Ne plus tenir debout quelquefois tu disais.
  Depuis quoi j'ai rêvé que je te relevais que je te relevais et que tu retombais.
  Dans la pièce la plus froide tu te serais cassé.
  Quand bien même je t'aurais mis debout et tenu aux épaules et parlé à l'oreille apporté des lilas ça n'aurait pas marché.
  D'ailleurs je t'ai pleuré dessus ça ne t'a pas remué ni quand j'ai pris ta main
dans mes mains bonnes à rien ni rien.
  Tu te serais cassé.
  Trêve d'éternité.

Valérie Rouzeau. page 72

Ça va quand on demande moi je dis bien surtout s'il y a du monde je prends sur moi très bien.

On ne me voit pas chez l'épicière san­gloter sur les pommes de terre.

Ni aux guichets de la poste retarder l'envoi pressé d'un colissime.

Ça va je dis sans dire et la tête et la tête.

Ça rime à rien ta mort intérieurement pauvre chant.

De timbres je voudrais et de patates un carnet s'il vous plaît, un filet.

Merci beaucoup de monde.

Valérie Rouzeau. page 36 

Les mains si froides et ce n'est pas le cœur qui brûle.

Pose une oreille mais elle ne sent rien ni l'autre.

Combien de mouchoirs mettre pour rester un peu encore avec aussi la bouche, les yeux : trouve deux.

Encore un peu une main puis deux nos têtes se cognent même nombre là.

Genoux ensemble.

Pieds joints.

Le cœur est un et ne fait rien.

Valérie Rouzeau. page 77 

Ça fait deux facile mon père et moi facile.

Je compte sur lui pour tomber d'accord avec moi.

Des nuages nous passent au-dessus, des crapauds chantent au loin leur chant bien plus beau qu'eux.

Mon père ne dit mot nous sommes tous les deux mais je suis la seule à avoir le vent dans les cheveux et lui est le seul à ne pas ouvrir les yeux.

Et je lui montre du doigt d'où vient le chant gonflé vachement des crapauds mais il connaît la fable.

Des nuages nous passent au-dessus le temps, à moi surtout qui les compte tant.

Mon père ne dit rien nous sommes différents mon père et moi là sommes deux en plan.

Valérie Rouzeau. page 37

Pas revoir de Valérie Rouzeau. Le dé bleu – L’idée bleue –

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de papa, ou devrais-je dire cela aurait du être… Quoi qu’il en soit c’est son anniversaire et le restera. Toutes mes pensées sont pour lui, ce doux, aimant, gentil et si intelligent homme. Nos midis deux, à l’hôpital, nos siestes nos mains jointes, nos têtes sur ton oreiller, ton sourire qui me disait « je t’aime ma fille ». Oui, tout cela finit à jamais, mais aujourd’hui c’est ton anniversaire, et nous sommes tous près de toi en pensée.

Claude.

Fam002