Le faux bleu nocturne
de Tomas Segovia

Dans les rues qui ne dorment pas
La vielle infatigable avilit la nuit
Elle la traîne dans les flaques
De ses plaisirs laborieux
La prostitue sur des rives vacantes
Qu’outragent des fleuves de somnambules

Entre une enseigne lumineuse
Et un raide gratte-ciel de bureaux
J’entrevois en passant
La lune distante
Ruminant ses éternelles brumes

Soudain ne disent rien
Les mots que nous prononcions
Nous n’allions nulle part
La ville n’est pas vraie

Comment avons-nous pu

Croire en cette histoire illusionniste
Appelée notre histoire
Nous ne vivons pas dans ce que nous vivons
Nous délirons de chagrin.

Cahier du nomade, de Tomas Segovia, traduction et présentation de Jean-Luc Lacarrière. Pages 156/157. Éd. Poésie/Gallimard.

Départ
de Tomas Segovia

En arrivant j’ai vu qu’il y avait une femme
Elle dormait en me tournant le dos
Elle dormait avec violence
Et n’a pas voulu voir que je marchais sur son lit

C’est déjà l’heure de partir
Quand enfin elle se met à bouger
Elle entrouvre les yeux va regarder autour
Avec ce regard même
Qu’aurait sa fille

Je m’en vais libre de tout poids
Content de n’aller nulle part
De n’être l’absent nulle part
Et qu’elle ne m’ait pas vu

Léger à la pensée que de loin
Je saurai qu’elle est sortie de son rêve
Pas du mien.

Cahier du nomade, de Tomas Segovia, traduction et présentation de Jean-Luc Lacarrière. Pages 197/198. Éd. Poésie/Gallimard.

Claude

tomas_segovia