Lettre de Blaise Cendrars

Tu m’as dit si tu m’écris
Ne tape pas tout à la machine
Ajoute une ligne de la main
Un mot un rien oh pas grand-chose
Oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui

Ma Remington est belle pourtant
Je l’aime beaucoup et travaille bien
Mon écriture est nette et claire
On voit très bien que c’est moi qui l’ai tapée

Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
Vois  donc l’œil qu’à ma page
Pourtant pour te faire plaisir j’ajoute à l’encre
Deux trois mots
Et une grosse tache d’encre
Pour que tu ne puisses pas les lire.

Sur la robe elle a un corps

de Blaise Cendrars

Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
Glorieuse
Si tu t’incarnes avec esprit
Les couturiers font un sot métier
Autant que la phrénologie
Mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes

Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
Les étoiles creusent le ciel
Les couleurs déshabillent
« Sur la robe elle a un corps »
Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils quand les eaux

se déversent dans le dos avec les omoplates glauques.
Le ventre un disque qui bouge
La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
Ventre
Disque
Soleil
les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses

ÉPÉES DE SAINT MICHEL
Il y a des mains qui se tendent
Il y a dans la traîne la bête tous les yeux toutes les fanfares t
ous les habitués du bal Bullier
Et sur la hanche
La signature du poète

Février 1914

Tiré de : « Du monde entier au cœur du monde » Poésies complètes de BLAISE CENDRARS. Préface de Paul Morand. Édition établie par Claude Leroy. Poésie/Gallimard

Encore un poète que j’aime énormément, il m’emmène avec lui sur les océans, dans les ports…

Claude.