La fin
Robert Creeley
choix, traduction et présentation de Jean Daive

Robert Creeley (1926-2005) est un maître de la poésie moderne, il est lié au courant littéraire de Black Mountain. Il a été poète, romancier, nouvelliste, esayiste et éditeur, il a voué sa vie aux lettres. Il fut l’ami des poètes Charles Olson (1910-1970), Louis Zukofsky (1904-1978), Robert Duncan (1919-1988),…

Dans ce recueil, Jean Daive fait une présentation de Robert Creeley sous forme de retranscriptions de conversations qu’il a eu avec lui à différentes dates (1982, 1994). Ils évoquent son art, sa manière d’appréhender le monde, ses amis etc. C’est vraiment très intéressant. Je connais peu la poésie de Robert Creeley, et, je suis heureuse de dire que je suis sous son charme.

Claude

robert creeley

 

LA PLUIE

Toute la nuit le bruit avait
retenti à nouveau,
et à nouveau tombe
cette pluie douce et persistante. 

Qu'est-ce que je suis à moi-même
qui doive être retenu,
insisterait
ii souvent? Est-ce 

que-jamais la douceur
ni même la violence
de la pluie
aurait pour moi 

quelque chose d'autre que cela,
quelque chose de moins appuyé –
dois-je être enfermé
dans ce malaise sans issue.

Amour, si tu m'aimes,
étends-toi près de moi.
Sois pour moi, comme la pluie,
l'échappée hors

de la fatigue, la bêtise, la demi-
­torpeur de l'indifférence intentionnelle.
Sois trempée
d'un bonheur pudique.

La pluie, de Robert Creeley, (page 213), extrait de la fin, traduit de l’américain par Jean Daive. Éd. Gallimard, éd. Bilingue.

 

CHAQUE JOUR

Chaque jour
en douceur
choses sont accomplies.

Chaque matin là est
un jour. Chaque jour
là est un jour.

Je me réveille dans un lit,
une fenêtre pleine de lumière,
une maison dans l'esprit,

pour pisser, manger,
réfléchir à quelque chose,
oublier les choses,

se souvenir de tout,
exactement, chaque
détail précis, réel,

ignorant tout
sans rien y comprendre,
je ne suis pas une partie d'un seul,

très bien pour toi,
très bien, mon vieux -
échos, choses, visages.

 

Chaque jour, de Robert Creeley, extrait de la fin (page 213), traduit de l’américain par Jean Daive. Éd. Gallimard, éd. Bilingue.