Le rêve d’une chose
de Pier Paolo Pasolini
traduit de l’italien par Angélique Levi

Quel beau livre ! Bon d’accord, je le dis très souvent ! en même temps n’apparaissent sur ce blog que les livres que j’ai aimé…

Le rêve d’une chose nous transporte dans les années 1948 et 1949 en Italie. Au lendemain de la guerre, les jeunes partent car ils ne trouvent pas de travail, mais reviennent aussi. Que ce soit la faim, les conditions de vie ou le mal du pays, ils reviennent dans leur village du Frioul.

Le rêve d’une chose, c’est la rencontre de trois copains qui partiront, reviendront, manifesteront avec les communistes, défendront leurs idées, feront la fête…

Le rêve d’une chose, c’est la vie des petites gens du Frioul. Nous suivons plus particulièrement les hommes en 1948, les femmes et la famille Faedis en 1949. C’est en quelque sorte une double chronique, celle des gens du Frioul, celle de la jeunesse habitée par un rêve imprécis : le rêve d’une chose.

On suit Nini Infant, Éligio Pereisson et Milio Bortolus avec beaucoup de plaisirs. On découvre la vie dans la campagne italienne, sa pauvreté, mais aussi sa solidarité, ses rêves… J'ai aimé lire ces beaux portraits des paysans du Frioul décrit magnifiquement par l'auteur.

Première page 

Dès le matin, par beau temps, la grand-route et les chemins de campagne qui mènent à Casale se remplissent d’une foule qui se rend à la fête du lundi de Pâques. Peu à peu, les immenses clairières d’un vert encore hivernal, froid et léger, éclairé ça et là de la touche rose d’une branche de pêcher, fourmillent de gens qui se promènent, s’amusent, courent, bondissent ; les chevaux détachés de leurs charrettes trottent en paissant le long des fossés, montés par quelque gamin endimanché ; les garçons courent en agitant leurs épées taillées dans des branches, au milieu de vastes dépôts de bicyclettes, et les fillettes, en robes orange, violettes ou vertes, jouent tranquillement sous les sureaux à peine en bourgeons. L’estrade du bal est encore vide et les milliers de drapeaux de papier suspendus aux fils des lampes frémissent doucement sous l’imperceptible zéphyr qui souffle de la mer. Au nord, la chaîne des monts de la Carnia fond dans la blancheur, scintillante et voilée, des premiers jours de printemps.

Le rêve d’une chose de Pier Paolo Pasolini, traduit de l’italien par Angélique Levi. Éd. l’imaginaire/gallimard.

Claude

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