sylvia_plath_5

Un rêve
de Ted Hughes

Ton pire rêve
est devenu réalité : cette sonnerie à la porte-
Pas une simple coïncidence,
Mais une météorite, tombée pile sur notre cheminée,
Avec notre nom dessus.

Ce ne sont pas les rêves, mais les étoiles fixes
Qui gouvernent une vie. Une soif de tout l’être,
Inexorable, comme un dormeur attirant
L’air dans ses poumons. Il fallait que tu soulèves,
De quelques centimètres, le couvercle du cercueil.
Dans ton rêve, ou le mien ? Étrange boîte aux lettres.
Tu as sorti l’enveloppe. C’était
Une lettre de ton père. « Je suis à la maison.
Est-ce que je peux rester avec toi ? » Je n’ai rien dit.
Pour moi, une requête est un ordre.

Puis ce fut la Cathédrale.
Chartres. D’une manière ou d’une autre,
Nous étions arrivés à Chartres.
Ce n’était pas la première fois pour toi.
Je ne me souviens de rien ou presque,
Une cruche bretonne. Tu l’as remplie
Ce tout ce que  nous avions. Jusqu’au dernier franc.
Tu as dit que c’était pour ta mère.
Tu as vidé notre oxygène.

Dans cette cruche. Chartres
(De cela, je me souviens)
Accrochée à ton visage, une mantille
Noircie, une dentelle de suie-
Comme après un incendie.
Tu ressemblais à une religieuse,
Berçant ce qu’il restait de ton père.
Versant nos vies, de cette cruche
Dans son café du matin. Puis tu l’as brisée
En éclats, grossières étoiles,
Que tu as donnés à ta mère.

« Et pour moi, m’as-tu dit, le droit
De te souvenir de ce rêve. Et de méditer sur lui. »

Birthay Letters, de Ted Hughes, traduit de l’anglais par Sylvie Doizelet.  Éditions Gallimard.
Un rêve : pages 133/134.

Claude