Le Renart-Esprit
de Ted Hugues

J'imagine la forêt de ce moment de minuit:
Quelque chose est là, qui respire
Tout près de la solitude de l'horloge
Et de cette page blanche où mes doigts courent

Pas une étoile à la fenêtre :
Quelque chose de plus proche
Quelque chose de plus enfoui dans les ténèbres
Vient pénétrer cette solitude :

Aussi froid, aussi délicat que la neige obscure,
Le museau d'un renard frôle la branche, la feuille ;
Deux yeux servent un mouvement, lequel ici
Et maintenant là, puis là, puis là

Imprime ses traces nettes sur la neige
Entre les arbres, et une ombre suit
Prudemment le long des souches
Ce corps qui a l'audace d'aller

Au hasard des clairières, dont l'œil
D'un vert agrandi, approfondi,
Occupé de ce qui le regarde,
Brille, se concentre

Puis, dans une soudaine puanteur puissante de renard
S’introduit dans la cavité obscure de la tête.
La fenêtre demeure sans étoiles ; l’horloge fait tic-tac,
La page est écrite.

Poèmes 1957-1994 de Ted Hugues. Traduits de l’anglais par Valérie Rouzeau et Jacques Darras. Préface de Jacques Darras. Éd. Gallimard.

La poésie anglaise a longtemps été de la poèsie rurale (préface Jacques Darras), Ted Hugues appartenait dans ces premières années à cette filière. Ensuite, son œuvre sera plus orientée vers les mythes et les traditions de bardes gaéliques. Parce qu’il ne fut pas seulement le mari de Sylvia Plath…

Ce poème est le premier du recueil, j’aime tout particulièrement les deux derniers vers.

Je vous souhaite à tous une bonne soirée de noël, plein d’abus, et de belles choses ;o)

Claude

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