La cave
de Thomas Bernhard
Traduit de l’allemand par Albert Kohn

Peu de temps après la seconde guerre mondiale, Thomas Bernhard à 15 ans. Il ne se sent pas fait
pour l’école. Un jour, il décide de « partir dans la direction opposée » et commence un apprentissage dans un magasin d’alimentation. Ce demi-tour décidera de toute sa vie, et, il ne le regrettera jamais. « J’avais le sentiment d’avoir échappé à l’une des plus grandes absurdités humaines : le lycée. Je sentais soudain que mon existence était de nouveau une existence utile.
J’avais échappé à un cauchemar. Je me voyais bourrant les sacs à provisions de farine, de graisse, de sucre, de pommes de terre et de semoule,  j’étais heureux. J’avais fait demi-tour au milieu de la Reichenhaller Strasse, j’étais allée à l’Office du travail, je n’avais pas laissé un instant de repos à la fonctionnaire. Elle m’avait proposé beaucoup d’adresses mais pendant longtemps aucune dans le sens opposé. Je voulais aller dans le sens opposé

… « J’avais mis fin à une période d’inutilité, me semblait-il,  une période malchanceuse, une période terrible. J’avais alors eu deux possibilités, c’est encore aujourd’hui bien clair dans mon esprit : me tuer, ce pour quoi le courage me manquait, et/ou quitter le lycée d’un instant à l’autre ; je ne m’étais pas tué, j’étais entré en apprentissage. »

Il entre donc en apprentissage dans le quartier le plus difficile de la ville : dans la cité de Scherzhauserfeld. « C’était précisément cette adresse que la fonctionnaire avait extraite du fichier en hésitant, à la différence des autres, une adresse qui, pour elle, n’entrait absolument pas en ligne de compte, cela je l’avais vu aussitôt et elle n’avait d’ailleurs articulé qu’à contrecœur l’adresse de Karl Podlaha, elle avait prononcé à contrecœur le nom 
Podlaha, indiqué à contrecœur l’adresse précise, prononcé à contrecœur les mots :
cité de Scherzhauserfeld. Ces mots : cité de Scherzhauserfeld, étaient pour elle répugnants entre tous, il lui avait fallu prendre sur elle pour les prononcer. Mais, vraisemblablement, cette adresse n’entrait absolument pas pour moi en ligne de compte, avait dit la fonctionnaire, sans d’ailleurs prononcer réellement la phrase :cette adresse n’entre pas pour toi en ligne de compte, tout chez elle extérieurement et intérieurement l’affirmait ; pourtant c’était exactement cette adresse qui entrait pour moi en ligne de compte, car l’adresse de Podlaha était l’adresse exactement dans le sens opposé ; selon toute apparence, la fonctionnaire ne me crut pas lorsque je dis que cette adresse était pour moi la bonne adresse et que j’avais cherché cette adresse, les mots : cité de Scherzhauserfeld, pour lesquels sa nature lui inspirait un sentiment d’effroi et de recul avaient sur moi une énorme attraction et je répétai plusieurs fois : cité de Scherzhauserfeld, ne fût-ce que pour constater la réaction de la fonctionnaire qui était aussi douloureuse que possible, sans cesse elle regardait mon visage tout en m’entendant dire : cité de Scherzhauserfeld, et elle était épouvantée que je note précisément cette adresse dans ma tête. »


La cave est le second livre de la biographie de Thomas Bernhard. Dans son style bien particulier, fait de répétitions de mots ou d'idées, il raconte son adolescence, la décision qui a changé sa vie, son apprentissage à la « vraie vie ». Je ne me lasse pas !


La cave de Thomas Bernhard, traduit de l’allemand par Albert Kohn. L’imaginaire/Gallimard.

BILLET_La cave-thomas bernhard



Hier soir, je suis allée au théâtre voir une interprétation de ce livre par la Pérenne Compagnie. J’ai beaucoup aimé, j’ai trouvé le spectacle sobre, les décors ingénieux et imaginatifs, rien de trop. Deux femmes sont sur scène et se donnent la réplique, le décor apparaît au fil de la pièce, se transforme au fil des discours, des monologues, des canons.

J’ai eu un peu peur au début, mais cela n’a pas duré, je trouvais les 5 premières minutes un peu sur jouées, mais tout s’est rapidement arrangé.

Décembre 2011 : J'ai repensé à cette pièce, en fait, je me rends compte que tout ce qui était adaptable a été fait, mais, il manque tout les ressentis. C'est un peu dommage. Cela reste toutefois, une pièce très agréable.

À voir ! et à relire ou lire !

BILLET_théâtre la cave de bernhard

 

Direction d’acteur-Jeu : Katia Grange
Jeu : Valérie Pourroy
Scénographie-Lumières et regard extérieur : François Verron
Conception musicale : Emmanuel Six

Claude