Hiromi Kawakami

Je suis revenue le temps de quelques romans à la littérature japonaise. J’en ai beaucoup lu dans les années 80. Je ne connaissais Hiromi Kawakami. Elle est née en 1958, elle est devenue depuis ses début en 1994, l’une des écrivains les plus populaires du japon (cf. Wikipédia).
J’ai lu Manuzuru et la brocante Nakano.

Manuzuru

Kay vit avec sa fille adolescente et sa mère. Alors que sa relation avec son amant devient de plus en plus sérieuse, elle constate qu’elle attend toujours le retour de son mari. Il l’avait abandonné lorsque leur fille Momo avait 3 ans.
Elle se souvient ne pas avoir anticipé ce départ, jamais, il ne lui a donné de nouvelles, elle avait juste trouvé dans une de ses poches ce nom : Manuzuru. Elle connaissait cet endroit pour y être allée avec lui et leur fille.

Face à ce constat, elle décide de se rendre là-bas, seule puis avec Momo. Ces voyages lui feront recouvrer la mémoire, pour cela, elle sera aidée d’un songe, d’une femme. Cette femme prend de la consistance au fil du roman, et, elle l’aidera à prendre conscience de la réalité. P. 128-129.
Qu'est-ce que tu as mangé ? a demandé la femme.
Un bol de nouilles avec des raviolis dedans.
Je t'envie !

Après avoir déjeuné, je me suis remise à marcher, D'une ruelle à l'autre, d'un plateau à un contrebas, la succession des côtes 'à monter et des pentes à redescendre était dure pour les jambes. En chemin, j'ai pris un autobus qui allait à l'extrémité du cap. Naguère, quand j'étais venue seule, l'hiver venait peine de prendre fin.

Descends ! m'a dit la femme d'une voix pres­sante.

Mais ce n'est pas le terminus, et puis, je suis fatiguée, ai-je répliqué. La femme m'a regardée l'un  air sévère. Bon, bon. Et j'ai appuyé sur le bouton. Je me suis retrouvée à un arrêt où il n'y avait personne et j'ai vu une forêt protégée. D'épais buissons empêchaient presque entièrement le soleil de filtrer pour donner de la lumière au chemin.

Tu sais... La femme m'adresse la parole.
Tu sais, une femme est morte près de ce bois.

Dès que la femme a commencé son récit, le ciel s'est assombri. Au loin, on entend un grondement sourd.
Le tonnerre?
C'est un typhon qui se prépare, a répondu la femme.

Comme si un fil me tirait, je la suis. Dans la forêt protégée (la femme l'appelle « le bois Nacré »), il y a des directions à choisir. A force de poursuivre mon chemin tantôt à gauche tantôt à droite, je me suis trouvée désorientée. Les coups de tonnerre fracassent l'air par intervalles. La femme qui était morte avait été pendue à une branche de pin. Nouveau coup de tonnerre. Bien plus tard, le pin a été arraché par un typhon. La femme parle à voix basse. Les éperviers se sont tus. Le vent a changé, dit la femme.

Ce livre est une quête d’un amour perdu, mais également un recherche au-delà de notre inconscient qui intervient pour nous protéger et nous permettre à avancer jusqu’au moment où nous serons prêts à voir la réalité. Ceci est mon interprétation, il y en a autant qu’il y a de lectures possibles.
J’ai bien aimé ce livre, son petit côté surnaturel lui donne de la consistance, toutefois je l’ai trouvé froid. Je n’ai pas ressenti les émotions… étrange non ?! (bon, je suis alitée depuis quelques temps, et cela agit peut-être sur ma perception des choses). Je suis restée perméables aux sentiments mère/fille, femme/amant, et femme/mari ! Cela n’empêche pas qu’à chaque fois que je devais laisser le roman, j’étais très pressée d’y revenir, ce qui est complètement paradoxal ;o) J’ai été beaucoup plus sensible aux apparitions de la femme, aux descriptions des paysages, du temps…

Première page
Tandis que je marchais, j'ai senti que je n'étais pas seule.
La distance était trop grande, je ne pouvais pas savoir si c'était un homme ou une femme qui se trouvait derrière moi. Sans me poser davan­tage de questions, j'ai continué à avancer.
J'avais quitté dans la matinée l'auberge près de l'estuaire, et je me dirigeais vers la pointe du cap. J'avais passé la nuit dans un petit hôtel du bourg tenu par un couple dont l'âge laissait supposer que c'étaient la mère et le fils.

A mon arrivée de Tôkyô après deux heures de train, il était neuf heures du soir et la façade était déjà obscure. En fait de façade, le nom de l'au­berge n'y figurait même pas, il y avait simplement un petit portillon de fer que rien ne différenciait d'une habitation ordinaire, avec deux ou trois pins de petite taille aux branches torsadées et une vieille plaque accrochée discrètement sur laquelle on découvrait le caractère «Suna», « Sable », écrit au pinceau.

Manuzuru, d’Hiromi Kawakami, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. Éd.Philippe Picquier.

Je le relirai, en attendant, j’en ai lu un second.

La Brocante Nakano

Monsieur Nakano tient cette brocante, il est aidé par Hitomi pour la vente et Takeo pour la récupération. Sa sœur Masayo est artiste, elle passe régulièrement au magasin.
Nous les suivons pendant une année, avec leurs joies, leurs peines, leurs projets… La relation établit entre ces 4 personnages est intéressante, en effet, tout le monde se mêle de la vie  des autres, directement ou indirectement. Pages 49/5.(La sœur de M. Nakano a un nouvel amant, et, il envoie Hitomi aux renseignements).

« J’imagine que c’est Haruo qui vous envoie, n’est-ce pas ? »
J’ai dit oui, et Masayo a enchaîné sans me laisser le moindre répit :
« Combien est-ce qu’il vous a donné en récompense ? »
Nn… on, mais non. Je bredouillais. Alors Masayo a levé ses sourcils en forme de croissant de lune, et elle m’a dit :
« Haruo veut éviter de mettre de l’huile sur le feu, c’est pour ça qu’il ne vient pas lui-même ! »
Hum, cinq mille yens ? Il est bien démuni ! Et Masayo a piqué sa fourchette dans la tartelette au citron de chez Poésie.
Sans même m’en apercevoir, j’avais tout raconté à propos de « l’allocation pour travail extra ». Quand je dis sans le vouloir, ce n’est pas tout à fait vrai car j’avais plus ou moins une arrière-pensée : je voulais voir sa réaction en face de cette somme dont je ne pouvais moi-même m’empêcher de penser que c’était trop ou pas assez.
« Excusez-moi, ais-je dit en picorant ma tarte aux myrtilles, la tête baissée.

-   Vous, Hitomi, vous aimez tout ce qui est pâte brisée ou feuilletée, non ?

-   Pardon ?

-   Écoutez, ce n’est pas compliqué ! Une tarte aux myrtilles, une au citron, un millefeuille et une tarte aux pommes ! » Masayo a énuméré gaiement les gâteaux que j’avais achetés, comme un oiseau qui chante. Puis elle s’est levée, a ouvert un petit placard sous le téléphone et en a sorti un portefeuille.
« Débrouillez-vous pour lui raconter ce que vous voudrez, a-t-elle dit en enveloppant dans un mouchoir en papier un billet de dix mille yens, qu’elle a posé à  côté de mon assiette.

Les relations entre les gens sont extrêmement bien analysées et transcrites. Sous un aspect qui au premier abord peut paraître humoristique on devine leurs complexités. J’ai passé un bon moment de lecture.

Première page

Format n° 2

« Enfin quoi » est un tic de langage de M. Nakano.
Pas plus tard que tout à l'heure encore, il l'a dit de but en blanc, en s'adressant à moi pour me demander : « Enfin quoi, vous me passez la petite bouteille de sauce de soja, là? » J'étais stupéfaite.
Nous étions venus là tous les trois pour déjeuner, plus tôt que d'habitude. M. Nakano a commandé le menu porc au gingembre, Takeo, le plat de poisson, moi, un riz au curry. Le porc et le poisson sont arrivés tout de suite. M. Nakano a saisi une paire de baguettes en bois dans le pot sur la table où elles étaient rangées bien droit, il les a séparées avec un petit claquement sec et a commencé à manger, en même temps que Takeo. Ce dernier a murmuré un petit mot d'ex­cuse, mais M. Nakano s'est contenté d'entamer son plat sans rien dire.

 La Brocante Nakano, d’Hiromi Kawakami, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. Éditions Philippe Picquier.

 Claude

BILLET_manazuru et la brocante nakano de hiromi kawakami