Aline
de Charles-Ferdinand Ramuz

Aline, une jeune fille de 17 ans est amoureuse de Julien, un jeune homme du village. Elle détourne les interdits pour le rencontrer, jusqu’au jour où il se lasse d’elle.
Une jolie bluette me direz-vous, oui, en effet, mais écrite par Ramuz !
Il a le mot juste pour décrire la passion, les sentiments, les gens. Il nous transporte dans le moment, dans les mœurs de la campagne du début
du 20ème siècle. Il n’y a pas toujours besoin d’histoires compliquées…
Ce petit roman est son second, il l’a écrit en 1905. Il est dit dans la préface : « Avec Charles-Louis Philippe, dont l’inspiration est plus citadine, Ramuz est  probablement le seul écrivain à avoir su exprimer la passion dans ses plus infimes et ses plus humbles registres ».

Première page

Julien Damon rentrait de faucher. Il faisait une grande chaleur. Le ciel était comme de la tôle peinte, l’air ne bougeait pas. On voyait, l’un à côté de l’autre, les carrés blanchissants de l’avoine et les carrés blonds du froment ; plus loin, les vergers entouraient le village avec ses toits rouges et ses toits bruns.

Il était midi. C’est l’heure où les grenouilles souffrent au creux des mottes, à cause du soleil qui a bu la rosée, et leur gorge lisse saute à petits coups. Il y a sur les talus une odeur de corne brûlée.

Lorsque Julien passait près des buissons, les moineaux s’envolaient de dedans tous ensemble, comme quand une pierre éclate. Il allait tranquillement, ayant chaud, et aussi parce que son humeur était de ne pas se presser. Il fumait un bout de cigare et laissait sa tête pendre entre ses épaules carrées. Parfois, il s’arrêtait sous un arbre ; alors l’ombre entrait par sa chemise ouverte ; relevant son chapeau, il s’essuyait le front avec le bras.

Aline de Charles-Ferdinand Ramuz. Éd. Grasset, Les Cahiers Rouges.

Claude

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