La terrible maladie
d’Ivan Gontcharov


L’été, la bourgeoisie de Saint-Pétersbourg quitte en général la ville pour la campagne. Ce que le narrateur fait tous les ans pour tenir compagnie à son oncle. Ce dernier étant mort, il décide de rester en ville, il côtoie alors les Zourov, des amis avec qui il passe habituellement l’hiver mais jamais à la belle saison. Il s’aperçoit alors qu’ils sont un comportement curieux. Il s’en confit à son ami Tiajelenko, qui lui explique qu’ils sont en effet atteints d’une terrible maladie, tellement rare qu’elle n’a pas encore de nom. Les symptômes sont peu banals, quand arrivent les beaux jours, ils sont pris d’un irrépressible besoin d’aller se promener en campagne, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse une chaleur étouffante…
Aucun remède n’existe encore, et surtout, le mal est très contagieux si on se laisse « entreprendre ».

Je ne vous en dirai pas plus, il faut découvrir la fin de l’histoire. J’espère ne pas en avoir trop écrit, car lorsque je l’ai lu, je n’en savais rien ! et la découverte a été fort sympathique. C’est un régal de loufoqueries et de cocasseries. L’éditeur fait mention que cet écrit est « le cadre de la première apparition d’Oblomov qui a rendu célèbre l’écrivain », comme c’est la première fois que je lis Gontcharov, cela me donne carrément envie d’aller plus loin. Par contre, il y a beaucoup de fautes d’orthographe dans le livre, et, on voit toujours plus les fautes des autres que les siennes ! Dommage, ça gâche un peu la lecture.


Pages 33-34

- Soit, mais tu ne m'as toujours pas dit pour­quoi tu n'as pas été contaminé toi-même et s'il existe un remède?
- Il n'y a pas de remède permanent. Chacun doit trouver le sien. Moi, c'est feu le colonel Troukhine qui m'a mis en garde, lui-même étant hors de portée de la «maladie maligne». C'était un homme de jugeote, et dès que Vérénitsyne l'eut entrepris, il ressentit quelque chose d'anormal et usa de toutes ses forces pour se soustraire au péril. Par chance, il se souvint d'un poème qui plongeait immanquablement Vérénitsyne dans la tristesse. Le colonel de déclamer, l'autre de tomber en syncope - il était sauvé! Depuis, Vérénitsyne n'a plus rien tenté à son encontre, encore qu'il s'y emploie active­ment par ailleurs, et tel un démon tentateur il se glis­se dans les âmes, qu'il endort, qu'il amène à l'insensi­bilité et là - son charme opère... Je me demande: manger ou boire - qu'est-ce que ça donnerait?... Éh bien voilà, quand il se fut disposé à m'emberlifi­coter dans ses lacs venimeux, je cherchai un moyen de le circonvenir, un moyen qui sortît de l'ordinaire, ce à quoi m'incitait tout spécialement Troukhine. Je réfléchis et je trouvai. Devine, pour voir...
- Je ne sais pas, - avouai-je.
- Te rappelles-tu ma voix ?
- Ta voix ? Qu'est-ce à dire ?
- Est-il possible que tu ne t'en souviennes pas ? Attends une seconde, je te chante quelque chose... - Il étira ses lèvres, il gonfla les joues, il était sur le point de faire retentir la pièce de sonorités toni­truantes lorsque soudain me revint en mémoire un certain grincement de roues mal graissées : de m'en souvenir, les oreilles me tintèrent, je fis des gestes de dénégation et criai à pleine voix : 
- Je me rappelle! Je me rappelle! Par pitié, non, ne chante pas! Monstrueuse, elle est ta voix!    
- Éh bien voilà! - dit-il. - Quoique ma patrie soit célèbre pour ses voix mélodieuses, il n'est de famille sans tare! Or donc, à peine eut-il commencé à me faire son boniment, je me pris à chanter à tue-tête: il se boucha les oreilles et s'enfuit. Invente donc quelque chose toi aussi. Mais souviens-toi: il faut le dérouter du premier coup, sinon tu es fichu!  

La terrible maladie, d’Ivan Gontcharov, traduit du russe par André Cabaret. Éd. Circé

Claude

Sans titre