Manifeste pour l’édition et la librairie indépendantes

de Colette Lambrichs

 Colette Lambrichs en écrivant ce manifeste fait un point sur l’état de l’édition et de la librairie indépendantes, constat qui, comme nous le savons est fort négatif dans le contexte actuel.

Je vous conseille fortement de lire ce petit livre de 15 pages, il vous en coûtera 2 €.

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À l'heure où les métiers d'éditeur et de libraire indépendants sont menacés par la prolifération folle de publications que les rayons des magasins ne peuvent plus contenir et que le public désorienté délaisse faute d'être en mesure de l'appréhender, à l'heure où la presse, malade, elle aussi, ne joue plus son rôle d'information ni de critique, force est de nous interroger sur le sens de cette profession d'éditeur et sa chance de survie.

Chacun sent que cette situation ne peut plus continuer ainsi et il semble que personne ne soit capable d'enrayer le processus qui conduira nécessairement à la disparition d'un grand nombre d'éditeurs et de libraires. Tout paraît se passer comme si on préparait le terrain engorgé et asphyxié par les allers et retours de nouveautés pour que celui-ci se soumette, contraint et forcé par les impératifs économiques, à promouvoir et à vendre des fichiers numériques consultables sur livre électronique. Et pourquoi pas ? diront certains. Quelle économie de place ! Avec un seul objet, vous aurez accès gratuitement au contenu immense du domaine public et, quant à celui qui est protégé par le droit d'auteur, il vous coûtera moins cher et vous pourrez stocker les volumes d'une bibliothèque entière dans l'espace restreint d'une clé USB.

p. 8
Bizarrement, l'édition et la librairie avaient jusqu'à présent échappé à une législation coercitive qui en aurait empêché l'accès à tous les autodidactes et aventuriers ayant le goût de propager des œuvres qu'ils aimaient et dont la méconnaissance était à leurs yeux un péché contre l'ouverture d'esprit. C'est ainsi que des personnages comme Sylvia Beach, Maurice Girodias, Jean-Jacques Pauvert ou François Maspero, pour ne citer que quelques-uns, ont entraîné avec eux un public à s'intéresser à des écrivains novateurs, à se dresser contre la censure et à explorer d'autres littératures que celles qui étaient enseignées au collège ou à l'université. Sans se heurter à des lois protégeant la profession, la plupart de ces éditeurs ont, malgré tout, fait long feu. Faillis, rachetés ou changeant de métier, ils se sont affrontés à la dure loi de la concurrence qui les ont le plus souvent laminés. S'ils ne se sont pas enrichis, ils ont enrichi le champ de la culture et ouvert des horizons inexplorés.

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Depuis longtemps déjà, la multiplicité des titres est un obstacle à la vente massive de quelques-uns d'entre eux, vente massive qui suffirait amplement à engranger des bénéfices que des tirages plus modestes viennent de manière jugée intempestive obérer.

Pourquoi résister ?
Parce que nous sommes convaincus que l'édition est un artisanat qui ne peut répondre à sa vocation essentielle - mettre à la disposition du public les œuvres d'écrivains nouveaux comme livrer une réflexion qui ne soit pas aux ordres -, qu'à la condition d'être indépendante.

Parce que le livre est la forme la plus belle qui soit, la plus aboutie d'un objet physique dont le contenu est immatériel. Il peut se vendre, s'échanger, se donner, se prêter dans l'anonymat le plus complet. Il peut aussi être détruit et recyclé à l'infini.

Parce qu'un texte, pour nous marquer, a besoin d'un support qui ait une réalité concrète avec une couleur, un poids, une odeur, de la même manière que l'intelligence et l'esprit nécessitent un corps qui leur permette de se manifester.


Manifeste pour l’édition et la librairie indépendantes de Colette Lambrichs. Éd. de la différence.

 Je vous laisse le découvrir.
Claude

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