R.U.R
Rossum’s Universal Robots
de Karel Čapek

Rosum, un savant invente un prototype de robot qui pourra remplacer l’homme dans  ses tâches ingrates. Son neveu le perfectionne, il le façonne à une image humaine, et crée la société Rossum’s Universal Robots (R.U.R). Il les commercialise et gagne des milliards ! L’homme devient de plus en plus dépendant. Le robot est une très bonne main d’œuvre, peu coûteuse, sans état d’âme… L’homme quant à lui, est devenu une créature inutile, oisive, qui ne peut même plus se reproduire.

Mais un jour, quelque chose se produit, les robots changent, ils ne veulent plus être commandés par cette espèce oisive, si imparfaite. Ils se révoltent, et lui déclarent la guerre.

Voilà le cadre de la pièce, elle se déroule sur une île où vivent et travaillent une femme et quelques hommes qui participent activement au déclin de l’humanité. Il faudra la guerre, la fin du monde pour qu’ils se posent les questions essentielles. Et comme dans « la maladie blanche » jusqu’au bout nous sommes surpris.

Je vais me répéter, mais c’est formidable. C’est la seconde pièce de Karel Čapek que je lis et je suis subjuguée, j’adore. C’est visionnaire et si bien écrit ! Comme dans « la maladie blanche », cette histoire pourrait se passer à n’importe quelle époque, elle trouverait toujours un écho, et pourtant, elle a été jouée pour la première fois en 1920 ! C’est avec ce livre que l’auteur a inventé le mot « robot », robota voulant dire corvée en tchèque.

 

Pages 148 à 153

HALLEMEIER

Foutaises ! Moi, je ne me laisserai pas poignarder !

Silence.

HALLEMEIER

Pourquoi vous ne dites rien ? Nom de Dieu, dites quelque chose !

ALQUIST

Alors qui... qui est le coupable ? C'est la faute à qui, tout ça ?

HALLEMEIER

Arrêtez de dire n'importe quoi ! Personne n'est coupable. Les robots, les robots ont changé. On n'y peut rien.

ALQUIST                             

Tous massacrés ! L'humanité exterminée ! Le monde entier ! (Il se lève.) Regardez... des ruisseaux de sang sur chaque seuil ! Il coule sous chaque porte ! Mon Dieu, qui est le coupable ?
BUSMAN, à mi-voix.

Cinq cent vingt millions ! Voilà, on a dépassé un demi-milliard !
FABRY

Vous exagérez, Alquist. Il en faudrait plus que ça pour anéantir l'humanité.
ALQUIST

Je vous accuse, Domin ! J'accuse la science ! et je m'accuse moi-même ! Nous tous ! Nous sommes tous coupables ! À cause de notre mégalomanie, à cause de l'argent, à cause du progrès et je ne sais quoi encore, nous sommes devenus les fossoyeurs de l'humanité ! Bravo ! Aucun tyran n'a jamais rêvé d'un monument d'ossements pareil !
HALLEMEIER

Taisez-vous ! Les hommes ne se laisseront pas faire si facilement, sûrement pas !
ALQUIST

  C'est notre faute, notre faute !
Dr GALL essuie la sueur de son front.
  Laissez-moi parler. C'est ma faute. Je suis le coupable.
FABRY
 
Vous, docteur ?
Dr GALL
 
Oui, moi. Je vais vous expliquer. C'est moi qui ai changé les robots. Busman, vous n'avez qu'à me juger, vous aussi.
BUSMANse lève.
 
Qu'est-ce que vous racontez ?
Dr GALL
 
J'ai changé le comportement des robots. J'ai intro­duit des modifications dans leur programme de com­portement. Il ne s'agissait que de quelques éléments de réaction... Notamment... notamment de leur... sensibilité.
HALLEMEIERsursaute.
 
Enfin ! Pourquoi précisément la sensibilité ?
BUSMAN
 
Qu'est-ce que vous avez fait ?
FABRY
 
Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?
Dr GALL
 
C'était une expérience secrète... J'ai voulu les ren­dre plus proches de l'homme. Je les ai perfectionnés. D'un certain point de vue, ils sont déjà supérieurs à nous. Du moins plus forts...
FABRY
 
Qu'est-ce que cela a à voir avec leur révolte ?
Dr GALL
 
Tout, probablement. Ils ont cessé d'être uniquement des machines. Ils connaissent déjà leur supériorité et ils nous haïssent. Ils haïssent tout ce qui rappelle les hom­mes. Jugez-moi !
DOMIN
 
Les morts qui jugent un autre mort...
FABRY
 
Docteur, vous êtes intervenu dans la fabrication des robots...
Dr GALL
C'est exact.
FABRY
 
Avez-vous imaginé les conséquences de votre expé­rience ?
Dr GALL
 
Je les prévoyais...
FABRY
 
Alors pourquoi l'avez-vous fait ?
Dr GALL
 
C'était une expérience scientifique.
Hélène apparaît à la porte.
HÉLÈNE
 
Il ment ! C'est odieux ! Gall, comment pouvez-vous mentir ainsi ?
DOMIN va vers Hélène.
 
Hélène, c'est toi ? Montre-toi ! Tu es vivante ? (Il la serre dans ses bras.) Si tu savais quel cauchemar je viens de faire ! Ah, c'est affreux d'être mort !
HÉLÈNE
 
Laisse-moi, Harry. Ce n'est pas la faute de Gall. Non, ce n'est pas lui...
DOMIN
 
Excuse-moi, mais Gall était chargé des travaux...
HÉLÈNE
 
Non, Harry, il l'a fait parce que c'est moi qui l'ai voulu. Dites-leur, Gall, combien de fois je vous ai demandé de...
Dr GALL
 
Je l'ai fait sous ma seule responsabilité.
HÉLÈNE
  Ne le croyez pas
! Je voulais, Harry, qu'il donne une âme aux robots !
DOMIN
 
Il ne s'agit pas d'une âme !
HÉLÈNE
 
Laissez-moi vous l'expliquer. Gall disait qu'il pour­rait transformer uniquement leurs... coordonnées.

 

R.U.R. ROSSUM’S UNIVERSAL ROBOTS, de Karel Čapek, traduit du tchèque par Jan Rubes et préfacé par Brigitte Munier. Minos - la différence.  

Claude

R