CALCHAS
de Kiki Dimoula


Je ne dors pas, je ne dors pas,
j'aide la nuit à s'agrandir,
à s'élargir,
à effacer les petites lumières, parasites.

Je ne dors pas, je ne dors pas,
j'exerce de noirs c'est exclu
je lance des c'est exclu exercés
qui déchirent quelques dernières étoiles.

Je ne dors pas, je ne dors pas,
je change de sexe, deviens minuit.
Où me mèneras-tu, abattement,
je te retrouverai quelque part
puisque j'ai prêté serment d'insomnie.
Mes doses de somnifères
dorment comme des anges
et mon cerveau qui veille
les berce tout doucement.

Je ne dors pas, je ne dors pas,
j'aide la nuit à s'agrandir,
j'écris des slogans aux murs des rêves
à bas les levers du jour des élevages de poules,
à bas les magouilles des espérances
et on vous construira des maisons
et on vous fera des routes
et on vous apportera la pluie
et du vent, et du vent».

Je ne dors pas, je ne dors pas
j'attends un dernier vieux fond d'obscurité
pour entrer chez le devin Calchas.
Je vais le tuer.
Il m'a plongée dans tout un sacrifice
pour que tu respires.
Mais toi, insomnie, tu te niches
sur chaque prophétie
en prenant bien ton temps.

Calchas de Kiki Dimoula, Le Peu du monde suivi de Je te salue jamais. Préface de Níko Dímou, traduit du grec par Michel Volkovitch. Éd. Poésie/Gallimard. 2010

 

Je te salue jamais
De Kiki Dimoula


Derniers Saluts ce soir
ceux que je t'envoie n'ont pas de fin
pas plus que mes salut salut à Pas question
que les transmette la divine diligence.

Tournant de l'œil s'effondrent les violettes
que le temps tiède a trop étreintes
c'est légitime il est resté
sans les voir depuis l'an dernier.

Salut assiduité des fleurs
assurant votre retour périodique
salut assiduité du sans retour
tu as suivi à la lettre les morts.
Salut étreinte des ténèbres
qui accueilles le légitime, elles sont restées
sans te voir dès avant ta naissance.
Salut refus d'ouverture de tes yeux
salut Inespéré promesse pleine de grâce
qu'à nouveau ton regard trouvera l'audace un jour
de s'ouvrir vers le mien terrifié.
Salut refus d'ouverture de tes yeux
-laissez-passer de la mémoire
pour que vienne les voir quand elle veut
l'aube d une journée perdue.

Quant à toi monde
qui condescends à vivre
tant qu'a besoin de toi le hasard
dont les maux sont le fruit
de ta fertile résistance,
qui t'avilis à vivre
pour que te paie d'un bonsoir tout au plus
pendant sa traversée
une pleine lune ventriloque
que dire
salut à toi aussi.

Je te salue Jamais de Kiki Dimoula, Le Peu du monde suivi de Je te salue jamais. Préface de Níko Dímou, traduit du grec par Michel Volkovitch. Éd. Poésie/Gallimard. 2010

kiki dimoula 

Hier encore, je ne connaissais pas Kiki Dimoula, quelle surprise, quel bonheur de la lire !! Je la découvre doucement, je ne peux pas en dire beaucoup pour l’instant. Je n’ai pas encore mes propres mots,  aussi je vous livrerai ceux de Níko Dimoula qui a préfacé le recueil :
« La poésie de Dimoula est sans objet, car son objet, c'est le néant. »

« Le thème unique de Dimoula, c’est le passage, progressif ou soudain, de l'être au non-être. Ce passage qui s'appelle temps, usure ou mort. Parfois le thème est inversé: il s'agit alors du passage du non-être à l'être, autrement dit de la mémoire. Chez Dimoula, le plus souvent, la mémoire prend la forme dune photographie. »

Bonne lecture,
Claude