Apnées
d’Antoine Choplin

Un homme doit aller faire de l’apnée dans un lac près de Plan-les-Ouates. Sa voiture tombe en panne. Elle ne sera réparée que dans la soirée. Il se retrouve alors avec quelques heures de liberté dans ce lieu inconnu. Que faire de ce temps inattendu ? Il passe de l’excitation à l’embarras, il envisage des solutions et choisit finalement de prendre « en filature » une jeune femme qu’il croise.

J’ai lu ce roman deux fois. La première fois, je n’ai pas accroché à l’histoire, par contre au style oui. Ce n’est que plaisirs à lire. Le vocabulaire recherché n’alourdit, ni ne rend pompeux le texte, bien au contraire.

Je viens de le relire, et là, je l’ai vraiment apprécié. Au fil des pages, l’histoire se cristallise, on la sent se mettre en place, évoluer, devenir profonde, elle étonne.

Et puis, en parallèle à l’histoire, il y a la passion de l’homme pour les mots et l’apnée, on comprend peu à peu le pourquoi de ces passions. C’est vraiment très intéressant.

Il y a de très jolis passages, et pour une fois, je ne mettrai pas la première page, mais celle-ci :

Je causais d’abord avec ferveur et conviction, respirant peu, désireux de lui montrer que, en dépit de possibles apparences, je n’étais pas qu’une ganache. J’autorisais même à mon discours quelques saillies à l’occasion desquelles il eût été de bon ton de lui accorder une œillade complice.

Je n’y réussis jamais.

Et les minutes s’écoulant, je réalisais tout en bavardant combien j’avais été prompt à oublier les allures de la femme qui cheminait à mes côtés, les contours de sa silhouette, les traits de son visage. Combien ce peu de temps avait suffi pour que l’image captivante de son corps en mouvement dans les rues de Plan-les-Ouates renâcle à se fixer dans mon esprit.

D’elle, je n’avais plus aux confins de mon regard que le bout de ses seins pointant sous la robe claire. À part ça, pour ainsi dire, elle avait perdu toute consistance.

Dès lors mon propos se désorganisa, des copeaux de phrases fissurèrent progressivement mes paragraphes compacts et jetés d’un bloc.

Bientôt je ne fis plus que barjaquer, enchaînant les solécismes, chacun d’eux me contraignant au suivant par souci d’y apporter une correction. Ainsi, pris dans la spirale, sans parvenir à faire silence, constatant ma faible emprise sur mes émissions sonores, je finis par me tenir dans l’attente d’une occurrence syntaxique acceptable. Je ne manquerais pas de la saisir pour clore mon allocution, avec l’espoir de sauver la face.

Apnées d’Antoine Choplin, éd. La fosse aux ours.

Claude

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