Promenades avec Robert Walser
de Carl Seelig
 

Après avoir écrit mon précédent billet, j’ai repensé à ce livre de Carl Seelig. Je l’ai ouvert au hasard, et, je me suis rendue compte qu’il reste incontestablement celui que je préfère concernant Walser.

Il parle d’amitié, d’une amitié saine et forte. Carl Seelig y a réuni les moments qu’il a partagés avec son ami, sans jamais s’en servir pour analyser et expliquer son œuvre.

Sous forme d’un journal, il raconte leurs promenades, leurs silences, leurs bavardages, leurs bouderies… Ce sont juste des moments de vie, et dites-moi qu’y a-t-il de plus important ?

Cela n’enlève rien au livre de Philippe Lacanée que j’ai apprécié. C’est juste une autre histoire…

Claude

Page 83
28 décembre 1944
 

Le ciel est sans nuages, ce matin, le froid coupant. Dans le hall de la gare, nous nous demandons où aller aujourd’hui. Robert, sans pardessus, mains et joues d’un rouge bleuté, le men ton hérissé de poils blancs, me demande d’un air mi-figue mi-raisin : « Vous avez concocté un programme en cours de route ? » -« Pas du touts ! » -« Qu’est-ce que vous diriez d’Appenzell ? Non, ce serait trop pour aujourd’hui ! Voulez-vous que nous allions dans les hauteurs ? Ou alors, à Saint Gall f ? » -Moi : « Vous avez envie d’aller en ville ? –À vrai dire, oui ! » -« Dans ce cas, en avant ! » -Robert, après quelques pas : « Ralentissons, voulez-vous ? Ne courons pas après la beauté. Quelle nous accompagne plutôt, comme une mère qui marche à côté de ses enfants. »

Page 127
6 avril 1952

J’ai réussi à convaincre Robert de rester dans le train jusqu’à Rorschach et, depuis, il arbore un air maussade. Il suppose sans doute que j’ai dans la tête un plan qui risque de compromettre son équilibre. Nous ne parlons presque pas dans le compartiment. Il roule de grosses cigarettes sur lesquelles il tire nerveusement. À Rorschach, nous descendons et prenons la route de Staad. Le ciel, d’un gris sable qui annonce le printemps, et la terre se confondent au bord du lac de Constance. Pas de bateaux, pas de gens. Monter-descendre, de colline en colline, en direction du village de Buchen ; des enfants accompagnés d’adultes se rendent à la fête de la confirmation.

Promenades avec Robert Walser, Carl Seelig, traduit de l’allemand par Bernard Kreiss. Rivage poche/bibliothèque étrangère.

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