SAAD
d’Alain Blotière

 

David, un peintre impressionniste en mal d’inspiration s’installe à Tadjourah, petit port sur la mer rouge.

Ne se sentant pas capable de se débrouiller avec un esclave adulte, il décide d’acheter un enfant de 10/15 ans : SAAD. Il est d’une beauté incroyable, il dégage un parfum de mystère qui l’ensorcelle. C’est lui qui deviendra l’esclave, au détriment de la belle Mariam, une prostituée qu’il aimera.

David tentera de peindre l’enfant sans toutefois ne jamais y parvenir complètement, tant il est subjugué. Il fera tout pour le garder près de lui, il lui apprendra à lire, écrire… mais en vain. Saad, même s’il lui appartient garde sa part de liberté et de mystère.

Arrive Morelli, un aventurier à la recherche d’un trésor. Pendant son séjour, il s’installe chez David et devient le compagnon européen, le compagnon des visites à Mariam et ses sœurs.

David et Saad l’accompagneront une fois dans le désert, mais c’est seul qui poursuivra quotidiennement ses recherches. Nous sommes en 1885, cette année là, Rimbaud vit à Tadjourah, et c’est lui qui apportera la solution à l’énigme de la carte au trésor.

 

Dans Tadjourah, ville de lumière, se nouent des vies, des amitiés, des amours, des douleurs, des injustices, au gré des convois d’esclaves et des catastrophes naturelles. David se débat avec ses sentiments, ses questionnements, et nous aussi à la fin du livre. En effet, peut-on vivre sans amour ? Jusqu’où peut-on pardonner ?

 

Page 78-79

Le soir s’installe sur le village et David ne peut voir vers quel endroit de Tajourah l’enfant court, chez quel autre enfant il va triompher. Mais lui-même n’est pas moins fier. Comme enivré par la joie du don qu’il a fait à l’enfant, si simple et si beau pense-t-il, il se demande à quoi tient le sentiment d’assouvissement, de sérénité mêlé d’une impression de légère fatigue, si douce qu’elle décontracte tous les muscles de son corps. Le soleil glisse vers la terre avec la même sérénité, la même douceur. Il le regarde disparaître derrière les collines, s’épuiser dans des rouges éphémères jusqu’aux dernières lueurs. Comme toujours dès la nuit tombée, le bruit des vagues jetées sur le sable s’amplifie. La mer dit, à qui veut l’entendre, qu’elle seule au monde ne connaît pas le sommeil. Et David implorerait sa grâce auprès de tous ses dieux, si son chant rythmé paraissait plus dolent le temps d’une vague moins vive. 

 

Saad, Alain Blottière. Éd. Gallimard. 1981.

 

J’ai relu SAAD, au petit matin, vous savez quand tout le monde dort encore. En congé à la mer, tranquille dans la grande cuisine en entendant l’océan. Heures divines… avant tous les levers ! (mais bon, les vacances sont finies…)

Ce livre, je l’ai lu pour la première fois en 1981, c’est un ami qui me l’avait offert. Depuis, je le reprends régulièrement au printemps. Le besoin de soleil certainement ! Il est tout en contrastes, beautés pures et cruautés se côtoient, se complètent.

 

Alain Blottière a pris le parti de jouer sur deux styles : le roman et le journal de David. Même histoire avec des implications et des mots différents.

 

J’ai lu presque tous les livres de cet auteur (je n’ai pas lu le dernier). Je ne sais pas si Saad est mon préféré, mais c’est le premier que j’ai lu, il a donc une place plus importante. Ce livre a reçu le prix littéraire de la vocation en 1981. Bernard Pivot avait reçu Alain Blottière à « Apostrophe », vous trouverez l’entretien sur le site : http://alainblottiere.free.fr/

 

Bibliographie :

 

Saad : 1981

Le point d’eau : 1985

Intérieur bleu : 1990

L’oasis Siwa : 1992

L’enchantement : 1994

Si-Amonn : 1998

Petit dictionnaire des dieux égyptiens : 2000

Le tombeau de Tommy : 2009

 

Tableaux des oasis égyptiens : 1999

Un voyage en Égypte : 2004

Fils de roi : portraits d’Égypte : 2008

 

Claude

 

SAAD