JARDINS

On dirait que la vie s'écoule plus facilement
dans ces jardins à l'intimité préservée :
des taches d'herbe humide forment une île
verte au milieu des embarras de la ville ;
soleil et pluie les ont baignés année après année ;
elles sont maintenant un manteau de velours
sur lequel tout semble devoir glisser,
délice suave, à l'ombre de grands arbres,
parfaites sentinelles de leur propre bien-être.

Mais jamais nous ne pouvons y accéder,
nous ne les voyons que de la grille
qui les sépare du dehors.
Ils nous sont étrangers, d'emblée nous les croyons
paradis privés d'êtres plus chanceux.
À force de les voir toujours déserts, intacts,
  resplendissants,
un jour, pourtant, nous comprenons que, loin d'être habités,
les paradis ne sont faits que pour être convoités :
par contre y marcher ce serait les détruire.
(page 23)

 

JARDINS

Sembla com si la vida llisqués més fàcilment
en aquests jardins de preservada intimitat:
claps d'humida gespa formen una illa
de verdor en ple traüt de la ciutat;
sol i pluja els han banyat anys i més anys
i són ara un vellutat mantell
per on sembla que tot hagi de lliscar
amb suau delícia, a l'ombra de grans arbres,
perfectes sentinelles d'aquest seu benésser.

Peró mai no ens és donat d'accedir-hi
i veiem sempre aquests jardins
des de la tanca que els separa de fora:
aliens a nosaltres, de primer creiem que són
paradisos privats d'éssers més venturosos.
A força de veure'ls sempre deserts, intactes
  i esplendents,
algun dia entenem, peró, que, lluny d'habitar-se,
els paradisos són per ser sols cobejats:
petjar-los, en canvi, fóra destruir-los a l'acte.
(page 22)

 

ÉTAPES
À Pere Navarro

Dangereuses étapes
sont ces jours durant lesquels,
comme un oiseau de proie en furie,
la vie nous arrache
au courant quotidien du temps
et nous emporte dans le ciel
vers les cimes les plus âpres,
pour nous montrer ce que
de nous elle peut faire.

Cruellement trahis, malgré tout,
nous sommes rejetés, soudain,
vers le royaume de chaque jour,
et nous assistons, plus que jamais désarmés,
à notre progressive déchéance,
tandis que de façon absurde nous nous évertuons
à battre des ailes
alors qu'on nous les a coupées.
(page 29)

FITES
A Pere Navarro

Perilloses fites
són aquests dies en què,
furient com una au rapaç,
la vida ens arrabassa
del diari corrent del temps
i se'ns endú cel enllà,
cap als seus més rostos cims,
per mostrar-nos alló
que de nosaltres pot fer.

Cruelment traïts, peró,
ens veiem de sobte foragitats
al reialme de cada dia,
i assistim, més desvalguts que mai,
al nostre progressiu decaïment,
mentre absurdament pugnem
per batre unes ales
que ens han estat tallades.
(page 28)

 Les cernes du temps, d’Álex Susanna, traduits du catalan par Jep Gouzy. Éd. Fédérop –édition bilingue-

Je ne connaissais pas Álex Susanna (poète et chroniqueur Catalan), ce recueil est très beau, des mots simples qui mis bout à bout vous emmènent si loin…
J’ai la chance d’avoir une médiathèque riche en poésie, et c’est une ouverture incroyable sur le monde. Il en est de même en ce qui concerne le théâtre.

Claude

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