L’Oblomova
de Técia Werbowski
traduit du polonais par Élisabeth Destrée-van wilder

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Maya Ney est veuve, elle est seule au monde, elle vit dans la maison que lui a laissé son mari. Il se plaisait à l’appeler « l’Oblomova voluptueuse ». Elle n’a plus envie de rien, pas la force de payer ses factures, ouvrir son courrier, voire même marcher (elle a un fauteuil roulant qui lui sert très bien d’excuse !). Une femme vient lui préparer à manger, faire son ménage. Elle doit tout de même faire des efforts épouvantables pour se lever, payer ses factures, elle passe des annonces dans le journal à la recherche d’un homme aussi seul qu’elle. Mais, ils ont toujours au moins un lien… Puis, la paresse progressant, elle n’ouvre plus son courrier. L’été arrive, elle part dans sa maison à la campagne avec ses chats, elle se redynamise un peu, elle rentre, on sonne à la porte…

J’avais lu ce livre à sa sortie en 1997 à la suite de : « Le Mur entre nous » (premier roman de Tecia Werbowski). Je le trouve toujours aussi bien écrit, cela fait réfléchir : que faisons-nous de notre temps ? On reparle de « la paresse comme vérité effective de l’homme » de kazimir Malevitch, de Nina Berberova pour qui le temps était la chose la plus précieuse au monde…
Par contre, si vous êtes cloués chez vous par la fièvre je ne vous le conseille pas, il agace !! J’étais malade, et je n’avais envie que d’une chose pouvoir aller prendre l’air par ce beau soleil hivernal… alors lire un livre dans lequel une femme se complait dans une paresse excessive fut un petit exploit par moment !! Cela n’empêche pas du tout que c’est un livre très sympa. Et puis, elle est étonnante cette femme, elle sait exactement ce qu’elle veut, elle assume complètement ses choix de vie, sa paresse, son retrait du monde… En plus, la fin est surprenante et agréable.

C’est la quatrième de couverture qui m’a fait me rappeler de ce livre :
« Un proverbe russe dit que rien n’est plus agréable que de bâiller en bonne compagnie. Pour moi, cette compagnie était celle d’Oblomov, le héros délicieusement paresseux d’un roman de Gontcharov. Un dimanche où j’avais décidé de rester dans mon lit douillet, et où je paressais en regardant au-dehors l’étrange beauté de l’hiver canadien, j’ai imaginé la version féminine de la chère paresse russe… » Técia Werbowski.

Première page :

Je me demande pour qui et à qui j’écris. Je n’ai pas d’enfant, je n’ai donc pas et n’aurai pas de petits-enfants. Je n’ai pas la moindre famille. Pas la moindre, vraiment. Ni frères, ni sœurs, ni cousines, pas la moindre parente lointaine, à la « mode de Bretagne » comme on dit. Personne de mon sang, littéralement.

Je suis absolument seule au monde. Toute seulette. N’allez pas penser que je m’apitoie sur moi-même. Pas du tout. Je considère simplement que ce fait est assez original, peu banal, sortant de l’ordinaire, un peu étrange…
Comment c’est arrivé ? Je pourrais improviser un monologue sans façon. J’ai toujours voulu être actrice. Parce que je voulais être quelqu’un d’autre.

L’Oblomova de Técia Werbowski, traduit du polonais par Élisabeth Destrée-van wilder. Éd. Un endroit où aller/ACTES SUD. 1997. 61 pages.

Claude