Les huit cahiers
de Heloneida Studart

Tout commence par le suicide de Maria das Gaças Noguiera de Alencar, femme qui était destinée à rester « demoiselle » par ses parents. Elle lègue à sa nièce Mariana huit cahiers qui relatent l’histoire et l’ancienne puissance de leur famille. Dans ces cahiers, elle découvre la souffrance des femmes de la famille, ces femmes sacrifiées pour avoir aimé, sacrifiées pour rester s’occuper des parents pendant leur vieillesse, ces femmes qui n’avaient pas le droit à la parole. Marina se reconnaît en elles, dans cette lignée martyrisée, victime des mentalités rétrogrades. Elle se trouve des points communs avec cette tante. Elle aussi avait aimé un homme alors qu’elle était destinée à rester vieille fille, son seul amour est mort jeune comme celui de sa tante, elle aussi essaie de se rebeller dans ce pays où désirer la justice condamne.
Elle découvre à travers ces 8 recueils les trahisons de sa mère, elle essaie de comprendre sa sœur qui malheureuse en amour assassine son mari. Ces cahiers lui permettront de voir plus clair dans sa vie, de savoir exactement ce qu’elle veut et peut-être de retrouver sa sérénité et son sourire.

Première page

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Mariana allait avoir quarante ans lorsqu'elle reçut de Fortaleza, par la poste, les écrits de sa tante restée demoiselle, Maria das Graças Nogueira de Alencar. La vieille venait de mourir - ce n'était pas la volonté de Dieu mais la sienne. On avait trouvé son corps étendu sur un couvre-lit brodé, à côté d'une des quatre cuisinières qui meublaient l'immense cuisine de la villa hypothéquée. Sans doute avait-elle œuvré toute la journée pour obturer cette grande pièce remplie de chapelets d'oignons, de morceaux de viande séchée et de mortiers abandonnés. Elle avait utilisé une immense quantité de ruban adhésif isolant, de spara­drap, et même du fil à coudre. Elle s'était servie d'an­ciens couvre-lits tapissés, de draps brodés et de rideaux de dentelle collés les uns aux autres. Cette caverne, préparée pour libérer efficacement le gaz, avait admi­rablement bien joué son rôle de chambre mortuaire. Lorsque la vieille bonne trouva Maria das Graças, son frêle corps commençait à devenir rigide et son visage, légèrement rosé, avait une expression ironique. Elle portait le collier de perles véritables qui appartenait depuis des générations à toutes les vieilles demoiselles de la famille. Et l'on trouva, entre ses doigts, la photo d'identité de l'unique amour de toute sa vie, ainsi qu'une note demandant que ses écrits interdits, enfermés à clé dans le tiroir le plus haut de sa commode, fussent envoyés à sa nièce, Mariana, à Rio de Janeiro.

Les Huit cahiers, de Heloneida Studart, traduit du portugais (Brésil) par Paula Salpot et Inô Riou. Les allusifs 035.

 

BILLET_les huit cahiers

À travers ce livre on découvre avec intérêt l’histoire des femmes victimes des mentalités rétrogrades en Amérique du Sud. Héloneida Studart, est née en 1932, elle est femme de lettres subversive au Brésil, elle est connue pour son activité militante et féministe.

Claude