Le chat et la souris
d’István Örkény

Madame Orbán et sa sœur Giza ont une soixantaine d’années, elles sont veuves toutes les deux, la première vit à Buda et la seconde en Europe de l’Ouest. Elles sont proches, fait que nous constatons au fil de leur correspondance et de leurs appels téléphoniques. Lors de leurs échangent, Giza se rend compte que Mme Orbán est en train de changer, « elle rajeunit » ! Elle se lie d’amitié avec une ancienne connaissance (Paula), elle se teint les cheveux, etc. :(page 21)

-    Paula n’a pas besoin que je la défende. Des millions de femmes ont les cheveux teints.

-    Répète un peu.

-    Qu’est-ce que je dois répéter ?

-    Ce que tu viens de dire.

-    J’ai dit que des millions de femmes ont les cheveux teints.

-    Je m’en doutais.

-    De quoi ?

-    De l’influence de cette Paula sur toi.

-    Quelle influence ?

-    Tu t’es teint les cheveux ?

-    J’en reviens pas.

-    Oui ou non ?

-    Je dois te dire ma chère Giza que je trouve cette supposition assez bizarre.

-    Tu le jures sur la tête de notre pauvre père ?

-    Je n’ai pas l’habitude de jurer pour de telles bagatelles.

-    Alors tu t’es teinte en blonde.

-    Je ne me suis pas teinte en blonde.

-   

Elles se rendront compte en fait, que Mme Orbá est amoureuse. Amoureuse depuis sa tendre jeunesse de Viktor, un chanteur d’opéra qui vient manger chez elle tous les jeudis soirs. Giza ne comprend pas qu’à son âge elle puisse encore croire en l’amour, qu’elle puisse encore l’espérer, et se comporter comme une toute jeune fille. Malgré leur désaccord, elle ne l’abandonnera jamais.

Les personnages sont irrésistibles, tendres, colériques, mais surtout très attachants. On passe du burlesque au drame, les situations sont cocasses. Mais derrière tout cela, se cache de très grandes solitudes, plus dures encore car l’âge allant beaucoup de personnes disparaissent, et, il y a de moins en moins de maisons à visiter. Ce fait, est très bien abordé dans le livre, ce n’est pas du tout déprimant. C’est un bel hymne à la vie qui passe, à l’amour et à l’amitié, hymne ou satire grinçante!... ça dépend de l’humeur du moment, et, c’est à mon sens ce qui le rend en partie formidable.

István Örkény raconte très intelligemment avec « une ironie mordante les turpitudes de l’âge mûr, quand il est saisi par l’éternel délire de l’amour. »

Pour conclure, je dirais que c’est un très beau moment de lecture. Je posterai bientôt des billets sur 2 autres romans de cet auteur. Je lis, je lis, mais je n’écris pas beaucoup…

Extrait page 23.

Tu ne me reconnaîtrais pas. Je suis devenue une femme élégante. Mais l'important n’est pas là. L'important, c'est que j'ai enfin trouvé quelqu'un qui me prête attention, qui s'occupe de moi, s'intéresse à moi, me pose des questions... Et combien de questions ! Elle veut tout savoir, et tout ce que je dis l'intéresse. Alors que plus personne ne demandait rien, ce jeu de questions-réponses a été pour moi comme une seconde naissance. Depuis que tu es partie, c’est la première fois que je sens que je compte pour quelqu'un. Et depuis, je compte aussi à mes propres yeux.

 

Première page

I

Nous voulons tous quelque chose les uns des autres. Il n'y a qu'aux vieux qu'on ne demande plus rien.

Mais quand les vieux veulent quelque chose les uns des autres, cela nous fait rire.

 

II
LA PHOTOGRAPHIE

Elle fut prise en 1918 ou en 1919, à Léta, dans le département de Szolnok, à proximité de la cité de la sucrerie où habitait la famille Szkalla.

En haut, on voit la moitié de l'arrière de la voiture à ressorts de la fabrique (mais pas les chevaux) ; sur la pente, les deux filles Szkalla en robe vaporeuse de tulle courent les bras ouverts, en riant, vers léau qu'on ne voit pas non plus.

La photo était surexposée d'origine; depuis, les deux silhouettes vagues ont jauni. Leurs visages sont à peine discernables.

Le chat et la souris d’István Örkény, traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba. Éd. Cambourakis, 2011.

Claude

 le chat et la souris