Lune de loups
de Julio Llamazares

traduit de l’espagnol par Raphäel Carrasco et Claire Decaëns

Ángel, Ramiro, Gildo et Juan sont 4 jeunes qui ont combattu le franquisme pendant la guerre civile. Franco au pouvoir, ils refusent de se rendre, cela signifierait pour eux la mort. Ils se réfugient alors dans  les montagnes où ils ont toujours vécu. Nous sommes en 1937. Ils seront traqués, persécutés par une haine fratricide, qui jamais ne faiblira. Jamais, ils ne trouveront le repos. Ils se réfugient dans des cavernes, ils se feront aidés (mettant en danger leurs familles, leurs amis), ils voleront…
10 ans après, les gardes civils les traquent toujours sans relâche, on se demande comment tant de haine est possible !!

La guerre, le régime de Franco, passent au second plan, leurs violences, leurs morts, leurs détresses… Ce qui apparaît c’est l’histoire de ces 4 jeunes hommes, ces presque animaux qui se terrent dans une caverne, qui ne sortent que la nuit, qui deviennent l’ombre d’eux même, qui passent des jours le ventre creux… C’est l’histoire d’une fuite vers le désespoir, mais aussi de l’amitié, de la solitude, du silence, celle d’un mauvais rêve. Tout cela est écrit dans un style magnifique, incroyable. Tout parle de la mort, mais tout est si vivant, la moindre lumière, la moindre chose, le moindre bruit… Je vous mets maintenant quelques passages (le billet sera un peu long aujourd’hui…) pour vous faire entrevoir la qualité d’écriture et de traduction.

p. 14
La voix de Gildo résonne dans le silence comme de la poudre humide. Elle contraint au silence à la fois le chien et la bourrasque.

« Hé ! Il y a quelqu’un ? »

Encore le silence : dense et profond. Indestructible.

p. 69
Dans le noyer de María niche cette nuit la lune. Sa lueur pénètre l’ombre des murs de clôture tandis que je m’éloigne en silence de la maison, lentement, en secret, comme lorsqu’on était gosses et qu’on cherchait ici le fruit défendu des vergers ou des bouches vermeilles des filles.
Sauf qu’à présent, ma mitraillette laisse par terre une ombre de mort, un épi allongé.

La façon dont il écrit sur la solitude et le silence m’a bouleversé, c’est incroyable.

p. 154-155 
De retour à la grotte, l’aube pointant à peine, le silence s’avance jusqu’à l’entrée pour m’accueillir. Il a rempli toute la crevasse et il envahit déjà, comme un brouillard sale, les fentes du rocher et l’épaisseur des genêts.

Avant quand Ramiro vivait encore, il était facile de le faire déguerpir avec un simple regard, un mot. Mais maintenant qu’il a repris possession, peut-être à jamais, de ce trou humide où il avait vécu seul depuis la nuit des temps, plus rien, pas même la voix, ne peut briser son équilibre, ni la plainte profonde qui niche au fond de la montagne et dans mon cœur.

p.180
Un cœur solitaire, au milieu de la nuit, c’est toujours une tempête.

J’arrête là… mais il y aurait tant encore à faire partager !

Lune de loup de Julio Llamazares, traduit de l’espagnol par Raphäel Carrasco et Claire Decaëns. Éd. Verdier.

Lune de loup est le premier roman de Julio Llamazarès. Il s’est inspiré de légendes de son village et de faits et personnages réels. Certaines scènes ont réellement existé comme par exemple, lorsque Ángel suit l’enterrement de son père de la montagne avec des jumelles, ou lorsqu’il fauche la mitrailleuse sur l’épaule le pré d’un fermier une nuit parce que celui-ci l’avait aidé.

Le roman comporte 4 périodes : 1937, 1939, 1943, 1946. À la fin de chaque époque un homme meurt. Quant au quatrième, on ne sait pas, le livre dit : « Désormais, je n’entends plus que le bruit noir et froid du convoi qui m’entraîne. Dans mes yeux et ailleurs il n’y plus que neige. »

Il déborde de tendresses, de vies inassouvies, de cruautés et de désespoirs. On y rencontre le meilleur comme le pire.

C’est un livre magnifique, j’ai d’ailleurs commandé le fleuve jaune du même auteur. Je viens de lire ce dernier mois quelques livres bien décevants (enfin pour être plus honnête qui n’étaient pas fait pour moi !), mais ce livre, et cet autre que je suis en train de lire et ce prochain que j’ai commandé me réjouissent !!!

Vivement les vacances, au travail les gens sont malades ou de triste humeur… moi ça va, juste envie de liberté, plus d’horaires plus de contraintes…

Claude

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