L’île des oubliés
de Victoria Hislop

J’ai lu ce livre par curiosité, sur le conseil de mes sœurs, qui parlaient lors d’un repas de l’île de Spinalonga. Située en Crête, elle est connue pour avoir été pendant des décennies le lieu où les personnes atteintes de la lèpre étaient exilées.

L’auteure part d’une histoire imaginaire pour nous faire découvrir l’histoire de ce lieu. De 1903 à 1957, date à laquelle les gens furent libres de la quitter car un remède avait été découvert.

On suit donc, Alexis, une jeune anglaise à la recherche du passé de sa famille maternelle. Sa mère ne lui en ayant jamais parlé. C’est par la meilleure amie de sa grand-mère qu’elle découvrira l’histoire familiale et celle de l’île. Par ses mots, elle découvrira avec effroi les atrocités de la vie de ces gens qui devaient s’expatrier pour sauver les biens portants. Ces êtres humains, enfants, femmes, hommes qui montaient sur le bateau qui les conduisait vers leurs tombes, car il n’y avait pas d’espoir de retour. Les conditions de vie y étaient déplorables, les soins pratiquement inexistants, jusque dans la dernière partie de son occupation. 1957, ce n’est pas si éloigné…

L’histoire réelle m’a impressionné, en plus, j’avais les photos des vacances d’une mes sœurs en tête, ce qui a bien participé au plaisir. L’histoire par laquelle on la découvre est bien aboutie, l’écriture est fluide et agréable. C’est le genre de livre que l’on ne referme qu’une fois qu’il est terminé. Genre, un jour de pluie, avec un dos bloqué ;o)

Claude

Première page

Plaka, Crète, 1953

Un vent automnal s'engouffrait dans les rues étroites de Plaka, et des bourrasques glacées envelop­paient la femme, engourdissant son corps et son esprit sans réussir à apaiser son chagrin. Comme elle peinait à parcourir les derniers mètres qui la séparaient de l'appontement, elle s'appuya de tout son poids sur son père. Sa démarche évoquait celle d'une petite vieille transpercée par la douleur à chaque pas. Une douleur qui n'était pas physique, cependant. Son corps était aussi robuste que celui de n'importe quelle jeune femme ayant respiré toute sa vie le pur air crétois, sa peau aussi lisse et ses yeux d'un marron aussi profond que ceux de toutes les habitantes de l'île.

La petite barque, rendue instable par sa cargaison de paquets informes ficelés ensemble, tanguait sur la mer. Le vieil homme s'embarqua avec prudence puis, s'effor­çant d'immobiliser le bateau d'une main, il tendit l'autre à sa fille. Une fois qu'elle fut en sécurité à bord, il l'emmitoufla dans une couverture pour la protéger des éléments. Seules les longues mèches sombres qui s'échappaient et dansaient librement dans le vent per­mettaient de ne pas la prendre pour un simple ballot de marchandises. Il détacha avec soin l’amarre de son vaisseau –il n’y avait plus rien à dire ni à faire- et leur voyage commença. Ce n’était pas une petite tournée de ravitaillement, mais un aller simple vers une nouvelle vie. Une vie dans une colonie de lépreux. Une vie à Spinalonga.
 
L’île des oubliés, de Victoria Hislop, traduit de l’anglais par Alice Delarbre. Éd. Le livre de poche.

Sans titre