Je suis en train de relire « C’est moi qui souligne » de Nina Berberova. J’avais envie d’aller à la rencontre de tous ces grands écrivains et poètes russes.

Éh oui, ce n’est pas l’ambiance, ici, j’ai repris le boulot et je suis retournée dans mon nid de vipères pour une année encore ! La crise n’aide pas, sinon, il y a bien longtemps que je serai loin de ce lieu qui est tout l’opposé de ce que je peux être (ceux qui me connaissent savent à quel point cela est vrai). Mais j’y travaille… J’ai toujours eu du mal avec la bêtise, l’irrespect, la suffisance, l’inculture et surtout la méchanceté. Je suis servie depuis quelques années, j’avoue que je fais avec, mais cette année je vais avoir du mal à garder mon calme et ma santé. Peut-être cela m’ouvrira de nouveaux horizons !  Alors, un bon livre est bien souvent nécessaire…

Pour revenir à ce livre, je vous livrerai ce matin ce passage qui m’a décidé à le relire en le feuilletant.

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Dans le wagon de marchandises où nous nous trouvions au moment de traverser la frontière de Sebej, Khodassevitch me dit qu’il avait commencé une poésie dont voici les premiers vers :

Je suis né à Moscou. Je n’ai jamais vu
La fumée au-dessus d’un toit polonais,
Je n’ai pas reçu en héritage
Le moindre talisman de ma terre natale.

Fils adoptif de la Russie, la Pologne
M’est inconnue, et que suis-je pour elle ?
Comme seul bien, je n’ai que ces huit volumes,
Qui renferment tout ma patrie.

Il vous faut plier sous le joug
Et vivre dans l’exil et l’amertume,
Mais moi, dans mon sac de voyage,
J’emporte ma Russie avec moi…

Autour de nous, sur le plancher du wagon, s’étalaient nos sacs de voyage avec les huit tomes de son Pouchkine. Nous avons parlé d’autres poésies, laissées inachevées. Je me proposai d’en compléter un qu’il n’était pas arrivé à terminer.

Voici une histoire. Elle m’est venue
Claire et limpide,
Pendant que je tenais dans ma main
Ta main docile.

Je pris du papier et un crayon et, pendant que le train passait lentement d’un poste-frontière à un autre, j’ajoutai à cette strophe les quatre vers que voici :

« Ainsi de ta main brûlante
Le sang a coulé dans la mienne,
Me prêtant vie et clairvoyance
Par la grâce de mon amour. »

Extrait de : C’est moi qui souligne de Nina Berberova. Autobiographie traduite du russe par Anne et René Misslin.

À bientôt

Claude