Lourdes, lentes,
André Hardellet

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Il y a quelques semaines, j’ai relu « Lourdes, lentes » d’André Hardellet. Ce livre raconte l’éveil sexuel d’un enfant de 12 ans par la bonne de ses parents « Maimaine », puis avec d’autres femmes, Vanessa, Joyce...
Extrait page 18 « … Germaine entre dans la salle à manger, la pièce où je me tiens. C’est la bonne de mes parents, une fille du Nord. Elle a vingt-trois ans et j’en ai douze. Blonde, un peu rousse, des taches de son, des lèvres épaisses, un cul comme une trotteuse de Vincennes. Lourde et lente. Certaine, tangible, en paix avec le monde. Plus tard, lorsque je verrai des Maillol, je comprendrai ; d’autres que moi ont dû sentir la même densité de bonheur chez ces filles de pleine terre et de pleine eau…»

Le livre est publié en 1969, signé par un certain Steve Masson (pseudonyme transparent pour ceux qui ont lu Hardellet, il s’agit du nom du héro de son premier roman Le seuil du jardin). Quatre an après sa publication, Hardellet est appelé à comparaître devant la 17ème chambre correctionnelle pour « outrage aux bonnes mœurs », ceci sur plainte de la ligue de défense de l’enfance et de la famille.

Dans une lettre qu’il a écrit à Pierre Seghers, André Hardellet disait de Lourdes, lentes : « … une belle histoire d’amour en été et de truites pêchées… ». Certes, une histoire d’amour, mais pour les bonnes âmes pensantes il y a deux ou trois petites choses qui ne collent pas : les mots « sales » (l’expression me fait toujours sourire), le fait que Germaine est de onze ans l’aînée de Steve, la suite des aventures de notre jeune homme à Amsterdam avec d’autres jeunes femmes, une machine artificielle etc…
Ah nos chères âmes bien pensantes…

Extrait de la lettre d’André Hardellet à Pierre Seghers :
« Les moines puritains qui prétendent nous donner des leçons viennent de marquer –provisoirement- un point : je sais officieusement que je vais passer en correctionnelle pour « outrages aux mœurs » comme suite de la belle histoire d’amour en été et de truites pêchées que vous avez aimée : Lourdes, lentes…
… Il serait bon de rappeler à ces guignols que la poésie ne se traite pas à coups de botte dans le cul… Août 1972.

Extrait de la lettre de Jean-Louis  Bory à André Hardellet :
… Je viens de relire Lourdes, lentes… et de le relire en pion, en flic : je me suis évertué à dénicher le détail, l’expression qui pouvaient, en l’an de grâce 1973, non seulement choquer, mais faire simplement froncer les plus sourcilleux des fronts. Je suis aveugle et sourd –ou bien je ne sais plus lire. Dans Lourdes, lentes… je n’ai vu que ce que j’y avais d’abord vu : un texte admirable, débordant de vie, de générosité, d’amour, de chaleur, de santé… Avril 1973

Différentes lettres sont éditées à la fin du livre.

Ce livre est un récit dans lequel on se sent bien, je le trouve admirable. On y retrouve la campagne authentique, où l’été brille comme dans les étés de nos souvenirs. Si pour certains il y a trop de « mots sales », cela n’empêche qu’il n’y a rien de vulgaire, mais qu’il y a du décent, délicat. C’est génial !

Début :
Longtemps je me suis couché de bonne heure –le matin. J’avais mes nuits ; je les ai toujours, mais sans comparaison.
Presque chaque soir, vers neuf heures, je prends un bouquin et m’allonge sur mon lit. Souvent, j’abandonne vite ma lecture ; commence alors l’étendue d’immobilité et de silence apparents où je découvre ma totale liberté. Nul guetteur sur les points culminants de la Ville noire et bleue ne se soucie du minuscule espace que j’occupe sous mon toit, rien ne me désigne à sa méfiance. Ils n’ont pas encore de machines à détecter les rêves subversifs, mais ça viendra : faisons-leur, en ce domaine, le plus large crédit. Il me reste, je suppose, quelques bonnes années devant moi pour cet exercice de l’ombre et du secret.

Lourdes, lentes… André Hardellet, édition l’imaginaire Gallimard.

Claude