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JARDINS
Les vrais et les autres
Umberto Pasti
Pierre Le-Tan

Je trouve ce livre étonnant, il mêle à la fois la colère, la tristesse, l’humour, beaucoup d’émotion et d’amour. Dans cet écrit Umberto Pasti dit sous forme d’humour souvent ironique toutes les horreurs que certains hommes font à la nature. Il parle de l’uniformisation des jardins, des modes, il dit que pour certains le jardin n’est plus un plaisir mais un statu social. Les « designers » en prennent pour leur grade, ce que je conçois très bien, tout comme les modes des jardins tout blanc, ou tout rose en fonction des moments, etc. Toute cette façon de jardiner qui se fait sans amour, sans attention, sans observations, ne peut donner que des jardins froids, typés, sans âmes. Pourquoi mettre des palmiers ou des oliviers par exemple dans le nord, alors qu’ils aiment le sud ?! Si l’homme ne fait pas attention, le monde deviendra une grande carte postale identique quel que soit l’endroit où nous nous trouverons.
Un beau jardin n’est-il pas un jardin où les plantes vivent en harmonie, où elles sont heureuses, un beau jardin, c’est peut-être tout simplement un jardin en bonne santé !

En conclusion, à travers ce livre, ce n’est pas seulement de jardins que Umberto Pasti nous parle, mais de la vie, de notre monde, du manque d’harmonie et d’observation. Ce monde qui peu à peu devra réapprendre à ouvrir les yeux. Un jardin beau et sain, n’est-il pas un endroit où les légumes vivent en harmonie avec les fleurs !

Les illustrations de Pierre Le-Tan sont vraiment d’une grande finesse, belles et pleine d’humour.

Claude

Le rond-point
Le rond-point est constitué d’un parterre central –presque toujours circulaire, parfois polygonal- autour duquel tourne une route où en débouchent d'autres. Dans le par­terre inaccessible à pied, nappé d'un brouillard de gaz d'échappement et aussi bruyant qu'une tranchée de la Pre­mière Guerre mondiale, personne ne s'arrêtera jamais. Per­sonne ne s'assiéra jamais. Personne ne dormira, ne lira, ne fera l'amour. C'est un parterre d'« apparat ». Encouragés par leurs architectes et leurs paysagistes qui sont de mèche avec des pépiniéristes en mal de publicité prêts à distribuer de généreux pots-de-vin, maires et adjoints ont décidé d'y concentrer le plus grand nombre possible de bizarreries, afin de montrer à tous les automobilistes combien la ville annoncée et saluée par le rond-point est à la page, moderne, audacieuse et « culturelle ».

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Le jardin du pompiste
On ne m'ôtera pas de l'idée que la plupart des gens sont malheureux parce qu'ils sont coupés de leurs racines. Nous tous, riches ou pauvres, avons eu des grands-parents, des arrière-grands-parents, des arrière-arrière-grands-parents qui plongeaient les mains dans la terre, qui savaient reconnaître ses caractéristiques, évaluer sa fertilité et ses exigences. Une grande partie de ce que nous mangeons, de ce qui constitue notre corps vient de la terre. Nous ne pouvons pas être heureux, aspirer à l'être ou simplement nous sentir bien si nous ignorons d'où viennent nos aliments et ce qu'ils sont. Je ne parle pas ici de l'agriculture industrielle, qui, avec ses monocultures intensives, ses pesticides, ses désherbants et autres joyeusetés, a de lourdes conséquences sur notre espèce et sur la planète. Simplement le jardin du pompiste et le pota­ger du retraité traduisent chez celui qui le cultive le besoin de maintenir avec la terre ce rapport qui est à la base de la vie humaine depuis le néolithique, quand l'agriculture fut « inven­tée » et qu'apparurent avec elle la sédentarité, l'écriture et l'art tels que nous les entendons encore aujourd'hui.

Je suis admiratif devant certains jardins en pots qui poussent dans des zones urbaines dégradées, en Europe comme dans le tiers-monde. Je pense à des jardins de plantes aromatiques, souvent rares maintenant, mais indispensables dans la cuisine traditionnelle, qui, sous les climats suffisamment doux, trans­figurent les baraques et les maisons pauvres dont ils occupent les seuils et les balcons. Sur le pourtour méditerranéen comme en Afrique et en Asie, on utilise des boîtes de conserve de tomates, des jerrycans de mazout, des vieilles carrioles sans roues, des bidons d'huile et, de plus en plus souvent, des seaux en plastique sans fond pour cultiver du basilic et du thym, de l'estragon et de la marjolaine, de la menthe, du romarin, du laurier, de la citronnelle, ainsi que toutes sortes d'autres herbes plus exotiques. On le voit dans les quartiers déshérités, parmi des populations récemment installées en ville, et ce geste traduit la difficulté de s'adapter au béton, loin des champs où pousse ce qui remplira notre table.

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JARDINS, Les vrais et les autres d’Umberto Pasti, illustrations de Pierre Le-Tan. Éd. Flammarion.