Quand ton visage s’est levé
Au-dessus de ma vie gâchée,
J'ai tout d'abord compris
Que ce que je possède n'est rien.


Mais les bosquets, les fleuves et les mers,
Tu les as éclairés de ta propre lumière.
Aux couleurs de ce monde tu m’as initié
Moi qui n'étais initié à rien.


J'ai si peur, j ai si peur
Que cette aurore inattendue finisse

Et que finissent découvertes, larmes et enthousiasme
Mais cette peur, je ne la combats pas.


Car cette peur, je l'ai compris,
C'est l'amour.
Et je la chéris,
Bien que je ne sache pas chérir,
Gardien frivole de mon amour.

Cette peur m'est une prison.

Ces moments, je le sais, sont courts.
Toute
couleur disparaîtra
Quand ton visage se couchera.

Eugène Evtouchenko, poème extrait (p. 81) de la cité du oui à la cité du non, traduit du russe par Élisabeth Soulimov. Éd. Grasset 1970.

J’avais oublié ce livre, comment le peut-on hum… plusieurs déménagements peut-être… Bref, je l’ai retrouvé, c’est tout ce qui compte. J’ai passé une bonne partie de l’après-midi avec lui. Eugène Evtouchenko, est reconnu comme étant le poète de la « déstalinisation ». Après l’avoir lu quelques heures, je dirai de lui qu’il paraît être un être entier, il écrit bien entendu sur l’oppression idéologique, politique et sociale mais pas seulement. Je reprends ici la 4ème : « La nostalgie de l’enfance, la méditation sur le sens de la vie et de la mort, les impulsions obscures du cœur et de l’esprit, les sortilèges de la solitude et de l’amour, voire un appel caché au divin, font de son œuvre une poésie de l’homme total.

Il y a dans ce livre un long poème à la mémoire d’Akhmatova, qui est magnifique, il fait plusieurs pages et j’ai bien conscience que personne ne le lira si je le mets sur mon blog. Alors, je vous mets celui-ci qui est très beau aussi.

Claude

Je ne désire posséder rien à moitié !
Je veux la terre entière, et le ciel de surcroît !
Les mers, les fleuves, les torrents
Sont tout à moi et je ne veux rien partager !

Vivre n'est pas pour moi une demi-mesure.
Je
suis de taille à recevoir tout de la vie
!
Pas de demi-bonheurs !
Pas de demi-malheurs !


Mais je ne
veux qu'une moitié de l'oreiller,
Où, délicatement, appuyée sur ta joue,
Étoile minuscule, ô étoile filante !
Une bague scintille à ton doigt.

Eugène Evtouchenko, poème extrait (p. 88) de la cité du oui à la cité du non, traduit du russe par Élisabeth Soulimov. Éd. Grasset 1970.

evtouchenko