Voici, un extrait de texte du livre « Une année à la campagne » de Sue Hubbell. J’ai une pile énorme de livres sur mon bureau, ils attendent mes billets. Je ne les fais pas au fur et à mesure, je ne prends pas le temps !!! pfff, je préfère donc mettre un extrait significatif de l’ambiance. Ce sera plus juste.

Claude

Il est bien sûr très satisfaisant de me constituer une réserve de chaleur pour l’hiver, gratuite en dehors du travail fourni. Mais participer à l’évolution de la forêt est également prenant. Peut-être suffirait-il de dire que lorsque je coupe mon bois de chauffage je nettoie et éclaircis mes bois, mais par la même occasion, il m’incombe de décider quels arbres devraient être secourus et quels autres sacrifiés.
J’aime mon grand noyer noir, aussi ai-je éliminé ses voisins immédiats pour lui donner l’espace et la lumière dont il a besoin pour s’épanouir. Les cornouillers, eux, s’en moquent. Ils givrent les bois de fleurs blanches au printemps et poussent avec exubérance, même serrés. Si je dégage un endroit, en un an ou deux les rejets de sapin l’envahissent, grandissent rapidement, rivalisent et s’éliminent les uns les autres jusqu’jà obtenir un espacement tolérable. Si je n’abats pas un arbre malade, ses voisins risquent d’être contaminés et de mourir. Si j’élimine l’un des troncs d’un chêne blanc bifide, l’autre poussera mieux, droit et robuste. Une fois ébranché, un arbre mort sur pied, comme celui que j’ai abattu aujourd’hui, fera du très bon bois de chauffage, et donne envie de l’abattre. Mais si je n’y touche pas, il servira d’abri aux piverts et plus tard aux écureuils volants et aux chats-huants. Là où je laisse une pile de bois mort, les lapins s’installent. Et si je laisse à terre un arbre tombé, d’autres créatures en profiteront : fourmis, araignées, scarabées, cloportes s’y mettront à l’abri et s’en nourriront, et de ravissants champignons aux formes délicates y pousseront avant qu’il ne se mêle à l’humus pour devenir partie intégrante d’une nouvelle couche de terreau.
Le détenteur d’une tronçonneuse joue un rôle dans les bois, et en jouant ce rôle, il fait partie du cycle sylvestre, de cette abstraction que constitue la communauté de la forêt.

Une année à la campagne, Vivre les questions, de Sue Hubbell, préface de J.M.G. Le Clézio, traduit l’américain par Janine Hérisson. Éditions Folio.

une année à la campagne