

 

 

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28 février 2018

Rue Katalin
Magda Szabo

 

En terminant ce billet, je me rends compte que j’avais déjà lu le livre, je n’en ai aucun souvenir ! Incroyable !!! Comme quoi, je suis vraiment fatiguée. Bon tant pis j’ai déjà fait le billet en 2014, et bien je vous mets le nouveau !

Claude

 

Avant la seconde guerre mondiale, la rue Katalin représente le paradis de 4 enfants.

Après, elle deviendra le cauchemar des trois restants.

Trois maisons mitoyennes abritent trois familles :

Le foyer Biro :

-   Le commandant Biro,
-   Balint : son fils,
-   Mme Temes : la gouvernante.

 

Le foyer Elekes :

-   M. Abel Elekes (directeur d’école),
-   Mme Elekes,
-   Iren et Blanka : leurs filles,
-   Roza : la gouvernante.

 

La famille Held :

-   M. Lajos Held : dentiste,
-   Mme Anna Held,
-   Henriette : leur fille,
-   Margit : la gouvernante.

Page 107. Quand ils étaient petits, ils jouaient souvent à des jeux de plein air, dans le jardin ou dans la cour, leurs parents trouvaient que c’était bon pour la santé. Elle réclamait toujours le jeu du cerisier, il lui procurait un plaisir inexplicable qui la ravissait encore à l’époque où elle aurait dû en avoir honte. Balint en avait horreur mais il acceptait parfois d’y jouer. C’était toujours lui qui était au milieu et il choisissait toujours Iren, Blanka et Henriette restaient de part et d’autre et battaient des mains tandis qu’ils tournoyaient entre elles. Henriette savait que tout était venu de là, et que tout ce qui allait lui arriver s’était joué peut-être même avant Hitler, dans le jardin, avec le jeu du cerisier où Balint choisissait toujours Iren.

Mais la guerre arrive, et la famille d’Henriette est en danger. Le jour des fiançailles d’Iren et de Balint, ils ne rentrent pas. Le commandant, lui dit qu’elle doit aller les rejoindre pour quitter le pays avec eux. En fait, il la gardera cacher pour la sauver, jusqu’au jour où elle désobéie. Elle sort une nuit alors que la maison de ses parents a été vidée par les allemands. Un jeune militaire l’aperçoit dans le jardin et tire. Tout cela nous le savons dès le début.

D’outre-tombe, Henriette vient les visiter, elle sera obligée de recréer la rue Katalin, car cette dernière a disparu avec elle. Page 36. Elle retournait  souvent chez elle et beaucoup l’enviaient.
Il n’était pas donné à tous de s’en retourner, et ceux qui n’y parvenaient pas étaient fâchés de voir que d’autres allaient revoir leurs proches chaque fois qu’ils en avaient envie. Au début Henriette avait tenté de se justifier, de dire combien elle avait été heureuse là-bas, et que dès son enfance elle avait rassemblé consciemment les souvenirs de leur maison, et leur vie, mais elle n’avait convaincu personne et ne chercha plus à expliquer. Elle avait l’impression que certains de ses compagnons la regardaient comme le soldat l’avait fait, à la lumière bleutée de sa torche électrique. Cela l’effrayait d’autant plus que peu de temps après son arrivée, le soldat était arrivé à son tour, il était constamment à proximité et, au début, il lui avait semblé que jamais elle ne pourrait s’habituer à sa présence. La première fois qu’elle l’avait revu, elle avait été si terrifiée qu’elle s’était enfuie en courant, puis elle s’était calmée en pensant qu’ici il ne pouvait plus lui faire de mal, d’ailleurs il n’en avait visiblement pas l’intention. Elle le rencontrait souvent et finit par comprendre pourquoi il la fixait si intensément, pourquoi il la suivait. Le soldat avait tout  oublié, le seul souvenir qui lui restait était le visage d’Henriette, un visage qui le terrifiait et lui faisait horreur, mais l’attirait dans le même temps, car sa solitude était insupportable et Henriette était le seul être qu’il connût.

Elle accompagne alors les survivants dans leur dérive, où tous pensent être coupables de sa mort, et se  punissent à leur manière sans jamais pouvoir se pardonner.

 

Ce livre est lumineux. Il m’a happé, ses personnages sont très bien décrits, je pouvais ressentir leurs peines, leurs troubles. Le fait de connaître la mort d’Henriette dès le début et de progresser avec tous les personnages vers leurs rôles dans cette nuit tragique rend le livre encore plus passionnant. Et puis le regard d’Henriette sur ses amis lors de ses retours est intéressant, et perspicace.

L’écriture de Magda Szabo est géniale, enfin, moi je trouve !

A bientôt

Claude

 

Première page.

Vieillir, cela ne se passe pas comme dans les livres, ce n’est pas  plus ce que décrit la science médicale.

Aucune œuvre littéraire, aucun médecin n’avait préparé les habitants de la rue Katalin à l’éclairage impitoyable que l’âge apporterait dans l’obscure galerie qu’ils avaient parcourue presque inconsciemment pendant les premières décennies de leur vie ; ni à ce qu’il mette de l’ordre dans leurs souvenirs et leur échelle de valeurs. Ils savaient qu’ils devaient s’attendre à certains changements biologiques, que leur corps avait entrepris un travail de démolition qu’il poursuivrait aussi minutieusement qu’il s’était construit, depuis l’instant de leur conception, en vue du chemin à accomplir. Ils avaient accepté de voir leur physique se transformer, leurs sens s’affaiblir, leurs goûts, leurs habitudes et même leur leurs besoins s’adapter à ces changements ; de devenir gourmands ou de perdre l’appétit, d’être craintifs, voire susceptibles. Ils s’étaient résignés à avoir du  mal à dormir et à digérer, fonctions dont la régularité leurs semblait jadis aussi naturelle que la vie  même.

Rue Katalin de Magda Szabo, traduit du hongrois, revue et corrigée par Chantal Philippe. Editions Viviane Hamy.

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Je suis un peu absente depuis quelques temps, j’avoue que le travail m’a happé, ça arrive. Et puis, le mauvais temps… m’a fatigué comme tout le monde. Aussi, j’avais l’impression depuis quelques semaines d’être en mode boulot/dodo, ce qui ne me ressemble pas.

Heureusement le soleil est revenu, avec sa vague de froid, j’avoue que j’adore ce temps et en plus c’est les vacances. Alors, tout va bien !

Alors partons pour la Hongrie !

 A bientôt, 

Claude

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04 février 2018

La conversion
de James Baldwin

Tant de sujets sont abordés dans ce livre qu’il est difficile d’en faire le tour. Il est très riche, que ce soit sur le caractère des personnages, sur la communauté, la violence… et de l’espoir.

Extrait

J’ai regardé l’avenir,
Et je me suis interrogé.

Tout le monde avait toujours dit que John deviendrait prédicateurs quand il serait grand, comme son père. Et les gens le lui avaient tellement répété que John, sans jamais y avoir réfléchi, en était venu à le croire. Il fallut qu’arrive le matin de son quatorzième anniversaire pour qu’il se mette à y réfléchir sérieusement, mais, là, il était déjà trop tard !
Ses souvenirs les plus lointains – ses seuls souvenirs en un sens – tournaient autour de l’affolement et de l’animation des dimanches matin. Ce jour-là, ils se levaient tous en même temps : son père qui, n’étant pas obligé d’aller travailler, les faisait prier avant le petit déjeuner ; sa mère qui veillait à sa tenue ce jour-là et paraissait presque jeune, avec ses cheveux défrisés et, sur la tête, le bonnet blanc bien ajusté qui constituait l’uniforme des saintes femmes ; son frère cadet, Roy, qui ne disait pas un mot ce jour-là parce que leur père était à la maison ; Sarah, la chouchoute à son papa, qui se collait un ruban rouge dans les cheveux ce jour-là. Et le bébé, Ruth, qui, vêtue de rose et de blanc, allait à l’église dans les bras de sa mère.

 

La conversion de James Baldwin, traduit de l’anglais (américain) par Michèle Albaret-Maatsch. Editions Rivages.

 

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Le bouc émissaire
d’August Strindberg

 

Libotz est un homme qui semble avoir le monde entier contre lui. C’est un homme aimable, sans une once de méchanceté mais qui a un gros défaut, celui d’être un étranger.

Pourtant, lorsqu’il arrive dans la ville, l’hôtelier Askanius lui propose de lui prêter de l’argent pour qu’il installe son office. Ce qu’il fit avec succès, et devint par la même occasion ami avec Askanius. Mais tout ceci était sans compter avec le procureur de la ville. Il représente dans ce livre, le mal absolu. Pendant un temps, Libotz cru qu’il pouvait se faire des amis, réussir dans son étude, se marier… mais une fois encore c’était sans compter sur le procureur !

J’ai ri, j’ai eu envie d’hurler par moment, parce que Libotz semble entouré d’une aura de malchance et de pigeon ! J’ai pu avoir l’envie de lui dire ses 4 vérités par moment !!

Les personnages qui l’entourent sont géniaux, ce sont des caricatures de la bêtise, du profit… des gens comme il en existe des millions. Libotz est un peu l’extra-terrestre dans cette histoire. Il est gentil (trop), il a bon cœur (trop), et subit le monde qui l’entoure (trop). Il ne remet pas les autres en question, ne réagit pas, jusqu’au jour où ne pouvant pas sauver son ami, il décide de partir et de tout quitter.

Claude

Première page
Au nord de Holaveden, dans une région montagneuse, une petite ville se blottit au fond d’un cirque. Les hauteurs l’entourent comme un mur, de sorte que le soleil se lève plus tard qu’il ne doit et se couche
plus tôt. Le mur n’est pas si haut qu’il oppresse, mais il enferme et offre une protection contre les vents : il y fait toujours calme. Les montagnes sont froides, la nature austère, mais une rivière bordée de grand aulnes et de joncs coule à travers la ville, ainsi les riverains peuvent-ils s’asseoir sur les pontons de leurs gloriettes et jouir de la verdure et de l’eau courante.

Autrefois la ville était célèbre pour sa source thermale ; aujourd’hui encore on peut voir le pavillon aux murs recouverts des béquilles et des cannes, souvenirs des cures réussies. L’eau n’a rien perdu de ses qualités, chaque année le pharmacien procède à son analyse, mais personne n’en use, car on ne croit pas à ses effets.

Le bouc émissaire d’August Strindberg, traduit du suédois par Elena Balzamo. Editions Viviane Hamy.

Le-bouc-emiaire

 

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