De Bloomsbury en passant par Court green...

12 juillet 2017

Le mois de juin a été chargé au niveau travail en ce qui me concerne. 10 heures d’ordinateur par jour, plus la chaleur, la fatigue de tout le monde… enfin comme partout !!! Alors, j’ai eu du mal à garder mon attention sur un livre, je préférais aller me promener le long de la rivière, ou alors, je passais de longues heures dans ma bibliothèque à lire des chapitres dans des livres pris au hasard. Juste un ou deux chapitres, en début ou en milieu de livre, pour me souvenir des moments où je les avais lus pour la première ou seconde fois. J’aime ces moments. Il y a les mots qui reviennent, mais aussi les événements de l’instant. C’est magique. Pour quelques livres, je ne me souvenais plus de l’histoire, ne me rappelais pas de l’auteur, et après avoir relu un  chapitre tout revenait.

Enfin, ma période chapitres est terminée, et je suis partie dans un livre formidable, dont je vous parlerai prochainement.

Claude

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02 juillet 2017

Le refuge des oiseaux
de Uwe Timm

Christian Eschenbach est parti passer quelques mois sur une île allemande inhabitée, pour compter les oiseaux et relever les données météorologiques. Page 15. Le gardien de l’île, qui était surtout le gardien des oiseaux, y vivait seul de mars à octobre. Ce printemps-là, la jeune femme déjà choisie pour la mission, une zoologue, était tombée malade, un qualificatif quelque peu inapproprié pour une grossesse n’allant pas sans difficultés. Une connaissance, professeur d’ornithologie, qu’Eschenbach avait un jour aidé dans sa tâche de décomptage des oiseaux, l’avait appelé, curieux de savoir s’il pouvait être intéressé, dans la mesure où les jeunes gens qui étaient envisagés pour la remplacer ne pouvaient ou ne souhaitaient pas y aller à brève échéance : si tel était le cas, il fallait qu’il sache qu’il serait séparé plusieurs mois durant de sa partenaire.
J’ai tout de suite dit oui.

Seul, il a le temps de faire le point sur sa vie. Il avait tout, et il avait tout perdu et plus encore. Il avait créé une entreprise avec un ami, qui marchait très bien, il aimait une artiste, Selma avec qui tout se passait à merveille. Un jour pourtant, lors d’un vernissage, ils avaient rencontré un couple, Anna et Ewald.  Et là, tout avait basculé. Toutes les bonnes résolutions, tous les raisons du monde, ne pouvaient les empêcher de s’aimer, même les deux enfants d’Anna. La passion contre la raison !  Page 114-115.Le soir suivant son portable sonna, il vit son numéro, il allait enfin pouvoir l’entendre, mais c’est la voix d’Ewald qu’il entendit, et la déception s’empara de lui, mais aussi la peur, la peur de l’entendre, non pas elle, mais lui, et cette déception et cette peur lui coupèrent un instant le souffle ; et il supposa tout de suite qu’Ewald avait tout compris. A la question de savoir comment ça allait, il répondit à la manière de quelqu’un de traqué : Bien, très bien, il y a beaucoup à faire, mais tu connais ça.
Ewald lui annonça alors que, dans la mesure où ils s’étaient rendus, Anna et lui, dans son Serengeti Lodge, c’était maintenant à leur tour, au tour de Selma et lui-même, de venir chez eux. Concrètement, que diriez-vous de cette fin de semaine ?
Un effroi nouveau à l’idée de la retrouver en la présence d’Ewald le poussa à mentir, comme si cela aurait pu lui permettre d’éviter ainsi la rencontre : la fin de semaine était tout à fait impossible, il avait un rendez-vous.
Bon, alors en semaine. Eschenbach pouvait choisir le jour qu’il souhaitait, jusqu’au lundi. Il réfléchit à toute vitesse, se demandant s’il pouvait avancer un prétexte pour la semaine entière, puis répondit : Bien, pourquoi pas le jeudi ?
Selma pourra-t-elle ce jour-là ?
Je crois que oui. Sinon, je vous en avertis.
Parfait, dit Ewald, avant de lui expliquer le chemin. Nous nous réjouissons beaucoup de vous voir.

Anna ne supporte pas le mensonge et avoue tout à Ewald. Son entreprise fait faillite, et il se retrouve seul, sans un sous, sans rien. Aussi, quand on lui propose ce travail sur l’île, il en profite. Il fait de longues promenades, jusqu’au jour où Anna l’appelle. Elle est de passage en Allemagne, et elle souhaiterait passer le voir. Elle veut lui parler de sa nouvelle vie, du couple que forment maintenant Selma et Ewald…
La tranquillité qu’il pensait avoir retrouvé, s’écroule à cet appel.
Oui, viens.

Je ne connaissais pas du tout Uwe  Timm. Il a une très belle écriture, fluide et précise. L’histoire qui peut sembler banale, est très bien menée. J’ai aimé les éclats de rire, la bonne  humeur, les doutes, les peurs, l’incapacité à agir autrement. Uwe  Timm, décrit dans ce roman intelligent, profond et drôle, l’adultère, et l’éclatement qu’il peut entraîner. La réflexion qu’il mène sur le désir et ses conséquences est très belle.

Ce livre a été mon livre de « canicule ». En le lisant, je me disais que j’aimerai bien partir comme Eschenbach quelques mois, pour savoir si je serai heureuse et si je ne souffrirai pas trop de la solitude. (Il avait un logement et était ravitaillé toutes les semaines)
Car même en étant solitaire, je croise obligatoirement des gens, et sur une île, il n’y a absolument personne, ce qui change la donne.

Claude

Première page.

L’île se déplace lentement en direction de l’Est. Trois à quatre mètres par an, au gré de la violence des tempêtes hivernales et des raz-de-marée. Il y a quarante ans, ici, à l’endroit précis où il se trouvait maintenant, il n’y avait que de l’eau, c’était l’estran.

Le vent avait fraîchi ces dernières heures. A l’ouest, un banc de nuages bleu nuit surplombait l’horizon. Des bourrasques arrachaient aux dunes des volutes de sable. L’écume des vagues expirantes était abandonnée sur le rivage, y dessinant de larges rayures gris blanc. Des mouettes planaient au-dessus des vagues ; soudain, l’une d’elles piquait du nez vers les flots, remontait avec, dans le bec, un vif éclair argent.

Dans la matinée, il avait longé, sur une centaine de mètres, la plage qu’il ratissait tous les trois jours, à la recherche d’objets rejetés par la mer. Ce jour-là, ily avait eu une bombe aérosol, un petit tube en verre avec ses comprimés, une chaussure de sport bleue, de marque Adidas, une boîte de vernis bleu pour coque de bateau – il estima la quantité restante de son contenu à un demi-litre-, ainsi qu’un pot de mousse au chocolat et un sac-poubelle bleu. Il rassembla les déchets, les mit dans un sac en plastique, les apporta jusqu’au cabanon d’où, une fois par mois, par marée basse, ils rejoignaient le continent en voiture à cheval.

Le refuge des oiseaux, d’Uwe Timm, traduit de l’allemand par Frédéric Joly. Editions PIRANHA.

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14 juin 2017

Une offrande à la tempête

Une offrande à la tempête
de Dolores Redondo

J’avais envie de lire un polar, j’ai donc emprunté « une offrande à la tempête », jusque-là tout va bien. Tout ce gâte un peu lorsque je me suis rendue compte que c’était le troisième volet d’une trilogie ! Bien entendu je n’avais pas lu les deux premiers.

Pas de soucis, l’histoire est tellement bien « ficelée » que l’on peut lire ce livre indépendamment des deux autres. C’est un très bon polar, jusque la fin on est tenu en haleine, et je ne suis pas complètement sûre que l’histoire se termine là ! Qui sait je lirai peut-être un quatrième.

Tout commence par la mort subite d’une petite fille mise en doute par un médecin légiste. Le fait interpelle l’inspectrice Amaia Salazar. Elle décide de s’intéresser de plus près aux morts subites de nourrissons dans la région, et principalement celles des petites filles. Les doutes se confirment.

Ces meurtres seraient-ils des actes de l’inguma, cette créature maléfique issue de la culture régionale. Une secte qui contre un bébé promet la richesse, la jeunesse etc. Cela ramène l’inspectrice au meurtre de sa jumelle perpétré par sa mère alors qu’elles étaient encore des bébés.

C’est vraiment passionnant. Si pouvez encore, commencez par le début, je regrette un peu !

- De chair et d’os,
- Le gardien invisible,
- Une offrande à la tempête.

 

Claude

Première page

Sur la commode, une lampe éclairait la pièce d’une chaleureuse lumière rose qui se teintait d’autres nuances en traversant les délicats motifs de fées imprimés sur l’abat-jour. De l’étagère, toute une collection de petits animaux en peluche observaient de leurs yeux brillants l’intrus qui étudiait en silence l’attitude paisible du bébé endormi. Attentif, il écouta la rumeur de la télévision allumée dans la pièce contigüe et la puissante respiration de la femme qui dormait sur le canapé, éclairée par la lumière froide de l’écran. Il parcourut la chambre du regard, étudiant le moindre détail, absorbé par cet instant, comme s’il pouvait ainsi se l’approprier et le conserver éternellement, tel un trésor. Avide et serein à la fois, il grava dans son esprit le tendre motif du  Une sensation proche de l’ivresse envahit son corps et la nausée menaça au creux de son estomac. La petite dormait sur le dos dans un pyjama en velours, couverte jusqu’à la taille par un édredon à fleurs que l’intrus écarta pour la voir en entier. Le bébé soupira dans son rêve ; un mince filet de bave glissa de ses lèvres roses et dessina une trace  humide sur sa joue. Les petites mains potelées, ouvertes de part et d’autre de la tête, tremblèrent légèrement avant de s’immobiliser à nouveau.

 

Une offrande à la tempête de Dolores Redondo, traduit de l’espagnol par Judith Vernant. Editions Mercure de France.

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10 juin 2017

Colorado blues

Colorado Blues
de Kent Haruf

     Holt est une petite ville américaine du Colorado. Tout le monde s’y connaît. Toute l’économie tourne autour de la coopérative agricole. Lorsque le président décide de prendre sa retraite, le comité la confie à Jack Burdette, un enfant du pays. Jack est le « beau gosse » de la ville, l’espoir sportif déchu, le fêtard, etc. Il est marié à Jessie, une jeune femme simple et discrète.

Un soir, Jack disparaît avec la caisse de la coopérative, laissant derrière lui, Jessie enceinte et leurs deux enfants de 4 et 2 ans.

La ville ne fera pas de cadeaux à Jessie. Elle vend leur maison, trouve un travail, et continue sa vie comme elle le peut, en prenant soin de ses enfants. Page 188. Or, vers la fin du printemps, cette année-là, elle découvrit un moyen de solder son compte. Elle se mit à aller danser le samedi soir au Bar de la Légion.
Néanmoins, au commencement, personne n’avait voulu danser avec elle.

…Pages 190/191. Ils passaient « I love you in a thousand ways » de Lefty Frizzel, cette chanson qui promettait une vie nouvelle et la fin des jours de cafard, cette chanson qui avait un tempo assez lent pour permettre à Vince Jr. d’exercer sa magie habituelle. Conduisant Jessie sur la piste bondée, il la plaqua contre la boucle de sa ceinture ; puis il se mit à lui lever et à lui baisser le bras, à la repousser en arrière en un pas de deux superbement chaloupé tandis qu’elle conservait cette expression d’invite permanente sur son visage et qu’il continuait à sourire au-dessus de sa tête avec une satisfaction évidente. Ils dansèrent comme ça plusieurs morceaux rapides grâce auxquels Vince put faire la démonstration de son art du jitterbug – il la fit virevolter et exécuta des mouvements compliqués avec ses mains -, puis ils soufflèrent un peu avec un slow.

C’est donc ainsi que ça commença : de manière assez innocente, je suppose, car contrairement à certains hommes en ville, Vince Higgims, lui, ne voulaient pas de mal à Jessie Burdette. Je ne suis pas sûr que Vince ait même caressé le moindre espoir d’obtenir une récompense en fin de soirée. C’était simplement qu’il était saoul et qu’il aimait danser. On ne pouvait pas en dire autant des autres. Les autres, eux, n’avaient pas oublié le silo à grain.

8 ans après, Jack Burdette revient en ville…

C’est le journaliste du « Holt Mercury », qui connaît Jack depuis l’enfance qui se souvient pour nous.

J’ai lu tous les livres traduits en français de Kent Haruf. J’aime beaucoup sa façon simple de nous emmener au cœur des petites villes américaine, en l’occurrence à Holt. Il sait décrire avec beaucoup de sobriété et de pudeur les femmes et les hommes, leurs passions, leurs faiblesses mais aussi leurs qualités et leur envie de vivre. Il nous raconte ces gens dont on ne parle pas souvent, ceux que l’on ne voit pas, ceux de l’Amérique silencieuse.

Les livres de Kent Haruf :

-   Le chant des plaines

-   Les gens de Holt Country

-   Nos âmes la nuit

-   Colorado blues

Claude

Première page

Jack Burdette finit par revenir à Holt, au bout du compte. Personne n’y croyait  plus à ce moment-là. Il était parti depuis huit ans et personne à Holt n’avait eu la moindre nouvelle de lui dans l’intervalle. Même la police avait cessé de le rechercher. Elle avait suivi sa piste jusqu’en Californie, mais après son arrivée à Los Angeles elle avait perdu sa trace et, à la longue, avait laissé tomber. C’est ainsi qu’en cet automne 1985, à la connaissance des  habitants de Holt, Burdette se trouvait toujours là-bas. Il se trouvait toujours en Californie et on l’avait presque oublié.

Et puis, en fin d’après-midi, un samedi, au début du mois de novembre, il refit son apparition à  Holt.

Il conduisait une Cadillac rouge à présent. Ce n’était pas une voiture neuve ; il l’avait acheté peu après avoir quitté la ville, du temps où il avait encore de l’argent à dépenser. Elle n’en était pas moins voyante, le genre d’auto que vous auriez imaginée conduite par un maquereau de Denver ou par un tout récent milliardaire du pétrole à Casper, dans le Wyoming.

Colorado blues de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff. Editions Pavillons poche – Robert Laffont.

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30 mai 2017

Fin d’orage

L’orage a fait éclore là-haut une féérie
De grosses fleurs creuses à des cloches pareilles
Qui ébranlent dans le vent
Et allongent leurs battants pour frapper nos oreilles…
Fleurs aux lèvres charnues
Mordues par le soleil
D’où saigne la pluie,
D’où goutte la pluie comme un miel d’or –
Et ma terre adoucie fuit devant l’orage.

 

Visage

Cheveux…
gris d’argent,
tels des flots d’étoiles,
Front…
canot incurvé
qu’agitent les rides nées de la douleur
Ses yeux…
buée de larmes
qui se condense plus bas sur sa chair
Et ses muscles cannelés
sont des grappes de douleur
pourpres dans le soleil du soir
presque mûres pour les vers.

 

Conversion

Gardien des Âmes africain,
Ivre de rhum,
Repu d’un manioc étranger,
Soumis aux mots nouveaux et aux palabres creuses
D’un dieu sardonique au visage blanc -
Grimace, crie
Amen,
Chante Hosanna.

Extraits de « CANNE » de Jean Toomer, traduction de l’américain de Jean Wagner. Ypfilon.éditeur

 

Je reviendrai sur ce livre qui nous transporte dans la Géorgie du XXème siècle. Pour l’instant, je le savoure encore un peu !

Claude


Un chant immortel, un arbre qui chante 
Et redit tout bas les âme de l’esclavage,

Ce qu’elles furent, et ce qu’elles sont pour moi,
Et redit tout bas les âmes de l’esclavages.

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29 mai 2017

Chronique des évènements amoureux

Chronique des évènements amoureux
de Tadeusz Kowicki

Andrzej Wajda en a fait un film magnifique, le livre lui est sublime.
L’écriture nous emporte au cœur de ce premier amour, entre réalité et fiction ou rêve.

Witeck doit passer son bac, puis poursuivre ses études pour devenir médecin. Il n’a pas le temps pour l’amour, mais, un jour il rencontre Alina… Et là, les sentiments dépassent l’entendement, comme il se doit.

L’auteur a su rendre la puissance dévastatrice de cette première passion. 4ème de couverture. « C’est l’adolescence grave, la soif d’absolu, la chaleur inquiétante de l’été 1939, l’odeur de la rivière Wilia, le frisson vertigineux des premières fois. »

Il y a beaucoup de pudeur dans ce roman, il nous emmène dans un monde rude mais où seul le désir n’a de sens.

Claude

Premières lignes.

Voici comment tout avait commencé.
Le train, dans un long balancement monotone, s’enfonçait de plus en plus parmi les ravins sablonneux, les fourrés de genévriers, sous les tunnels ocre des pins rabougris. Un sauvage vent de printemps s’engouffrait dans le wagon et se déchaînait dans le couloir désert.

Le contrôleur moustachu perçait de son casse-noix argenté le billet de Witek. Une lanterne de laiton pendait sur sa poitrine. Du brûleur givré par le carbure s’écoulait une petite flamme bleue à peine visible à cette heure encore diurne.

Chronique des évènements amoureux, de tadeuzs Konwicki, traduit du polonais par Hélène  Wlodarczyck, postface d’Anne Simon. Editions Wildproject.

 

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Le sourire du chien

Le sourire du chien
de Dimana Trankova

John, un journaliste américain vient de se marier avec Iliana, une jeune bulgare. Ils partent trois mois en Bulgarie pour se marier à l’église et passer du temps en famille.

C’est au moment où ils arrivent à Sofia qu’un premier meurtre horrible est commis, puis un second. John pour passer son ennui et par la même occasion vendre un article décide d’enquêter. Pour l’aider, il engage Maya, une archéologue journaliste. Ils sont rapidement entraînés dans des énigmes qui mêlent l’archéologie, la philosophie et la mafia du pays. C’est un livre prenant, riche en détails sur les époques (notamment les thraces), et très riche en émotions et rebondissements !!! J’aime énormément ces livres dans lesquels on apprend plein de choses et qui nous entraînent dans des lieux inhabituels.

Claude

Première  page.

L’homme sur le rocher n’aurait jamais supposé pouvoir poser une telle question dans une situation analogue. Mais, comme il n’aurait jamais supposé se retrouver dans une situation analogue, il la posa tout de même.

-   Un couteau ordinaire ?

Il avait la bouche sèche. Il aurait tout donné pour un verre d’eau.

-   Ce n’est pas un couteau ordinaire, dit l’autre. Il est en fer.

L’homme sur le rocher ne voyait pas son visage, mais il percevait son souffle chaud chaque fois que l’autre s’approchait et déchirait sa chair et son couteau ordinaire.

Le sourire du chien, de Dimana Trankova, traduit du bulgare par Marie Vrinat. Editions Intervalle.

Merci Marie, pour ce beau cadeau.

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Mes prochains billets seront plus courts, mais j'ai très mal à la tête en ce moment, et j'ai du mal à supporter l'ordinateur, alors je réduis le plus possible mes écrits. Heureusement, je suis en vacances cette semaine ! à bientôt, Claude

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26 mai 2017

Au revoir, à demain

Au revoir, à demain
William Maxwell

Dans les années 1920, William est un jeune garçon solitaire, sa mère vient de mourir. Il se lie d’amitié avec un le jeune Cletus, un garçon de son âge. Une amitié silencieuse s’installe jusqu’au jour où le père de Cletus est accusé du meurtre de l’amant de sa femme. La vie les sépare alors. Ils ne se croiseront que 2 ans plus tard. Mais est-ce par pudeur ou par peur de réveiller le passé, William ne saluera pas Cletus, se disant qu’il lui parlerait un peu plus tard. Mais ce plus tard ne vint jamais, car il ne le revit pas de sa vie.

Jamais William ne se pardonnera cet instant, il le hantera toute sa vie. page 85. Si, en cet instant précis, je savais où se trouve Cletus Smith,  j’irais immédiatement lui expliquer. Ou essayer de lui expliquer. Il est possible, voire infiniment probable, que j’aurais aussi à lui expliquer qui je suis. Et qu’il n’aurait aucun souvenir de ce moment qui me tourmente depuis des années. Lui eut à vivre des épreuves autrement cruelles. Il  pourrait bien s’avérer que cette démarche, je l’aurais faite pour moi plus que pour lui.

Par ce livre, il reprend le fils de ses souvenirs, son vécu, celui de Cletus et l’histoire de ses parents par qui le drame arriva.

Ce roman est rempli de pudeur, William Maxwell explore ses tourments, ses vérités et ses sentiments, tout autant que les nôtres.

Il a su parler du regret, du remord et du mal que l’on a à se pardonner nos actes manqués. L’émotion est présente à chaque page, William Maxwell est maître dans la description des sentiments. J’ai beaucoup aimé ce livre, tout comme j’avais aussi beaucoup aprécié « Comme un vol d’hirondelle ».

Claude

Première  page

1.      COUP DE FEU

La gravière se trouvait à environ un kilomètre et demi à l’est de la ville. Elle avait la taille d’un petit lac et une profondeur telle que les garçons de moins de seize ans se voyaient interdire par leurs parents d’aller s’y baigner. Je ne connaissais l’endroit que par ouï-dire. Les gens parlaient d’un trou sans fond et comme, à l’époque, je m’intéressais beaucoup à l’idée que, à condition de creuser verticalement et suffisamment longtemps, on devait forcément se retrouver en Chine quel que soit le point de départ choisi, je prenais cette affirmation au sens le plus strict du terme.

Un matin d’hiver, peu de temps avant l’aube, trois hommes qui se trouvaient là pour charger du gravier entendirent ce qui ressemblait à un coup de feu. Ou à l’explosion d’un pot d’échappement, convinrent-ils aisément. En quelques secondes le jour s’était levé. Or, ils ne virent personne arriver à la sablière par le champ adjacent et nulle silhouette ne se profilait sur la route. Le bruit ne pouvait donc pas venir d’une voiture.

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23 mai 2017

Page 33

Un autoportrait :
La baignoire.

Moi, femme nue
Le torse plié
Une main protège le cœur :
Moi, poignardée, exsangue.

Je voile ma fatigue
Ce temps
Empoisonné.

Rien n’échappe
à Duncan,
Surtout, ma détresse
Dangereusement calme.

 

Page 69

Durant des heures, je travaille.

La dissonance des coloris
J’enduis la chair de ma sœur
De couches gluantes.

Mais ce n’est jamais ça.

A peine une ligne trace
Ses paupières closes.
Derrière, les eaux glauques
Noient son cerveau.
« J’ai l’impression de vivre une mort. »

 

Page 13

Tu mets du parfum à mes tempes
Eau de lavande
Comme le faisait mère.

Cette Deuxième Guerre à nos portes
Et dans la tête d’autres combats.

Les ténèbres nous cernent.

La mort de Julian ouvre la voie
A tous les autres malheurs.

Durant des mois, le monde vivant en horreur.

Ne plus voir ce fils, c’est ne plus rien voir.

Des mois de chagrin, inépuisable douleur.

Quand j’émerge
Mon reflet
Dans la fatigue du regard vitreux de ma sœur.

 

Page 87

Farmhouse à Charleston

Ma maison parle
Pour moi
De moi.

Je l’imprègne de beauté
La baigne de jeux de lumière
Comme mes tableaux.

Ma maison, une enclave
En territoire contaminé
Dehors, dedans.

 

Vanessa Bell, sœur de Virginia Woolf, de Louise Cotnoir. Editions de Norois.

Ce soir, je suis en vacances pour deux semaines. Vive les journées d’ancienneté ! Je vais pouvoir me reposer et profiter du soleil, de mes balades, de mes livres et de tout ce qui va avec le mot vacances, même peut-être un petit voyage à la mer.

En attendant, ce soir, je suis allée chercher ce livre que je m’étais commandée. Et je l’ai commencé en terrasse, cela s’appelle plaisir !

Louise Cotnoir, à travers sa poésie, nous entraîne dans le monde de Vanessa Bell, dans sa solitude, ses joies, sa vie, mais surtout, elle essaie de retranscrire ses relations avec sa sœur. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire, j’ai lu beaucoup de livres sur sa vie, et j’ai été enchantée de me rendre compte que je connaissais les instants qu’elle retraçait à travers ses poèmes, ainsi que les tableaux qu’elle décrivait. Un seul bémol pour moi, il n’y avait pas à mettre sous le titre Vanessa Bell « la sœur de Virginia Woolf ». Vanessa Bell vit sans Virginia Woolf. Cela fait très marketing ! Beaucoup connaissent Virginia mais pas Vanessa. Moi, mon héroïne, c’est Vanessa !

D’ailleurs, l’année prochaine, je vais aller visiter sa maison « Farmhouse » à Charleston. J’ai hâte d’y aller, cela fait des années que j’en rêve ! et si j’ai le temps, j’irai également à Monk house, où elle avait également fait la décoration.

Claude

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