Casa Balboa
Chronique d’un désordre ordinaire
de Mario Rocchi


Le titre ne pouvait être mieux choisi ! En lisant ce livre, on entre dans l’univers de M. Balboa, journaliste, libertaire, obsédé sexuel, marié, père de trois enfants, et, et ce n’est pas un petit et… et propriétaire d’un chien prénommé Otto.
On ne peut pas dire que sa vie est un long fleuve tranquille ! Trois ados à la maison, une femme avec qui il se prend la tête tous les soirs, sans oublier sa maîtresse qui vit à l’étage inférieur.

Heureusement, il y a Otto, son fidèle compagnon, qui est comment dire un peu comme lui. Que vous dire de plus, si ce n’est que dans la Casa Balboa ça vit et pas seulement à demi, ça vit complètement. En même temps, c’est la famille (je n’irai pas jusqu’à dire comme les autres, il ne faut pas exagérer !) mais ce sont les conflits conjugaux, les conflits de générations. Et puis, c’est intelligent, parce qu’au travers de cela on voit une Italie qui change sur le plan politique, religieux etc…

Et puis, c’est drôle et mordant, ça fait du bien et, ce qui ne gâche rien, c’est bien écrit. Quand j’ai vu ce livre, je me suis dit, « il est pour moi », gagné ! C’est le second livre que je lis de cet éditeur, dans deux styles complètement différents, le premier était Adalina (magnifique).

Sur la quatrième de couverture, il est dit « Amateurs de bluettes, de romances à l’eau de rose et d’historiettes convenues, passez votre chemin ! » J’acquiesce complètement, j’ajouterai les prudes.

Première page
Quand Otto est pris d'une lubie, j'ai intérêt à bien le tenir en laisse. Ce porc n'a pas de limites. Via Fillungo ou sur les remparts, s'il dégaine son arme, il ne fait aucune distinction de sexe et vu que les chiennes en chaleur, personne ne les sort, et que celles qui ne sont pas en chaleur sont farouches, il faut toujours qu'il aille tenter de monter des mâles, sans se soucier de leur taille. Si bien qu'avec les plus petits, il s'ac­tionne dans le vide et baise l'air. Je disais donc que je le tiens bien en laisse parce que je n'ai pas envie de m'engueuler avec les maîtres des autres cabots. J'ai déjà bien assez d'en­gueulades avec ma femme et mes traînards de gamins qui ne veulent ni étudier, ni travailler. Stefi a voulu s'inscrire en fac de philo. Mais, putain, ça va lui donner quoi, ce master ? C'est ça qui va lui donner un boulot, peut-être? De toute façon, c'est une cabocharde

- Ne t'inquiète pas, tu verras que ça me servira.

- Oui, pour rêvasser comme à ton habitude, ou pour glan­der à longueur de journée.

- Toi, occupe-toi de tes affaires ou de Maurizio, qui est bien plus en retard que moi.

Maurizio a deux ans de plus, des boucles d'oreilles de drogué, rasé des tempes jusqu'à la nuque, avec une houp­pette de coq en rut au milieu. Il suit des cours de théories politiques, une de ces facs qui donnent l'impression d'ouvrir toutes les portes du marché du travail mais qui, en fait, ne les ouvrent que sur la glandouillerie, profession rêvée des fainéants au chômage. Quand il rentre le soir, on ne sait d'où - en tout cas certainement pas de Pise, où il est censé aller à la fac – il s’avachit sur son lit comme une énorme bouse et voilà le spectacle : le corps défait et à l’abandon comme celui d’un phoque.

Casa Balboa, chronique d’un désordre ordinaire, de Mario Rocchi, éditions la dernière goutte.

Claude

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