Rue Katalin
de Magda Szabó

Je lis, je lis, je lis… je ne peux pas marcher, alors… je lis ! Quel bonheur ! Bon, en fait, je relis aussi beaucoup, et puis, je suis arrivée à me traîner jusque la médiathèque pour prendre 2 polars, histoire de changer un peu. Encore deux semaines de repos forcé, je trépigne un peu quand même de ne pratiquement rien pouvoir faire !!!  Assez parlé de moi, passons maintenant au livre de Magda Szabó.


3 familles habitent rue Katalin. La famille Biró composé du père (le commandant), du fils (Bálint) et de Mme Temes, leur gouvernante. Leurs voisins les plus proches, sont les Elekes. Leur foyer est constitué de 5 personnes : le père (directeur d’école), la mère (femme au foyer), Irén et Blanka, leurs filles, Róza leur gouvernante. Viendra plus tard, Kinga, la fille d’Irén. Les derniers arrivants sont les Held. Le père est dentiste, la mère travaille à la maison, Henriette leur fille, est la plus jeune du groupe. Ils sont également accompagnés d’une gouvernante, Margit.

L’histoire commence en 1934, à l’arrivée de la famille Held, Rue Katalin. Les enfants deviennent rapidement amis, Irén et Blanka ont des caractères opposés, si la première est posée la seconde est impertinente. Henriette, elle, est la plus jeune, et la plus timide. Elles sont toutes les trois secrètement amoureuses de Bálint. Ce dernier est un garçon assez mûr. Pages 58-59.
Au bout d'un moment, Margit l'emmena dehors, lui dit d'aller jouer avec les autres enfants qui l'attendaient certainement et lui montra comment descendre dans le jardin. C'est alors qu'elle vit leur jardin où fleurissaient des roses, et au milieu du jardin, la brune, la blonde et le garçon immobiles entre les massifs, comme s'ils attendaient quelque chose. Ce n'était pas elle qu'ils attendaient, elle s'en aperçut en s'approchant timidement, mais ils étaient prêts à l'accepter. La blonde lui prit le bras et se mit à le secouer, non par méchanceté mais par amitié. La brune lui demanda comment elle s'appelait et quel âge elle avait. Henriette se présenta.

— Moi, c'est Irén, dit la brune.

La petite ne disait rien, elle souriait. Puis elle dit qu'elle n'avait pas de nom. Henriette fut étonnée mais elle la crut.

— Elle s'appelle Blanka, dit le garçon. Elle est bête !

Henriette le regarda, effrayée. Blanka fit une pirouette et rit comme si on lui avait fait un compli­ment. Puis elle montra le garçon du doigt en chanton­nant : « Bàlint ! »

Le temps passe, les enfants grandissent, la politique européenne est inquiétante. Irén et Bálint se fiancent, mais, le jour même de leurs fiançailles, les parents d’Henriette sont « retenus » dans un bureau où ils ont été convoqués. Les hostilités ont commencé ! Le commandant dit qu’il doit emmener Henriette les rejoindre, mais, avec l’accord de Bálint, ils la cachent chez eux, sans en parler à qui que ce soit, dans un premier temps. Le commandant repart à la guerre, et y mourra rapidement, Bálint et Mme Temes s’occuperont d’elle, la cachant et faisant en sorte qu’elle ne s’ennuie pas.  Pages 110-111 Le commandant avait recom­mandé à Mme Temes de continuer à vivre comme d'habitude, d'aller partout où elle allait normalement, elle était donc partie chercher des tickets de rationne­ment. Henriette avait essayé de lire, d'écouter la radio. Mme Temes revint tard et de mauvaise humeur, elle s'affaira un moment en silence. Henriette connaissait cette habitude : quand Mme Temes allait et venait, sans  rien dire dans l'appartement cela signifiait qu'elle était nerveuse, que quelque chose la contrariait. Elle essaya de téléphoner à Bàlint, obtint la communication avec l'hôpital mais ne put joindre le jeune homme. Henriette l'entendit essayer à trois reprises, mais en même temps, elle entendait d'autres bruits, assez proches, des chocs sourds, comme si on jetait de gros objets par terre. Enfin Mme Ternes entra dans sa chambre et lui raconta ce qu'elle avait vu en allant chercher ses tickets.

Et puis, par une succession d’imprévus, de malchances, Henriette meurt. La vie de tous en sera transformée, pour les trois enfants restants, elle sera détruite.

Henriette revient en tant que « fantôme » rue Katalin, elle suit ses amis, quand elle se matérialise, elle est effondrée en voyant qu’aucun n’est capable de la reconnaître. Page 36. Elle retournait souvent chez elle et beaucoup l'en­viaient.
Il n'était pas donné à tous de s'en retourner, et ceux qui n'y parvenaient pas étaient fâchés de voir que d'autres allaient revoir leurs proches chaque fois qu'ils en avaient envie. Au début Henriette avait tenté de se justifier, de dire combien elle avait été heureuse là-bas, et que dès son enfance elle avait rassemblé cons­ciemment les souvenirs de leur maison, de leur vie, mais elle n'avait convaincu personne et ne chercha plus à s'expliquer. Elle avait l'impression que certains de ses compagnons la regardaient comme le soldat l'avait fait, à la lumière bleutée de sa torche électrique.

Pages 206-207. Il arrivait qu'eux aussi se retournent, s'arrêtent même un instant, mais ils poursuivaient toujours leur chemin, les yeux embués, émus, tant cette jeune fille ressemblait à quelqu'un qu'ils avaient aimé et ne pouvaient oublier — mais jamais ils ne lui adressaient la parole. Mme Elekes, Mme Temes, Elekes, Blanka et Irén avaient vu d'innom­brables fois Henriette dans la rue, sans croire un seul instant que ce fût bien elle, si bien que, découragée par ces rencontres, elle avait longtemps renoncé à se mani­fester sous une forme matérielle qu'ils pouvaient per­cevoir, ainsi elle ne souffrait pas qu'ils ne la reconnais­sent pas, qu'ils ne lui disent pas bonjour, ne lui parlent pas.
Balint était le seul à qui elle ne s'était jamais mon­trée, bien qu'elle lui rendît souvent visite. Il n'y avait pas à douter qu'il la reconnaîtrait, lui qui l'avait tant aimée, et qu'il ne serait même pas effrayé, puisqu'il ne l'avait pas été lorsqu'il l'avait vue étendue dans le jardin, il avait juste pris une profonde inspiration, perché sur la chaise, devant la palissade.

Bálint sera emprisonné, son père mort à la guerre, la famille d’Henriette ayant disparue, les maisons seront divisées en appartements. Quant aux Elekes, le gouvernement décide de les replacer dans un appartement, la maison étant trop grande pour une seule famille. Henriette voit la rue changer, elle recrée alors sa rue Katalin, celle de sa vie, avec ses amis et leurs jeux.

Quelles douleurs dans les vies des personnes qui ont survécu. Personne ne peut se pardonner, même les innocents. Peu à peu, au fil du livre nous apprendrons comment Henriette est morte, et nous nous rendrons vite compte que la vie de ces gens tournaient autour d’elle, plus que chacun d’eux ne pouvait se l’imaginer. Elle, la discrète, la plus jeune. Page 62. Que savez-vous de nous, en fait ? Et de lui ? De lui ? Rien.

Vous ne savez que des choses superficielles, insigni­fiantes, qui peuvent être vraies, mais pas comme vous le croyez. Les témoins qui pourraient vous dire la vérité se taisent ou ne sont plus en vie. Bálint, par exemple, connaît la vérité, mais Bálint ne dit rien, pas seulement à vous, à moi non plus il n'en parle pas. Blanka aussi le sait, Blanka sait tout, elle n'ignore qu'une seule chose, mais elle est plus loin que les étoiles. Henriette, les Held, le commandant sont morts. Mme Ternes se laisse emporter par le courant, elle flotte, inerte, sans aucun souvenir. De gros gâteaux flottent devant elle sur les vagues qui déferlent sans relâche ; au Foyer social, on ne lui donne pas assez de sucreries. Mme Ternes ne se connaît plus elle-même. Comment se souviendrait-elle de nous ?

Pourtant, elle nous a tous vus assez souvent, et Mme Ternes était une femme intelligente ; ce qu'elle ne savait pas, elle avait dû le deviner, le déduire ou le demander à Bálint.


Rue Katalin de Magda Szabó, traduit du hongrois par Chantal Philippe. É Viviane Hamy.


Quelles incompréhensions, des sentiments si forts perdus à tout jamais, et pourquoi ? parce que les mots, les sentiments n’ont pas été dit, aucun d’eux n’est arrivé à les exprimer, aucun d’eux n’a été capable d’aller au bout de ce qu’il ressentait. Et cela, malgré les erreurs, jusque la fin, jusque au bout de la vie.

Ce roman est édifiant, c’est la seconde fois que je le lis, et je suis toujours aussi captivée. Chacun des protagonistes racontent, l’ordre n’est pas forcément celui de l’histoire que je vous ai raconté. Tous les personnages sont très importants, tous ont leurs particularités, il est difficile de les comprendre par moment, mais ils restent très intéressants.
Le roman commence en 1934 pour finir en 1968. On suit la Hongrie au fil de cette période. La vie des Hongrois, de la politique économique et sociale, de la guerre et de l’après-guerre. C’est un récit très riche, passionnant. Le  passage du réel au surnaturel, accentue encore le destin des habitants de la rue Katalin et du peuple hongrois en général. Les relations entre les personnages sont complexes, il y a tant de non-dits, cela donne l’impression que les personnages sont emprisonnés dans des carcans, pour les uns ce sera celui des bonnes convenances, pour d’autres, la peur, la fierté, la culpabilité. Alors, je vous invite à lire Rue Katalin, d’où l’on voit s’écouler le Danube.

Magda Szabó est née en 1917. Après 1948, pour des raisons politique, elle ne sera plus publiée, jusqu’à la fin des années 50. Depuis, elle est reconnue comme un écrivain majeur de la littérature hongroise. Sa bibliographie est riche :

  • Le Faon (Az őz), Seuil, 1962, V. Hamy,      2007
  • Fresque (Freskó), Seuil, 1963
  • Dites à      Sophie (Mondják meg Zsófikának), Seuil, 1963
  • Bleu-île (Sziget-kék), Corvina et      Flammarion, 1967
  • La Ballade      d'Iza (Pilátus), Seuil 1967, V. Hamy, 2004
  • Les Parents      perdus (Mózes egy, huszonkettő), Seuil, 1970
  • Lala, Prince      du pays des fées (Tündér Lala), Flammarion-Jeunesse, 1971
  • Rue Katalin (Katalin utca), Seuil, 1974, V.      Hamy, 2006
  • Le Vieux      Puits (Ókút), V. Hamy, 2008
  • La Porte (Az ajtó), V. Hamy, 2003 — Prix fémina étranger
  • L'Instant (A Pillanat), V. Hamy 2009

Merci aux éditions Viviane Hamy, grâce à qui, je peux me régaler très souvent ;o)

Claude

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