Vérités non dites
d’Angelica Garnett
 

4 récits composent ce livre. 4 récits plus ou moins autobiographiques. Tous les 4 marqués par l’enfance d’Angelica Garnett. Fille de Vanessa Bell et de Duncan Grant, peintres renommés qui ne vivaient que pour leurs arts. L’auteure a évolué dans un monde d’adultes où elle a eu du mal à trouver sa place. D’autant plus, que son frère aîné dont elle était assez proche mourra en 1936 en Espagne, qu’elle apprendra à 17 ans que Clive Bell n’était pas son père mais que ce n’était pas la peine d’en parler !!! Et plus tard, que son mari avait été l’amant de son père pendant leur jeunesse ! Pas facile l’enfance à Charleston farmer’s.

Dans le 1er récit (Quand toutes les feuilles étaient vertes, mon amour), elle décrit cette vie à la campagne, entourée d’une mère aimante, dominante, de son père, de l’ami de la famille (Duncan Grant), de ses frères, des amis artistes, intellectuels, de l’ambiance qui régnait, du déroulement des journées, des spectacles,  etc…  Les noms et prénoms sont inventés, mais quand on connaît  un peu le groupe de Bloomsbury, on les reconnaît tous aisément.

Elle introduit les trois autres nouvelles avec celle-ci, car découlera de cette enfance, ses amitiés, ses choix, ses maladresses etc.

Page 12/13. Quand toutes les feuilles étaient vertes, mon amour

Au fond d’elle-même croissait le germe du défaitisme, graine plantée par personne en particulier et, pour autant qu’on la remarquât, niée de tous. Maman entreprenait de consoler Bettina comme si elle lui faisait respirer des bouffées d’éther, dans un effort visant à apaiser ses plaintes, ainsi que ses propres doutes, peut-être. Bettina savait d’avance que si elle hurlait en tapant du talon par terre, elle n’obtiendrait en retour que sourires et promesses, et ce n’était pas cela qu’elle voulait, mais-comme elle s’en apercevait maintenant- tout simplement de la compréhension. C’était Maman dont elle la réclamait le plus et qui semblait le moins à même de l’offrir.

Dans la seconde Aurore et la quatrième Amitié, elle raconte deux rencontres exceptionnelles, exceptionnelles mais où la trahison a une place récurrente. Dans la première, elle a 17 ans, et dans la seconde, entre 60 et 70 ans. J’ai bien aimé l’évolution de sa personne. Dans Aurore, elle ne connaît rien de la vie, les prémices de la seconde guerre mondiale commencent à se faire sentir, les robes sont encore longues, Paris est encore le Paris des peintres, les chambres de bonnes accueillent encore des employées de maison etc. dans la seconde, une quarantaine d’années se sont écoulées,  mais les gens restent les mêmes, avec leurs rires, leurs insouciances, leurs faiblesses, leurs amours, et elle, elle semble garder une certaine innocence face aux événements…

Page 107 – Aurore

… Ce n’était pas seulement que j’étais ignorante du monde, mais je semblais avoir été créée sans défenses. Tel l’agneau d’un jour qui erre à travers une forêt d’ours ou bien de loups, je devais ma survie à ce que l’on a coutume d’appeler innocence, mais qui est en vérité, je crois, l’égotisme le plus aveugle. Je n’étais pas exactement sotte, et pourtant, Juliana devait se demander où j’avais bien pu passer mes seize premières années sans devenir un peu plus dégourdie. Je crois que cela devait lui donner une idée plus haute encore de ma mère, femme certainement bien extraordinaire pour ne pas avoir insisté sur une vision plus réaliste de la vie dans la jungle.

Page 253 – Amitié

Helen prit conscience que sa relation avec Jonathan aussi bien que Carlotta était centrée sur le fait qu’ils étaient artistes. Au début, ce n’était peut-être qu’un sentiment snob  et superficiel, toujours est-il qu’ils s’étaient introduits dans sa vie par le biais de leur art. Celui-ci leur procurait une dimension supplémentaire, en plus d’être un sujet qui les touchait profondément tous les trois. Helen les enviait de former un couple, d’avoir un intérêt et un objectif communs, de porter en soi une flamme, un sérieux qui les nourrissait. Tels deux oiseaux au bord d’une falaise, ils avaient volé, pouvaient voler encore, et Helen voulait voler avec eux. Étant leur aînée d’au moins trente ans, jamais il ne lui avait poussé des ailes et, même maintenant, elle n’espérait guère que cela se produisît.

 

Le livre est articulé par ordre chronologique, aussi dans le troisième récit La soirée d’anniversaire, un homme fête ses 97 ans, sa fille n’est pas là. Elle viendra le lendemain, le jour de sa mort, sans avoir pu lui dire un mot. J’ai une tendresse particulière pour cette histoire comme pour la première d’ailleurs.

 

 Page 225 – La soirée d’anniversaire


Mais lorsque arriva Emily, qui aurait dû erre à la soirée mais n'y était pas, Mischa n'avait plus de voix. Une légère infection s'était installée dans sa poitrine. Il reposait comme précédemment sous son édredon, à peine plus robuste que la tige d'une plante, le canari voletant çà et là, non habitué à la compagnie. Emily s'assit avec une certaine rigidité dans le fauteuil à bas­cule, incapable, pour de mauvaises raisons, de faire la conversation. Il avait la main trop frêle pour qu'elle la prit dans la sienne, une apparence trop lointaine pour qu'elle risquât une étreinte. Sentant que c'était la der­nière fois, elle voulait provoquer une réaction, mais arrivait au mieux à comprendre que son regard ressemblait trop à un fardeau pour lui ; aussi demeura-t-elle assise, laissant Swallow parler, curieusement, de l’avenir et de la mort.

Elle se leva, se pencha au-dessus de lui et fut choquée d’entendre, à sa grande surprise, une voix faible et limpide qui disait : « Rentre chez toi, ma chérie. » Aussi s’en alla-t-elle.

 

Vérités non dites, d’Angelica Garnett, traduction Christine Laferrière. Éd. Belfond.

 

Ce n’est pas un livre fluide, il manque beaucoup d’auxiliaires. Je ne sais pas d’où cela vient ! peut-être de la traduction… je ne me permettrais pas de donner un avis à ce propos, mais j’ai eu du mal à me faire à l’écriture. Surtout dans le dernier récit.
Par contre, j’ai aimé les portraits, les caractères des gens. Les descriptions des mondes, de leurs évolutions. 
Qui peut me dire ce que fait Virginia Woolf sur la couverture !!! bien sûr, elle est la tante d’Angelica Garnett, mais c’est de Vanessa Bell qu’il est question dans ce livre ! La mère, celle qui a influencé la vie de l’auteure, l’exemple, l’aimée, la détestée… De Virginia Woolf, il n’est question qu’une seule fois, pour dire que sa mère avait une sœur. Ah, que ferait-on pour attirer le lecteur (lectrice) !!! mais à mon sens c’est faire preuve d’ignorance, ne faudrait-il pas plutôt éditer les livres sur Vanessa Bell en français ! il existe de certainement très bons livres sur ses correspondances avec sa sœur ou sur sa vie, ne serait-il pas plus intelligent de la faire connaître, c’est tout de même une peintre reconnue en Angleterre ! j’adorerai pouvoir les lire moi ;o) Alors que là, cette façon de faire prouve une certaine inculture ! Et puis, c’est aussi, ne pas avoir confiance en l’auteure. Vous remarquerez que ça m’énerve profondément. Enfin, en Angleterre, ils ont eu une idée un peu plus originale, plus neutre, mais qui peut s’appliquer sur la période des 60 ans de ce livre, et qui aurait pu être créée par V. Bell.

Au moins, pour le livre Trompeuse gentillesse, c’est une photo d’Angelica Garnett qui était en couverture. C’est un très beau livre aussi, j’en parlerai quand je le relirai.

Claude

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