La maladie blanche
de Karel
Čapek

 

La terre est surpeuplée lorsqu’apparaît une maladie qui ne frappe que les plus de 45 ans, une sorte de lèpre. Elle commence par laisser une petite tache blanche insensible, se répand très vite et fait pourrir sur place sa victime dans des douleurs atroces. 

Un docteur, le docteur Galen trouve le remède pour la soigner. Mais refuse de soigner les riches tant que la paix mondiale ne sera pas instaurée.

Certains (les jeunes) voient cette maladie comme un cadeau, car, dans ce monde où le chômage est roi, l’avenir s’ouvre à  eux. Ce qui n’est pas vraiment le cas pour les autres…   Et puis, tant que la maladie touche les autres, pourquoi ne pas penser à faire des camps pour les lépreux, mais bien sûr en leur offrant des soins (en gros de l’eau de Cologne) pour qu’ils meurent dignement ! Par contre, quand c’est  notre famille ou nous même qui sommes touchés, la panique nous étreint et le discours change ostensiblement.

Nous sommes dans un pays qui endure la dictature armée d’un Maréchal. Pour son meilleur ami, il ne cèdera pas à la condition du docteur Galen, mais quand vient son tour… Ce sera toutefois sans compter sur la foule qu’il a poussé à la violence, qui dans cet homme qui crie : «  non à la guerre », ne voit qu’un traître.

 

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Galen
Oui… c’est cela, le plus dur, n’est-ce pas ? Je sais qu’ils ne seront jamais d’accord avec moi, mais si vous écrivez dans les journaux que… qu’aucun État ne recevra ce médicament tant qu’il ne sera pas engagé formellement à ne pas… à ne plus jamais déclarer la guerre, vous voyez ?

Le journaliste
Même s’il doit se défendre ?

Galen
Se défendre... oui, moi aussi je me défendrais, si quelqu'un nous attaquait... je tirerais, bien sûr... Mais pourquoi ne pourrait-on pas abolir les armes offensives... pourquoi ne pourrait-on pas limiter les armements dans tous les États ?

 

Un autre journaliste

C'est exclu. Aucun État ne ferait ça aujourd'hui.

Galen

Non ? Alors il laisserait ses citoyens mourir d'une façon aussi horrible ? Hein ? On laisserait tant de gens souffrir inutilement ?... Et les gens se laisseraient faire ? Vous pensez qu'ils ne se révolteraient pas ? Et les puissants eux-mêmes tomberaient en pourriture... Ils auront peur, monsieur. Ils auront tous peur.

Le journaliste

Il y a du vrai. Il faudrait compter avec l'opinion publique.

Galen

Oui. Et c'est vous qui allez leur dire : N'ayez plus peur, il existe un remède à présent. Obligez vos dirigeants à signer un pacte de paix éternelle, à conclure un traité avec tous les pays du monde. Et c'en sera fini de la maladie blanche.

Le journaliste

Et si aucun gouvernement ne veut céder ?

Galen

Écoutez, je serais terriblement désolé... dans ce cas, je ne pourrais pas divulguer mon traitement. Non, je ne pourrais pas.

Le journaliste

Et qu'en feriez-vous alors ?

Galen

Moi ? En tant que médecin, je dois soigner, n'est-ce pas ? Je continuerais à soigner mes indigents.

Le journaliste

Pourquoi seulement les indigents ?

Galen

Parce qu'ils sont nombreux. Ce serait une clientèle énorme ! Je pourrais au moins démontrer sur une massde cas qu'on peut guérir la maladie blanche.

Le journaliste

Et vous n'accepteriez de soigner aucun riche ?

Galen

Je regrette, monsieur, mais je ne pourrais pas. Les riches... les riches ont plus d'influence, n'est-ce pas... si les riches et les puissants voulaient vraiment la paix…

Le journaliste

Il ne vous semble pas que c'est un peu injuste envers ces riches ?

Galen

C'est injuste, je sais. Mais il ne vous semble pas aussi un peu injuste envers ces pauvres... qu'ils soient pauvres ? Regardez autour de vous, il y a beaucoup plus de pauvres qui ont succombé à cette maladie... et cela ne devrait pas être, non, ça ne devrait pas être. Tout le monde a droit à la vie, non ? Pensez un peu, si on donnait aux hôpitaux autant d'argent qu'à la flotte de guerre...

Sigelius fait irruption avec son second adjoint.

 

La maladie blanche de Karel Čapek, traduit du tchèque et préfacé par Alain van Crugten. Éd.Minos la différence. 2011.

 

C’est génial, grandiose. Toute la bêtise, l’égoïsme, la lâcheté, le profit etc. (mais aussi l’amour des autres) dans ce petit livre. J’ai trouvé cela magistral.
Petite pièce de théâtre lue au soleil d’une terrasse de café, ou sous la tonnelle du jardin, que de petits mais délicieux plaisirs !!!
Karel
Čapek est plus connu pour sa pièce R.U.R (que je n’ai pas lu, mais que je vais lire prochainement). Il est l’inventeur  du mot robot, que cette pièce a popularisé. Mais, je vous en reparlerai certainement. Si vous trouvez « la maladie blanche » n’hésitez pas, ça fait réfléchir et c’est très bien écrit !

Claude

 

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