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Temps
de Robert Walser

Je suis couché, j’ai bien le temps,
je réfléchis, j’ai bien le temps.
Le jour est sombre, il a le temps,
plus de temps que voulu, du temps,
j’en ai à mesurer, du temps, du long temps.
La mesure croît avec temps.
Une seule chose dépasse le temps,
c’est le désir, car aucun temps
n’égale du désir le temps.

Zeit

Ich liege hier, ich hab ja Zeit,
ich sinne hier, ich hab ja Zeit.
Der Tag ist dunkel, er hat Zeit,
mehr Zeit, als ich mir wünsche, Zeit
hab ich zu messen, lange Zeit.
Das Mass wird grösser mit der Zeit.
Nur etwas übersteigt die Zeit,
das ist die Sehnsucht, keine Zeit
ist zeitig mit der Sehnsucht Zeit.


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« Souvent les sages envient les sots »
de Robert Walser

Souvent les sages envient les sots,
car il y a du beau dans la simplicité.
L’insouciance ressemble à l’arbre
qui ne décolore pas ses feuilles à force de réfléchir.
Gros et petits nuages volent autour de l’église.
La mère garde l’enfant, espère
qu’il sera sage, et le père
produit, s’applique et accomplit,
en homme responsable. Dans le jeu, toutefois,
et dans la joie de vivre, c’est l’ingrat
qui auréole les parents.

« Kluge beneiden oft die Dummen »

Kluge beneiden oft die Dummen,
denn es ist was Schönes um die Einfalt.
Sorgolosigkeit gleicht dem Baum,
der seine Blätter nicht mit Nachdenken entfärbt.
Um die Kirche fliegen grosse und kleine Wolken.
Die Mutter hütet das Kind, hofft,
es werde brav, und der Vater
schafft, strebt und leistet,
ist der verantwortliche Mann. Im Spiele aber
und im Glücklichsein umstrahlt
das Undankbare die Eltern.


Tirés du livre « Poèmes» Éditions ZOÉ.
Choisis et traduits par Marion Graf. Postface de Jochen Greven.

Encore un écrivain exceptionnel ! Robert Walser est très connu pour ses romans, et un peut moins pour sa poésie, il en a pourtant composé à deux périodes distinctes. Il a publié ses premiers poèmes à 20 ans environ, et ensuite lors de sa période Bernoise dans les années 30.

Claude.