Nerrantsoula
de Panaït Istrati
Présentation d’Apostolis Monastirioty

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Le narrateur et sa famille vivent à Bralaï sur le Danube. Il ne s’éloigne pas de son domicile car le quartier est difficile. Jusqu’au jour où il tombe éperdument amoureux d’une jeune orpheline que tous nomment «SACADGITZA», la porteuse d’eau : belle, mystérieuse… Ils deviennent amis, mais le bonheur est de courte durée, car elle a un autre homme dans sa vie. Commencent alors, les sorties en bande, la jalousie, les défis, les brefs moments de bonheurs et les longs moments de désespoirs…
Ne voulant pas l’appeler par le nom de son activité, il l’appelle «NERRANTSOULA», sa petite orange amère, son petit bigaradier, comme dans la chanson grecque :

Au bord de la mer, sur la grève,
Nerrantsoula foundoti !
Une vierge rinçant sa jupe,
Nerrantsoula foundoti !


Hymne à l’enfance et à l’amour, ce livre monte en intensité. C’est magnifiquement écrit, on entend les enfants jouer sur les rives du Danube, le vent dans les cerfs volants mais aussi le désarroi des personnages, leurs peines, leurs peurs, leurs incompréhensions… Les sentiments sont merveilleusement décrits. Quel beau livre !

Panaït Istradi qui était roumain a écrit ce livre en français. Nerrantsoula est paru en 1927 sous le titre : « Le refrain de la Fosse », Istrati avait accompagné le livre d’un avertissement disant qu’il avait dû inventer un titre «dare dare» car l’éditeur ne pensait pas que les lecteurs puissent retenir le titre « Nerrantsoula ».

J’ai beaucoup aimé la présentation du livre faite par Apostolis Monastirioty  (en voici quelques lignes) :
Nerrantsoula est née d’une heure de chaude lumière, d’une heure de danse : je peux dire que Panaït a écrit Nerrantsoula en dansant. Cela c’est passé un après-midi dans le sous-sol de l’Amitié – j’appelle ainsi le sous-sol de Georges Ionesco – un sous-sol qui s’éclaire parfois d’une bien étrange clarté à la Rembrandt avec ses ombres plus expressives que la clarté même…

Première page
J’ai vécu à Alexandrie d’Égypte quelques hivers ensoleillés, il y a longtemps de cela. Et si les souvenirs qui me reviennent de cette époque ne sont pas trop joyeux, comment ne pas m’éprendre, comment ne pas m’emballer de ces rares instants qui renversent la chaudière à malheurs de nos existences et nous gonflent de joies à faire éclater le cœur ?
Malgré ma vie de dur labeur, j’ai connu, oui, de tels instants.
C’était le soleil hivernal d’Alexandrie, son soleil méditerranéen, qui me les donnait. Pour lui, pour sa Méditerranée et pour mon désir de vire, j’acceptais les grosses tranches d’amertume que mon destin me servait sur un même plateau.
J’acceptais, car je pressentais que la vie retire tout le plateau à ceux qui tendent la main pour n’y prendre que le soleil.

Nerrantsoula de Panaït Istrati. Présentation d’Apostolis Monastirioty. Éditons l’imaginaire Gallimard.

Claude