Derrière l’armoire, la hache
de Torborg Nedreaas

Les nouvelles qui composent ce recueil se déroulent pendant la seconde guerre mondiale, en Norvège. Les allemands occupent le pays. Comme tout peuple occupé, les norvégiens souffrent de cette oppressante présence.  L’auteure décrit avec brio la nature humaine dans ces circonstances si délicates.

Page 87. L'HOMME

Les pas qui font grincer l'escalier sont lourds et lents. La rampe gémit avec un craquement fatigué. Il s'y appuie, l'Homme, s'y appuie tenacement à chaque marche, s'arrêtant à chaque palier. Pourtant, on ne l'entend pas souffler. Il n'est pas pressé, c'est tout. En bas, un cri aigu d'enfant perce soudain, ainsi qu'une voix féminine qui le gronde. À l'étage supérieur, on joue de la guitare ; désastre de monotonie qui jure avec la mélodie chantée. D'un appartement arrivent des cliquetis d'assiettes, de l'eau que l'on fait couler dans une cocotte, un bourdonnement de voix, un babillage tranquille. Mais ces échos des locataires et de la cage d'escalier, tout cela est périphérique et lointain. Car seuls les pas de l'Homme résonnent dans les marches, et ils ont le poids du désespoir.

Il s'arrête pour écouter à sa propre porte. L’intérieur, quié­tude. Les enfants ne crient pas. On pourrait donc penser qu'ils ne sont pas limés à eux-mêmes, mais le silence flétri indique que l'appartement a été abandonné. Ce n'est qu'après avoir ouvert qu'il entend le seul bruit qui y règne : un hoquet sec et régulier. Sourd, perçant, il fend la tranquillité entre jeux intervalles de silence. Sans regarder autour de lui, l'Homme traverse la cuisine, où flotte une odeur de renfermé, d'abandon. Traverse le salon jusqu'à la chambre. Il fait froid.

Tout est paisible. À part ce hoquet, sec comme une horloge. Il provient du petit lit à barreaux. L'Homme jette à peine un œil à l'enfant allongée, inexpressive, qui regarde fixement en l'air, et dont les mains bleuies de froid agrippent la couverture d'un geste engourdi.

Derrière l’armoire, la hache de Torborg Nedreaas, traduit du norvégien par Aude Pasquier. Éd. Cambourakis.

L’écriture est fluide, les personnages attachants, les situations très bien rendues. C’est très beau.Je ne connaissais pas Torborg Nedreaas, une amie m’a dit de choisir dans une pile de livres quelques romans. Choix difficiles ! je n’étais pas inspirée du tout, alors j’ai choisi celui-ci. Je crois que j’ai plus choisi la couverture qu’autre chose, car la 4ème de couverture est écrite en rouge sur un fond gris bleu, illisible ! Je ne regrette pas du tout.  « Femme engagée, Torborg Nedreaas (1906-1987) fut  parfois surnommée « la Simone de Beauvoir norvégienne ». Elle est avant tout une magnifique romancière et nouvelliste, saluée pour la profondeur de la finesse de ses analyses psychologiques et la qualité de son écriture, très imagée, au plus proche des sensations et des pensées des individus. (notes éditeurs, 4ème de couverture). Tout est dit !!!

Claude

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