J’ai besoin   de  ne plus me voir  et  d’oublier
De parler à   des gens que  je  ne connais pas
De crier sans être   entendu
Pour rien, tout seul.
Je connais tout le monde et chacun  de  vos pas.
Je voudrais raconter; personne n’écoute,
Les têtes et les yeux se détournent   de   moi
Vers la nuit.
Ma tête est une boule   pleine  et  lourde
Qui roule sur la terre avec un peu de bruit.

Loin. Rien derrière moi  et rien devant
Dans le  vide    je descends
Quelques petits courants d’air
Vont autour de  moi
Cruels  et  froids.

Pierre Reverdy, Œuvres complètes tome 1, édition préparée, présentée et annotée par Étienne-Alain Hubert. Éd. Flammarion, 2010.

Flammarion vient d’éditer ce premier tome de poèmes, c’est fabuleux ! Je ne le quitte plus (enfin pour un mois, médiathèque oblige !!!), en fait, je découvre Pierre Reverdy, j’étais complètement passée à côté, quelle gageure ! Bon, en même on ne peut pas tout connaître, un peu d’humilité ! En tout cas, cette poésie me convient parfaitement, elle me bouleverse, je vous livre un autre poème de ce recueil.

Claude

Ce sont des portes mal fermées
Sur des souvenirs encore inoubliés.
Le monde, comme une pendule, s’est arrêté.
Les gens sont suspendus pour l’Éternité,
Un aviateur descend par un fil comme une araignée,
Tout le monde danse, allégé,
Entre ciel et terre.
Mais un rayon de lumière est venu
De la lampe que tu as oublié d’éteindre
Sur le palier.
Ah ! ce n’est pas fini
L’oubli n’est pas complet.
J’ai encore besoin d’apprendre à me connaître.

Pierre Reverdy

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