Le Courage du Rouge-gorge
de Maurizio Maggiani

Saverio Pascale, fils de boulanger anarchiste, voit sa vie bouleversée à la mort de ce dernier.  Un jour, en rangeant les affaires du défunt, il trouve un vieux recueil de poèmes usé pour avoir été lu et relu. Recueil écrit par un poète italien « Giuseppe Ungaretti ». Entouré des amis de son père, il apprend que celui-ci vient de la même région italienne que ce petit groupe d’émigrés, qui fait son monde depuis toujours. Ce livre changera sa vie. Jamais avant le décès de son père, il ne s’était posé de questions sur leurs origines, il a toujours vécu à Alexandrie, en Égypte. Commence, une recherche éperdue, de ce village italien où tout a commencé. Nous voyageons alors vers Carlomagno (le village des ancêtres rebelles), où les habitants ont été persécutés par les romains, par l’inquisition… Nous nous perdons par moment entre le présent et le passé, et c’est un vrai bonheur, entre affabulation et réalité historique, entre des peuples différents, entre des destins incroyables. Nous suivons au XVIe siècle Pascal, un ancien soldat bailli du village dans son histoire d’amour avec la belle Sua, et au XXe siècle, celle de Saverio et de Fatiha. Mais cela va bien au-delà de ces deux histoires.

Trois parties dans ce livre, je ne saurai dire celle que j’ai préféré, en tout cas, ce dont je suis sûre c’est que la fin est magnifique, et que jusqu’au bout le livre est rythmé. Par moment, passé et présent n’ont plus d’importance tant l’écriture de Maurizio Maggiani est juste, puissante. J’ai lu, je ne sais plus où « un hymne vibrant à la poésie et à la mémoire ». C’est exactement cela.

Ce livre est dans la veine des derniers que je viens de lire, époustouflant ! J’ai adoré comment Saverio pour ne pas sombrer se met à se raconter en écrivant, et la façon dont émerge de ce récit un autre récit, comment à partir de détails une histoire naît, comment à partir de recherches, de livres tout un ancien monde s’ouvre à nous. Comment un mot, une histoire, en entraîne un autre, une autre. Formidable !

Ce livre a obtenu en 1995 deux des prix italiens les plus prestigieux, le prix Viareggio et le prix Campiello, il a également remporté un immense succès populaire (4ème de couverture ;o)

Le courage du rouge-gorge de Maurizio Maggiani, traduit de l’italien par marguerite Pozzoli. Éd. Actes Sud 2009.

Je n’ai pas très envie de mettre la première page, mais plutôt les deux pages sur lesquelles j’étais tombée lorsque je l’avais feuilleté à la librairie avant de le choisir.

Claude

Extraits

p. 31
« Il y avait donc ce rouge-gorge, si petit qu’il tenait dans le creux de la main, mais avec ses idées à lui que personne n’arrivait à lui sortir de la tête. Il voulait voler çà et là pour voir le monde, picorer là où il y avait de quoi se nourrir, et ça ne lui plaisait pas du tout qu’on lui ait assigné sa petite place une fois pour toutes.  (Vous comprenez pourquoi j’ai commencé à être séduite ;o)

p. 90
Les Arabes disent que les Bédouins ont appris leur cri de guerre des scorpions : quand ils partent à l'assaut, leur sabre ou le canon de leur fusil frappe les bossettes de la selle de leurs chameaux. Et leur cri perçant, "hayayhayayhayahaayaha", capable d'ébranler le sol et de mouiller le froc de leurs ad­versaires, imite le cri de douleur de qui est trans­percé par une piqûre de scorpion. Oui, c'est ainsi que les scorpions font l'amour, en se menaçant l'un l'autre jusqu'à l'épuisement. Le mâle dépose alors son sperme sur le sol et la femelle chie ses œufs dessus. Ils n'ont pas envie de faire comme tous les animaux, de s'approcher suffisamment l'un de l'autre pour se pénétrer.

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