Il y a, à, à peine 60 m de chez moi, une rivière. Ce soir, j’ai pris mes livres et j’y suis allée lire. Pas de tonnelle, pas de potager… mais mon arbre au bord de l’eau. Rares sont les personnes de la rue qui profitent de ce petit coin de verdure et de calme. Moi, si.

Au creux de mon arbre, j’avais emporté de la poésie, quelques poèmes que j’avais trouvés sur le net, sur certains de vos blogs, et mon recueil d’Ossip Mandelstam.

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J'ai oublié le mot que j'allais prononcer.
L'hirondelle aveugle retourne au royaume des ombres,
L'aile rognée jouer avec les transparentes.
Un chant nocturne chante en cette pâmoison. 

Les oiseaux se sont tus. L'immortelle n'a pas fleuri.
Leur crinière est limpide aux nocturnes troupeaux.
La barque flotte vide en un fleuve tari
Et parmi les grillons la parole se pâme.

Pour s'élever, temple ou coupole, lentement,
Et soudain contrefaire Antigone démente,
Ou tomber à nos pieds comme hirondelle morte,
Parée d'un rameau vert et de douceur stygienne.

Ô ! rendre aux doigts voyants seulement la pudeur
Et la saillante joie de la reconnaissance.
Je crains plus que tout le sanglot des Aonides,
La cloche, le brouillard et la faille béante.

Les mortels ont ce don - reconnaître et aimer,
Même le son coule dans leurs doigts comme une onde,
J'ai oublié le mot que j'allais prononcer.
Désincarnée l'idée retourne au royaume des ombres.

Pourtant cc n'est pas cc que dit la transparente –
Antigone, l'amie, l'hirondelle...
Le souvenir de la cloche stygienne
Bible sur les lèvres ainsi que le gel noir.

Novembre 1920. 

Tristia et autres poèmes, d’Ossip Mandelstam, choisis et traduits par François Kérel. Poésie Gallimard. Poème page 88. 

Claude

    

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