Il y a un peu plus d’une heure, le téléphone a sonné. C’était la maison de retraite où vit ma grand-mère. Ma chère petite pomme ridée, l’infirmière que j’avais vue cet après-midi, m’a appris qu’elle est partie rejoindre tous ses enfants et son mari.

Ma grand-mère avec son caractère bien tranché et sa langue pas du tout dans sa poche !

Ma grand-mère, avec qui j’ai passé du temps cet après-midi, ma grand-mère que j’ai eu du mal à quitter parce que je savais…

100 ans, elle était usée, fatiguée, mais toujours vive d’esprit. Elle n’en revenait pas d’être allée jusqu’à 100 ans, elle en était fière je crois, la première de la famille.

J’aimerai retrouver l’image de ma grand-mère, sur sa chaise à la maison de retraite, près de sa table, où nous la trouvions tout le temps. Elle nous racontait les anecdotes du coin !!! Ma sauvage grand-mère, qui se plaisait seule ou avec ceux qu’elle aimait.

Mes jeudis après-midi quand je passais la voir de temps en temps, je ne le lui disais jamais, sinon, gare à moi, si je ne venais pas ! Son regard quand je partais.

Sa boîte à gâteaux qu'elle sortait quand elle habitait encore chez elle, même adultes, elle nous la présentait toujours, avec les petits gâteaux secs. Le café, le café, je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à me souvenir, des verres ou des tasses ? La cuisinière de la cuisine, la cuisinière du salon, sa chaise entre cette dernière et la table...

Son désespoir quand nous sommes venues avec mes sœurs lui apprendre le décès de papa, je n’oublierai jamais.

Je ne crois pas que je me rends bien compte de ce qui se passe ce soir. Il y a quelques heures encore j’étais avec elle.

J’ai cherché un poème, mais ce soir ça ne marche pas, c'est trop tôt. La semaine dernière, j’ai écouté une chanson de Benabar qui disait : « la phrase qu’on n'a pas dite, le dernier mot qu’on n'a pas eu… », elle m’avait fait l’effet d’un électrochoc, j’avais sauté dans ma voiture pour aller près de ma grand-mère, qui déjà était très faible.

Ce soir, mon dernier lien vivant avec mon père est parti.

Je n’ai plus de grands-parents.

Ce soir ma grand-mère est morte, et je suis infiniment triste.

Claude

avec mémé