Appréhensions
de Sylvia Plath

Il y a ce mur blanc, au-dessus duquel le ciel se crée -
Infini, vert, totalement intouchable.
Les anges y nagent, et les étoiles, dans l’indifférence aussi.
Ils sont mon milieu.
Le soleil se dissout sur ce mur, il saigne ses lumières.

Un mur gris maintenant, griffé, ensanglanté.
N’y a-t-il aucune issue hors de l’esprit ?
Dans mon dos des marches descendent en spirale au fond d’un puits.
Il n’y a pas d’arbres ni d’oiseaux en ce monde,
Il n’y a qu’une aigreur.

Ce mur rouge se crispe continuellement :
Un poing rouge qui s’ouvre et se ferme,
Deux sacs gris, parcheminés -
C’est de cela que je suis faite, cela et une terreur
D’être emportée dans un lit roulant sous des croix et une pluie de pietà.

Sur un mur noir, des oiseaux non identifiables
Font pivoter leur tête et crient.
Il n’est pas question d’immortalité parmi ceux-là !
Un vide glacé vient à notre rencontre :
Il nous rejoindra vite.

Appréhensions de Sylvia Plath, Arbres d’hiver, traduction de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau, Présentation de Sylvie Doizelet. Poésie/Gallimard.

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Ces petites boîtes toutes pleines de nos petites peurs qui se réouvrent de temps en temps, et, qui reviennent tous les ans pour les fins d’années…

claude