À la recherche d’un livre qui pourrait prendre le relais de la ravine, je me suis aperçue que l’œuvre poétique d’André Laude a été éditée par les éditions de la Différence. Alors en attendant le petit billet que je suis en train de concocter voilà deux poèmes de ce poète atypique, pas suffisamment connu. J’ai lu de lui quelques livres « Testament de Ravachol », « Le bleu de la nuit crie au secours » et « Dans ces ruines campent un homme en bleu ».
Claude

andr__laude

Je m’appelle personne d’André Laude


Je n'ai pas de nom. Je m'appelle Personne.
Les riches ont l'or,
mes maigres mains creusent le rio.
Mes maigres mains creusent un sillon de mort.

J'ai enterré tant d'enfants que ma mémoire
est une encre sauvage.

Je n'ai plus de mains. Je n'ai plus d'âge.
J'ai la sagesse des grands arbres brisés par les Américains.

Je suis un Peau-Rouge. Jamais je ne marcherai
dans une file indienne.

J'ai très mal au coeur, au sexe, aux entrailles.
Je prie. Je suis Sioux.
Je prie. Je crois à la revanche.
Je suis celui qu'on ne peut pas tuer au coeur de la bataille.

Corrida d’André Laude

J’adhère à ma mort comme l’astre au ciel.

La vie cruelle

a tué en moi beaucoup d’or

et d’enfants qui ont pleuré au bord des lèvres.

Le temps est venu

de remettre les pendules à l’heure.

Adieu heure d’été, Adieu heure d’hiver

c’est maintenant l’heure de l’exil blanc et des remords.

Déjà je m’enfonce en terre

chandelle éteinte.

En bon et fougueux matador

j’esquisse une feinte.

A quoi sert de défier cape rouge et cape noire.

La poésie est simple comme bonsoir

au milieu d’une arène de sable et de sang. Décapité.