Chanson sur la chevelure défaite
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En chaussures souples, sans talon,
vont des pieds de femme.
Mais les yeux ne veulent pas encore dormir.
Arrivée à la fenêtre, elle s'assit,
en chaussures souples.

Plus lourd de quelques larmes, le foulard
de soie regagne sa cachette d'avant.
Que pèse une larme ? Une question pour rire !
Quel poids, pourtant, la solitude de la nuit
plus lourde de quelques larmes !

La chevelure de son parfum, en silence,
pleut sur le galbe colombin de son épaule
et le peigne, soulevé par la main,
redescend, retombe dans l'onde
de cette chevelure, son parfum.

Et la tempe de sa beauté, elle la couvre
de son bras plié. En toute légèreté
maintenant elle tresse pour la nuit
ses nattes, répandues juste à l'instant
sur la tempe de sa beauté.

(Concert sur l'île)

Extrait du livre « Les danseuses passaient par ici », établi, traduit et présenté par Petr Král et Jan Rubes. Actes Sud. III, La fonte des cloches (1965-1983), Concert sur l’île. Page 93. Photo du livre.

Claude