L’oiseau Canadèche
de Jim Dodge

4 personnages pour ce merveilleux roman.

Jackson Sauter, le grand-père. Marié 4 fois, bourlingueur, joueur invétéré, anarchiste… immortel jusqu’à sa mort, grâce à un whisky de son cru « le Vieux Râle d’agonie ».

Titou, son petit fils recueilli à 5 ans, alors qu’il en avait presque 80. Un bon garçon, un grand costaud, pas menteur, pas noceur, discret qui a une passion pour les clôtures et tous les accessoires qui vont avec. Ces 2 êtres forment un duo rocambolesque mais vrai.

Vient s’ajouter à eux, Canadèche, une col-vert recueillie un matin par Titou, et sauvée grâce à une goutte de vieux râle d’agonie. 10 kg, boulimique, ne sachant pas voler, elle possède un sacré caractère, et ne refuse jamais une petite soucoupe du vieux râle !

Le quatrième, est  un sanglier, c’est l’ennemi de la famille. Il passe son temps à détruire les clôtures, ils l’ont appelé « Cloué-Legrouin » ! C’est en quelque sorte le Moby Dick de Titou !

Première page

Elle avait dix-sept ans ; elle s’appelait Gabrielle Santee ; elle était enceinte de trois mois quand elle se maria à Johnny Makhurst , dit supersonique. Lui, il était pilot d’essai chez Boeing et venait de faire  un héritage ; il lui était échu la modeste fortune d’un quincailler de l’État de l’Ohio.

Le mariage eut lieu sur le terrain d’aviation de Maffit, dans un hangar festonné de papier crépon : la cérémonie se déroula en présence d’une vingtaine de bons potes de Johnny le Supersonique, tous ronds comme des queues de pelles. Les jeunes mariés prononcèrent le « oui » fatidique debout sur l’aile d’un chasseur à réaction de type X-77. Cette aile, très précisément, se détacha de l’avion à treize cents kilomètres heure au-dessus du désert de Mojave, deux mois avant l’accouchement de Gabrielle. Johnny était aux commandes… Au terme d’une âpre bataille judiciaire qui l’opposa à l’une des ex-femmes de feu son époux, Gabrielle hérita de tous ses biens.

L’oiseau Canadèche de Jim Dodge, traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso, posface de Nicolas Richard. Éd. Cambourakis, 2010.

C’est un roman génial, le seul regret que l’on peut avoir est qu’il ne soit pas plus long. Il fait du bien pendant ces journées de grisaille. C’est très bien écrit, on rit, c’est un peu déjanté mais juste ce qu’il faut. C’est également un livre qui parle d’amour, d’amitié, des liens qui peuvent unir tous les êtres vivants malgré leurs différences. C’est épatant. Dans sa  postface Nicolas Richard en parle mieux que moi : (p. 115)… Si le distillat obtenu par Pépé Jake, le Vieux Râle d’Agonie (…) est effectivement « à 97 % pur », alors le petit livre tout aussi spirituel que spiritueux présentement ouvert entre vos mains est à 97 % un coup de génie. Les 3 % qui restent pouvant, selon l’appréciation de chacun, relever du délire animalier, de l’apologie de la clôture, du manifeste anarchiste, de l’éloge de la vieillesse, du manuel de siphonage à contre-pente, du souvenir de la balle de golf aspirée au bout de 25 m de tuyau d’arrosage, du traité d’échec sous les séquoias, etc. Le distillat étant considéré ici comme le produit de la distillation, par opposition aux résidus restés dans l’alambic. …

Claude

l_oiseau_canad_che_de_jim_dodge