Gaspard Hauser ou la paresse du cœur
jakob Wasserman


En 1928, un adolescent  arrive sur la place de Nuremberg. Il s’exprime
comme  un enfant, mais, il sait écrire son
nom : GASPARD HAUSER.  « C’était un adolescent d’environ
dix-sept ans. Personne ne savait d’où il était venu : il était lui-même
incapable de le dire. Il parlait à peu près comme un enfant de deux ans,
ânonnant quelques mots dénués de sens, qu’il répétait d’une façon soit
plaintive, soit joyeuse, et qui semblaient être, plutôt que des paroles, des
marques de plaisir ou d’angoisse. Il marchait comme un enfant qui fait ses
premiers pas, prudemment, en posant le pied à plat, avec maladresse. »
(page 9)
Les autorités le confie à Daumer un médecin qui doit l’observer et
découvrir ce qui est arrivé à Gaspard Hauser.  Quand il peut raconter son histoire, ce sera
pour dire qu’il a vécu toute sa vie dans un endroit clos sur une paillasse
accompagné d’un petit cheval de bois. Un homme venait de temps en temps le
nourrir, il l’appelait « Toi » « D’aussi
loin que partaient ses souvenirs, Gaspard s’était trouvé dans une pièce sombre,
toujours la même. Jamais il n’avait vu visage humain, jamais il n’avait entendu
ni le bruit de ses pas, ni sa propre voix, ni le chant de l’oiseau, ni le cri
de l’animal : jamais il n’avait aperçu, ni le rayon du soleil, ni la
clarté de la lune. Il n’avait connu que lui-même et ignorait sa solitude. La
chambre qu’il habitait devait être étroite, car il se souvenait d’avoir touché
une fois, de ses bras étendus, les deux murs opposés. Avant cet événement, elle
lui avait semblé immense. Enchaîné, sans s’en rendre compte à sa paillasse, il
n’avait jamais quitté le coin de terre où il dormait sans rêve et où il s’éveillait. »
(page 20)

« Gaspard, pourtant, n’était pas seul ; il avait un camarade : c’était
un petit cheval blanc en bois, objet sans nom, sans mouvement, où se reflétait
cependant sa propre existence. Il lui attribuait une vie propre et toute la
lumière du monde se concentrait pour lui dans la lueur terne des pupilles artificielles
du jouet.  Il ne s’amusait pas avec le
petit cheval, ne lui parlait jamais, et, quoi qu’il fut monté sur une petite
planche à roues, il ne pensait jamais à le pousser. Mais, chaque fois qu’il
mangeait du pain, il lui présentait avant de l’avaler chaque bouchée et avant
de s’endormir il lui caressait le dos. Pendant de longs jours, pendant de
longues années, ce fut sa seule distraction. » page 21


Un jour « Toi » lui apprit à écrire son nom, il le drogua et l’emmena
près de Nuremberg.

Gaspard Hauser malgré son âge est comme un enfant qui vient de
naître, naïf, curieux, il a tout à apprendre et à découvrir. Mais c’est sans
compter sur la bêtise de l’homme ! Il devient « la bête curieuse »
d’un village, d’une région, les riches se déplacent pour venir l’observer, on l’invite
pour se rendre compte de sa naïveté.

« Il n’était pas timide.  Tous les hommes lui semblaient bons et
presque tous lui paraissaient beaux. Il trouvait tout naturel qu’un monsieur se
plantât devant lui et lût sur une feuille préparée d’avance une interminable
liste de noms et de chiffres. Sa mémoire ne le trahissait jamais ; il
pouvait tout répéter dans l’ordre dans lequel on les lui avait énoncés. Il
remarquait bien à l’étonnement des gens qu’il avait fait une chose surprenante :
mais jamais le moindre éclair de vanité ne brillait sur son visage. Il montrait
seulement un peu de tristesse, lorsque les gens jamais satisfaits lui posaient
et lui reposaient les mêmes questions. » (page 56)

Peu à peu, il perd sa joie de vivre, sa naïveté, il en tombe
malade. Un jour, le bruit coure que Gaspard serait  en fait le fils du prince héritier de la
couronne de Bade, disparu à 5 ans. Tout semble le vérifier. Un homme apparaît
alors, un homme à qui il confiera sa confiance, son amour, sa vie. Il est
évident que si Gaspard est réellement le prince héritier, il met en danger la
couronne, et attire des ennemis de celle-ci.

Voici donc, les prémisses de l’histoire de Gaspard Hauser.

Gaspard Hauser ou la paresse du cœur de Jakob Wassermann, traduit de l’allemand par Romana altdorf, Édition Bernard grasset, les cahiers rouges.

gaspard hauser_wassermann



Lisez son histoire, jeune  homme qui n’avait rien demandé mais que l’on a détruit, bafoué, trahi. Ce livre est extraordinaire, écrit pas Jakob Wassermann cela ne pouvait être autrement !!!  Il est parti d’une histoire vraie, Gaspard a vraiment existé. Il rend là, un portrait de la société bien amer : bassesses, méchanceté, profit, abandon, manipulation… C’est pour moi, le livre
sur l’innocence, sur la sècheresse des sentiments, sur l’égoïsme et j’en passe… sur ce qui ne devrait pas être ! J’ai adoré ce livre tant par sa force, par son écriture que par l’analyse des sentiments, c’est juste, précis et brutal. « Ce roman de l’innocence bafouée, trahie (par cette paresse du cœur qui fait naître les pires crimes) est aussi un bouleversant thriller historique » (4ème de couverture).

Gaspard était-il vraiment le fils du prince héritier de Bade, certaines recherches Adn l’admettent, d’autres pas. Était-il  un enfant sacrifié pour servir d’objet d’étude ? Certains faits tendent à prouver que la première proposition se confirme au fil des études. Vous trouverez plus de renseignements sur wikipédia.

J’avais vu le film l’année de mes 15 ans, en seconde, notre prof d’allemand nous l’avait fait découvrir.
Film de Werner Herzog de 1974, l’énigme de Gaspard Hauser. Il m’avait très marqué, et je ne l’avais jamais oublié. Je ne savais pas que Jakob Wassermann avait écrit un livre sur cette histoire, d’ailleurs l’année de mes 15 ans, je ne le connaissais pas et je ne suis pas sûre qu’il
m’aurait tant intéressé que cela !

gaspard hauser_werner herzog


 

Verlaine avait également écrit un poème, mis en musique par Moustaki :

 (extrait du recueil Sagesse)

"Gaspard Hauser chante :
Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.

À vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d’amoureuses flammes
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.


Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.


Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !"

Claude