Les Européens d’Henry James
traduction de Denise Van Moppès,
préface de Patrick Besson

les_europ_ens_henri_james

La baronne Eugénie Munster et son frère Félix, sont à Boston pour rendre visite à leurs cousins américains les Wenworth. Habitués au faste de l’Europe, ils se retrouvent dans une famille un peu austère, où l’on vit simplement. Félix a 28 ans, il est peintre sans beaucoup de talent (à ses dires), bohème, il aime les plaisirs sains, et son objectif premier est d’être heureux. Sa sœur Eugénie qui est liée à un prince Allemand par un mariage morganique est tout à fait différente. En effet, fière, intéressée, manipulatrice, calculatrice, elle ne se retrouve pas dans ce monde, au contraire de son frère. Elle juge avec sévérité cet univers sans joie et sans plaisirs qui heurtent sa coquetterie, son goût des mondanités et de la conversation. D’ailleurs elle dira avant de les rencontrer : « Je n’espère pas les trouver intelligents, ni aimables –du moins au début- ni élégants, ni intéressants. Mais j’exige qu’ils soient riches, tu peux en être sûr. »

Il est vrai que le monde dans lequel ils arrivent est totalement différent du leur. L’oncle, M. Wenworth, est un homme bon, conventionnel. Ses filles Charlotte et Gertrude sont des jeunes filles bien élevées. La première la plus sage, voue une admiration sans borne à un ecclésiastique M. Brand, qu’elle verrait bien épouser sa jeune sœur. Gertrude est plus imaginative et éprise de liberté. Jusqu’à l’arrivée de son cousin Félix, elle se sentait à l’étroit dans sa famille. Clifford Wenworth, le fils de la famille a été renvoyé du collège et se trouve dans la famille lors de l’arrivée de ses cousins européens.

Il y a aussi Robert Acton, l’ami de la famille, un éternel célibataire qui sera très vite charmé par la baronne.

Ainsi, l’arrivée de ses « étrangers » chez les Wenworth entraînera bien des remous dans le cercle familial où la monotonie est le mot maître. On se rendra compte que les plus étroits esprits ne sont pas ceux que l’on croit… Les bostoniens rigides et timides se laisseront peu à peu gagner par le désir et le plaisir.

Eugénia sera la seule à ne pas sortir gagnante de cette histoire ; les enfants seront libres d’épouser les personnes qu’ils aiment, un peu grâce à elle. Mais elle, sa fierté la fera perdre sur tous les fronts. Ainsi après avoir jeté son dévolu sur Robert Acton et Clifford, elle se retrouvera seule. Elle aura tant et si bien impatienté les ardeurs de Robert en laissant subsister un doute sur la réalité de son divorce qu’il ne trouvera pas les mots pour la retenir lorsqu’elle lui annoncera son départ pour l’Europe. Quant à Clifford, il lui préfèrera la sœur de Robert, Lizzie.

Première page
Un étroit cimetière au cœur d'une grande ville bruyante et indifférente, vu des fenêtres d'une hôtel­lerie de style sévère, n'est, en aucun temps, un objet bien réjouissant ; et le tableau ne se présente pas sous son meilleur jour lorsque les tombes moisissantes et les funèbres feuillages viennent de recevoir le rafraîchissement inopportun d'une morne chute de neige. Si, en outre, le calendrier, au moment où l'air se charge de cette averse glacée, indique que la saison bénie du printemps est commencée depuis six semaines, l'on admettra que rien ne manque à la mélancolie du spec­tacle. Son influence déprimante était vivement ressen­tie un certain 12 mai, il y a une trentaine d'années de cela', par une dame debout à une fenêtre du meil­leur hôtel de la vieille ville de Boston. Elle se tenait là depuis une demi-heure, par intervalles du moins, car elle revenait de temps à autre vers l'intérieur de la chambre qu'elle arpentait d'un pas nerveux.


J’aime bien de temps en temps me replonger dans l’écriture d’Henry James. Cette satire met en relief le choc de deux cultures de la fin de ce 19eme un peu surfaits. La rencontre des deux univers est très intéressante, la description des caractères est drôle et caustique. Il est plaisant de se laisser aller dans les mœurs de l’époque.

Claude

Les européens, Henry James, préface Patrick Besson, traduit par Denise Van Moppès. Éditions Albin Michel.