Vers la poussière
de Jean Louis Bailly

Paul Émile Loué est mort. Son corps se décompose peu à peu en attendant d’être découvert.

Mais Paul Émile Loué n’a pas toujours été cadavre. Il a été le plus talentueux pianiste de tous les temps. Le plus génial, mais aussi le plus laid. Ce qui pose un problème dans notre société où talent ne peut rimer qu’avec beauté !!!! Malgré tout cela, il s’impose, la musique est sa vie, sa vie est la musique. Tout ira pour le mieux, jusqu’au jour où la trahison entre dans sa vie.

Le roman est construit de telle façon que l’on suit la décomposition de son corps et simultanément l’histoire de sa vie.
On apprend beaucoup sur les petites bêtes qui font notre dernière toilette, sur les idées préconçues, sur l’amour, le boutisme, la bêtise.

J’ai beaucoup aimé ce roman, les parallèles entre les phases de décomposition et les étapes de sa vie, et puis j’ai beaucoup ri. Toutefois, je ne vous le conseille pas au petit déjeuner !

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Dehors il gelait, et dans la cabane la température n’était guère plus clémente.
Tant que demeura dans la cabane un organisme homéotherme, il contribua faiblement à échauffer l’atmosphère environnante.
Puis vint le moment où l’homéothermie baissa le rideau. Le cœur en avait fini de battre, le sang d’irriguer le cerveau, images et musiques de s’y bousculer et de se brouiller dans ce qui restait une conscience.

L’environnement alors triompha. La température de l’organisme commença de baisser. Plus elle baissait, moins elle échauffait l’environnement, dont la température baissa donc aussi, de manière imperceptible.

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Or cette chair promise aux insectes, vouée à la poudre fut naissante comme toute chair, et vagissante comme toute chair humaine. La femme dont elle naquit la fit déclarer par son frère, au motif que de père il n’y avait pas. Mort, voulut longtemps la pieuse légende dont le gamin se consolait. Barré, oui, comme un salopard maugréait Jacky, l’oncle du nouveau-né qui s’en fut à l’État civil et enrichit le registre de Loué, Paul-Émile, enfant de sexe masculin, né l’aube d’un jour de décembre.

Vers la poussière de Jean Louis Bailly. Éd. Arbre Vengeur.

Claude

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