La côte sauvage
de Jean-René Huguenin

Après deux années de service militaire, Olivier rejoint sa mère et ses deux sœurs (Berthe et Anne) dans leur maison familiale en Bretagne.
À son arrivée, Anne, sa sœur cadette, lui apprend son mariage prochain avec son meilleur ami, Pierre.
Toute l’ambiguïté de leur relation, de leurs sentiments surgit alors au grand jour. Olivier va s’évertuer pendant ce séjour d’éloigner Anne de Pierre, d’empêcher cette union, qu’il ne peut imaginer. Anne, Anne n’appartient qu’à lui. Lui laisse-t-il d’ailleurs le choix ? Réminiscences de l’enfance, ou désirs adultes ? ou les deux ?

Ce livre est émouvant, poignant, il m’a laissé sans voix. Je ne connaissais pas l’auteur, et c’est une très belle découverte (merci Marc, (http://www.frenchpeterpan.com/).
Tout n’est que poésie, il y a des passages pendant lesquels je retenais mon souffle de peur qu’ils ne m’échappent. Je ne voulais pas le terminer, de peur qu’il ne se termine comme je l’avais imaginé… il est resté plus de 8 jours à côté de moi, avec les 4 dernières pages qui m’attendaient !

Jean-René Huguenin a écrit ce livre à 24 ans, il écrivait entre prose et poésie, même la mise en page du livre rappelle un poème. De longues phrases, puis une reprise en milieu de ligne sans majuscule. On s’y engouffre, on se laisse porter… c’est très beau.

En plus de l’histoire, c’est la Bretagne, la maison familiale, le petit portillon du jardin, les gens que j’aimais retrouver. Parce qu’il y a bien entendu les personnages qui gravitent autour d’Anne et d’Olivier, que ce soit le futur mari/ami, la famille ou les copains, ils sont bien gratinés aussi !!

Je pense que la première page, vous donnera un aperçu de la sensualité, la complicité qui se dégage de ce roman.

Claude

Première page

Il s'est approché dans le soir sans qu'elle l'entende, et il s'arrête à quelques pas, retenant son souffle. Soudain elle se retourne ; il se glisse derrière un chêne. II ne voit d'elle que son visage dans l'ombre - et tout autour les taches bleues des fleurs. Il saisit son briquet, tend la main devant l'arbre : la flamme vacille un instant, s'éteint.

- Qui est là... dit-elle lentement.

Immobile, le briquet à la main, il ne respire plus. Mais lorsque sa sueur avance vers l'arbre, sur la pointe des pieds, la tête inclinée (ses cheveux noirs dénoués tombent le long de son buste), il sourit.

- Anne...

- Anne !

Le même appel, au même instant, s'était échappé de la maison, elle n'entendit qu'Olivier. Elle s'arrêta secouant la tête, comme si elle ne le reconnaissait pas ; aussitôt elle fut dans ses bras, et sans parler il la berça contre lui, respirant l'odeur de ses cheveux, une odeur d'amande.

-   Tu as eu peur, dit-il tendrement, tu as eu peur, Anne ?

Un hibou s'envola, quelque chose dégringola de branche en branche mais ne toucha pas le sol. Olivier frissonna ; ils se

séparèrent.

La côte sauvage de Jean-René Huguenin, coll. Points.

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