L’histoire d’une solitude

histoire_d_une_solitude

Le roman se passe au début du XXe siècle. Le narrateur, un jeune homme de la petite noblesse, compliqué et tourmenté, fait l’apprentissage de la vraie vie.

Sa vie est faite d’intimes obsessions qui en fait cachent une grande solitude. Il y a sa mère, personnage autoritaire, froid et absurde. Son travail sur Le Caravage, quasi obsessionnel, un chien Péter… Et, il y a une femme, aussi jolie qu’infidèle. Mais, rien ne pourra détrôner cet amour obsessionnel pour cette femme énigmatique au nom changeant, maintes fois perdue et maintes fois retrouvée.

J’ai adoré ce livre, oui encore je sais. Une fois le livre fermé, le sujet continu à me faire me poser des questions, je crois que ce qui était vrai au début des années 1900 le reste aujourd’hui ! Même si les contextes en sont différents…

Le sujet est posé, grave en effet, mais il est traité avec beaucoup d’humour, de délicatesse, de rebondissements. Et puis, la plume de Milán Füst nous entraîne dans ces périples avec dynamisme ! J’ai trouvé le livre subtil et retors à la fois. Il y privilégie l’étude psychologique et les thématiques existentielles, ceci à travers des personnages complexes, tourmentés, en proie à des obsessions dévorantes et si l’on pousse à l’extrême à leur inaccomplissement.

Au sujet de la première page : Le roman commence par une scène avec sa mère, ce qui donne tout de suite le ton du roman. Et quel ton ! C’est grandiose ! Cette anecdote du début est en fait une histoire vraie, il l’écrira à un ami en 1956.

Première page

C'est une histoire compliquée que celle-ci et le lecteur croira peut-être que j'ai compilé là Dieu seul sait quelles choses disparates, pourtant je garantis à chacun qu'il n'est ici question que d'une seule et même chose, ainsi qu'il en ressortira peut-être.
C'était bien avant la Première Guerre. Un dimanche matin, ma sublime mère entre chez, moi en me disant qu'une très jolie demoiselle me demande.
Ma sublime mère ! Elle qui avait jusqu'à présent jeté dehors toutes les demoiselles, si tant est qu'il s'en présentât qui me cherchent. Qui à l'âge de trois ans déjà m'instruisait à la manière allemande en me disant : tu ne seras jamais amoureux, toi, j'espère. S'abêtir pour un joli minois... Un homme a d'autres devoirs en ce monde.- Et ainsi de suite : - Méfie-toi encore plus des jolies filles. Ce sont des saletés vaniteuses et égoïstes oh ma petite ride, oh mon bonnet, - vraiment, as-tu besoin de ça ? Et à quoi est habitué ce genre de créatures ? à ce que tout le monde se mette à plat ventre devant elles, toi aussi, tu veux te mettre à plat ventre ?
Mais elle me tint cette fois-ci un tout autre discours. Ma mère me dit, à la manière allemande, qu'une magnifique demoiselle voulait me parler, mais comme si ce qu'elle avait voulu exprimer était plutôt quelque chose du genre : - pour une jolie fille, c'est une jolie fille, certes, mais tant pis mon pauvre garçon, tu es tellement morose de toute façon que tu me
fais pitié.
On peut bien t'accorder ça.

L’histoire d’une solitude, de Milán Füst, préfacé par Péter Esterházy, traduit par Sophie Aude, aux éditions Cambourakis.

Claude