Des nouvelles de la maison bleue
de Hella S. Haasse

Les sœurs Lunius ont passé une enfance heureuse dans la maison bleue, entourées de leurs parents et des enfants du quartier. À la mort de leur père, leur mère les emmène en Amérique du Sud.

50 ans après, alors que la maison doit être détruite, elles décident de revenir y passer quelques mois. Elles ne se sont pratiquement pas vues depuis leurs 20 ans. Leurs retrouvailles vont être difficiles. Félicia, l’aînée, a eut une vie protégée auprès de son mari, un ambassadeur, froid et égoïste. Nina, par contre, la cadette a mené une vie de bohème auprès de son mari, un guitariste sud américain sur fond de révolution.

Elles vont tenter de se raconter, mais des souvenirs trop pesants ne peuvent être partagés, leurs existences, leurs tempéraments font qu’il leur sera impossible de se comprendre complètement.

En même temps, leur retour va chambouler la vie du quartier, enfants déjà elles fascinaient, adultes elles intriguent. Les rumeurs courent, l’imagination et les fantasmes se déploient. Tout le monde voudra savoir ce qui se passe dans la maison, qu’ont vécu l’arrangeante Félicia et la rebelle Nina pendant toutes ces années.

Le rythme du roman est donné par les interventions successives des sœurs, et des habitants du quartier. Des mondes, des vies, des fantasmes complètements différents vont se croiser, se confronter. Certains verront leur vie bouleversée, d’autres verront l’anéantissement de leurs rêves.
C’est un beau roman, qui met en évidence le fait que l’on ne peut pas revenir sur le passé, sur nos vies. P. 29 « On ne peut jamais retrouver un lieu d’autrefois, ou revivre un état antérieur. Il y a eu un jour un état de bonheur parfait qu’au fil du temps on ne cesse de perdre et d’oublier. Pourtant, on persiste à croire qu’il est enfoui quelque part dans le passé et qu’il peut être retrouvé. »

Première page

Le destin a tourné avec l’arrivée –le retour provisoire pour être exact- des sœurs Lunius. Nous autres, du vieux quartier résidentiel situé entre le village et le bois, qui avons été témoins de leur venue et de leur départ et (sinon toujours de première main, du moins indirectement) de tout ce qui s’est joué dans l’intervalle et de ce qui en est résulté, nous pourrions, peut-être contribuer efficacement à une enquête menée sur la disparition de Wanda Meening. Qui sommes-« nous », pour pouvoir le prétendre ? Disons un collectif d’observateur : des voisins, des passants, la femme de ménage, le plombier, le jardinier. La somme de nos impressions, de ce que chacun de nous a vu et entendu, et de ce que nous avons conjecturé, et même conclu à partir de ces éléments, fournit une quantité d’informations non négligeable. Mais qui possède la capacité de rassembler et d’organiser en un tout cohérent ces données éparses, emmagasinées dans la mémoire de tant de gens ? Des réponses à des questions qui n’ont jamais été posées sont en suspens dans l’air, mais elles restent intangibles comme le brouillard d’hiver qui enveloppe nos jardins, masque les perspectives et donne à notre quartier le caractère fermé qui fait son mystère.

Des nouvelles de la maison bleue, de Hella S. Haasse, roman traduit du néerlandais par Annie Kroon. Éd. Babel.

Claude

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